Pesticides dans les Fruits et Légumes : Impacts sur la Santé et Conseils Pratiques

Les pesticides, ces alliés des agriculteurs pour protéger les cultures contre les ravageurs, moisissures et mauvaises herbes, regroupent plus de 1000 molécules aux structures et modes d’action variés : organochlorés, organophosphorés, carbamates, thiocarbamates, pyréthrinoïdes… Si, pour la majorité d’entre nous, l’alimentation reste la principale voie d’exposition, les agriculteurs y sont confrontés essentiellement par la peau. Quant aux jeunes enfants, leur curiosité naturelle et leur tendance à explorer le monde avec la bouche les exposent par ingestion indirecte (poussières, objets manipulés…). Les résidus de pesticides, bien que souvent invisibles, pourraient représenter un risque pour notre santé, selon l’INSERM (2013).

Des résidus de pesticides dans nos urines ou notre sang ?

Une étude américaine (CDC 2019) a révélé la présence de résidus de pesticides dans divers fluides et tissus du corps humain : urine, sang, tissus adipeux, organes, et même le lait maternel. Une fois ingérés, ces pesticides circulent via le sang et les liquides intestinaux, avant d’être transformés par les enzymes du foie, puis éliminés principalement dans les urines et les selles, et, dans une moindre mesure, par la sueur, la salive ou encore le lait maternel. La détection de pesticides dans l’urine ou le sang indique que le système de détoxification fonctionne correctement, mais cela ne signifie pas automatiquement qu’il y aura des impacts sur la santé. Par exemple, le glyphosate est éliminé jusqu’à 20 % par les urines.

Cependant, les effets potentiels sur la santé à long terme, même à faible dose, suscitent des interrogations. Les pesticides, conçus pour perturber des fonctions vitales ou reproductives chez les nuisibles (comme la signalisation nerveuse ou la division cellulaire), peuvent aussi affecter d’autres organismes non ciblés. Certains possèdent des propriétés toxiques reconnues, notamment en matière de reproduction, de génotoxicité, de cancérogénicité ou encore de perturbation endocrinienne (Mostafalou 2013, INSERM 2013).

Ces préoccupations justifient les efforts des autorités sanitaires pour limiter les résidus de pesticides et approfondir les recherches sur leurs effets chroniques à faibles doses.

Quand y a-t-il un risque pour la santé ?

Un produit phytosanitaire peut être dangereux, mais cela ne signifie pas automatiquement qu’il présente un risque pour la santé.

Risque = Danger x Exposition

Le risque dépend du niveau et de la voie d’exposition ainsi que de la sensibilité de la population concernée.

Les études toxicologiques pour évaluer les pesticides

La toxicité des pesticides est mesurée à l’aide d’études in vitro et in vivo. Ces études consistent à administrer différentes doses à des animaux (souvent des rats, souris ou chiens, en fonction de leur sensibilité) via plusieurs voies d’exposition : orale, cutanée ou respiratoire.

  • Exposition aiguë : une dose unique est administrée pour mesurer les effets immédiats.
  • Exposition sous-aiguë : l’effet est étudié sur 28 jours.
  • Exposition sous-chronique : les effets sont observés sur une période allant de 90 jours à un an.
  • Exposition chronique : les impacts sont analysés sur 1,5 à 2 ans.

Ces études permettent d’identifier les effets critiques sur l’ADN (génotoxicité), le système nerveux, endocrinien, immunitaire ou reproducteur.

Définition des seuils toxicologiques

À partir des résultats, des seuils toxicologiques sont établis. Ces seuils, comme la Dose Journalière Admissible (DJA) ou la Dose de Référence Aiguë (DRA), permettent de comparer l’exposition réelle à la toxicité potentielle. Si l’exposition reste en dessous de ces seuils, le risque est considéré comme maîtrisé.

Par exemple :

  • La DJA correspond à la quantité de pesticide qu’une personne peut ingérer chaque jour sans risque pour sa santé sur toute une vie.
  • La DRA est utilisée pour des expositions ponctuelles, comme lors de la consommation d’un aliment contenant des résidus de pesticides.

Ces mesures sont essentielles pour évaluer et gérer les risques liés à l’utilisation de pesticides, tout en minimisant les impacts sur la santé humaine.

a NOAEL (No Observed Adverse Effect Level) représente la dose maximale à laquelle aucun effet nocif n’est observé dans des études animales. Si une NOAEL ne peut être déterminée, on utilise la LOAEL (Lowest Observed Adverse Effect Level), soit la dose minimale provoquant un effet critique.

