Les régimes pauvres en glucides « low-carb diet » et hyperglucidiques associés à un risque accru de mortalité ?

Une étude publiée dans The Lancet Public Health Journal souligne qu’une consommation modérée de glucides pourrait être optimale pour la santé. En effet, un apport excessif ou insuffisant de glucides est associé à une augmentation du risque de mortalité.

Glucides : une diversité à connaître

Les glucides (ou sucres) regroupent différents composés chimiques selon leur degré de polymérisation :

  • N=1 : glucose, fructose, galactose.
  • N=2 : saccharose, lactose, maltose…
  • N=3-9 : maltodextrine, galactoside, fructane…
  • N>10 : cellulose, gomme, amidon, fructane…

Le terme “sucres” désigne spécifiquement les mono- et disaccharides, dont une consommation excessive peut entraîner surpoids, troubles métaboliques et caries.

L’ANSES recommande que 40 à 55 % de l’énergie totale provienne des glucides, avec un maximum de 100 g de sucres par jour (hors lactose et galactose), et limite les boissons sucrées à une seule par jour, en privilégiant les jus de fruits.

Les régimes hypo- et hyperglucidiques

  • Régimes hypoglucidiques (“Low Carb”)
    Ces régimes, limitant les glucides à moins de 50-150 g/jour (et parfois moins de 50 g), sont populaires pour leur effet rapide sur la perte de poids. Cependant, leur innocuité à long terme reste incertaine. L’ANSES met en garde contre les carences en fibres et micronutriments qu’ils peuvent engendrer, en raison de la réduction de fruits, légumes et céréales.
  • Régimes hyperglucidiques
    Lorsque plus de 55 % de l’énergie provient des glucides, ceux-ci sont transformés en acides gras saturés et stockés sous forme de triglycérides, augmentant ainsi le risque de déséquilibres métaboliques.

Les données scientifiques sur la consommation de glucides

Les conclusions des études sur le long terme sont souvent contradictoires :

  • Une méta-analyse (Noto et al., 2013) a trouvé que de faibles apports en glucides augmentaient le risque de mortalité.
  • À l’inverse, l’étude PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology), portant sur 18 pays et 135 355 participants, a montré qu’une consommation élevée de glucides (+28 % de risque) était associée à une mortalité accrue.

Ces divergences pourraient être liées aux différences dans les régimes étudiés, notamment entre glucides d’origine végétale et animale, un aspect encore peu exploré.

L’étude ARIC : glucides et risque de mortalité

Publiée dans The Lancet, l’étude ARIC (Atherosclerosis Risk in Communities) a examiné les habitudes alimentaires de 4 communautés américaines (Caroline du Nord, Mississippi, Minnesota, Maryland) sur une période prolongée. En se basant sur des questionnaires alimentaires, elle a analysé le lien entre la part de glucides dans le régime (en %) et le risque de mortalité, tout en ajustant les résultats pour des facteurs de confusion (âge, sexe, éducation, etc.).

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Cette étude a été complétée par une mise à jour d’une méta-analyse incluant des études épidémiologiques et des essais cliniques randomisés de plus d’un an. Elle visait à fournir une synthèse rigoureuse et reproductible sur ce sujet.

Pour affiner leurs conclusions, les chercheurs ont également développé un score de 10 points pour différencier les apports en glucides d’origine végétale et animale.

 Résultats de l’étude ARIC : une relation en U entre glucides et mortalité

L’étude ARIC, avec un suivi médian de 25 ans et 6283 décès enregistrés, a révélé une relation non linéaire (en forme de U) entre la consommation de glucides et le risque de mortalité. La part moyenne des glucides dans l’apport énergétique des participants était de 48,9 %.

Caractéristiques des grands consommateurs de glucides (Q5)

Les participants ayant une consommation élevée de glucides présentaient les caractéristiques suivantes :

  • Plus âgés, majoritairement des femmes.
  • IMC plus faible et moins de diabète.
  • Activité physique plus importante.
  • Consommation accrue de protéines végétales et de fibres.
  • Consommation moindre de graisses animales et végétales.

Une relation en U : les glucides et le risque de décès

Le risque de mortalité était plus élevé pour les apports très faibles ou très élevés en glucides, tandis qu’un apport modéré (50-55 % de l’énergie) était associé à un risque minimal.

  • Moins de 30 % de glucides : réduction de la longévité d’environ 4 ans.
  • Plus de 65 % de glucides : diminution de la longévité d’environ 1 an.

