Résumé
- Une moisissure rose sur un aliment peut correspondre à plusieurs micro-organismes : champignons comme Trichothecium roseum (pourriture rose des fruits) ou Fusarium, levures comme Rhodotorula sur les produits laitiers.
- Trichothecium roseum peut produire des trichothécènes, dont la toxine T-2, retrouvée dans des pommes contaminées jusque dans la chair sans symptôme visible.
- Selon l’USDA, les aliments humides ou poreux (pain, yaourt, confiture, fromages frais, restes cuits, fruits mous) doivent être jetés ; seuls les fromages à pâte dure et les fruits et légumes fermes peuvent être récupérés en coupant au moins 2,5 cm autour et sous la tache.
- L’ANSES recommande de ne pas consommer un fruit visiblement moisi ; pour une pomme dont la lésion ne dépasse pas 3 cm, retirer 1 cm au-delà de la lésion, sinon la jeter.
- La plupart des mycotoxines résistent à la cuisson ; les aflatoxines sont classées cancérogènes pour l’homme (groupe 1) par le CIRC.
Mise à jour : 30 octobre 2026
Une moisissure rose sur un aliment n’est pas un signe rassurant : la couleur dépend des spores ou des pigments du micro-organisme, pas de sa dangerosité. Sur les fruits et légumes, ce duvet rose est souvent dû à Trichothecium roseum, un champignon capable de produire des mycotoxines ; sur les céréales, il peut s’agir de Fusarium ; sur un yaourt ou un fromage frais, une coloration rose ou rouge peut venir d’une levure, Rhodotorula. Dans tous les cas, la règle des agences sanitaires est la même : un aliment mou, humide ou poreux qui présente une moisissure, quelle que soit sa couleur, se jette.
Peut-on alors manger un aliment moisi en retirant la partie atteinte ? Parfois, oui : un morceau de fromage à pâte dure ou une carotte peuvent être récupérés. Cet article détaille ce que sont les moisissures, les mycotoxines qu’elles produisent, les aliments à jeter ou non selon le ministère américain de l’Agriculture (USDA) et l’ANSES, et les gestes pour limiter leur apparition.
Qu’est-ce qu’une moisissure sur un aliment ?
Les moisissures sont des champignons microscopiques qui vivent sur la matière végétale ou animale. Selon le service de sécurité alimentaire de l’USDA (USDA FSIS), la plupart sont filamenteuses et se composent de trois parties :
- des filaments, comparables à des racines, qui envahissent l’aliment, parfois en profondeur ;
- une tige qui s’élève au-dessus de l’aliment ;
- des spores, qui donnent à la moisissure sa couleur (vert, gris, blanc, noir, rose) et se dispersent dans l’air.
Ce que l’on voit en surface n’est donc qu’une partie de la moisissure. Quand la croissance est abondante, les filaments ont pénétré profondément l’aliment, et des bactéries invisibles peuvent se développer en même temps. Les moisissures préfèrent la chaleur et l’humidité, mais elles poussent aussi au réfrigérateur et tolèrent mieux le sel et le sucre que la plupart des autres micro-organismes : c’est pourquoi on en trouve sur les confitures et les charcuteries.

Moisissure rose sur un aliment : de quoi s’agit-il ?
Le rose n’identifie pas une espèce précise. Plusieurs micro-organismes peuvent donner cette teinte, et seule une analyse en laboratoire permet de les distinguer.
| Micro-organisme | Type | Aliments concernés | Risque documenté |
|---|---|---|---|
| Trichothecium roseum | Champignon (moisissure) | Pommes, melons, tomates et autres fruits (« pourriture rose ») | Production de trichothécènes, dont la toxine T-2 |
| Fusarium (plusieurs espèces) | Champignon (moisissure) | Céréales surtout (blé, avoine, maïs) | Déoxynivalénol, toxines T-2 et HT-2, zéaralénone, fumonisines |
| Rhodotorula mucilaginosa | Levure | Fromages à tartiner, yaourts (dépôt rose à rouge en surface) | Potentiellement pathogène chez les personnes immunodéprimées |
Sur le melon, l’institut INRAE décrit Trichothecium roseum comme responsable de lésions qui, par temps humide, se couvrent d’une moisissure rose caractéristique, à ne pas confondre avec celles des Fusarium ; le champignon pousse de façon optimale entre 20 et 25 °C et continue à se développer jusqu’à 10 °C et même en dessous (INRAE Ephytia). Il peut produire un trichothécène dans les tissus altérés.
