Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr Actualités en sciences, alimentation et santé - Uniquement basé sur des publications scientifiques ! Sun, 13 Oct 2019 21:30:11 +0000 fr-FR hourly 1 https://quoidansmonassiette.fr/wp-content/uploads/2016/03/cropped-cropped-Head-logo-Quoi-dans-mon-assiette-2-32x32.jpg Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr 32 32 Pourquoi le ciel peut devenir rose ou rouge le soir ou lors d’ouragans ? https://quoidansmonassiette.fr/pourquoi-le-ciel-peut-devenir-rose-rouge-le-soir-ouragan-typhon/ https://quoidansmonassiette.fr/pourquoi-le-ciel-peut-devenir-rose-rouge-le-soir-ouragan-typhon/#respond Sun, 13 Oct 2019 14:10:57 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4490 La question de la couleur du ciel vu de la Terre paraît être une évidence : bleu.  Et pourtant quand il est observé depuis l’espace

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La question de la couleur du ciel vu de la Terre paraît être une évidence : bleu.  Et pourtant quand il est observé depuis l’espace par exemple depuis la lune, il apparaît noir. La coloration bleue du ciel est due à la présence d’une atmosphère.

Cependant pendant le coucher du soleil ou d’événements météorologiques comme des ouragans ou des tempêtes de sable, le ciel peut changer de couleur. Lors de l’ouragan Michael en Octobre 2018 ou le typhon japonais Hagibis d’Octobre 2019, celui-ci a pris une teinte violette suite à la projection de particules.

Le rayonnement solaire et l’atmosphère

La lumière est une onde spécifique (et un corpuscule comme elle transporte de l’énergie). Le soleil émet un rayonnement comprenant des rayons gamma, X, UV, de la lumière du domaine du visible, de l’infrarouge et des grandes ondes. Le domaine du visible est entre 400 nm et 700 nm de longueur d’onde.

L’atmosphère terrestre est une couche de gaz dont la température et la composition varient en fonction de l’altitude. Cette atmosphère se compose de molécules invisibles à l’œil nu : dioxygène O2, diazote N2, dioxyde de carbone CO2, vapeur d’eau H2O… L’atmosphère est composée d’azote (78%), oxygène (21%), argon et d’autres atomes… Ces molécules sont plus petites que les longueurs d’onde de la lumière du soleil. Elles provoquent la diffusion des rayons du soleil.

Pourquoi le ciel est bleu ?

Le ciel apparaît bleu à cause d’un phénomène de diffusion de la lumière solaire. La diffusion de Rayleigh a lieu lorsque la taille des particules ou des molécules est très inférieure à la longueur d’onde du rayonnement. En 1871, Lord Rayleigh à 29 ans démontre que l’intensité diffusée est alors inversement proportionnelle à la puissance 4 de la longueur d’onde du rayonnement incident. La diffusion de Rayleigh est par conséquent un phénomène sélectif qui se produit surtout pour les longueurs d’onde les plus courtes du spectre (violet, bleu). Ces longueurs d’onde les plus courtes (bleu, violet) de la lumière sont davantage diffusées que les longueurs d’onde plus grandes (rouge, orange). La dispersion de Rayleigh n’est valide que pour la dispersion de la lumière par les molécules jusqu’à environ un dixième de la longueur d’onde de la lumière incidence. Au-delà de ce rapport, nous avons affaire à la théorie de Mie.. La diffusion de Mie désigne la diffusion par des particules dont le rayon oscille entre 0.1 et 10 fois la longueur d’onde.

Quand le soleil brille, la plupart des couleurs de la lumière (rouge, orange, jaune, vert) arrivent à la surface mais les lumières de courte longueur d’onde (bleu, violet) sont diffusées dans l’atmosphère dans toutes les directions. Et ces ondes diffusées rebondissent jusqu’à arriver à nos yeux (bleu et violet). La ciel devrait apparaître violet parce que le violet a une longueur d’onde plus courte que le bleu, il est donc plus diffusé. Cependant nos yeux sont plus sensibles au bleu qu’au violet, c’est pourquoi le ciel apparaît bleu.

Le coucher de soleil

Quand le soleil se couche, les rayons du soleil parcourent une plus grande distance et traversent une couche d’atmosphère plus épaisse. La lumière du Soleil rase la Terre à l’horizon. Les courtes longueurs d’ondes (bleu, violet, vert) sont dispersées en amont hors de notre champ de vision et ne laissant que les plus longues longueurs d’onde (rouge, orange, jaune). On distingue 3 phases de crépuscule :

  • le crépuscule civil quand le soleil est  entre 0° et 6° sous l’horizon. Les astres les plus brillants apparaissent. L’évolution des couleurs du ciel est rapide passant de l’orange au rouge au rose
  • le crépuscule nautique (appelé heure bleue) quand le soleil est entre 6° et 12° sous l’horizon. Le ciel devient presque noir mais il subsiste une lueur bleutée là où le soleil s’est couché
  • le crépuscule astronomique, le ciel est complètement noir

La ciel rose lors d’ouragans ou jaune lors de tempêtes de sable

Que se passe-t-il maintenant lorsque la poussière et la brume en suspension dans l’air pénètrent dans la vue ? Les gouttelettes de pollution typiques telles que celles trouvées dans le smog urbain ou la brume d’été sont de l’ordre de 0,5 à 1 µm de diamètre. Les particules de cette taille ne sont pas de bons diffuseurs de Rayleigh, car leur taille est comparable à celle de la longueur d’onde de la lumière visible.

Les cieux brumeux de jour, au lieu d’être bleu vif, apparaissent grisâtres ou même blancs. De même, les oranges et les rouges vibrants des couchers de soleil “propres” laissent place à des jaunes et des roses pâles lorsque la poussière et la brume remplissent l’air.

Dans le cas des cyclones, des particules sont projetées dans l’atmosphère et empêchent la diffusion normale de la lumière. Le ciel pendant le coucher de soleil peut virer au rose/violet. Plusieurs conditions sont requises : l’ir est super saturé en humidité (au dessus du point de rosée), le soleil se couche et le cyclone ramène des nuages en basse altitude. La lumière bleue est dispersée vers le bas à travers les nuages et produit de la réverbération, mélangée à la lumière rouge du coucher de soleil qui l’éclaire. Cela donne une teinte lilas.

Ciel pourpre pendant l’hurricane Michael

Dans le cas d’une tempête de sable, le ciel peut prendre une teinte jaunâtre. Dans cette photo ci-dessous, la tempête Ophélia avait ramené des particules de sable du Sahara en suspension dans l’atmosphère.

Source : AFP

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Sources:

Bohren, C. F., & Fraser, A. B. (1985). Colors of the sky. The Physics Teacher, 23(5), 267–272. doi:10.1119/1.2341808

Hulburt, E. O. (1953). Explanation of the Brightness and Color of the Sky, Particularly the Twilight Sky. Journal of the Optical Society of America, 43(2), 113. doi:10.1364/josa.43.000113

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Fumées toxiques d’incendie, accidents industriels : quels risques chimiques pour l’usine de Lubrizol ? https://quoidansmonassiette.fr/fumees-toxiques-incendie-accidents-industriels-quels-risques-chimiques-pour-usine-de-lubrizol/ https://quoidansmonassiette.fr/fumees-toxiques-incendie-accidents-industriels-quels-risques-chimiques-pour-usine-de-lubrizol/#comments Sun, 29 Sep 2019 15:01:57 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4440 [Dernière mise à jour : 29 septembre 2019] L’entreprise de Lubrizol fabriquait des additifs chimiques pour carburants, lubrifiants et combustibles utilisés pour l’automobile, la

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[Dernière mise à jour : 29 septembre 2019] L’entreprise de Lubrizol fabriquait des additifs chimiques pour carburants, lubrifiants et combustibles utilisés pour l’automobile, la marine, l’aviation et des équipements industriels. Celle-ci a brûlé le jeudi 26 septembre 2019 aux alentours de 2h40 relarguant de nombreux polluants dans l’atmosphère et dans le voisinage de l’usine. Cette usine est classée SEVESO seuil haut selon la directive 2012/18/UE concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses (directive SEVESO 3). Elle distingue deux types d’établissements (seuil bas et seuil haut), selon la quantité totale de matières dangereuses sur site. Le site de Lubrizol est donc une installation classée. Le nom de cette directive provient de la catastrophique chimique en Italie à Seveso en 1976 qui a relargué dans l’environnement des dioxines. Cela a donné lieu à une prise de conscience sur les risques chimiques que présentent certaines industries. Cet article n’a pas la prétention de faire une analyse de risques complète (et encore moins quantitative) ni de faire des commentaires de gestion de risque mais simplement des éléments de réflexion.

