En bref
- Le dosage dépend de la concentration du produit (généralement 360 g/l) et du type d’adventices visées.
- L’utilisation est strictement réglementée et interdite aux particuliers en France depuis 2019.
- L’efficacité repose sur les conditions météo : absence de vent, de pluie et température modérée.
Le glyphosate est sans doute la molécule herbicide la plus connue, mais aussi la plus technique à utiliser correctement. Longtemps standard du désherbage pour sa capacité à éliminer les plantes jusqu’à la racine grâce à son action systémique, son usage requiert une précision mathématique. Que vous soyez un professionnel disposant d’un Certiphyto ou un curieux souhaitant comprendre les mécanismes de ce produit controversé, la question du dosage est centrale. Un sous-dosage entraîne une résistance des mauvaises herbes, tandis qu’un surdosage est un gaspillage inutile et une source de pollution accrue.
Maîtriser le dosage du glyphosate ne se résume pas à verser du produit dans un pulvérisateur. C’est une équation qui prend en compte la surface, le volume d’eau, le type de végétation et la concentration de la matière active. Dans cet article, nous allons décortiquer les aspects techniques, les ratios de dilution et les conditions d’application pour un résultat optimal, tout en rappelant le cadre légal strict qui entoure désormais cette substance.
Comment fonctionne le glyphosate et pourquoi le dosage est-il clé ?
Pour comprendre comment doser, il faut d’abord comprendre comment agit le produit. Le glyphosate est un herbicide foliaire systémique non sélectif. Cela signifie qu’il pénètre par les feuilles et circule dans la sève jusqu’aux racines (rhizomes, tubercules) pour détruire la plante entière. Il ne s’agit pas d’un produit de contact qui brûle simplement la surface.
Le dosage est donc crucial pour deux raisons techniques majeures :
- La pénétration : Il faut assez de matière active pour saturer le système de la plante sans brûler la feuille immédiatement, ce qui empêcherait la migration du produit vers les racines.
- La gestion de la résistance : Des doses trop faibles habituent les adventices au stress chimique, favorisant l’apparition de souches résistantes, un problème agronomique majeur.
La concentration commerciale la plus courante est de 360 g/l de glyphosate acide. C’est sur cette base de référence que la plupart des calculs sont effectués. Si vous disposez d’un produit plus concentré (450 g/l ou 540 g/l) ou moins concentré, une règle de trois sera nécessaire pour ajuster les volumes.
Quels sont les dosages recommandés selon les types de végétation ?
Le dosage ne se fait pas “au jugé”. Il dépend de la résistance de la plante cible. Voici les recommandations techniques généralement admises pour un produit standard dosé à 360 g/l. Notez que ces valeurs sont données pour des applications professionnelles, le produit n’étant plus en vente libre pour les jardiniers amateurs en France.
Pour les herbes annuelles et bisannuelles
Les adventices jeunes et tendres (graminées, dicotylédones courantes) nécessitent une dose modérée. Le système racinaire est peu développé, et la circulation de sève est rapide.
- Dosage à l’hectare : 1,5 à 3 litres de produit commercial par hectare.
- Dosage au pulvérisateur à dos (pour 100 m²) : Environ 15 à 30 ml de produit.
- Volume d’eau : Il faut diluer cette quantité dans environ 5 litres d’eau pour couvrir 100 m².
Pour les vivaces et plantes difficiles
Les plantes comme le liseron, le chardon ou le chiendent possèdent des organes de réserve souterrains puissants. Il faut une dose plus forte pour garantir que la matière active atteigne les extrémités racinaires.
- Dosage à l’hectare : 4 à 6 litres par hectare.
- Dosage au pulvérisateur à dos (pour 100 m²) : 40 à 60 ml de produit.
- Technique : L’application doit se faire lorsque la plante est en pleine croissance, idéalement au stade de floraison ou juste avant, quand le flux de sève descend vers les racines.
Pour la dévitalisation de souches
Ici, la méthode change. On ne pulvérise pas, on applique localement. Le dosage est beaucoup plus concentré, souvent utilisé pur ou dilué à 50% selon les produits spécifiques de dévitalisation chimique.
- Application : Au pinceau sur la coupe fraîche ou par injection dans des trous percés en périphérie de la souche.
- Période : À l’automne, lorsque la sève redescend.
Comment préparer la bouillie herbicide en toute sécurité ?
La préparation du mélange, appelée “bouillie”, est l’étape la plus critique pour l’utilisateur car c’est le moment où le produit est manipulé sous sa forme concentrée. La rigueur est de mise pour éviter les éclaboussures et garantir l’homogénéité.
Voici la procédure pas à pas pour un mélange efficace :
- Remplissage initial : Remplissez toujours la cuve du pulvérisateur à moitié avec de l’eau claire avant d’ajouter le produit. Cela évite la formation excessive de mousse.
