Historique : Retour sur 40 ans de lutte contre le VIH en images

Il y a 40 ans, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (agence américaine US CDC) publiaient les premiers rapports de 5 cas d’infection au VIH. 5 jeunes gays de Los Angeles étaient atteints d’une infection pulmonaire rare (Pneumocystis carinii pneumonia) et des co-infections inhabituelles (au cytomégalovirus, candidose pour certains) et d’un système immunitaire déficient. Puis de temps après, le CDC a publie un autre article sur le sarcome de Kaposi chez des gays, un cancer très rare et agressif. De là survient le terme de “cancer gay” comme le titre le New York Times à l’époque.

Le journal The Lancet a publié une série d’articles: https://www.thelancet.com/hiv-40

Un autre article de 1981 décrit que 94% des cas rapportés étaient chez des homosexuels ou bisexuels et 40% étaient mortels. En septembre 1982, l’US CDC publie la première définition du SIDA comme une personne atteinte d’un déficit immunitaire. Les principaux symptômes sont cette pneumonie associée à un sarcome de Kaposi avec/sans autres infections opportunistes. Le virus entraîne la disparition des lymphocytes T CD4 nécessaires au bon fonctionnement du système immunitaire. Il en résulte une sensibilité accrue aux infections et à certains cancers, principalement ceux dus à des virus. En France en 1982, environ 48 cas de SIDA sont diagnostiqués et aux États-Unis plus de 250 cas sont observés. Des premiers cas de SIDA chez des enfants sont également identifiés.

Dans les années 80, les messages pour évoquer cette infection sont basés sur la peur pour choquer les gens. Voici un spot TV Australien où l’on voit une faucheuse faisant tomber les malades dans une ambiance morbide et finissant par “SIDA. La prévention est le seul remède que nous avons”.

En 1983, Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier découvrent le virus responsable du SIDA au départ appelé “LAV Lymphadenopathy associated virus”. Les premières images d’une infection au VIH en microscopie électronique sont publiées dans Science. La couverture médiatique de la maladie explose. En 1984, a lieu en France le scandale du sang contaminé. Des lots de sang contaminés sont distribués en 1984 et 1985. Cette même année l’association AIDES est créée. En 1985, AIDES porte un plaidoyer auprès du ministre de la Santé pour la modification de la loi qui interdit la publicité pour les préservatifs.

Premières pubs en faveur des préservatifs qui étaient interdits de publicités

Certains pays d’Amérique latine, d’Europe de l’Est, et pays d’Asie centrale, aux USA, ont mis en place des restrictions de voyage liées au VIH afin de réduire la transmission : ça a été complètement inefficace et discriminatoire. En 2019, d’après ONU SIDA, 48 pays continuaient de restreindre la libre circulation de personnes infectées par le VIH. “Une personne vivant avec le VIH sur cinq indique s’être vue refuser des soins de santé en raison de son statut sérologique”.

Le 19 Mars 1987, la US FDA approuve le 1er antirétroviral, la zidovudine (AZT), développé initialement contre le cancer. Dans cette étude publiée dans le NEJM, l’AZT permet de réduire la mortalité et la survenue d’infections opportunistes (ci-dessous les courbes d’incidence cumulée de la survenue d’infections opportunistes – PCB=Placébo et AZT=traitement). L’AZT induisait des effets indésirables compliqués (problèmes intestinaux sévères, vomissements, maux de tête, nausée).

En 1987, l’association de médecins américains AMA oblige les médecins à prendre en charge les patients infectés par le VIH puisque certains refusaient de les soigner. Le 1er décembre 1988 est déclarée comme journée internationale de lutte contre le SIDA à l’initiative de l’OMS. Dans les années 1990-99 : les disparités socio-économiques liées au VIH sont mises en avant. Le CDC a rapporté que les Afro-Américains représentaient 49 % des décès, aux États-Unis, soit environ 10x plus que chez les “blancs” infectés par le VIH. Le VIH (HIV infection sur le graphique) devient la première cause de décès chez les hommes âgés de 25-44 au début des années 90 d’après l’US CDC.

En 1990, l’AZT est autorisé pour traiter les enfants aux USA. Les messages de santé publique soulignent l’importance de la prévention de la transmission avec le préservatif, les tests et le traitement.

L’homosexualité sera retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 1991. En 1992, le test de dépistage du VIH est remboursé à 100%.

En 1993, les personnes infectées par le VIH sont prises en charge en affection longue durée (ALD) par la sécurité sociale. Avant 1998, la France renvoyait des personnes en situation irrégulière atteintes du sida dans leur pays d’origine comme le montrent cette affiche :

Dans ces années 90, les organisations militantes contre le VIH ont promu une solidarité mondiale et le soutien aux personnes vivants avec, ils ont fait pression pour un financement accru de la recherche sur le VIH et ont lutté contre les stéréotypes néfastes. Les premières trithérapies arrivent en France en 1996. Celles-ci se basent sur deux inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI), plus un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse ou un inhibiteur de l’intégrase du VIH. En 1997, pour la 1ère fois, le nombre de nouveaux cas de VIH chez les hétérosexuels dépasse celui des homosexuels.