Un précédent épisode de pollution atmosphérique et odorante en 2013 lié à Lubrizol

Ce n’est pas la première fois que survient un incident de rejet de composés chimiques dans l’air pour l’entreprise de Rouen, cela était arrivé le 21-23 janvier 2013 (mais sans incendie). L’usine avait relargué des composés soufrés très odorants jusqu’en région parisienne et au sud de l’Angleterre. Au final, cet incident a surtout été une crise médiatique dû au “manque d’informations précises sur ce qui était réellement respiré par les populations au plus fort de l’incident, le manque de cohérence dans la communication vers la population” écrit B. Wastine, ingénieur en qualité de l’air à Air Normandie. 202 signalements de riverains ont été recensés pour la seule journée du 21 janvier dont 40% pour des symptômes liés à la santé (vomissements, nausées et maux de tête principalement).
PS : La carte présente les données de janvier 2013, la date 2017 réfère à la date de la publication dans le journal Pollution Atmosphérique

L’incendie de septembre 2019

Un important incendie a eu lieu dans la nuit du 26 septembre sur le site de Lubrizol. Un important panache de fumée a pu être observé.

La qualité de l’air

Un suivi de la qualité de l’air près du site de Lubrizol a été mis en place. Voici les mesures de cinq polluants avec les moyennes statistiques données par Atmo Normandie. On peut voir que les valeurs restent dans les intervalles des moyennes mais il est possible que le nuage de polluants ait déjà bougé dans la nuit du 26 septembre. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande des valeurs guides annuelles de particules fines PM10 de 20 µg/m³ (pas de dépassements ici même si de nombreuses villes très polluées les dépassent régulièrement)/

On peut retrouver des valeurs similaires sur le site européen AirIndex :

L’ordonnée est en microgrammes/m3 (elle n’a pas été tronquée – voir : https://airindex.eea.europa.eu/)

Le premier communiqué de la préfecture en Seine-Maritime a annoncé n’avoir pas détecté de composés organiques volatils dans l’air au-dessus du seuil de quantification à l’exception du benzène sur le site de Lubrizol. Les crèches, les EPAHD et les écoles ont été fermées aux alentours.

Les premières analyses officielles

Panache de fumée près de Lubrizol. Source: Guillaume (merci !)

Des prélèvements de surface ont été effectués le 26 septembre avec des lingettes. Ils ont comparé ces lingettes testées sur le site de Lubrizol avec une lingette témoin :

  • aucune différence n’a été constatée pour les Hydrocarbures aromatiques Polycycliques (HAP)
  • des valeurs élevées en métaux lourds ont été constatées comme pour le plomb mais il n’y avait pas de plomb sur le site de Lubrizol. Le rapport conclut qu’on ne peut pas attribuer l’origine de ces valeurs élevées (2230 µg/m2). Il existe 2 valeurs de référence du Haut Conseil de Santé Publique pour le saturnisme de l’enfant (25 µg/m² comme seuil de vigilance et 70 µg/m² comme seuil d’intervention).
  • de l’amiante été identifié dans la toiture du site qui a brûlé

Le niveau d’incertitude n’est pas négligeable car les prélèvements ont été faits à l’extérieur sur des surfaces pouvant être elles-mêmes des sources de métaux ce qui est susceptible d’affecter les résultat…

Sur le site de Lubrizol, du benzène (172 µg/m3), du toluène (110 µg/m3), de l’éthylbenzène (16 µg/m3), du sulfure d’hydrogène H2S (13 µg/m3) et du COS (40 µg/m3) ont été détectés. Pour H2S et COS, les valeurs quantifiées sont en-dessous des valeurs de référence (exposition aiguë) mais pour le benzène, on est 6 fois au-dessus du seuil de 30 µg/m3 (défini par l’ANSES). Le benzène est un cancérigène avéré (groupe 1 pour l’IARC). Attention, ces premiers résultats ne portent que sur 6 échantillons analysés le 27 septembre.

Les risques sanitaires connus pour le site de Lubrizol

Ce document ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement) mentionne les risques d’incendie, d’explosion et de dispersion toxique :

  • H2S (sulfure d’hydrogène) suite à la décomposition sous l’effet de la chaleur de certains produits
  • de gaz toxiques (SO2 , NOx) suite à la combustion d’une nappe liquide
  • “Des effets sur la santé pourraient être ressentis au plus loin à 200m autour du site avec des conditions météorologiques défavorables”

Ces risques d’incidents sont extrêmement rares : 1 fois tous les 10 000 ans. Des risques de contamination suite aux retombées du nuage toxique ne peuvent pas être exclus sur les cultures, l’élevage et les jardins des particuliers aux alentours. Il est donc déconseillé de consommer des légumes de votre potager sans les laver et bien les éplucher de façon approfondie. Par ailleurs, il convient de ne pas toucher sans protection les résidus de combustion retombés, de nettoyer les endroits avec ces résidus et d’éviter d’utiliser l’aspirateur pour ne pas mettre en suspension les particules de combustion.

Quelques potentielles voies de contamination

Que contient la fumée d’un incendie ?

Un incendie ou la combustion d’un matériel produit de nombreuses substances toxiques liées à des réactions chimiques. Toutes les matières organiques dégagent de la fumée lorsqu’elles brûlent, leur quantité et leur composition dépendent des matières, notamment du type d’additif, ainsi que de la ventilation.

Les matières inflammables sont principalement les matières hydrocarbonées (avec des atomes de carbone et d’hydrogène) et cellulosiques (bois, papier…), les gaines ou les films en polyéthylène ou polypropylène. Elles produisent des dérivées de type CO (en combustion incomplète), CO2 (en combustion complète) et H2O et de la suie (principalement composée de carbone). Si des atomes N, Cl (par exemple le PVC contient du chlore), F et Br sont présents, cela peut donner des gaz toxiques : HCN, HCl, HF ou HBr. Le soufre peut s’oxyder en SO2.

Par exemple, la mousse de polyuréthane produira rapidement un gaz très toxique contenant du cyanure d’hydrogène, le polystyrène produira des quantités importantes de monoxyde de carbone, tandis que le PVC (polychlorure de vinyle) produira à la fois du monoxyde de carbone et de l’acide chlorhydrique, reconnu comme un irritant.

Les sources principales de métaux lourds sont les plastiques, les verres, les éléments métalliques et les déchets ménagers spéciaux (DMS) et en particulier les piles à partir desquelles le zinc, le cadmium et le mercure sont les polluants prioritaires susceptibles d’être entraînés dans les fumées d’incendie

Les fumée peuvent être distinguées en 3 catégories :

  • les fumées asphyxiantes :  ce sont les gaz les plus dangereux : NO, H2S, SO2. HCN et CO
  • les fumées irritantes : ce sont les suies (des microparticules polycycliques azotées et carbonées), des acides minéraux et des produits organiques. Les gaz inorganiques sont généralement HCl, HBr, HF, NOx, SOx, P2O5+. Les produits organiques irritants sont des composés carbonés (formaldéhyde, acroléine, butyraldéhyde…), des dérivés de l’azote (NO, NH3, isocyanate, amine
  • les composés cancérigènes, mutagènes, allergisants…peuvent présenter des effets toxiques sur le long terme (dioxines, dibenzofurane, benzènes, particules fines PM…)

Comment évolue la dispersion des polluants liés à un incendie ?

Lors d’un incendie, l’évolution du feu dépend de plusieurs paramètres physico-chimiques : la hauteur des flammes, l’énergie thermocinétique initiale, la vitesse, la température et la concentration en gaz toxique, les combustibles impliqués.

On peut distinguer 3 types de feux :

  • Les feux couvants (à combustion lente) à basse température sans flammes qui implique de lentes décompositions thermiques. Ils produisent de composés carbonés irritants. La fumée est émise près du sol.
  • Les feux ouverts se déroulent dans les espaces ouverts avec un excès d’air. La combustion est en générale complète
  • Les feux sous ventilés surviennent dans des espaces fermés (pas assez ventilé). La ventilation réduite entraîne des rejets de polluants importants : CO, CO2, HCN, produits organiques, fumée et gaz acides inorganiques

La dispersion du nuage de fumée dépend des conditions de rejet (mode d’émission, température, nature des fumées…), des conditions météorologiques (vents, température…) et de l’environnement (présence d’obstacles, topographie…). Par exemple, plus la vitesse d’émission des gaz sera importante, plus la dilution des gaz se fera en altitude, minimisant à priori l’impact sur l’environnement

Comment évaluer un effet toxique ?

Je vais vous emmener vers des notions de toxicologie. Les effets toxiques sont évalués avec des expérimentales animales (in vivo) ou cellulaires (in vitro) ou par modélisation (in silico) et avec des études épidémiologiques humaines.