Un résultat est particulièrement utile pour le consommateur. Dans des pommes infectées par T. roseum, la toxine T-2 a été mesurée entre 7,1 et 128,4 µg/kg dans la zone pourrie, mais elle a aussi été détectée dans la chair sans aucun symptôme visible (Tang et al., Food Additives & Contaminants, 2015). Une étude de 2026 confirme que les pommes infectées par ce champignon peuvent contenir des trichothécènes présentant une menace potentielle pour la santé (Liu et al., Food Microbiology, 2026).
Sur les produits laitiers, des chercheurs italiens ont identifié la levure Rhodotorula mucilaginosa comme responsable de dépôts rouges visqueux à la surface de fromages à tartiner et de yaourts fraîchement ouverts ; cette levure productrice de caroténoïdes peut être pathogène, surtout chez les personnes immunodéprimées (Di Renzo et al., Food Research International, 2023).
En pratique : un fruit mou, un yaourt, un fromage frais ou un produit céréalier qui présente des taches roses doit être jeté. Pour une pomme, les consignes de l’ANSES détaillées plus bas s’appliquent.
Pourquoi les moisissures peuvent-elles être dangereuses ?
L’USDA résume trois risques : certaines moisissures provoquent des réactions allergiques et des troubles respiratoires, quelques-unes produisent dans certaines conditions des mycotoxines, et des bactéries peuvent se développer en même temps qu’elles dans les aliments humides.
Les mycotoxines sont des composés toxiques produits naturellement par certains champignons. L’Autorité européenne de sécurité des aliments indique qu’elles entrent dans la chaîne alimentaire par l’infection des cultures avant ou après la récolte, et qu’on les trouve typiquement dans les céréales, les fruits secs, les noix et les épices ; leurs effets vont de troubles digestifs et rénaux à l’immunodépression et au cancer (EFSA). Point essentiel rappelé par l’Organisation mondiale de la santé : la plupart des mycotoxines sont chimiquement stables et résistent à la transformation des aliments (OMS, 2023). Cuire ou griller un aliment moisi ne le rend donc pas sûr.

Les principales mycotoxines et leurs effets
| Mycotoxine | Moisissures productrices | Aliments les plus concernés | Effets |
|---|---|---|---|
| Aflatoxines | Aspergillus flavus, A. parasiticus | Céréales, arachides, fruits à coque, épices, figues sèches ; aflatoxine M1 dans le lait | Toxiques pour le foie ; cancérogènes pour l’homme (CIRC, groupe 1) |
| Ochratoxine A | Plusieurs espèces d’Aspergillus et de Penicillium | Céréales, café, raisins secs, vin, jus de raisin, épices, réglisse | Atteinte rénale ; effets sur le développement fœtal et l’immunité |
| Toxines de Fusarium (déoxynivalénol, T-2, HT-2) | Fusarium | Blé (déoxynivalénol), avoine (T-2 et HT-2) | Irritation de la peau et des muqueuses digestives, diarrhée ; immunosuppression chez l’animal |
| Zéaralénone | Fusarium | Blé | Effets hormonaux (œstrogéniques), infertilité à forte dose, en particulier chez le porc |
| Fumonisines | Fusarium | Maïs | Associées au cancer de l’œsophage chez l’homme ; toxicité hépatique et rénale chez l’animal |
| Patuline | Penicillium expansum, Aspergillus, Byssochlamys | Pommes pourries et produits à base de pomme | Nausées, troubles digestifs, vomissements ; génotoxique, non classable quant à sa cancérogénicité (CIRC, groupe 3) |
Sources : OMS, CIRC, monographie 100F, ANSES, fiche patuline.
L’OMS précise que de fortes doses d’aflatoxines peuvent provoquer une intoxication aiguë, l’aflatoxicose, potentiellement mortelle par atteinte du foie, et que ces toxines peuvent causer un cancer du foie chez l’homme. Le Centre international de recherche sur le cancer classe les aflatoxines comme cancérogènes pour l’homme (groupe 1).
Quels aliments moisis jeter, lesquels peut-on garder ?