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Pour aller plus loin, la Benchmark Dose (BMD) correspond à une dose associée à un niveau de réponse spécifique, souvent fixé à +10 %.

La Dose Journalière Admissible (DJA)

À partir de ces seuils, on détermine la Dose Journalière Admissible (DJA), soit la quantité qu’un individu peut consommer chaque jour sans risque pour la santé, calculée en mg/kg de poids corporel par jour. Cette DJA inclut un facteur de sécurité d’au moins 100, qui prend en compte :

  • Les différences entre les animaux et les humains (variabilité inter-espèce).
  • La sensibilité propre à chaque individu (variabilité intra-espèce).
  • Les limites des études expérimentales (durée, méthodologie).
  • L’utilisation d’une LOAEL à défaut d’une NOAEL.
  • La gravité des effets nocifs identifiés.

Les Limites Maximales de Résidus (LMR)

Le règlement européen n°396/2005 définit les Limites Maximales de Résidus (LMR), c’est-à-dire les seuils de pesticides autorisés dans les aliments. Ces limites s’appliquent aux produits bruts, ni lavés ni épluchés, et sont fixées pour garantir une exposition bien inférieure aux seuils toxicologiques, tout en protégeant les cultures.

Contrôles et surveillance des résidus

La réglementation européenne (CE) n°669/2009 impose aux États membres de surveiller les résidus de pesticides dans les produits alimentaires.

  • En France : les contrôles sont effectués par la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes).
  • En Belgique : l’AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) prend en charge cette mission.

Ces données, collectées dans le cadre d’un « monitoring », sont ensuite centralisées au niveau de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire). Ce dispositif garantit la sécurité des consommateurs tout en assurant une régulation harmonisée au sein de l’Union Européenne.

ChatGPT a dit :

ChatGPT

Peu de dépassements des limites règlementaires en Europe

En 2016, l’Union Européenne a analysé 84 657 échantillons alimentaires pour détecter des résidus de 791 pesticides. Parmi ces échantillons, 67 % provenaient de l’UE et 26,4 % de pays tiers. Résultat ? La grande majorité des aliments (96,2 %) respectaient les limites maximales de résidus (LMR). De plus, 50,7 % des échantillons étaient totalement exempts de pesticides, avec des résidus non détectables. Seuls 3,8 % (3 175 échantillons) dépassaient les limites fixées.

Produits pour bébé

Les contrôles sur 1 676 échantillons de produits pour bébé révèlent que :

  • 90 % étaient exempts de résidus de pesticides.
  • 1,9 % dépassaient la limite stricte de 0,01 mg/kg d’aliment, avec du cuivre, des chlorates et du fosétyl-aluminium comme principaux résidus.

Produits biologiques

Sur 5 495 échantillons de produits bio :

  • 83,1 % étaient sans résidus détectables.
  • Seuls 71 échantillons dépassaient les limites règlementaires.

Produits transformés et non transformés

  • Produits non transformés : 50 % étaient exempts de pesticides, et 3,9 % dépassaient les LMR.
  • Produits transformés : 63,8 % ne contenaient pas de résidus détectables, et 2,8 % excédaient les limites.

Produits d’origine animale

Aucun dépassement des LMR n’a été détecté dans les viandes de bœuf et de volaille non transformées. Les dépassements constatés parmi les produits d’origine animale concernaient principalement le lait, avec des résidus de chlorates.

Résidus multiples

Parmi l’ensemble des échantillons, 30 % contenaient des résidus de plusieurs pesticides, une tendance qui mérite une attention particulière pour évaluer les effets combinés sur la santé.

Évaluation des risques : dépassements des seuils sanitaires (DJA)

Au niveau européen, parmi 122 pesticides évalués, 33 pesticides présents dans 209 échantillons (1 %) pourraient poser problème dans le cadre d’une exposition aiguë (consommation ponctuelle, comme un repas ou une journée). Ces dépassements concernaient des aliments comme les pommes, la laitue, les tomates et les pêches, en excédant la dose de référence aiguë (ARfD).

Pour une exposition chronique (consommation régulière), l’exposition alimentaire était inférieure à la DJA pour la majorité des pesticides. Toutefois, quelques substances, comme la dieldrine, le dichlorvos, le diméthoate et les dithiocarbamates, notamment le zirame, présentaient une toxicité chronique élevée. Malgré ces observations, l’EFSA estime qu’il est improbable que les résidus alimentaires de pesticides posent des problèmes significatifs pour la santé des consommateurs.