Le danger, une caractéristique intrinsèque d’une substance peut être caractérisé par ses propriétés toxiques.

  • La toxicité aiguë (court terme) correspond aux effets néfastes qui se manifestent après une exposition unique (ou sur quelques heures/quelques jours) à une forte concentration de substance. Pour évaluer la toxicité à court terme (dite aiguë), la dose létale 50 (DL50) est utilisée pour connaître le seuil d’une substance qui tue 50% d’une population animale en conditions expérimentales précises. Pour un toxique inhalé, on parle de concentration létale 50 (CL50). il s’agit d’une première appréciation grossière.
  • La toxicité chronique (long terme) désigne les effets néfastes qui se manifestent après une exposition répétée, sur la longue durée, à une faible concentration de substance (INERIS). Les effets peuvent se concentrer ou s’additionner. Voici quelques exemples d’effets toxiques liés aux fumées :

Pour évaluer le risque quantitativement, il faut combiner l’exposition (inhalation, ingestion ou cutanée) avec le niveau de danger. L’exposition peut être aigüe et unique (moins de 24h) ou répétée (subchronique pour de 1 à 3 mois et chronique pour plus de 3 mois).

Est-ce que les fumées sont dangereuses ?

Chaque réaction de combustion produit une fumée toxique qui, à des concentrations suffisamment élevées, peut présenter des conditions dangereuses pour les personnes exposées. Les dangers à court terme sont les troubles de la vue dus à l’obscurcissement par la fumée et à l’irritation des yeux, aux voies respiratoires supérieures et/ou inférieures et à la narcose (excès d’azote “ivresse des profondeurs”) due à l’inhalation de gaz asphyxiants.

L’exposition aux fumées peut se faire par inhalation et contact direct avec la peau ou les muqueuses mais également dans le cas de Lubrizol, il pourrait y avoir ingestion des contaminants par des denrées alimentaires polluées.

Quelques exemples de composés de la fumée et leurs propriétés toxiques

Sulfure d’hydrogène : c’est un gaz avec un point d’ébullition à -60°C. Chez l’homme, l’intoxication suraiguë s’observe pour de fortes concentrations (environ 1 390 mg.m-3) et de courtes durées d’exposition (quelques secondes à quelques minutes). Elle se traduit par une atteinte du système nerveux central (perte de conscience surnommée « coup de plomb des vidangeurs ou des égoutiers ») et une détresse respiratoire parapnée.

Monoxyde de carbone : c’est un gaz incolore, asphyxiant et inodore. La toxicité du monoxyde de carbone est due à l’affinité très forte du monoxyde de carbone pour l’hémoglobine pour former la carboxyhémoglobine. Le seuil des effets létaux est à 8 050 mg/m3 au bout de 10 min (et 5 750 mg/m3 au bout de 20 min)

Les oxydes d’azote : le NO réagit avec le fer de l’hémoglobine pour donner la méthémoglobine, il réagit également avec des groupements SH des cystéines, inhibe certaines enzymes. Le NO2 pénètre profondément dans le tractus respiratoire, du fait de sa faible hydrosolubilité. L’intoxication aiguë au NO2 et NO évolue de manière chronologique en une irritation des muqueuses oculaires et respiratoires jusqu’au décès par détresse respiratoire.

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les HAP existent sous forme gazeuse et particulaire (adsorbé ou absorbé sur des particules). Ce sont des composés organiques dont la structure cyclique comprend au moins deux cycles aromatiques. Ils proviennent principalement de pyrolyse et de pyrosynthèse de matière organique (combustibles fossiles, bois,…) et d’imbrûlés. La pyrolyse est la décomposition thermique de matières organiques. Exemples d’HAP : acénaphtène, anthracène, benzo(a)pyrène, fluoranthène, naphtalène. Les HAP sont des polluants organiques persistants. Le benzo(a)pyrène, le benz(a)anthracène, le benzo(a)pyrène sont classés en groupe 2A cancérogène probable. Les risques les plus importants liés aux HAP sont leurs effets mutagène et cancérigène.

La limite des HAP dans les eaux minérales naturelles est de <0.1 μg/L.

Les HAP, les polluants organiques persistants et les particules fines PM2.5, PM10 sont des risques à long terme.

Les particules (ou aérosols) sont un mélange de polluants solides et/ou liquides en suspension dans l’air. PM signifie Particulate Matter. Les particules sont diverses en terme de tailles, d’origines, de nombres et de compositions chimiques. Ces particules fines sont des cancérigènes avérés (groupe 1 d’après l’IARC). Une étude européenne (Beelen R. 2014) sur 367 251 participants suivi pendant 14 ans sur leur exposition à la pollution de l’air a mis en évidence qu’une augmentation de l’exposition de +5 μg/m3 de particules PM2.5 était associée à une augmentation significative de +7% de la mortalité et une augmentation du risque de cancer du poumon.

particules fines nanoparticules pollution grossieres PM10 PM25 taille

La couleur des fumées ?

La fumée peut avoir différentes couleurs, mais la couleur n’est aucunement liée à la toxicité. Le monoxyde de carbone CO et le cyanure d’hydrogène HCN sont les deux principaux gaz meurtriers dans les incendies. Ils sont invisibles et plus ou moins inodores. La couleur de la fumée est due aux particules non brûlées et à la suie.

En conclusion, la grande diversité des produits émis lors des incendies ou des accidents industriels reflète la complexité face à laquelle on se retrouve confronté pour analyser les risques (nature et quantités respectives des constituants des fumées émises dans le panache d’incendie) et les conséquences des incendies.

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Sources :

Vers une meilleure gestion des situations incidentelles ou accidentelles : instruction gouvernementale du 12 août 2014. Bilan de l’expérimentation par trois Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l’Air (AASQA)/ Governmental instruction of August 12th, 2014. Assessment of the experiment by three AASQA. POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N°234 AVRIL – JUIN 2017 http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/docannexe/file/6281/l234_16_leger_2.pdf

Service de l’État en Seine-Maritime. Mise à jour : Incendie au sein de l’entreprise Lubrizol (28/09/2019) http://www.seine-maritime.gouv.fr/Actualites/Mise-a-jour-Incendie-au-sein-de-l-entreprise-Lubrizol

Alarie, Y. (2002). Toxicity of Fire Smoke. Critical Reviews in Toxicology, 32(4), 259–289. doi:10.1080/20024091064246

INERIS. Toxicité et dispersion des fumées d’incendie. Phénoménonlogie et modélisation des effets. Rapport d’étude n°57149  17/03/2005 https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Omega_16_Toxicite_fumees_web.pdf

Griffiths et al. 2018.A study of particulate emissions during 23 major industrial fires: Implications for human health. Environment international 112 (2018) 310-323

Purser, D. A. (2010). Hazards from smoke and irritants. Fire Toxicity, 51–117.

OMS. Intoxication au plomb et santé. Août 2018 https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/lead-poisoning-and-health

https://firesafeeurope.eu/fseu-qanda-smoke-toxicity/

https://www.birmingham.ac.uk/Documents/college-les/gees/conferences/nercpops/Conference2014/Fire%20smoke%20toxicity.pdf

Fire Safe Europe. Smoke Toxicity. https://firesafeeurope.eu/smoke-toxicity/

Richard G. Gann et Nelson P. Bryner. Combustion product and their effects on life safety. Chap 2, Section 6 https://pdfs.semanticscholar.org/899d/3e73482a0d7bce825a4dd5076607856a1c5f.pdf

https://reader.elsevier.com/reader/sd/pii/S0160412017315180?token=7A0F6E522367B29B79BB5C3FE9856C4D0DA767F92249B7B4DD2F9F42DD3837857F114BF8FFEE7C1C04A6E0C607D86DE8

Cohen AJ et al. Estimates and 25-year trends of the global burden of disease attributable to ambient air pollution: an analysis of data from the Global Burden of Diseases Study 2015. Lancet. 2017 May 13;389(10082):1907-1918

Beelen R. et al. Effects of long-term exposure to air pollution on natural-cause mortality: an analysis of 22 European cohorts within the multicentre ESCAPE project. Lancet. 2014 Mar 1;383(9919):785-95

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Perception des risques liés à la santé et le traitement de l’information scientifique dans les médias : les résultats de l’enquête https://quoidansmonassiette.fr/perception-des-risques-lies-sante-le-traitement-de-linformation-scientifique-dans-medias-resultats-enquete/ https://quoidansmonassiette.fr/perception-des-risques-lies-sante-le-traitement-de-linformation-scientifique-dans-medias-resultats-enquete/#respond Mon, 23 Sep 2019 11:17:26 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4410 Est-ce que je devrais manger ce produit périmé ? Est-il plus sûr de prendre l’avion, la voiture ou le train ? Est-ce qu’il y

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Est-ce que je devrais manger ce produit périmé ? Est-il plus sûr de prendre l’avion, la voiture ou le train ? Est-ce qu’il y a un risque d’ingérer des additifs alimentaires ou des résidus de pesticides ? Faut-il avoir peur du nucléaire ou des OGM ? Maitrisons-nous bien les risques ? Toutes ces questions se posent dès lors que nous sommes face à un produit que nous connaissons mal. Les risques font partie intégrante de nos vies quotidiennes et nous les évaluons sans cesse de manière consciente ou non. Cependant, plusieurs facteurs psycho-sociaux peuvent conduire à une perception subjective du risque très différente de ce qu’il est réellement au regard des expertises scientifiques ou à la réalité en terme de nombre de morts.