La règle générale de l’USDA repose sur la texture : la moisissure pénètre difficilement un aliment dense et sec, mais envahit rapidement un aliment mou, humide ou poreux. Voici ses recommandations.
| Aliment | Que faire ? | Pourquoi ? |
|---|---|---|
| Charcuterie cuite, bacon, saucisses | Jeter | Aliment humide, contamination possible sous la surface ; bactéries associées |
| Saucisson sec, jambon sec de pays | Consommer ; brosser la moisissure de surface | Moisissure de surface normale sur ces produits stables |
| Restes de viande ou de volaille cuites, plats cuisinés | Jeter | Aliment humide ; bactéries associées |
| Céréales et pâtes cuites | Jeter | Aliment humide |
| Fromage à pâte dure (hors fromages fabriqués avec des moisissures) | Consommer en coupant au moins 2,5 cm autour et sous la tache, sans toucher la moisissure avec le couteau | La moisissure pénètre peu |
| Fromages à moisissures (roquefort, bleu, brie, camembert) | Jeter les pâtes molles (brie, camembert) si une moisissure étrangère apparaît ; pour les pâtes dures (gorgonzola, stilton), couper 2,5 cm autour | Les moisissures étrangères à la fabrication peuvent être dangereuses |
| Fromages frais (fromage blanc, fromage à tartiner, chèvre frais) ; fromages râpés, émiettés ou en tranches | Jeter | Aliment humide ; contamination par l’outil de découpe |
| Yaourt, crème fraîche | Jeter | Aliment humide |
| Confitures et gelées | Jeter (ne pas retirer la moisissure à la cuillère) | La moisissure peut produire une mycotoxine |
| Fruits et légumes fermes (chou, poivron, carotte) | Consommer en coupant au moins 2,5 cm autour et sous la tache | La moisissure pénètre difficilement un aliment dense |
| Fruits et légumes mous (concombre, pêche, tomate) | Jeter | Aliment humide, contamination sous la surface |
| Pain et viennoiseries | Jeter | Aliment poreux |
| Beurre de cacahuète, légumineuses, fruits à coque | Jeter | Produits sans conservateur, à haut risque |
Source : USDA FSIS, Molds on Food: Are They Dangerous? (la distance de 1 pouce correspond à 2,5 cm).

Le cas des pommes et des fruits selon l’ANSES
Dans sa fiche consacrée à Penicillium expansum et à la patuline, mise à jour en mars 2022 (ANSES, 2022), l’agence recommande aux consommateurs :
- de ne pas consommer en l’état un fruit présentant des moisissures visibles, ni de l’utiliser pour préparer compote, cidre, jus ou autre produit ;
- pour une pomme, de retirer 1 cm au-delà de la lésion si celle-ci ne dépasse pas 3 cm de diamètre ; au-delà, de jeter la pomme ;
- de stocker les fruits dans un endroit sec et frais ;
- de ne pas consommer les compotes et confitures présentant des moisissures visibles.
L’OMS conseille de son côté d’examiner les céréales complètes, les figues sèches et les fruits à coque, et de jeter ceux qui paraissent moisis, décolorés ou ratatinés.

Faut-il sentir un aliment moisi ?
Non. L’USDA déconseille de renifler un aliment moisi, car cela peut provoquer des troubles respiratoires. Ses consignes face à un aliment moisi sont les suivantes :
- si l’aliment est couvert de moisissure, le jeter dans un sac en papier ou un emballage fermé, dans une poubelle couverte, hors de portée des enfants et des animaux ;
- nettoyer l’endroit du réfrigérateur ou du placard où il était rangé ;
- vérifier les aliments voisins qu’il a pu toucher, car la moisissure se propage vite dans les fruits et légumes.
En cas de symptômes après avoir consommé ou manipulé un aliment moisi (nausées, vomissements, troubles digestifs, gêne respiratoire, signes d’allergie), il est conseillé de contacter un médecin ou un centre antipoison, en particulier pour un enfant, une femme enceinte, une personne âgée ou immunodéprimée.
Comment limiter l’apparition des moisissures ?