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Étude EAT2 en France

L’Étude Alimentation Totale (EAT2), conduite par l’ANSES, a analysé 144 767 échantillons pour détecter les résidus de pesticides :

  • 99,3 % étaient en dessous de la limite de détection, grâce aux méthodes chromatographiques GC-MS et LC-MS (sensibilité entre 0,002 et 0,1 mg/kg pour les fruits et légumes frais).
  • Seuls 1 062 échantillons (0,7 %) contenaient des résidus détectables.

Pour les gros consommateurs de cerises (<1 % des adultes et des enfants), il existe un risque potentiel de dépassement des seuils pour le diméthoate. Quant à 9 autres pesticides (comme les dithiocarbamates, le diazinon ou la dieldrine), les données ne permettent pas de tirer des conclusions définitives.

Pesticides et problèmes de santé : des liens ?

Le CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer) a classé en 2016 certains pesticides comme cancérigènes :

  • Le lindane
  • Le pentachlorophénol

Cependant, cette classification reflète uniquement la force des preuves scientifiques selon lesquelles un agent peut provoquer le cancer. Elle ne mesure pas l’ampleur du risque, qui dépend des niveaux d’exposition, des populations concernées et des types de cancer associés.

Les difficultés méthodologiques d’étudier l’exposition aux pesticides

A cause de la toxicité des pesticides, il est impossible de faire une étude d’intervention (essai randomisé contrôlé) où l’on testerait sur l’Homme de manière isolée l’effet des pesticides sur la santé. L’évaluation des risques sanitaire se base donc sur des études sur des modèles cellulaires (in vitro) et animaux (in vivo) ainsi que des études humaines observationnelles à un temps t (étude transversale) ou sur plusieurs années (études longitudinales = cohorte prospective).

Les études épidémiologiques chez les travailleurs agricoles : exemple de la cohorte AHS

La plupart des études humaines ont été menée sur des travailleurs agricoles (études AHS, Agrican) qui sont beaucoup plus exposés aux pesticides a priori que la population générale. Je vais vous présenter les principaux résultats de la cohorte américaine AHS (Agricultural Health Study) sur 50 000 agriculteurs, qui a débutée en 1993 :

  • Les paysans ont moins de maladies que le reste de la population. C’est peut-être parce qu’ils sont moins susceptibles de fumer et plus actifs physiquement = des facteurs de risques de maladies chroniques.
  • Les agriculteurs ont un risque plus élevé de développer certains cancers, y compris le cancer de la prostate avec l’utilisation importante du bromométhane. La pendiméthaline et la dieldrine, le chlorimuron-éthyle, le diazinon et le parathion, pourraient augmenter le risque de cancer du poumon par rapport à des personnes non-exposées (Weichenthal et al. 2010). Les gants importent. L’utilisation de gants résistants aux produits chimiques peut réduire l’exposition aux pesticides de 50 à 80%
  • La roténone et le paraquat sont liés à une utilisation accrue de la maladie de Parkinson en développement
  • L’asthme allergique chez les hommes et les femmes peut être associé à l’utilisation de certains insecticides organophosphatés
  • Des expositions accidentelles élevées aux pesticides peuvent affecter la santé plus tard dans la vie
  • Le risque de diabète et de maladie de la thyroïde peut augmenter pour les utilisateurs de certains produits chimiques organochlorés

Exemple d’une étude prospective humaine sur les résidus de pesticides et des effets sur la reproduction

En population générale, les analyses des principales études portaient sur un temps t (études transversales). Peu d’études longitudinales se sont intéressés aux associations entre les résidus de pesticides et la survenue de problèmes de santé.

Je vous présenterai de manière non exhaustive une étude intéressante sur 325 femmes entre 2007 et 2016 recevant un traitement d’infertilité avec une technologie de procréation dont leur alimentation par questionnaires auto-administrés a été mesurées à l’inclusion. L’exposition aux résidus de pesticides a été estimée en combinant leurs consommations alimentaires avec une base de concentrations de résidus de pesticides dans les aliments. Les auteurs ont identifié qu’une plus grande consommation de fruits et légumes à haute concentration en résidus était associée à une probabilité plus faible de grossesses et d’aboutir à une naissance vivante (après un traitement contre la stérilité). Ces données suggèrent que l’exposition alimentaire aux pesticides dans ce cadre spécifique pourrait être associée à des conséquences néfastes sur la reproduction.