A chaque fois, nous évaluons le coût/bénéfice/risque pour des produits ou des situations. Un prérequis pour l’existence d’un risque est l’incertitude, c’est-à-dire que le futur ne peut pas être prédéterminé mais qu’il dépend des activités humaines et d’aléas environnementaux. La certitude absolue n’existe pas puisqu’il nous manque toujours un bout d’information ou l’information n’est jamais complètement exacte.

Voici le lien vers le rapport complet (analyse approfondie des pesticides, des OGM + méthodes + limites et incertitudes en plus de cet article de blog) :

Qu’est-ce que le risque ?

Le risque est la probabilité (exposition x niveau de danger) que survienne un danger qui entraîne un préjudice. L’exposition comprend la fréquence d’apparition de l’événement, la voie d’exposition (cutanée, inhalation, ingestion), la présence d’équipements de protection. Le niveau de danger correspond à la sévérité (magnitude) des conséquences néfastes (par exemple, la toxicité qui est une propriété intrinsèque d’une substance. Il faut 6 400mg/kg de poids corporel de sel/chlorure de sodium pour tuer la moitié d’une population de rats alors qu’il faut 4,8mg/kg p.c. de mycotoxine aflatoxine pour avoir le même effet). Ici le risque est indépendant du sujet percevant et de son contexte. C’est une approche purement quantitative.Il est souvent différencié du danger.

Le danger est réel, matériel, une propriété d’une technologie ou d’une substance ou d’une activité. Il est associé à un risque. Quand on passe à la perception du risque, la barrière entre ces deux notions s’estompe.

La perception des risques : un concept plus complexe

  • La conception quantitative du risque est critiquée, car elle quantifie et compare des risques hétérogènes variés (financiers, écologiques, sociaux, psychologiques, sanitaires…) de manière uniforme. Elle ne prend pas en compte des facteurs psychologiques comme l’aversion au risque ou des facteurs sociaux si l’on prend le risque comme une construction socioculturelle. Il y a également l’effet d’amplification avec les médias. La modélisation des risques peut donner l’illusion d’une certaine maîtrise de ceux-ci.
  • L’approche en psychologie accorde plus d’importance au jugement subjectif. Les individus se basent plus sur des décisions illogiques voire irrationnelles alors qu’on est persuadé qu’elles le sont. Les personnes ne tiennent pas forcément compte des proportions de bases d’un caractère pour évaluer sa probabilité d’apparition mais souvent de probabilités subjectives (des opinions personnelles).
  • Dans l’approche sociale, il est admis que les individus voient le monde à travers leur prisme socio-culturel. La perception des incertitudes est une construction sociale et le risque peut être un résultat de l’interaction entre le contexte socioculturel et l’environnement externe. On parle alors de représentation du risque. Dans ce cas, le risque provient d’un ensemble de jugements de valeur façonnés par la société et le monde extérieur et ses dangers. Par exemple, le risque du nucléaire est perçu radicalement différent entre des fournisseurs d’énergie et des militants anti-nucléaires.

Il faut donc distinguer le risque au sens technique quantitatif et la perception des risques qui est un jugement.

Suivre son intuition ?

Le comportement humain est souvent guidé par des perceptions/intuitions que par des faits scientifiques. La réception d’une information peut soit passer par un système de traitement analytique soit par un système holistique. Ce dernier évalue rapidement, inconsciemment, intuitivement l’information (c’est la Dual process Theory). La perception du risque peut parfois être biaisée par des raccourcis mentaux, des motifs étudiés en sciences sociales et psychologie, appelés heuristiques (Tversky 1973, Leneveu 2012).

Deux exemples de biais cognitifs

Je vais vous en présenter deux mais il en existe d’autres.

  • Le biais de représentativité. Il consiste à porter un jugement à partir de quelques éléments qui ne sont pas nécessairement représentatifs. Un exemple est de demander à des gens quelle est la séquence la plus probable au jeu de lancer de pièces pile ou face : PFPFFP ou PPPFFF ou PPPPFP. La plupart des gens estimeront que la séquence la plus probable est PFPFFP par rapport aux 2 autres alors que les 3 séquences sont autant probables. Cette erreur cognitive vient du fait que la séquence PFPFFP est plus représentative du hasard. Ce biais de représentativité nous pousse à baser notre jugement sur des stéréotypes plutôt que sur les statistiques.
  • Le biais de disponibilité arrive quand on juge une situation, nous utilisons les informations facilement disponibles dans notre mémoire. Ces événements peuvent être les plus récents mais également les plus marquants émotionnellement. Plus l’individu peut se remémorer rapidement un événement, et plus il s’attend à ce que cet événement se produise

La perception du risque est influencée par ces heuristiques et elle dépend également de :

  • Facteurs externes (intensité, persistance, incertitude, irréversibilité, proximité…)
  • Facteurs internes (âge, sexe, niveau d’éducation, attentes, opinions politiques…)
  • Facteurs inconnus

Objectif de l’enquête sur la perception des risques

Ainsi, cette enquête a pour but, d’une part, de quantifier le risque perçu par une approche psychométrique pour différentes situations et facteurs/produits dans une population (avertie) et intéressée par les sciences. Et d’autre part, d’identifier la façon dont les répondants trouvent et analysent l’information scientifique ainsi que leur avis sur les médias et les experts scientifiques.

Attention, il est important d’avoir en tête en lisant les résultats et les analyses que cette enquête porte sur une population particulière (non représentative de la population générale : ce n’était pas le but puisque je n’ai pas les moyens de l’INSEE) qui est intéressée par le milieu scientifique et la perception des risques.

Les résultats

Les répondants : une population avertie et intéressée par les Sciences

671 personnes ont répondu entre le 17 juillet 2019 et le 31 août 2019 à cette enquête en ligne. L’échantillon se compose de 40% de femmes (n=269), 60% d’hommes (n=400) et 0,003% de divers (n=2). 30% des répondants avaient moins de 25 ans, 44% entre 25 et 39 ans, 24% entre 40 et 59 ans, 3% entre 60 et 69 et 0,001% plus de 70 ans. Les répondants avaient majoritairement un master (53%) puis le niveau d’une licence (22%), un doctorat (14%) ou un bac (12%). Les répondants avec un BEP/CEP/sans diplôme (3%) sont sous-représentés ici. La majorité des répondants provient des grandes villes de plus de 100 000 habitants (44,3%). Le reste se partage entre les villes de taille moyenne avec 20 000-100 000 habitants (19,8%), avec 2 000 à 20 000 habitants (19,5%) et les communes rurales légèrement sous-représentées (<2000 habitants).  Un peu plus d’un quart des participants vient d’Ile-de-France.

L’échantillon présente principalement des cadres et professions intellectuelles supérieures et des étudiants selon la nomenclature de l’INSEE. La moitié des répondants est impliqué professionnellement dans le milieu scientifique et la quasi-totalité de l’échantillon est intéressé voire très intéressée par la recherche scientifique. Parmi les 11 domaines d’intérêts proposés, 65% des répondants avaient un intérêt pour l’environnement, 57% pour la santé, 47% pour l’alimentation et 39% pour l’agronomie.

Estimation de la mortalité pour quatre risques individuels

Pour évaluer leur perception du risque, les participants ont dû répondre à cette question « En 2016 selon vous, combien de décès en France sont causés par XXX ? » pour quatre risques : le VIH, les intoxications alimentaires, les accidents routiers et le diabète.

