Probiotique, prébiotiques, aliments fermentés et santé : que valent-ils ?

Vous souvenez vous dans les années 2000s la publicité d’Actimel “Actimel renforce vos défenses naturelles” mettant en avant le probiotique L. casei Defensis. Depuis cette allégation de santé a été interdite par l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) en 2010. Le Royaume-Uni avec l’Advertising Standards Authority (ASA) avait été plus rapide et avait interdit ces publicités dès 2009. L’ASA a considéré que certaines populations d’étude n’étaient pas cohérentes avec le public visé par la publicité. Par exemple, une des études concerne des enfants hospitalisés en Inde avec une diarrhée aiguë, ou une autre sur des bébés. D’autres études n’ont pas été jugées convaincantes, d’autant que les enfants concernés par les tests études avaient bu deux fois la dose quotidienne de 100 grammes recommandée par Danone. Actuellement aucune allégation de santé sur les probiotiques ou les prébiotiques n’est autorisée dans l’Union Européenne.

Malgré cela, les probiotiques, prébiotiques et les produits alimentaires fermentés ont le vent en poupe avec des résultats de recherche contradictoires.

Quelle différence entre un probiotique, prébiotique et un symbiotique ?

Les probiotiques sont des microorganismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantité adéquate, ont des effets bénéfiques sur la santé de l’hôte. Les probiotiques sont des microbes vivants. On retrouve couramment les Lactobacillus, les Bifidobacterium, la levure Saccharomyces cerevisiae. Les lactobacillus sont connues pour participer à la fermentation lactique alimentaire. Les probiotiques affectent l’écosystème intestinal (le fameux microbiote) :

  • en stimulant les mécanismes immunitaires des muqueuses
  • en stimulant les mécanismes non immunitaires par antagonisme et par compétition avec les pathogènes potentiels (en empêchant l’adhérence des agents pathogènes aux cellules hôtes)
  • la production de bactériocines (petites chaînes d’acides aminés qui inhibent la croissance d’autres bactéries
  • la production de cytokines pro ou anti-inflammatoires, augmentation de la sécrétion d’IgAs

Les prébiotiques sont des ingrédients alimentaires résistants à la digestion qui induisent des changements spécifiques dans la composition et/ou l’activité du microbiote intestinal produisant ainsi un effet bénéfique sur la santé de l’hôte. Les prébiotiques les plus courants sont l’oligofructose, l’inuline, les galato-olisaccharides, le lactulose. Les “bonnes bactéries” ont besoin de sources minérales (carbonée, azotée, soufrée…) et d’néergie apportée par les prébiotiques pour se développer. Les prébiotiques affectent les bactéries intestinales en augmentant le nombre de bactéries bénéfiques et en diminuant la population des microorganismes potentiellement pathogènes.

Les symbiotiques

Les symbiotiques contiennent à la fois des probiotiques et des prébiotiques . Le préfixe «syn», signifie «ensemble» et le suffixe «biotique», signifie «appartenant à la vie». La définition de symbiotique a été mise à jour dans une publication dans Nature Review Gastroenterology & Hepatology (Swanson 2020) pour devenir “un mélange comprenant des micro-organismes vivants et un ou des substrats utilisés de manière sélective par les micro-organismes hôtes qui confèrent un bénéfice pour la santé de l’hôte”. Ces micro-organismes hôtes font références aux micro-organismes de l’homme (autochtones = résidents ou colonisateurs de l’homme) et venant de l’extérieur par les probiotiques (allochtones). Deux types de symbiotique ont été définis :

  • un symbiotique synergique contenant un probiotique (un micro-organisme) et son substrat spécifique (prébiotique).
  • un symbotique complémentaire composé d’un probiotique combiné à un prébiotique conçu pour cibler les micro-organismes autochtones.

Dans toutes les études sur les symbiotiques, les espèces des genres Lactobacillus , Bifidobacterium et Streptococcus sont les micro-organismes vivants les plus couramment utilisés dans les formulations testées. Les composants du substrat sont généralement des galacto-oligosaccharides, de l’inuline ou des fructo-oligosaccharides. Les doses varient considérablement, allant de 100 mg à 10 ou 15 g par jour. Les effets sur la santé recherchés sont variables.

Exemple d’un essai clinique sur la perte de poids

Voici un exemple d’essai contrôlé randomisé (RCT) (Stenman 2016) sur les effets possibles de Bifidobacterium animaliss sp. lactis 420 (B420) et la fibre alimentaire Litesse® Ultra polydextrose (LU) sur la masse grasse corporelle et d’autres paramètres liés à l’obésité chez 225 volontaires obèses. Pendant 6 mois, ils ont reçu soit un placébo (cellulose microcristalline), soit le polydextrose seul (LU), soit la bidifobactérie seule ou les deux. La composition corporelle a été mesurée par absorptiométrie à rayons X à double énergie.

