La baie d’haskap (la camerise) : un nouveau fruit du Japon autorisé en Europe

La baie d’haskap a été autorisée en Décembre 2018 à être commercialisée dans l’Union Européenne comme aliment traditionnel du Japon par la Commission Européenne. Avant cette date, ce fruit avait le statut de nouvel aliment (“novel food” dans la règlementation alimentaire) puisqu’il n’a jamais été consommé en Europe en quantité significative.

L’haskap est une baie traditionnellement consommée au Japon et au Canada. Elle arbore plusieurs noms communs : le camérisier bleu ou chèvre-feuille bleu ou blue honeysuckle ou honeyberry en anglais et ke-yonomi en japonais. Son nom scientifique est Lonicera caerulea L. Cette plante est native de la Sibérie et du Nord-Est de l’Asie. Il en existe plusieurs variétées (Lonicera caerulea var. altaica, cauriana, edulis, dependens…).

Source : http://www.iburi.pref.hokkaido.lg.jp

La culture de la camerise

Fleur double de haskap

Cette baie a une forme allant d’ovale à longue et mince. La taille varie de 1 à 1,5 cm et le poids varie de 0,5 à 0,8 g. La peau est fine et comestible avec une saveur acidulée. Les fruits sont des baies bleu foncé à violettes. C’est un arbuste qui atteint 1 à 2 mètres de haut. À la mi-mai, le camerisier commence à fleurir avec des fleurs jaunes en forme de cloche. Vers juin, il commence à produire des baies violettes. La baie commence au vert et en une semaine, généralement au début de juillet, la baie vire au violet foncé.

Cette baie peut être consommée comme un snack ou en confiture ou dans des gâteaux par exemple.

Un aliment traditionnel japonais

Au Japon, l’île d’Hokkaido mange ce fruit depuis plus de 100 ans peut être 200 ans. Selon les informations de la sous-préfecture d’Hokkaido, les baies de la plante de haskap sauvage auraient été récoltées et consommées par les japonais à partir des années 1920, à Hokkaido, dans la région du Yuufutsu Wilderness, dans l’ouest de Tomakomai. La première croissance commerciale a commencé en 1970 à Chitose et dans les années 1980 à Tomaakomai Atsuma et Bibai après la construction du port et de la zone industrielle environnante. La production à Hokkaido était d’environ 120 tonnes en 2005.

Boites de baies d’haskap au Japon

Également cultivée aux Etats-Unis et au Canada

Le professeur Maxine Thompson a introduit des sélections japonaises aux États-Unis en 2000 et elle est responsable d’un programme de sélection exceptionnel à Corvallis qui est une inspiration pour tout sélectionneur de plantes sous-financé. Plus récemment, le travail de reproduction est également effectué par le Dr Bob Bors à l’Université de la Saskatchewan au Canada

La culture d’haskap est récente pour le Canada d’après celui-ci (Communication personnelle). Il pourrait y avoir 2,5 millions de plants dans le sol, mais 80% de ceux-ci ont été plantés au cours des trois dernières années, il n’y a donc pas encore beaucoup de production. Les jardiniers amateurs cultivent probablement la moitié des plantes.

La Russie cultive également cette plante dans les jardins depuis au moins 60 ans.

Analyse nutritionnelle

Pour la composition générale des baies d’haskap (fruits entiers et frais), la valeur énergétique se situe entre 33-53 kcal/100g. La teneur en macronutriments est d’environ 12,8 g de glucides (glucose, fructose, saccharose), 0,6 lipide et 0,7 g de protéines (Japan Food Composition Table 2015). L’acide glutamique et l’arginine étaient les acides aminés les plus courants. Entre autres, l’acide aspartique, la leucine, la phénylalanine et la glycine prédominaient.

Si on compare avec d’autres baies comme les groseilles ou la framboises, les baies d’haskap semblent être un peu plus sucrées mais il est possible qu’il y a une variabilité liée à la maturité du fruit lors de la récolte et l’analyse. Ce fruit contient peu de protéines et de graisses comme les fruits de manière générale. En apports énergétiques, c’est similaire.

La teneur en vitamine C est assez variable allant de 17 à 186 mg/100g. Cela est vraisemblablement dû à des variations de type de sol, d’ensoleillement, de maturité du fruit lors de l’analyse etc…

Celli 2014, Senica 2017

Avec des antioxydants

D’après l’étude de Senica et al. (2017), 100g de baies de camerise contient 169-245 mg de phénols. Parmi les antioxydants, on retrouve entre 116-340 mg d’anthocyanes pour 100g (Thompson 2003, heinrich 2013, Ochmian 2009, Senica 2017). Les principaux anthocyanes retrouvés sont le cyanidine-3-glucoside et le péonidin-3-glucoside.

Le côté santé ?

Plusieurs études in vitro (modèles cellulaires) et in vivo (animaux) ont été menés sur des extraits de camerise et ont identifié des potentiels effets bénéfiques listés dans ce tableau.

Palikova 2008, Raudsepp 2013, Wu 2015, 2017, Kim 2015

Cependant, il est important de souligner que cela n’a pas été confirmé dans des études humaines (essais randomisés contrôlés). Il est fortement probable que ça n’est pas d’effet différent que de consommer des myrtilles ou des framboises. Ces bénéfices étaient souvent liés aux antioxydants et portaient sur des extraits (plus concentré) du fruit et pas sur le fruit entier.

Certaines entreprises vont peut-être l’évoquer comme le nouveau super-fruit, un concept plus marketing que basé sur des preuves scientifiques.