  • En 2016, d’après la base de données CEPIDC, le Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) a entraîné la mort de 237 hommes et 66 femmes, soit un total de 303 morts. La médiane des estimations du nombre de décès était de 1000 et la moyenne de 10 025 : le nombre de morts était surestimé dans 75% des réponses.
  • Entre 2008 et 2013, le nombre de décès liés à une maladie infectieuse d’origine alimentaire (une toxi-infection) variait entre 232 et 358 décès, soit 295 morts en moyenne, d’après Santé Publique France. La médiane des réponses était de 500 et le moyenne de 4485 avec une surestimation dans 60% des réponses et 36% de sous-estimations. Les infections à Salmonella spp. et à Listeria monocytogenes représentent la moitié des décès d’origine alimentaire.
  • Selon les estimations de l’observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 3 259 sont mortes sur les routes en France métropolitaine en 2018. La mortalité routière est en baisse de 5,5% par rapport à 2017. La médiane des réponses était de 5000 et le moyenne de 27 900. C’est le facteur le mieux estimé par les répondants sur les 4.
  • En 2016, d’après la base de données CEPIDC, le diabète de type 2 a entraîné la mort de 5571 hommes et 5704 femmes, soit un total de 11 275 morts. La médiane des estimations du nombre de décès était de 15 000 et la moyenne de 34 397 : le nombre de morts était surestimé dans 51% des réponses et sous-estimé dans 49% des cas.

Il est intéressant de constater que certaines personnes ont très largement surestimé les risques. Par exemple, 8% des enquêtés ont répondu entre 15 000 et 300 000 morts/an en France, soit jusqu’à 1000 fois plus que les données de mortalité officielle. Le nombre de morts liées au VIH et aux intoxications alimentaires semble être le plus compliquée à estimer (même dans une population avertie).

La perception du risque avec une approche psychométrique

Afin d’évaluer le niveau de risque perçu d’une autre manière, il a été demandé aux participants de répondre à cette question suivante : « Pour chacun de ces produits/situations, comment qualifiez-vous les risques d’un potentiel impact sur votre santé et/ou votre personne ? ». La réponse se présentait sous forme d’une échelle Likert en 7 modalités de niveau de risque perçu : nuls/très faibles/faibles/moyen/élevés/très élevés + ne sait pas. Ces 7 modalités de réponse ont été regroupées en 3 modalités pour les analyses suivantes en risque faible/moyen/élevé.

Quelles sont les situations/produits jugés les plus à risque ?

J’ai classé les facteurs/situations à risque par ordre croissant du nombre de réponses « risques élevés/très élevés ». L’alcool, le tabac, l’obésité, le VIH arrivent en premiers comme facteurs risqués pour la santé des répondants avec plus de 70% de réponses « risque élevé/très élevé ». Les aliments frais, les vêtements, prendre l’avion, se baigner en mer et les aliments sont les facteurs/situations jugés les moins risqués.

Les risques individuels en vert sont considérés comme les plus risqués avec l’exception de « se baigner en mer ». Ensuite, arrivent les risques collectifs non industriels en violet que l’on ne peut pas maîtriser à l’échelle individuelle. La famille de risque jugée la moins risquée se compose des risques technologiques identifiables en rouge (moins de 35% de réponses « risques élevés »).

  • Risque alimentaire : aliments frais, compléments alimentaires, additifs alimentaires, aliments ultra-transformés
  • Risques technologiques liés à des lieux ou technologie identifiables : l’avion, les vaccins, les lignes hautes tensions, la radiographie, la cosmétique, le nucléaire, les portables, les accidents chimiques
  • Risques liés à de la pollution diffuse : le radon, les retombées de Tchernobyl, les pollutions intérieures et extérieures, les microplastiques, les pesticides
  • Risques économiques : la crise financière, le chômage
  • Risques collectifs non industriels : les vêtements, terrorisme, le changement climatique, les vagues de chaleurs, les accidents domestiques, le bruit, les inondations

Parmi les risques industriels ou technologiques exclusivement, les répondants estiment que le transport routier, les installation chimique et les centrales nucléaires sont les situations les plus à risque de provoquer u accident grave et/ou une catastrophe sanitaire.

Comparaison avec l’opinion de la population générale (enquête nationale de l’IRSN)

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) effectue chaque année un sondage représentatif de la population française sur la perception des risques. Dans l’enquête de l’IRSN de Novembre/Décembre 2016, on retrouve en tête de classement le terrorisme (80% de réponses “risque élevé”), le tabac (77%), puis les pesticides (72%), puis la pollution atmosphérique (71%) et l’alcool (68%). Ceux-ci concordent avec la hiérarchisation du risque dans mon enquête (sauf pour le terrorisme et les pesticides jugés moins risqués dans mon enquête).

La perception des risques lors de l’enquête IRSN diffère de façon importante pour les OGM (51% vs 13% dans mon sondage), le terrorisme (80% vs 22%), les pesticides (71,2% vs 37%). Ceux-ci sont jugés moins risqués par mon échantillon. La perception du terrorisme est également influencée par la proximité temporelle des attentats de 2015 (contre Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, du Thalys) et ceux de 2016. A l’inverse, l’obésité et le sida ont été jugés plus risqués dans mon enquête que dans le baromètre IRSN.

Le baromètre de l’IRSN est censé être représentatif de la population française. Pour de nombreux facteurs de risque, les répondants de mon enquête sous-estiment les risques par rapport à la population générale à l’exception du SIDA, de l’obésité, l’alcool et le tabac qui font partis des risques individuels identifiables et contrôlables.

Risque perçu vs risque réel

Le risque réel peut être approximé par le nombre de morts des statistiques officiels. Les facteurs alimentaires (alimentation déséquilibrée) sont une des principales causes décès dans le monde (GBD 2017). L’alcool et le tabac sont une des premières causes de décès en France avec 116 000 morts par an. La pollution extérieure (atmosphérique) arrive ensuite avec 48 000 décès puis la pollution intérieure avec 20 000 décès puis les maladies infectieuses avec 10 200 décès. L’été caniculaire de 2015 avait provoqué une surmortalité de 3 300 morts. Les chutes accidentelles représentent 7 655 décès et sont plus fréquentes que les morts liées au SIDA (303 morts) ou les intoxications alimentaires mortelles (295 morts). Les accidents mortels routiers et les noyades sont autour de 1500-3000 morts. Le risque réel pour les inondations, l’avion, l’électrocution avec des lignes hautes tensions ou le terrorisme est extrêmement faible avec moins de 30 morts/an en France.

A ma connaissance et d’après l’ANSM, les vaccins n’ont jamais tué quelqu’un ! L’ANSM rapporte 962 déclarations d’un ou plusieurs effets ou évènements indésirables concernant les nourrissons de moins de 2 ans, pour un total de 38 millions de doses vaccinales administrées entre 2012 et 2017 (soit une moyenne de 160 déclarations annuelles). Le risque de décès liés aux vaccins est donc… quasiment nul. J’ai représenté sous forme de schéma la différence entre le risque perçu par les enquêtés et les répondants :

  • La taille des bulles pour le risque perçu (en haut de la ligne bleue) est proportionnelle au nombre de réponses des participants ayant jugé un facteur/une situation avec un risque élevé/très élevé.
  • La taille des bulles pour le risque réel (en bas de la ligne bleue) est proportionnelle au nombre de morts des statistiques officielles.

Les risques perçus sont souvent surestimés par rapport à la réalité en particulier pour situations à risque qui font moins de 30 morts par an en moyenne : pour les OGM, les additifs, les accidents de l’industrie chimique par exemple.

Si l’on prend l’exemple du VIH, le risque perçu pour le VIH est également surestimé (73% des répondants ont perçu cela comme un risque élevé d’un potentiel impact sur leur santé). Or la fréquence d’exposition à des situations à risques sexuels n’est pas forcément si élevée. En 2016, le nombre de morts était de 303 et le nombre de nouveaux cas de VIH (incidence) était de 6 400 en 2017 en France. Parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2017, 3 600 (56%) ont été contaminées lors de rapports hétérosexuels, 2 600 (41%) lors de rapports entre hommes et 130 (2%) par usage de drogues injectables (Santé Publique France).

Que pensent les enquêtés des aliments ultra-transformés ?

Qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ?

Les aliments ultra-transformés sont définis dans la classification NOVA (un nom, pas un acronyme). Cette classification est reconnue par la FAO et la Pan American Health Organization de l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle a été développée par une équipe de recherche brésilienne. Les aliments hautement transformés (‘ultraprocessed food’ = UPF) sont des formulations industrielles qui comportent plus de 4 ou 5 ingrédients. Ces aliments peuvent comporter des additifs alimentaires, des protéines hydrolysées, des amidons modifiés et/ou des huiles hydrogénées.

Le risque perçu pour les aliments ultra-transformés dits UPF

La moitié des répondants (50,3%) estiment que les UPF sont des produits à risque élevé/très élevé pour la santé. Les réponses ont été regroupées en trois niveaux de risque perçu : faible (en jaune), moyen (en orange) et élevé (en rouge). 63% des femmes considèrent les UPF avec un risque élevé alors que 42% des hommes partagent cet avis. L’effet sexe était très significatif statistiquement : p=10-7 (test du χ2 et de test U de Mann-Whitney)

Les moins de 25 ans et les 60-69 ans semblent être plus nombreux à avoir répondu « risque élevé » pour les aliments ultra-transformés (statistiquement non significatif). 56% des moins de 25 ans, 48% des 25-39 ans, 47% des 40-59 et 60% des 60-69 ans jugent élevé le risque lié aux aliments ultra-transformés.