L’association Solidarité SIDA créée en 1999 le 1er festival Solidays. Le pacte civil de solidarité (PACS) est adopté par l’Assemblée nationale. Ce premier texte émanait de Jean-Luc Mélenchon à l’époque sénateur. Roselyne Bachelot a également tenu un discours important le 7 novembre 1998 en faveur du PACS : https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/roselyne-bachelot-narquin-7-novembre-1998. Le PACS a permis aux couples de même sexe de faire reconnaître leur union.

Mme Roselyne Bachelot-Narquin : enfin, pour lever toute ambiguïté, je tiens à répondre à cette question : le pacte de solidarité a-t-il pour origine une revendication portée par des associations homosexuelles ? Eh bien oui ! Mais qui mieux que les homosexuels pouvait, à partir d’une expérience de solitude, de rejet et de mépris faire le diagnostic des difficultés qui rongent notre société ? (« Très bien ! » sur les bancs du groupe socialiste.)

Le taux d’incidence global du sida en Europe de l’Ouest était de 22 cas par million d’habitants en 2000, à peu près 5 fois supérieur à celui de l’Europe Centrale et 8 fois supérieur à celui de l’Europe de l’Est (EuroHIV). L’incidence du sida continue à diminuer en 2000, à un rythme de décroissance comparable à celui observé en 1999 (–11 %comparé à celui de l’année précédente) mais plus faiblement que ceux observés en 1997 (–32 %, immédiatement après l’introduction des trithérapies antirétrovirales) et en 1998 (–23 %). Le nombre des décès parmi les cas de sida continue aussi à diminuer, avec un taux annuel moyen de –30 % entre 1997 et 2000. Voici les courbes d’incidence des cas de SIDA en France :

En 2002, près de 65% des personnes infectées par le VIH s’estiment discriminées. En 2003, l’enfuvirtide, un autre antiviral, est mis sur le marché et la déclaration obligatoire de séropositivité en France est instituée. Les années 2000 ont marqué une augmentation des messages sur le VIH à travers les médias et le divertissement :

Le traitement antirétroviral est reconnu également comme moyen de prévention de la transmission du VIH d’une personne infectée à une personne séronégative. L’étude HPTN 052 mise en avant dans Science comme “avancée de l’année” sur 1 763 couples stables sérodifférents (un partenaire séropositif et l’autre séroné­gatif) montre que le traitement TasP (Treatment as Prevention) réduit de 96 % la transmission du VIH ! C’est à dire que quelqu’un qui suit son traitement arrive à une charge indétectable de VIH et ne peut plus le transmettre.

En 2012, la FDA approuve le 1er test rapide à domicile pour le VIH et le Truvada comme traitement préventif (PreP) chez les personnes à haut risque. En France, l’essai Ipergay sur la PreP chez les homosexuels commence. Il s’avèrera positif.

Plusieurs essais cliniques démontrent que la PreP permet de réduire très fortement le risque d’infection au VIH à titre préventif chez les personnes séronégatives (non infectées). C’est un outil supplémentaire dans la prévention. A noter qu’à partir du 1er juin 2021, la Haute Autorité de Santé a autorisé la prescrition de la PreP par le médecin généraliste.

La PreP était surtout réservée au personne à risque mais maintenant, des scientifiques appellent à en faire la promotion pour tous comme outil complémentaire au préservatif. Voici des photos de publicités sur la PreP en Asie et en Afrique du Sud, on peut noter que les publicités sont beaucoup plus positives. Si vous cherchez des informations sur comment obtenir et utiliser la PreP, j’avais déjà écrit un article dessus qui présente également les études sur ce moyen de prévention : https://quoidansmonassiette.fr/vih-prep-sida-un-traitement-preventif-prophylactique-contre-le-vih-utile-pour-tous/

“A l’avenir, il est impératif que les messages sur le VIH se concentrent sur les processus sociaux inéquitables et non sur les individus comme moteur de l’épidémie”, écrit le Lancet.

Pour finir, je vous rappelle les moyens de prévention du VIH :

  • les préservatifs masculin et féminin
  • le TPE traitement post-exposition à prendre maximum 48h après une prise de risque. Il faut aller aux urgences pour le prendre
  • la PreP est un traitement préventif à prendre avant un rapport à risque
  • le dépistage pour connaître son statut sérologique et éviter de le transmettre
  • le traitement du VIH par une personne infectée permet de ne plus transmettre le VIH

Je vous recommande de regarder 120 battements par minute, qui a eu le Grand Prix de Cannes. Il va vous faire vivre l’ambiance des années 90 dans le contexte de la lutte contre le VIH Bande annonce https://youtube.com/watch?v=C5wiP5


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Plus d’infos :

https://www.thelancet.com/hiv-40?utm_campaign=hiv-at-40&utm_source=twitter&utm_medium=social#historical

Chronologie aux USA : https://www.hiv.gov/sites/default/files/aidsgov-timeline.pdf

Chronologie en France : https://www.aides.org/sites/default/files/Aides/bloc_telechargement/AIDES_FRESQUE%20HISTORIQUE_2018-12-20_BD.pdf

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