Il n’y avait pas de différences significatives entre les groupes pour la masse grasse dans la population en intention-de-traiter (toute la population de départ). Dans l’analyse Per Protocole (avec uniquement ceux avec une adhérence de plus de 80% à l’intervention), la combinaison de polydextrose et de bifidobactérie a abouti à une différence de -4.5% de masse grasse par rapport au groupe placébo (perte de -1,4 kg, P=0.02). Le probiotique seul ou le prébiotique seul n’ont pas eu d’effet. Cette étude était financér par l’entreprise DuPont Nutrition & Health.

Les allégations de santé sur les pré- et probiotiques

En vertu du règlement (CE) 1924/2006, les allégations nutritionnelles et de santé utilisées dans l’étiquetage, la présentation et la publicité des denrées alimentaires mises sur le marché de l’UE ne doivent pas être fausses, trompeuses et étayées par des preuves scientifiques généralement acceptées. ll n’est pas rare de voir des allégations non autorisées sur des sites Web. Même si elles sont étayées par des études scientifiques citées, cela n’est pas techniquement autorisé car le règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé couvre toutes les communications commerciales, ce qui signifie que les allégations que vous trouvez en ligne doivent également être étayées et autorisées par l’EFSA.

Plus de 300 dossiers sur des allégations de santé sur les prébiotiques ou probiotiques ont été déposées auprès de l’EFSA Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire. A ma connaissance, toutes ont été rejetées pour ces raisons : des problèmes de conception d’étude, d’analyse statistique, de manque de définition de l’allégation ou de caractérisation de l’aliment ou d’un manque de preuve pour établir une relation cause à effet. Une difficulté est également d’identifier le mode d’action ainsi que la quantité de probiotique à prendre et pour quelle population cible.

Pour ce qui est de la sécurité, peu d’études se sont penchées sur la sécurité des probiotiques en détail. Il manque donc d’informations solides sur la fréquence et la gravité des effets secondaires. Le risque d’effets nocifs des probiotiques est plus élevé chez les personnes atteintes de maladies graves ou d’un système immunitaire affaibli. Les effets nocifs possibles des probiotiques comprennent les infections, la production de substances nocives par les microorganismes probiotiques et le transfert de gènes de résistance aux antibiotiques des microorganismes probiotiques à d’autres microorganismes du tube digestif.

Efficacité des probiotiques ?

De nombreuses recherches ont été effectuées sur les probiotiques, mais il reste encore beaucoup à apprendre sur leur utilité et leur sécurité pour divers problèmes de santé. Les probiotiques se sont révélés prometteurs pour diverses raisons de santé, notamment la prévention de la diarrhée associée aux antibiotiques (y compris la diarrhée causée par Clostridium difficile), la prévention de l’entérocolite nécrosante et de la septicémie chez les prématurés, le traitement des coliques infantiles, le traitement de la maladie parodontale et l’induction ou maintien de la rémission dans la colite ulcéreuse.

Les effets santé des probiotiques sont dépendant de la souche.

Cependant, dans la plupart des cas, on ne sait toujours pas quels probiotiques sont utiles et lesquels ne le sont pas. On ne sait pas non plus quelle quantité de probiotiques devrait prendre ou qui serait le plus susceptible d’en bénéficier. Même pour les conditions les plus étudiées, les chercheurs s’efforcent toujours de trouver les réponses à ces questions. Voici deux exemples de relations santé-probiotiques suspectées :

Diarrhée associée aux antibiotiques

Une revue de la littérature (Blaabjerg 2017) comprenant 17 études (3631 participants au total) chez des personnes non hospitalisées a indiqué que l’administration de probiotiques aux patients en association avec des antibiotiques était associée à une diminution d’environ la moitié de la probabilité de diarrhée associée aux antibiotiques. Cependant, cette conclusion a été considérée comme provisoire car la qualité des études n’était que modérée. Les patients qui ont reçu des probiotiques n’ont pas eu plus d’effets secondaires que les patients qui ne les ont pas reçus.

Syndrome de l’intestin irritable

Une revue (Ford 2018) de 53 études (5545 participants au total) sur les probiotiques pour le syndrome du côlon irritable (SCI) a conclu que les combinaisons de probiotiques pourraient avoir des effets bénéfiques sur les symptômes globaux du SCI et les douleurs abdominales, mais il n’a pas été possible de tirer des conclusions définitives sur leur efficacité ou d’identifier quelles espèces, souches ou combinaisons de probiotiques sont les plus susceptibles d’être utiles.