Les personnes avec un doctorat ont répondu en proportion plus faible un « risque élevé » pour les aliments ultra-transformés (test de Kruskal-Wallis p=0.04). 54% des répondants avec un bac ou sans diplôme, 54% avec une licence, 51% avec un master et 40% avec un doctorat estiment que le risque est élevé pour les UPF.

J’ai ensuite fait le lien entre ces variables sociodémographiques (sexe, âge, niveau de diplôme le plus élevé, taille de la ville, le degré de confiance dans les autorités françaises, les personnes qui connaissent la pyramide du niveau de preuve scientifique, l’utilisation des réseaux sociaux) et le niveau de risque perçu avec de la modélisation statistique multivariée, qui permet de prendre en compte toutes ces variables en même temps.

Les conclusions sont que les femmes ont tendance à identifier les aliments ultra-transformés comme plus risqués que les hommes. Les personnes qui n’ont pas confiance dans les autorités françaises ont tendance à surestimer le risque par rapport aux personnes ayant confiance dans les autorités françaises/les réponses « je ne sais pas ».

Il n’y avait pas d’effet significatif du niveau de diplôme, de même pour les catégories socioprofessionnelles, ni avec les personnes qui ont répondu qu’elles étaient particulièrement intéressées par l’agronomie, l’alimentation ou la santé. De plus, l’implication professionnelle dans le milieu scientifique n’était pas associée avec une différence de perception du risque pour les aliments ultra-transformés.

Une différence de perception selon le sexe, l’utilisation des réseaux sociaux, la confiance dans les autorités

J’ai ré-itéré ce type d’analyse pour caractériser les répondants pour les 34 autres situations/produits à risque (détaillé dans le rapport). En conclusion, il y a un effet du sexe dans la perception présent sur de nombreux facteurs de risque (aliments frais, portables, additifs alimentaires, alcool, tabac, utiliser sa voiture, pollution extérieure, vagues de chaleur, accidents chimiques, terrorisme, avion, nucléaire, les fils hautes tensions, radiographie, inondations, pesticides, les aliments ultra-transformés et les OGM) où les Hommes perçoivent ces situations/substances comme moins risquées que les femmes. Cet effet du genre est retrouvé dans la littérature de la perception du risque (Gustafson 2006).

De même les personnes qui ont confiance dans les autorités françaises ont tendance à voir les situations/produits comme moins risqués que les autres. La connaissance de la hiérarchie du niveau de preuves scientifiques (le fait de savoir distinguer différents types d’études) et l’utilisation de Twitter/LinkedIn sont également des prédicteurs du risque perçu. Les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle d’amplification des peurs.

L’effet du diplôme n’était pas souvent significatif à cause de l’échantillon qui est sélectionné. Les intérêts scientifiques et d’autres variables « affaiblissent » cet effet dans le modèle. Avec un échantillon plus important et plus varié, il pourrait être possible de voir des différences selon le niveau de diplôme.

Informations scientifiques, vérification de la validité de l’information scientifique

Quels sont les canaux utilisés pour accéder à l’information scientifique ?

Selon les 682 répondants (actualisation des réponses au 19/09/2019 pour cette partie), les canaux d’information les plus fiables sont : les publications scientifiques (89% des répondants) puis les magazines scientifiques et la presse scientifiques (79%) et les vulgarisateurs Youtube (43%) en 3ème position. La presse généraliste (6,6%) et la télévision (6,2%) arrivent en dernière position.

Facebook, twitter et Youtube sont les principaux réseaux utilisés pour lire des informations scientifiques. 73% des répondants font attention à la source de l’information. La vérification des sources d’information était associée (p<0.001) avec le niveau de diplôme, l’âge, les connaissances de la pyramide du niveau de preuve mais pas avec le sexe ni la taille de la ville ni la région d’habitation ni la confiance dans les autorités françaises ni l’implication dans le milieu scientifique

Pour l’information scientifique, les répondants font principalement confiance aux chercheurs et aux scientifiques (87%), aux agences sanitaires scientifiques (77%), aux vulgarisateurs scientifiques (38%), aux sites internet spécialisés (25%). Ils ne font pas du tout confiance aux hommes et femmes politiques ni aux célébrités !

Les médias critiqués dans le traitement de l’information scientifique

L’information sur la recherche scientifique fournie par les médias est jugée incomplète et partielle (plus de 80% des répondants), sans source pour plus de la moitié des répondants (pour 60% des répondants).

67% des répondants estiment que les médias proposent rarement ou jamais des points de vue différents sur un sujet. Seulement 29% estiment que les médias présentent plusieurs points de vue de façon fréquente. 93,5% des répondants jugent que les médias ne présentent jamais ou rarement les limites des études scientifiques.

La perception de l’expertise scientifique

Selon les répondants de cette enquête, la propriété industrielle, les engagements contractuels des experts scientifiques et la difficulté à vulgariser des résultats ne sont pas de bonnes raisons pour empêcher la diffusion de résultats d’une expertise scientifique.

A l’inverse, la présence d’incertitudes scientifiques pourrait être une raison pour empêcher la communication de résultats d’une expertise scientifique. Les avis sont plus partagés sur le secret défense et les attentes d’une prise de décision scientifiques.

Les principales qualités d’un expert scientifique selon les répondants sont l’objectivité et l’indépendance en premier ! La créativité et la réactivité ne sont pas des éléments principaux pour être expert scientifique selon les répondants.

80% des répondants ont une bonne ou très bonne opinion des experts scientifiques. 17,6% n’ont pas d’avis (ni bonne ni mauvaise opinion). 0,7% ont une mauvaise opinion des experts scientifiques.

Une faible moitié ont confiance dans les autorités françaises pour leur santé

68% des répondants ont confiance dans les autorités françaises pour leurs actions de protection des personnes dans le domaine de la santé humaine. 19,5% n’ont pas confiance en celles-ci et 12% ne sait pas. En analyse bivariée, cette confiance était associée statistiquement :

  • avec le sexe (les femmes ont moins confiance dans les autorités)
  • avec le niveau de diplôme (les personnes avec <bac, un bac et une licence ont été plus nombreuses à répondre « je ne sais pas » ou qu’elles n’ont pas confiance)
  • pas associée avec l’âge ni avec l’implication professionnelle dans le milieu scientifique ni avec la taille de la ville

En conclusion, des résultats intéressants

En conclusion, la perception du risque est complexe à évaluer puisqu’elle est au niveau individuel et elle n’est pas mesurable par un appareil de mesure. Le jugement personnel repose sur des facteurs intrinsèques, psychologiques, cliniques, sociodémographiques, affectifs, culturels et l’estimation du risque rationnelle. Le risque perçu peut être qualitatif : niveau de certitude ? Niveau de familiarité ? Proximité spatiotemporelle ? Est-il contrôlable ? Les conséquences sont-elles réversibles ? Létales ? Est-ce que c’est un risque naturel ou humain ?

Cette enquête avec ses 671 répondants qui ont un intérêt prononcé pour les sciences et les risques sanitaires a permis d’identifier :

  • le risque est difficilement quantifiable. Il y avait très peu de bonnes réponses pour estimer le nombre de morts pour le VIH et les intoxications alimentaires et autour de 13-17% de bonnes réponses pour le diabète et les accidents de transport.
  • l’alcool, le tabac, l’obésité, le VIH, le changement climatique et les maladies infectieuses sont jugées comme les situations/produits les plus risqués. Ces 4 risques individuels sont d’ailleurs surestimés par les répondants de l’enquête par rapport aux réponses dans le baromètre de l’IRSN (représentatif de la population française). A l’inverse d’autres facteurs comme les OGM, les pesticides, l’avion, le nucléaires, les additifs alimentaires sont perçus comme moins risqués
  • Il y a une différence entre les risques perçus et les risques réels définis par les statistiques de mortalité
  • Dans cette enquête, les Hommes ont tendance à voir les situations/produits comme moins risqués que les femmes. Les personnes qui connaissent la hiérarchie du niveau de preuve scientifique ont également tendance à sous-estimer le risque par rapport aux non-connaisseurs. La confiance dans les autorités françaises pour la santé est également un prédicteur du risque perçu dans les modèles. Les utilisateurs de Linkedin ont tendance à surestimer les risques par rapport aux non-utilisateurs. Les utilisateurs de Twitter ont tendance à sous-estimer les risques par rapport aux non-utilisateurs.
  • Une grande partie des répondants fait attention aux sources et l’auteur de l’information scientifique. Ce qui est lié à leurs intérêts pour la science.
  • Les répondants font principalement confiance aux scientifiques et aux vulgarisateurs scientifiques pour l’information scientifique mais pas du tout aux hommes/femmes politiques.
  • Une critique sévère a été mise contre les médias pour le traitement de l’information scientifique « incomplète » et « sans source ». Les médias proposent rarement plusieurs points de vue et ne présentent jamais les limites des études scientifiques, à la différence des publications scientifiques.
  • Les répondants ont principalement confiance dans les experts scientifiques et exigent leur objectivité et indépendance scientifique.