L’USDA insiste sur la propreté, les spores pouvant s’accumuler dans le réfrigérateur, les torchons et les éponges :
- nettoyer l’intérieur du réfrigérateur tous les quelques mois avec une cuillère à soupe de bicarbonate de soude dissoute dans environ un litre d’eau, rincer et sécher ;
- garder torchons, serviettes, éponges et serpillières propres ; une odeur de moisi signale qu’ils dispersent des moisissures ;
- maintenir l’humidité de la maison sous 40 % ;
- couvrir les aliments servis et filmer les fruits et légumes coupés ;
- transvaser les conserves entamées dans des récipients propres et les réfrigérer ;
- ne pas laisser un aliment périssable plus de 2 heures hors du réfrigérateur ;
- consommer les restes dans les 3 à 4 jours ;
- acheter en petites quantités et examiner les produits avant l’achat (bocaux, zone du pédoncule des fruits, fruits abîmés).
L’OMS ajoute de bien stocker les aliments (au sec, à l’abri des insectes et de la chaleur), de ne pas les conserver trop longtemps et de varier son alimentation, ce qui réduit l’exposition aux mycotoxines.
Comment l’Union européenne limite-t-elle les mycotoxines ?
Les teneurs maximales de mycotoxines autorisées dans les denrées alimentaires sont fixées par le règlement (UE) 2023/915 du 25 avril 2023, qui a remplacé le règlement (CE) n° 1881/2006 (EUR-Lex). Il couvre notamment les aflatoxines, l’ochratoxine A, la patuline, le déoxynivalénol, la zéaralénone, les fumonisines et les toxines T-2 et HT-2. Il a été modifié à plusieurs reprises en 2024 et 2025 ; le règlement (UE) 2024/1038 du 9 avril 2024 a notamment fixé des teneurs maximales pour les toxines T-2 et HT-2 dans les aliments (Vitalini et al., Italian Journal of Food Safety, 2026).
L’EFSA souligne que la température et l’humidité étant des paramètres clés de la croissance des champignons, le changement climatique devrait modifier la présence des mycotoxines dans les cultures. Ces contrôles portent sur les produits mis sur le marché ; ils ne protègent pas d’une moisissure qui se développe à la maison, d’où l’importance des règles de tri décrites plus haut.
Toutes les moisissures sont-elles mauvaises ?
Non. Certaines sont volontairement utilisées en fromagerie. Les fromages à pâte persillée comme le roquefort, le bleu, le gorgonzola ou le stilton sont obtenus par ajout de spores de Penicillium roqueforti ; le brie et le camembert portent une moisissure blanche de surface. Selon l’USDA, les moisissures utilisées pour fabriquer ces fromages sont sans danger. Certains saucissons secs portent aussi une fine couche de moisissure blanche normale, mais ne doivent présenter aucune autre moisissure. Une moisissure d’une autre couleur ou d’un autre aspect que celle d’origine reste un signal pour jeter un fromage à pâte molle.
Sources
- USDA Food Safety and Inspection Service. Molds on Food: Are They Dangerous? fsis.usda.gov
- ANSES. Fiche de description de danger biologique transmissible par les aliments : Penicillium expansum et autres espèces productrices de patuline, mise à jour mars 2022. anses.fr
- EFSA. Mycotoxins (dossier thématique). efsa.europa.eu
- Organisation mondiale de la santé. Mycotoxins, aide-mémoire, 2 octobre 2023. who.int
- CIRC. Aflatoxins, IARC Monographs volume 100F. ncbi.nlm.nih.gov
- INRAE Ephytia. Melon : Trichothecium roseum. ephytia.inrae.fr
- Tang Y et al. A method of analysis for T-2 toxin and neosolaniol by UPLC-MS/MS in apple fruit inoculated with Trichothecium roseum. Food Additives & Contaminants Part A, 2015. PubMed 25254921
- Liu Q et al. TrveA affects the pathogenicity to apples by regulating the sporulation, reactive oxygen species and trichothecenes metabolic pathways in Trichothecium roseum. Food Microbiology, 2026. PubMed 41136160
- Di Renzo T et al. Shotgun proteomics for the identification of yeasts responsible for pink/red discoloration in commercial dairy products. Food Research International, 2023. PubMed 37254369
- Vitalini S et al. Mycotoxins in European Union Regulations (2023-2025). Italian Journal of Food Safety, 2026. PubMed 41247162
- Règlement (UE) 2023/915 de la Commission du 25 avril 2023 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires. EUR-Lex