Une étude humaine

Je n’ai trouvé qu’une seule étude humaine (Heinrich 2013). Dix volontaires sains (25-39 ans, 8 femmes, employés de l’Université Palacky) ont été invités à consommer 165g de baies de chèvre-feuille bleu (haskap berry) frais (soit 208 mg/j d’anthocyanes) pendant une semaine.

Aucun effet secondaire n’a été signalé au cours de cette semaine. Entre 0 et 7 jours, une légère diminution significative de l’AOPP et des LDL oxydés et une augmentation significative de la glutathion peroxydase et catalase dans les érythrocytes ont été identifiés. Les résultats suggèrent que les baies n’ont eu aucun effet sur le statut antioxydant. Les résultats montrent que la consommation de fruits conduit à la production de produits finaux métaboliques spécifiques (les niveaux d’acide hippurique et d’acide phénolique ont considérablement augmenté) dans l’urine des volontaires, comme identifié par LC / MS. Cette augmentation peut être liée à la transformation métabolique des flavonoïdes alimentaires

Comme toutes les baies, il peut toujours y avoir des contaminations microbiologiques (salmonelle ou norovirus par exemple). Les norovirus peuvent survivre au processus de congélation, il y avait eu des épidémies de gastroentérite en Finlande et en Allemagne suis à une intoxication alimentaire avec des framboises contaminées aux norovirus (EFSA).

Si quelqu’un en a déjà mangé, qu’il n’existe pas à m’en faire un retour !

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Sources :

  • Senica M et al. Blue honeysuckle (Lonicera caerulea subsp. edulis (Turcz. ex Herder) Hultén.) berries and changes in their ingredients across different locations. J Sci Food Agric. 2017 Dec 14
  • Palikova I et al. Constituents and antimicrobial properties of blue honeysuckle: a novel source for phenolic antioxidants. J Agric Food Chem. 2008 Dec 24;56(24):11883-9.
  • Lefèvre I et al. Evaluation and comparison of nutritional quality and bioactive compounds of berry fruits from Lonicera caerulea, Ribes L. species and Rubus idaeus grown in Russia. Journal of Berry Research 1 (2011) 159–167
  • Ministry of Education, Culture, Sports, Science and Technology of Japan. Standard Tables of Food Composition in Japan, 2015, Seventh Revised Version
  • Celli et al. Haskap Berries (Lonicera caerulea L.)—a Critical Review of Antioxidant Capacity and Health-Related Studies for Potential Value-Added Products. Food Bioprocess Technol (2014) 7:1541–1554
  • Wu et al. Polyphenols from Lonicera caerulea L. berry attenuate experimental nonalcoholic steatohepatitis by inhibiting proinflammatory cytokines productions and lipid peroxidation. Molecular Nutrition & Food Research 61(4):1600858, December 2016
  • Wu Tao et al. 2013. Honeysuckle anthocyanin supplementation prevents diet-induced obesity in C57BL/6 mice. Food Funct. 2013 Nov;4(11):1654-61
  • Raudsepp et al. The antioxidative and antimicrobial properties of the blue honeysuckle (Lonicera caerulea L.), Siberian rhubarb (Rheum rhaponticum L.) and some other plants, compared to ascorbic acid and sodium nitrite. Food Control 31 (2013) 129e135
  • Hyung-Soo Kim et al. Single Oral Dose Toxicity Test of Blue Honeysuckle Concentrate in Mice. Toxicol Res. 2015 Mar; 31(1): 61–68.
  • Palikova I et al. Constituents and antimicrobial properties of blue honeysuckle: a novel source for phenolic antioxidants. J Agric Food Chem. 2008 Dec 24;56(24):11883-9.  

4 pensées sur “La baie d’haskap (la camerise) : un nouveau fruit du Japon autorisé en Europe

  • 31 mars 2020 à 11 h 44 min
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    J’ai deux arbustes dans mon jardin à montréal depuis 10 ans environs. Ils produisent abondamment à chaque année. Ce sont les premières fleurs au printemps dans mon jardin et ils sont toujours remplis de bourdon et autre pollinisateurs. Le goût pour moi est entre le framboise et le bleuet(myrtille). Les fruits peuvent rester plusieurs semaines dans l’arbuste. On commence à en manger mi juin jusqu’à fin juillet. Le goût évidemment varie au cours des semaines mais c’est délicieux. Le fruit est tres fragile par contre. Je me demande comment les japonais font pour le commercialiser sans en faire de la compote.

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    • 31 mars 2020 à 14 h 35 min
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      Bonjour, merci pour votre retour d’expérience 🙂 Il y a la possibilité de surgeler ces baies comme pour les framboises surgelées pour les exporter. Je sais également que certaines personnes en Europe ont cette plante dans leur jardin (en pologne, russie ou allemagne)

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  • 31 mars 2020 à 15 h 12 min
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    Faites vous exprès pour toujours utiliser les termes en anglais dans votre article au lieu de celui en français, la camerise?

    C’est quoi cette manie de la France de tout angliciser. C’est pathétique. C’est comme les Français qui visitent le Québec à qui je suis obligé d’expliquer c’est quoi les canneberges. Ils ont aucune idée de quoi je parle sauf si je leur parle de “cranberries” (equivalent anglais). Pathétique!

    En tout cas, la camerise, j’en fait pousser chez nous et c’est très bon.

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  • 19 avril 2020 à 19 h 53 min
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    Bonjour

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