Les limites de cette enquête

Tout d’abord, je tenais à préciser que je n’ai pas les moyens humains ou financiers de l’INSEE pour mener des enquêtes représentatives de la population française mais ce n’était pas mon but.

  • L’utilisation de question fermée peut créer de l’inquiétude ou faire connaître un risque à la personne interrogée alors qu’elle n’aurait pas eu connaissance de ce risque sans qu’on lui ait demandé. De cette façon, le questionnaire peut faire surestimer le risque perçu. Gaskell (2016) a comparé un questionnaire à questions ouvertes et fermées sur les peurs alimentaires. Quand un risque n’était pas mentionné dans une question ouverte, la majorité (60-80%) trouvait « risqué » ce facteur dans des questions fermées. L’inverse est plus rare : ne pas trouver risquer un facteur dans une question fermée et le mentionner dans les questions ouvertes. Dans les questions ouvertes, 29% des répondants avaient mentionné les maladies d’origine alimentaire alors que dans la question fermée sur les infections alimentaires (où le facteur est mentionné et rendu conscient), 84% des répondants ont exprimé une inquiétude.
  • Le biais de sélection peut prendre 2 aspects :

1) Les groupes comparés sont différents entre eux au début de l’étude (entre les niveaux de risque perçu) mais ici j’ai fait des analyses multivariées ajustées

2) Les groupes comparés ne sont pas un échantillon représentatif de la population cible (ma population cible n’est pas la population générale) : celle sur laquelle on veut pouvoir extrapoler les résultats

J’ai une surreprésentation étudiante/de personnes intéressées par le sujet en lui-même, ce qui est courant en sciences sociales. Cette analyse de la littérature de 1978 à 2005 écrivait « les échantillons testés ont été très majoritairement composés d’étudiants”. De même dans cette analyse des enquêtes qualitatives, les personnes interrogées sont souvent celles qui ont un intérêt pour l’étude des risques (25/67 études inclues).

Le vrai problème serait de faire des analyses sans prendre en compte des facteurs sociodémographiques, l’intérêt pour le milieu scientifique, l’utilisation des médias etc…Le modèle de régression logistique permet de prendre en compte les différences sociodémographiques des participants.

Il peut y avoir des biais à travers la formulation des questions et la motivation des participants.

Merci beaucoup pour votre participation à cette enquête. Les méthodes de calcul, d’analyse et limites sont plus détaillées dans le rapport. La bibliographie est donnée dans le rapport également (la liste est longue).

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

Amos Tversky, Daniel Kahneman. Availability: a heuristic for judging frequency and probability. Cognitive psychology 5, 207-232 (1973). https://msu.edu/~ema/803/Ch11-JDM/2/TverskyKahneman73.pdf

•Baromètre IRSN 2016/2017

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•Bo Meng et al. Risk perceptions combining spatial multi-criteria analysisin land-use type of Huainan city.

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•Danièle Hermand, Bruno Chauvin. Contribution du paradigme psychométrique à l’étude de la perception des risques : une revue de littérature de 1978 à 2005. L’année psychologique, 2008, 108, 343-386

•George Gaskell, Katrin Hohl & Monica M. Gerber (2016): Do closed survey questions overestimate public perceptions of food risks?, Journal of Risk Research, DOI: 10.1080/13669877.2016.1147492

•Gillian Hawkes & Gene Rowe (2008) A characterisation of the methodologyof qualitative research on the nature of perceived risk: trends and omissions, Journal of RiskResearch, 11:5, 617-643, DOI: 10.1080/13669870701875776

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•Gustafsod. Gender Differences in Risk Perception: Theoretical and Methodological perspectives.Risk AnalysisVolume 18, Issue 6

•Hawkes, G., & Rowe, G. (2008). A characterisation of the methodology of qualitative research on the nature of perceived risk: trends and omissions. Journal of Risk Research, 11(5), 617–643

•Jacky Leneveu and Mireille Mary Laville, « La perception et l’évaluation des risques d’un point de vue psychologique », VertigO -la revue électronique en sciences de l’environnement [Online], Volume 12 Numéro 1 | mai 2012, Online since 20 June 2012, connection on 17 September 2019. URL : http://journals.openedition.org/vertigo/12125 ; DOI : 10.4000/vertigo.12125

•LENNART SJÖBERG. The Methodology of Risk Perception Research ? Quality & Quantity 34: 407–418, 2000.

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La suite des sources est à la page 48 du .pdf rapport

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Sirop d’érable, sirop d’agave, rapadura, miel… Les alternatives “naturelles” connaissent un engouement. En effet le marché des alternatives au sucre représenterait environ 11,5 milliards de dollars en 2015 et devrait s’accroître (Garcia 2016). Et pourtant tous ces sirops ou sucres naturels restent des vecteurs de calories ajoutées (environ 4 kcal pour 1 gramme de sucre). Je vais vous présenter ces sucres tendances ainsi qu’un résumé à la fin de l’article sous forme d’infographie. Update : cet article ne s’adresse pas aux diabétiques ou aux personnes avec des régimes très spécifiques.

Qu’est-ce qu’un sucre ?

Les sucres ou les glucides sont les sources essentielles d’énergie de l’organisme : un des trois principaux macronutriments avec les lipides et les protéines.

On les distingue habituellement en fonction de leur structure chimique sur leur degré de polymérisation. Le degré de polymérisation est à à peu près équivalent au nombre de molécules de sucres (monomère). Un polymère est un assemblage de monomères, des “unités de sucre”.

monosaccharides disaccharides glucides saccharose structures
  • Un monosaccharide contient une unité de sucre.
  • Un disaccharide contient deux unités de sucre reliées par une liaison glucidique. Les oligosaccharides comprennent les sucres avec 3 à 9 unités de sucre.
  • Les polysaccharides sont des glucides avec de nombreuses unités de sucre. Ils sont des fois appelés sucres complexes.
Sucres polyosides glucides familles exemples

Le glucose se trouve dans les fruits, le miel, certains légumes. Le fructose se trouve dans les fruits et les légumes. Le saccharose correspond au sucre de table. Le lactose et le galactose sont principalement dans les produits laitiers. On trouve de l’amidon dans la pomme de terre, les céréales complètes ou le pain complet par exemple. Le sirop de fructose-glucose est présent dans de nombreux produits industriels au goût sucré.

Sucres rapides, lents, simples, complexes, libres

Les sucres rapides et lents sont une terminologie datée et erronée. On a longtemps pensé que la catégorisation selon la vitesse d’absorption et le pic de glycémie (taux de glucose dans le sang) était superposable à la classification par rapport à la structure chimique (sucre simple vs complexe). De la baguette ou des pommes de terre cuites à l’eau contiennent de l’amidon (sucre complexe) et provoquent un rapide pic de glycémie comme le glucose pur (sucre “rapide”). Les fruit contiennent du fructose et du saccharose (sucres simples) mais ils ne sont pas très hyperglycémiants.

Le groupe de “sucres libres” définis par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) désigne “les monosaccharides et les disaccharides ajoutés aux aliments par le fabricant (les “sucres ajoutés”), le cuisinier ou le consommateur, ainsi que les sucres naturellement présents dans le miel, les sirops et les jus de fruit”. Les “sucres ajoutés” (par rapport à la mention “sans sucres ajoutés”) ne comprennent pas les sucres naturellement présents.

Le sucre blanc

Le sucre en poudre blanc provient généralement d’une de ces deux plantes sucrières : la canne à sucre ou la betterave à sucre (ACER 2005). L’extraction du sucre se fait par broyage des morceaux de cannes à sucres pressés ou par diffusion de morceaux de betteraves qui circulent dans l’eau pour former un jus de sucre. Ce jus sucré est filtré et l’eau est éliminée par évaporation. Ce jus est porté à ébullition pour ensuite donner un sirop qui sera ensuite cristallisé. La qualité du sucre dépend de sa couleur, sa granulométrie, sa teneur en cendres (quantité de matière minérale obtenue après combustion complète), sa turbidité, son aspect… Le sucre de betterave est naturellement blanc c’est pourquoi il n’est pas raffiné.

