Le Nutri-Score stimulerait la vente de produits sains

Nutri-Score est un logo nutritionnel sur le devant de l’emballage qui classe les aliments en fonction de leur qualité nutritionnelle. Chaque produit reçoit une lettre et un code couleur, du vert foncé (A) indiquant une meilleure qualité nutritionnelle, à l’orange foncé (E), indiquant une qualité nutritionnelle inférieure. Il est basé sur le système de profilage nutritionnel de l’Agence des normes alimentaires du Royaume-Uni (FSAm-NPS), qui évalue la qualité nutritionnelle des produits alimentaires en fonction de leur teneur en énergie, en graisses saturées, en sucre, en sodium, en protéines, en fibres et en fruits et légumes. Récemment une étude menée par une équipe à l’Université de Gand (Joyce De Temmerman) dans le journal Appetite a étudié l’effet du comportement des gens face au NutriScore.

Première étude sur les notes A,B,C du Nutri-Score

302 participants ont été recrutés (62% de femmes, âge moyen de 31 ans) en Flandres en Belgique.  Après un test d’attention, seuls 292 répondants ont été retenus. Chaque participant a vu une photo de l’un des trois repas préparés sélectionnés accompagné ou non de son Nutri-Score (A, B ou C).

La perception du produit sain a été mesurée avec une échelle sémantique à 7 points (de malsain à sain ; faible en gras à riche en gras, faible en calories à riche en calories ; non nutritif à nutritif). L’intention d’achat a été mesurée par une échelle en 7 points composé de “J’achèterai ce produit quand je le verrai dans le magasin”, “Je considérerai ce produit quand j’ai l’intention pour acheter un plat préparé” , “Je voudrais tester ce produit” et “J’achèterai ce produit en magasin”.

Les principaux résultats sont :

  • Il n’y avait pas d’effet du Nutri-Score sur la qualité perçue du produit. L’âge était associé à la qualité perçue. Pour un produit de la catégorie A, la présence du Nutri-Score entraînait des perceptions de qualité légèrement plus élevées que si le Nutri-Score n’était pas présent
  • Il y avait un effet favorable de la présence du Nutri-Score sur la perception du côté sain d’un produit. Il y avait également un effet gradué de la catégorie du Nutri-Score. Lorsqu’un Nutri-Score était présent, les répondants percevaient les produits comme plus sains, mais seulement pour les produits de la catégorie A.
  • Il n’y avait pas d’effet de la présence ou l’absence de Nutri-Score sur l’acte d’achat. Par contre, si le Nutri-Score était présent, il y avait des intentions d’achat plus fortes pour un produit de catégorie A vs C

Cette étude présentait des limites. L’expérience ne se déroulait pas en conditions réelles en magasin. Seules 3 catégories de Nutri-Score ont été évaluées. C’est pourquoi une seconde étude sur 415 participants a été mise en place sur le même principe (69% de femmes, âge moyen de 37 ans). Les participants ont vu 20 photos de produits dans un ordre aléatoire présentant ou non un Nutri-Score (5 catégories) et de maque du fabricant vs distributeur.

Les principaux résultats sont :

  • lorsque le Nutri-Score était présent, les produits de notées A et B évoquaient un côté sain plus important qu’en l’absence de Nutri-Score. Il n’y avait pas de différence de perception pour les autres catégories. Ces effets étaient les mêmes pour les marques de distributeur vs privées.
  • lorsque le Nutri-Score était présent, l’intention d’achat était plus importante pour les catégories A et B que si le Nutri-Score était absent. Il n’y avait pas d’effet de marque

En conclusion, le premier objectif du Nutriscore de rendre les participants plus conscients de la qualité nutritionnelle des produits a été atteint. Les répondants ont indiqué que les produits sains étaient plus sains lorsque le Nutri-Score est présent. Les répondants ont exprimé des intentions d’achat plus élevées pour des produits avec un Nutri-Score positif (A et B) que pour des produits avec un Nutri-Score négatif (D et E). Le Nutri-Score a le potentiel de stimuler les ventes de produits sains, sans affecter les ventes de produits malsains.

Les limites de cette étude est que seulement 5 catégories de produit ont été étudiés, ce qui limite la généralisation à d’autres produits. L’étude a été menée en ligne, alors que les évaluations de produits ont tendance à être plus informatives lorsque les consommateurs peuvent toucher le produit

L’étude en ligne repose également sur des données recueillies à un moment donné, c’est une évaluation ponctuelle. L’étude porte sur un pays. La familiarité avec le Nutri-Score et les comportements peuvent varier selon les pays. L’étude portait sur des participants jeunes, les résultats ne sont pas représentatifs pour la population générale.

Etude sur le score nutritionnel et la mortalité

Plusieurs études (en France (cohortes SU.VI.MAX et NutriNet-Santé), au Royaume-Uni (Whitehall II et EPIC-Norfolk) et en Espagne (cohorte SUN) ont regardé les liens entre la note FSAm-NPS/Nutri-Score et la qualité nutritionnelle plus élevée. Récemment une nouvelle étude publiée dans le journal BMJ et menée par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN/Université Paris 13) a analysé les liens entre le système de profilage nutritionnel de la Food Standards Agency (FSAm-NPS) et la mortalité. Les résultats sont basés sur 501 594 adultes (âge moyen 52 ans) de 10 pays européens qui participaient à l’étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition). Des questionnaires ont été utilisés pour évaluer leurs apports alimentaires habituels et un indice FSAm-NPS a été calculé pour chaque individu en fonction de la qualité nutritionnelle des aliments consommés.

Plus l’indice est élevé (varie de -15 à 40), plus la qualité nutritionnelle globale du régime alimentaire est faible, comme en témoignent les apports plus faibles en fibres alimentaires, fruits et légumes et poissons et des apports plus élevés en viande rouge et transformée.

Les participants ont été suivis pendant une moyenne de 17 ans, période au cours de laquelle les chercheurs ont constaté que ceux dont l’indice alimentaire était plus élevé (moins bon Nutri-Score) présentaient un risque accru de mortalité toutes causes confondues ainsi que de mortalité par cancer et maladies des systèmes circulatoire, respiratoire et digestif.

En termes absolus, les taux de mortalité toutes causes confondues pour 10000 personnes sur 10 ans étaient de 1237 chez les hommes et 563 chez les femmes dans le cinquième le plus élevé du score de l’indice alimentaire (qualité nutritionnelle inférieure), contre 1008 chez les hommes et 518 chez les femmes dans le cinquième le plus bas. Il s’agit d’une étude observationnelle, donc ne peut pas établir la cause. De plus, on ne peut pas exclure la possibilité que d’autres facteurs non mesurés (confusion résiduelle) aient pu influencer les résultats.

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Sources :

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0195666320316172?dgcid=rss_sd_all

https://www.bmj.com/content/bmj/370/bmj.m3173.full.pdf

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