Empreinte carbone de notre alimentation : quels aliments produisent le moins de gaz à effet de serre ?

Une analyse de grande envergure, publiée dans le journal Science, s’appuie sur 570 études couvrant 38 700 exploitations réparties dans 119 pays. Elle a mesuré les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 produits alimentaires représentant 90 % des apports en calories et en protéines, en utilisant une approche d’analyse de cycle de vie (ACV). Les détails des méthodes de calcul sont disponibles dans la publication, basée sur des moyennes internationales.

L’impact environnemental de l’alimentation à l’échelle mondiale

L’actuelle chaîne d’approvisionnement alimentaire engendre environ 13,7 milliards de tonnes métriques d’équivalents CO2 (CO2eq), soit 26 % des émissions anthropiques de GES. Une synthèse visuelle des émissions moyennes (en CO2eq) par kilogramme ou litre d’aliments a été réalisée pour mieux comprendre ces impacts.

Pourquoi utiliser l’unité de 1kg d’aliments comme référence ?

L’étude publiée dans Science repose sur l’approche ACV. Selon l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’analyse de cycle de vie est un outil permettant de compiler et d’évaluer les intrants, les extrants et les impacts environnementaux potentiels d’un produit tout au long de son cycle de vie. Elle offre une vision globale des impacts environnementaux générés par les biens, services ou procédés, en tenant compte de différentes simulations. Les études ACV définissent clairement les fonctions des produits étudiés, l’unité fonctionnelle choisie, les frontières du système et les limites de l’étude. Dans cette analyse, les limites du système, détaillées à la page 4 du Supplementary Material (figure S1), excluent par exemple la séquestration du carbone dans les prairies. Les unités fonctionnelles retenues varient selon les produits :
  • 1 kg pour les aliments,
  • 1000 kcal pour les céréales,
  • 100 g pour les produits d’origine animale, les légumineuses, les fruits à coque, et les fruits de mer/poissons.
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Pour faciliter les comparaisons, les impacts environnementaux de chaque produit alimentaire sont ramenés à 1 kg, une unité de mesure commune, comme l’explique le Supplementary Materials Data S2. Cette méthode est similaire à celle qu’utilise un consommateur lorsqu’il compare le prix de deux fruits en le rapportant au kilo. Ainsi, l’analyse permet de comparer les émissions de GES de différents aliments sur une même base (ADEME). Principaux émetteurs de gaz à effet de serre (GES) Parmi les aliments étudiés, la viande de bœuf se distingue comme le principal émetteur de GES, avec 99,5 kg CO2 éq/kg. Elle est suivie par d’autres viandes bovines, le chocolat, le café, les crustacés et les fromages. Ces chiffres incluent les émissions liées à la production agricole, à la transformation, à l’emballage et au transport. Cependant, l’étude publiée dans Science ne fournit pas de précisions sur le rôle spécifique du transport pour les fruits et légumes, bien qu’il s’agisse d’un facteur clé dans leurs émissions totales. Variations des données : une analyse détaillée Bien que les données médianes soient disponibles dans le Data S2 (accompagnées de la variance et des percentiles), elles ne sont pas mentionnées ici en raison d’un problème lié à certains aliments présentant des percentiles négatifs. Les lecteurs intéressés peuvent néanmoins consulter ces informations directement dans le Supplementary Materials.
Pour une base de 100 g de protéines (plus adaptée à la consommation réelle, étant donné que, selon l’enquête INCA3, la consommation médiane de protéines en France est d’environ 80 g par jour), les produits animaux demeurent les principaux émetteurs de GES. Toutefois, cette analyse ne prend pas en compte la qualité protéique, notamment les teneurs en acides aminés indispensables, qui varient selon les sources.

Quel est l’impact des consommations alimentaires sur les émissions de GES en France ?

En France, environ 300 millions de tonnes (Mt) de végétaux sont produites ou importées chaque année. Parmi celles-ci, 110 Mt sont destinées à l’alimentation animale et 70 Mt sont exportées, principalement sous forme de céréales et de lait (ADEME). En moyenne, un Français consomme 2,4 kg d’aliments par jour, dont les deux tiers sont des produits d’origine végétale. Les données présentées ci-dessous proviennent du rapport de l’ADEME.

Production agricole et émissions de GES

Environ 20 % de la viande bovine et 30 à 40 % des viandes porcine et de volaille consommées en France sont importées, aussi bien depuis l’Europe que de pays hors UE. Les produits laitiers et la viande occupent 80 % de la surface agricole, ce qui explique qu’ils représentent à eux seuls 85 % des émissions de GES liées à la production agricole. La France exporte également la moitié de ses céréales et un tiers de sa production laitière. Cela engendre un solde positif en termes d’émissions de GES de 9,3 Mt éq CO2, les produits exportés générant davantage d’émissions que ceux importés.
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Les émissions directes de GES liées à la production agricole proviennent principalement :
  • du méthane (fermentation entérique des ruminants et déjections),
  • du protoxyde d’azote (élevage, volatilisation et lessivage des engrais),
  • du CO2 (combustion d’énergies fossiles).
Les émissions indirectes concernent la fabrication du matériel agricole, la production de phytosanitaires, ainsi que l’énergie utilisée dans les bâtiments et machines agricoles.

Transformation alimentaire

Les produits les plus transformés en France incluent les céréales, les produits de boulangerie, la farine, l’amidon, les boissons et les produits destinés à l’alimentation animale.

Fruits et légumes hors saison : un impact important

En France, les pommes, salades, haricots verts, carottes et navets sont majoritairement produits localement. Cependant, 40 à 60 % des tomates, concombres, melons, pêches, nectarines, raisins, fraises et courgettes sont importés. Les oranges, bananes et clémentines/mandarines sont presque exclusivement importées (90-100 %). Les légumes frais importés atteignent leur plus bas niveau en septembre-octobre. Les principales importations proviennent du Maroc, de l’Espagne et de la Belgique, surtout pour les légumes hors saison. Le transport est le principal facteur d’émissions de GES pour ces produits, et 44 % des importations par avion concernent des fruits et légumes, tandis que 25 % concernent les poissons et crustacés.

Comment réduire son empreinte carbone alimentaire ?

Pour limiter son impact, il est conseillé de réduire la consommation de produits d’origine animale ainsi que celle de fruits et légumes hors saison importés par avion. Source : Science (Data S2 du matériel supplémentaire).
Capture d’écran de la publication de Science (FU=Functional Unit= Unité Fonctionnelle)

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