Résultats de la méta-analyse : confirmation de la relation en U

La méta-analyse, incluant 432 179 participants issus de 8 cohortes, a confirmé cette relation en U entre glucides et mortalité, avec des différences régionales notables :

  • Pays occidentaux (Europe/Nord Amérique) : consommation moyenne de glucides souvent <50 %.
  • Asie : consommation moyenne de glucides >60 %.

Risque de mortalité lié à la consommation de glucides

  • Faible apport en glucides : risque accru de 20 % de décès.
  • Apport élevé en glucides : risque accru de 23 % de décès.
  • Les régimes faibles en glucides des pays occidentaux (plus riches en graisses et protéines animales) contribuent à la partie gauche du U, tandis que la partie droite est influencée par les régimes asiatiques, souvent très riches en glucides.
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L’impact de l’origine des protéines et graisses

La source des protéines et graisses dans les régimes faibles en glucides a montré des différences significatives sur le risque de mortalité :

  • Protéines et graisses animales : augmentation du risque de décès.
  • Protéines et graisses végétales : diminution du risque de mortalité.

Exceptions notables

Dans les études NHS et HPFS, les régimes faibles en glucides mais riches en protéines et graisses végétales étaient associés à une réduction du risque de mortalité, soulignant l’importance de l’origine des macronutriments.

Maladies cardiovasculaires

Des résultats similaires ont été observés pour la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires, renforçant l’idée que l’équilibre et la qualité des sources alimentaires jouent un rôle crucial dans la santé à long terme.

Les limites de l’étude

Malgré ses résultats intéressants, cette étude présente plusieurs limites qui doivent être prises en compte :

  1. Nature observationnelle de l’étude
    L’étude ARIC est observationnelle, et non clinique. Cela empêche d’établir une relation de cause à effet entre la consommation de glucides et le risque de mortalité.
  2. Fréquence limitée des estimations alimentaires
    Les habitudes alimentaires des participants ont été évaluées seulement deux fois, avec un intervalle de 6 ans, sur une période de 25 ans. Les changements dans la consommation de glucides sur cette durée pourraient atténuer l’effet observé de la relation en U. De plus, les intervalles de confiance étaient larges aux extrémités de cette relation, réduisant la précision des estimations.
  3. Différences entre régions géographiques
    Les différences importantes dans les habitudes alimentaires entre les pays asiatiques (régimes très riches en glucides, avec des protéines animales principalement issues des poissons) et les pays européens/nord-américains (régimes moins riches en glucides, mais avec davantage de protéines issues de la viande) limitent la généralisation des résultats. Ces différences rendent difficile une application uniforme des conclusions aux populations asiatiques.
  4. Perte d’information dans les cohortes précédentes
    Les données issues des cohortes européennes et nord-américaines antérieures étaient souvent présentées par quantile plutôt qu’en continu. Cela a pu entraîner une perte d’informations précieuses sur la relation entre la consommation de glucides et le risque de mortalité.
  5. Large hétérogénéité des groupes alimentaires étudiés
    Les glucides étudiés constituent un groupe alimentaire large et hétérogène. L’étude ne différencie pas entre les types de glucides consommés (par exemple, glucides simples versus complexes) ni entre les sources de graisses et protéines (animales ou végétales). Des ajustements spécifiques sur certains types de glucides auraient pu apporter des informations plus précises.
  6. Biais de confusion résiduel
    L’exposition alimentaire pourrait avoir été influencée par d’autres facteurs non mesurés ou mal ajustés, introduisant un biais de confusion résiduel qui pourrait affecter les résultats.
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Ces limites soulignent l’importance de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les impacts des glucides sur la santé, en tenant compte des variations régionales, des types de glucides, et des interactions avec d’autres macronutriments.

Sources:

Seidelmann et al. Dietary carbohydrate intake and mortality: a prospective cohort study and meta-analysis. The Lancet Public Health, 2018; DOI: 10.1016/S2468-2667(18)30135-X

Shai I, Schwarzfuchs D, Henkin Y, et al. Weight loss with a low-carbohydrate, Mediterranean, or low-fat diet. N Engl J Med 2008; 359: 229–41

Nordmann AJ, Nordmann A, Briel M, et al. Effects of low-carbohydrate vs low-fat diets on weight loss and cardiovascular risk factors: a meta-analysis of randomized controlled trials. Arch Intern Me 2006; 166: 285–93.

Dehghan, MMente, AZhang, X et al. Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study.Lancet. 2017; 390: 2050-2062

Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.  Rapport d’expertise collective. Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. Novembre 2010

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