- Ajout du produit : Versez la dose calculée de glyphosate. Utilisez un doseur gradué dédié uniquement à cet usage.
- Complément : Ajoutez le reste de l’eau nécessaire.
- Agitation : Remuez légèrement pour homogénéiser le mélange.
Il est fondamental de porter des Équipements de Protection Individuelle (EPI) complets : gants en nitrile, lunettes de protection, bottes et combinaison. La question de l’exposition est sérieuse. Pour approfondir les enjeux liés à l’exposition aux molécules chimiques, vous pouvez consulter des dossiers complets sur les pesticides et santé, qui détaillent les mécanismes de résidus et les précautions sanitaires globales.
Quelles conditions météo pour une efficacité maximale ?
Même avec le dosage parfait, l’application sera un échec si la météo n’est pas favorable. Le glyphosate est sensible aux éléments extérieurs lors de son application.
Trois facteurs climatiques doivent être surveillés :
- L’hygrométrie et la pluie : Le produit a besoin de temps pour pénétrer la cuticule de la feuille. Il faut impérativement une période sans pluie de 6 heures après le traitement (délai à la pluie). Une hygrométrie élevée (plus de 60-70%) favorise l’ouverture des stomates de la plante et améliore l’absorption.
- Le vent : Ne traitez jamais si le vent dépasse 19 km/h (force 3 sur l’échelle de Beaufort). Le risque de “dérive” est réel : le produit peut être emporté sur vos cultures voisines, chez le voisin ou dans les cours d’eau.
- La température : L’idéal se situe entre 15°C et 25°C. En dessous, le métabolisme de la plante est trop lent. Au-dessus, le produit sèche trop vite sur la feuille et cristallise avant de pénétrer.
Cadre légal et alternatives pour les particuliers
Il est impossible de parler de dosage sans aborder la législation. En France, depuis le 1er janvier 2019 (Loi Labbé), la vente, la détention et l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse, dont le glyphosate, sont interdites pour les jardiniers amateurs. Les dosages évoqués précédemment concernent donc les professionnels (agriculteurs, paysagistes) détenteurs d’un agrément, ou les utilisateurs dans des pays où la législation diffère.
Pour le jardinier amateur, cette interdiction a ouvert la voie à d’autres méthodes. Si l’on cherche des alternatives naturelles, il faut se tourner vers des acides organiques comme l’acide pélargonique (biocontrôle) ou les méthodes thermiques et mécaniques. Attention cependant, “naturel” ne signifie pas sans danger ni sans impact : un acide reste corrosif et doit être manipulé avec précaution.
Les solutions de remplacement incluent :
- Le désherbage thermique : Choc thermique qui fait éclater les cellules de la plante (efficace sur les jeunes pousses).
- Le paillage massif : Prévention plutôt que guérison, en privant les adventices de lumière.
- L’arrachage manuel : La méthode la plus sélective et écologique, bien que physique.
Comment calculer le volume d’eau (volume de bouillie) ?
Une erreur fréquente est de se concentrer uniquement sur la dose de produit et d’oublier le volume d’eau. Or, c’est l’eau qui transporte le produit. En agriculture, on parle souvent de 100 à 150 litres de bouillie par hectare.
Pour un usage localisé au pulvérisateur à dos, la norme est de calibrer votre marche. En général, on considère qu’on épand 1 litre de mélange pour 20 m² si l’on marche à une allure normale en balayant la zone. Si vous mettez trop d’eau, le produit ruisselle et tombe au sol (inefficace et polluant). Si vous n’en mettez pas assez, la couverture foliaire est insuffisante.
Faites un test à l’eau claire sur une surface sèche (bitume ou béton) pour voir combien de mètres carrés vous couvrez avec un litre. Cela vous permettra d’ajuster votre dilution pour respecter la dose de matière active par mètre carré.
FAQ : Questions fréquentes sur l’utilisation du glyphosate
Combien de temps le glyphosate reste-t-il dans le sol ?
La demi-vie du glyphosate dans le sol varie énormément selon la nature du terrain (argileux, sableux) et l’activité microbienne, allant de quelques jours à plusieurs mois. Il est dégradé par les micro-organismes du sol en AMPA, puis en minéraux simples.
Peut-on replanter immédiatement après un traitement ?
Non, il est recommandé d’attendre que la plante traitée soit totalement morte et brune (environ 2 à 3 semaines) avant de travailler le sol. Le glyphosate étant inactivé au contact du sol, il n’y a pas de risque direct pour les nouvelles racines, mais le respect du délai assure l’efficacité du traitement initial.
Le vinaigre blanc est-il un bon remplaçant du glyphosate ?
Le vinaigre (acide acétique) est un herbicide de contact qui brûle les parties aériennes mais ne tue pas les racines. Il est donc moins efficace sur les vivaces que le glyphosate. De plus, à haute dose, il acidifie et stérilise la microfaune du sol, ce n’est donc pas une solution miracle écologique.