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La limite majeure de cette étude est que l’exposition aux pesticides n’a pas été mesurée directement (mais par des questionnaires auto-administrés comme dans beaucoup d’études épidémiologiques). L’exposition ne portait pas non plus sur un pesticide spécifique relié à un effet spécifique sur la reproduction. Comme c’est une étude observationnelle, des biais de confusion peuvent ne pas avoir été pris en compte. Pour finir, ces résultats ne sont pas extrapolable à la population générale mais cette étude a le mérite d’avoir un design prospectif sur plusieurs années.

D’autres aspects sanitaires méconnus sont les effets cocktails des résidus des pesticides (effets additifs, synergiques…) sur le long terme ou pour des populations à risque et les effets de perturbateurs endocriniens avec des relations doses-effets non linéaires.

Manger des fruits et légumes : un vrai atout santé !

Les fruits et légumes jouent un rôle essentiel dans une alimentation équilibrée. Leurs bienfaits pour la santé surpassent largement les risques potentiels liés aux résidus de pesticides, souvent présents en quantités infimes. Pas question de bouder ces aliments essentiels à cause de craintes exagérées ! En réalité, près de la moitié des échantillons alimentaires analysés ne contiennent aucun résidu détectable, et plus de 95 % respectent les normes règlementaires. L’exposition alimentaire aux pesticides reste généralement bien en deçà des seuils toxicologiques, avec des risques pour la santé jugés faibles.

Fruits et légumes : vos alliés santé au quotidien

Quelques gestes simples pour limiter l’exposition aux pesticides

  • Rincer soigneusement vos fruits et légumes : cela permet de retirer une partie des résidus présents en surface. Éplucher vos aliments, si possible, est également une option intéressante.
  • Varier vos choix alimentaires : diversifier les fruits et légumes que vous consommez réduit le risque d’exposition répétée à un même pesticide.
  • Opter pour des produits bio : en moyenne, ils contiennent moins de résidus (EFSA 2017). Toutefois, certains pesticides naturels restent autorisés en agriculture biologique, comme le soufre ou les pyréthrines, conformément au règlement européen (CE) No 889/2008.

Avec ces précautions simples, vous profitez pleinement des atouts des fruits et légumes, qui jouent un rôle clé dans la prévention de nombreuses maladies chroniques (cancers, obésité…). En consommer chaque jour, c’est choisir une meilleure santé et une alimentation savoureuse !

Sources : Mostafalou S, Abdollahi M. Pesticides and human chronic diseases: evidences, mechanisms, and perspectives. Toxicol App/ Pharmacol 2013 Apr 15;268(2):157-77.

Department of Health and Human Services, Center of Disease Control and Prevention, Fourth National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals Updated Tables, January 2019, Volume One

EFSA (European Food Safety Authority), 2018. The 2016 European Union reporton pesticide residues in food. EFSA Journal 2018;16(7):5348, 139 pp

EFSA PPR Panel. Scientific Opinion of the PPR Panel on the follow-up of thefindings of the External Scientific Report‘Literature review of epidemiological studieslinking exposure to pesticides and health effects’. EFSA Journal 2017;15(10):5007, 101 pp

ANSES. Étude de l’alimentation totale française 2 (EAT 2) Tome 2. Résidus de pesticides, additifs, acrylamide, hydrocarbures aromatiques polycycliques. Juin 2011 https://www.anses.fr/fr/system/files/PASER2006sa0361Ra2.pdf

Yu-Han Chiu et al. Association Between Pesticide Residue Intake From Consumption of Fruits and Vegetables and Pregnancy Outcomes Among Women Undergoing Infertility Treatment With Assisted Reproductive Technology. JAMA Intern Med. 2018 Jan; 178(1): 17–26

Nougadère, A.,et al. Leblanc, J.-C. (2012). Total diet study on pesticide residues in France: Levels in food as consumed and chronic dietary risk to consumers. Environment International, 45, 135–150.doi:10.1016/j.envint.2012.02.001

DGCCRF. Contrôle des résidus de pesticides dans les denrées végétales. Mars 2017 https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/controle-des-residus-pesticides-dans-denrees-vegetales#N3

Weichenthal et al. A Review of Pesticide Exposure and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study Cohort. Environ Health Perspect. 2010 Aug; 118(8): 1117–1125.

AHS Agricultural Health Study https://aghealth.nih.gov/

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