Probiotiques et aliments fermentés ?

Les probiotiques sont souvent retrouvés dans les aliments fermentés mais tous les aliments fermentés ne contiennent pas forcément de micro-organismes vivants. La pasteurisation ou la stérilisation va détruire tous les probiotiques naturels par exemple. Tous les aliments fermentés contenant des micro-organismes vivants ne sont pas des probiotiques car les probiotiques doivent produire un bénéfice pour la santé démontré cliniquement.

La fermentation des aliments est utilisée par les humains depuis des milliers d’années comme moyen de conserver les aliments. La fermentation est un processus essentiellement anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène, réalisé par des micro-organismes. Ces micro-organismes convertissent les sucres, comme le glucose, en d’autres composés, comme l’alcool, pour produire de l’énergie pour alimenter leur métabolisme.

Les aliments fermentés contiennent souvent des bactéries vivantes comme :

  • les yaourts, un lait fermenté par les bactéries lactiques thermophiles Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus et Streptococcus thermophilus
  • le kéfir (boisson), une boisson issue de la fermentation du lait ou de jus de fruits sucrés, préparés à l’aide de “grains de kéfir”, un levain constitué essentiellement de bactéries lactiques et de levures
  • les légumes marinés coréens (kimchi). Le kimchi (김치) est composé de piments et de légumes lacto-fermentés, c’est-à-dire trempés dans de la saumure pendant plusieurs semaines jusqu’au développement d’une acidité
  • la choucroute
  • Le kombucha est une boisson acidulée obtenue grâce à une culture symbiotique de bactéries et de levures dans un milieu sucré : thé ou tisane + sucre blanc ou miel, jus de raisin
  • le soja fermenté (dans le natto, le tempeh ou le miso, sauce soja, houmos). Le nattō (納豆) est un aliment japonais traditionnel à base de graines de soja trempées puis cuites puis fermentées par la bactérie Bacillus subtilis natto. Le tempeh est fabriqué à partir de graines de soja dépelliculées. Les graines sont cuites, écrasées puis ensemencées avec un champignon Rhizopus oligosporus.
  • des céréales fermentés (bière, pain au levain) ou certains cornichons
  • Le fromage est un produit fermenté mais ne contient pas toujours de probiotiques vivants
  • Les cornichons du supermarché marinés au vinaigre n’ont pas eu de processus de fermentation naturelle utilisant des organismes vivants donc ils ne contiennent pas de probiotiques. Certains probiotiques ont été développés exprès pour contenir des bactéries vivantes :

Les prébiotiques et probiotiques ont un potentiel pour améliorer la santé humaine en passant par le microbiote intestinal. Cependant, les niveaux de preuve restent faibles pour le moment. Il ne faut pas oublier que l’utilisation potentiel de ces micro-organismes et prébiotiques doit s’intégrer dans une approche plus large d’une alimentation et d’une hygiène de vie saines.

Sources additionnelles :

Juntunen M, Kirjavainen PV, Ouwehand AC, Salminen SJ, & Isolauri E (2001). Adherence of probiotic bacteria to human intestinal mucus in healthy infants and during rotavirus infection. Clinical and Diagnostic Laboratory Immunology 8(2):293-296. PMID 11238211 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11238211/

Resta-Lenert S, Barrett KE. Live probiotics protect intestinal epithelial cells from the effects of infection with enteroinvasive Escherichia coli (EIEC). Gut. 2003;52(7):988-997. doi:10.1136/gut.52.7.988 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12801956/

Deplancke B, Gaskins HR. Microbial modulation of innate defense: goblet cells and the intestinal mucus layer. Am J Clin Nutr. 2001;73(6):1131S-1141S. doi:10.1093/ajcn/73.6.1131S

Ford AC, Harris LA, Lacy BE, Quigley EMM, Moayyedi P. Systematic review with meta-analysis: the efficacy of prebiotics, probiotics, synbiotics and antibiotics in irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther. 2018;48(10):1044-1060. doi:10.1111/apt.15001https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30294792/

Butel MJ. Probiotics, gut microbiota and health. Med Mal Infect. 2014;44(1):1-8. doi:10.1016/j.medmal.2013.10.002

Blaabjerg S, Artzi DM, Aabenhus R. Probiotics for the Prevention of Antibiotic-Associated Diarrhea in Outpatients-A Systematic Review and Meta-Analysis. Antibiotics (Basel). 2017;6(4):21. Published 2017 Oct 12. doi:10.3390/antibiotics6040021 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29023420/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.