Et si le prix d’une calorie influençait les enjeux nutritionnels dans le monde

D’après une étude de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, les inégalités dans les prix alimentaires dans le monde pourraient contribuer à des différences régionales en terme de malnutrition et d’obésité.

L’étude Global Burden of Disease estimait qu’un décès sur cinq (11 millions de décès liés à des facteurs alimentaires dans le monde) dans le monde était lié à une mauvaise alimentation. Les raisons d’un régime déséquilibré sont complexes et sont liées notamment au niveau d’éducation alimentaire, de facteurs socioculturelles, de la disponibilité des denrées, de leurs prix ainsi que les préférences et habitudes alimentaires et de d’autres facteurs.

Quand le revenu augmente, la diversité alimentaire augmente

Selon la loi d’Engel, la part du revenu allouée aux dépenses alimentaires est d’autant plus faible que le revenu est élevé. Une étude de Kenneth W Clements a identifié que la diversité alimentaire augmente également avec le revenu. La diversité des régimes peut être décomposée en composants inter-groupe et intra-groupe alimentaire. La diversité inter-groupe apporte une partie de la valeur nutritionnelle d’un régime diversifié (à l’inverse la diversité intra-groupe comme consommer différents produits parmi les snacks sucrés n’apporte pas de bénéfice nutritionnel). Cette composante pour les pays pauvres est bien inférieure à celle des pays riches: l’alimentation des pays riches est environ trois fois et demie plus diverse que celle des pauvres. Si la distinction entre ces 2 composantes est ignorée, les inégalités mesurées dans la diversité des régimes alimentaires sont considérablement sous-estimées (jusqu’à 30%).

Plus le revenu par tête augmente dans un pays, plus la part du budget pour se nourrir diminue

L’impact du prix d’une calorie sur la santé dans le monde

Les chercheurs ont estimé les prix de 657 produits alimentaires et boissons standardisés, à l’aide de l’enquête 2011 du Programme de comparaison internationale (ICP International Comparison Program), qui portait sur 176 pays. 4 grands groupes d’aliments (avec 21 sous-catégories) ont été constitués :

  • les denrées de base (féculents et céréales : riz, maïs, blé, millet, avoine, sorgho, manioc, igname, pomme de terre )
  • les aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque et céréales infantiles fortifiées)
  • les aliments d’origine animale (viande, produits laitiers, poissons et fruits de la mer)
  • les aliments riches en sucres, en sel et en graisses (chips, biscuits, snacks, sucre, huile…)

Ils ont calculé un indice « le prix calorique relatif » (Relative Caloric Price RCP), c’est un rapport entre le prix d’une calorie d’un aliment donné comparé à celui d’un panier représentatif de 9 féculents de base. Ce rapport est composé :

  • Le dénominateur de cet indice correspond au coût de 1000 calories (1kcal) du panier de 9 féculents à partir de prix médians. Le coût de 1000 calories de ce panier de base de céréales varie entre $0,42 dans les pays pauvres, $0,55 – $0,82 dans les pays à revenus intermédiaires et jusqu’à $1,16 pour les pays à revenus élevés.
  • Le numérateur correspond au coût moyen des calories provenant des 3 denrées alimentaires les moins chères dans un sous-groupe.

Cet indicateur s’interprète de cette façon : un RCP de 5 pour des œufs signifient qu’il est 5 fois plus cher d’obtenir une calorie des œufs que d’un groupe moyen d’aliments de base. Cet indice n’évalue pas la qualité nutritionnelle.

Les principaux résultats : des inégalités de prix dans le monde

Les sources de calories les moins chères en terme de calories sont le sucre et l’huile. Ensuite, arrivent les légumineuses et les snacks sucrés peu chers (RCP<2). Les fruits et légumes et les produits d’origine animale sont modérément chers (RCP de 4-8) alors que les légumes verts foncés sont les produits plus chers en moyenne (RCP moyen de 20,1).

Les produits d’origine végétale

La plupart des aliments sains sont en général plus chers avec des exceptions telles que les fruits et légumes riches en vitamine A, qui étaient moins chers en Amérique latine et dans les Caraïbes alors qu’ils sont plus chers en Asie du Sud-Est.

Les légumes verts foncés coûtaient moins chers en Inde et en Afrique Sub-saharienne que dans les pays à hauts revenus. Par contre, les autres fruits et légumes coûtaient chers en Asie et en Afrique Sub-saharienne.

Les céréales pour enfants enrichies étaient relativement peu coûteuses dans les pays à revenu moyen et supérieur, mais très chères dans les pays à revenus faibles où la malnutrition infantile est la plus répandue.

Les produits d’origine animale

La viande blanche était très chère dans tous les pays à faibles et moyen-revenus. Les œufs et le lait frais sont chers dans les pays en voie de développement parce que la production laitière est peu propice à des climats tropicaux et les moyens de conservation/transports sont moins développés. Les poules sont aussi sujettes à des infections (comme la maladie de Newcastle pour la volaille) dans les pays en voie de développement et un manque de vaccination/traitements des animaux et un productivité faible.

La junk food

Les sodas sont peu chers en Amérique du nord et en Australie mais il coûtent beaucoup plus chers en Afrique Sub-saharienne. Les chips de pomme de terre sont également eux peu chers dans plusieurs régions du monde.

Les prix caloriques relatifs aux boissons sucrées, au snack salé, au sucre et aux matières grasses étaient associés à la prévalence du surpoids chez l’adulte : une diminution d’un écart-type du prix des sodas était liée à une augmentation de 3,9 points du surpoids. Une augmentation du prix du lait frais de vache était également associée au retard de croissance.

Une augmentation du prix calorique relatif du lait est associée à une augmentation du retard de croissance chez les enfants

Cette étude comporte certaines limites. C’est une étude transversale, écologique (à l’échelle mondiale) et observationnelle, on ne peut pas en tirer de relations causales. Les prix utilisés sous-représentent les marchés ruraux. Les différences entre les consommateurs de villes et ruraux ne sont pas prises en compte ni le niveau socio-économique. La fluctuation des prix pour les productions saisonnières n’est pas prise en compte.

En conclusion, dans les pays pauvres, certains aliments riches en nutriments comme les œufs, le lait, les fruits et légumes, la viande blanche peuvent être très coûteux ce qui ne favorise pas un régime basé sur les féculents et les céréales. Dans les pays à hauts revenus, les aliments riches en sucres, en gras et en sel sont à des prix plus abordables ce qui expliquent que ces pays font face à des problèmes de surpoids/obésité.

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Source :

Derek D Headey, Harold H Alderman. The Relative Caloric Prices of Healthy and Unhealthy Foods Differ Systematically across Income Levels and Continents. The Journal of Nutrition, nxz158. 23 July 2019

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