  • Le sucre de canne est blond-brun à la fin de l’extraction. La couleur brune provient de la déshydratation du sucre (la caramélisation) qui provoque des réactions d’isomérisation et de polymérisation des sucres. La réaction de brunissement de Maillard entre les sucres et des acides aminés intervient également. Après raffinage (retrait de ses colorants naturels après refonte), le sucre de canne devient blanc. Le sucre blanc cristallisé après concentration sous-vide contient 99,9% de saccharose (le plus pur !).
reaction maillard chimie
Les composants de la réaction de brunissement
  • La mélasse est un sous-produit du raffinage du sucre de canne ou de betterave. La mélasse contient 35% de saccharose.
  • La cassonade est un sucre roux cristallisé issu de la 1ère cuisson du jus de canne.
  • La vergeoise est un sucre brun foncé issu du raffinage d’un sirop de betterave.
  • Le sucre glace (ou impalpable) est obtenu par broyage extrêmement fin du sucre blanc cristallisé avec des cristaux inférieurs à 0,15 mm. De l’amidon est ajouté pour éviter son agglomération.

Les alternatives classiques

Miel

Le miel est produit par les abeilles mellifères par la transformation du nectar. Le nectar est une exsudation sucrée produite par les fleurs. Le nectar est ingéré par les abeilles et ruminé par d’autres abeilles dans la ruche. Sous l’action d’enzyme digestive, le nectar est transformé en miel qui servira à nourrir les larves.

Le miel contient en moyenne 75-80% dont 31% de glucose, 38% de fructose, 7,3% de maltose et 1,3% de saccharose et quelques polysaccharides dont le raffinose, l’erlose, le mélézitose et le mélibiose. Les miels liquides sont plus riches en fructose comme le miel d’acacia.  Les éléments minéraux ne représentent que moins de 0.1%. Les vitamines sont peu présentes, surtout des vitamines du groupe B. Les caroténoïdes sont responsables de la couleur jaune ambrée du miel.

La propolis n’est pas du miel mais une résine végétale fabriquée par les abeilles

Sirop d’érable (Stuckel 1996)

Le sirop d’érable est produit par l’ébullition de la sève d’érable (Acer saccharum) dans un évaporateur à cuve ouverte. Le processus d’évaporation de l’eau (environ 104°C) et de concentration du sucre se poursuit jusqu’à ce que le sirop cristallise donne du sucre d’érable.  Le sirop est filtré avant emballage. Le sirop d’érable contient 60-62% de sucres dont principalement 52-76% de saccharose, 10% de glucose et 4% de fructose.

Les exotiques “naturels”

Sirop d’agave/nectar d’agave/agamiel (Willems 2012)

Plant d’agave

Le sirop d’agave est produit à partir de la sève des agaves (Agave tequilana and Agave salmiana) avec une teneur en sucre de 76% dont 85% de fructose, 8% de glucose, 0.1% de saccharose, 0.7% de mannitol et 0,38% d’inositol. Cette plante se trouve principalement au Mexique. Pour produire du sirop, la plante doit atteindre un stade de maturité de minimum 6 ans. Le cœur de l’agave est récolté et ensuite broyé, on y récupère ensuite le jus qui est filtré et chauffé à 80°C. Les enzymes de l’agave vont convertir l’inuline et les fructane en monosaccharides principalement du fructose.

Rapadura ou panela

Le rapadura est obtenu en faisant bouillir puis évaporer le jus de la canne à sucre. Il a une couleur ambrée et un goût de réglisse caramélisé.  Le rapadura contient environ 95-100% de sucre avec principalement du saccharose.

Le muscovado est similaire et provient de l’Ile de Maurice où le jus extrait de la canne est évaporé puis le résidu est séché puis broyé.

Sucre de coco (nira, toddy, maprau, lagbi)

La sève de la fleur de coco est récoltée par incision du bouton floral, puis ce liquide est cuit et tamisé avec ajout d’huile de coco jusqu’à ce que la sève devienne brune et se cristallise.

Le sirop de coco contient environ 77g de sucres pour 100mL (USDA) principalement du saccharose (86%) et un peu de fructose (1,5%) et de glucose (<1%) (Nurhadi 2018).

Sirop de riz brun

Le sirop de riz brun est obtenu par fermentation du riz brun et de grains d’orge où l’amidon du riz se transforme en maltose.

Ce sirop contient 83% de maltose et 2,6% de glucose (Shaw 1992).

Sirop de datte

Ce sirop s’obtient à partir des dates mixées dans de l’eau et cuites, la pâte est ensuite pressée et filtrée avant d’être concentrée par évaporation. Le sirop de date contiendrait 62-75% de sucres. Le sirop perd sa teneur en fibres avec la filtration.

Les sucres “naturels” ne sont pas meilleurs que les sucres industriels

Les sirops d’érable et d’agave semblent contenir moins de sucres pour 100g. Le sucre de coco et le rapadura se rapprochent du sucre blanc puisqu’ils contiennent beaucoup de sucres et surtout du saccharose.

sucres sirop agave rapadura teneurs coco fructose

La plupart de ces sirops ou sucres exotiques ont souvent des apports en vitamines et minéraux négligeables où il faudrait des consommations importantes pour avoir un apport substantiel en micronutriments au détriment d’un apport élevé en sucres.

Par exemple, dans 1 cuillère à soupe de sirop d’agave (6,9g – usda), vous trouvez 1,2mg de vitamine C et 13mg de potassium alors que dans 100g d’orange crue vous avez 57 mg de vitamine C et 151 mg de potassium. De même pour le sirop d’érable qui contient peu de nutriments en comparaison à la teneur en sucre.

Le sucre de coco, le sirop d’érable et le rapadura contiennent plus de 80% de saccharose. Le sirop d’agave est particulièrement riche en fructose, monosaccharide qui a un faible index glycémique (IG=15). L’indice glycémique (IG) est une échelle qui classe les aliments riches en glucides en fonction de leur effet sur l’augmentation de la glycémie par rapport à un aliment de référence comme le glucose (IG=100).

Profils glucides carbohyrates sirop agave coco miel

Les glucides, des nutriments essentiels pour sa santé

Les glucides sont essentiels pour le bon fonctionnement de l’organisme. Le glucose est la principale source d’énergie pour nos cellules. Les réserves énergétiques sont composées de glycogènes pour les mammifères et de la cellulose pour les végétaux. Les glucides sont également des éléments de structure cellulaire (matrice extracellulaire, dans les tissus…), des composants de métabolites fondamentaux (ADN, ARN, vitamines…), de reconnaissance (détermination des groupes sanguins, étiquette de mannose sur des enzymes…).

En France, d’après l’enquête de consommation nationale INCA3, les adultes consomment en moyenne entre 212 et 254g/j de glucides totaux dont 83-104g/j de sucres et 108-128g/j d’amidon et 19-20g de fibres. Les glucides représentent 46-47% de la ration énergétique et les sucres représentent 17-18% de la ration énergétique.

L’ANSES recommandait en 2001 que les apports en glucides totaux correspondent à 50-55% de l’énergie totale apportée par l’alimentation. Plus récemment, l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) recommandait un intervalle de 40-65% des apports énergétiques totaux. L’Organisation Mondiale de la Santé et l’ANSES recommandent de limiter à 10% de l’énergie totale les apports en sucres ajoutés voire à 5% (soit 26g/j pour la Femme et 32g/j pour l’Homme). Ces sucres ajoutés correspondent à ceux ajoutés par les fabricants industriels (en plus de ceux naturellement présents) et à ceux que vous ajoutez vous-mêmes avec des sirops ou du sucre blanc/brun.

L’ANSES écrivait “il n’existe pas de bénéfice spécifique à la consommation de sucres dès lors que les besoins en glucides sont couverts.”

Non, il ne faut pas supprimer sa consommation de glucides. Les glucides doivent être apportés notamment par les féculents complets, les céréales complètes et les légumineuses. Il faut éviter la consommation de sucres libres avec les biscuits sucrés, les viennoiseries, les gâteaux etc…

Limiter sa consommation de sucres libres

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de limiter notre apport en sucres libres à 10 % de l’énergie totale d’un adulte, soit 50 grammes par jour (ou 12,5 cuillères à thé). Une consommation excessive de sucres libres (mono- et disaccharides) est associé à une alimentation déséquilibrée, facteurs de risque de maladies chroniques telles que le diabète de type 2, l’obésité ou le syndrome métabolique (OMS, Morenga 2014). Elle favorise également les caries.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) recommande une “réduction globale du goût sucré de l’alimentation” dès le plus jeune âge. Par conséquent, la consommation d’édulcorants (agents sucrants non caloriques) ou d’alternatives “naturelles” au sucre blanc ne sont pas recommandés. En conclusion, naturel ne veut pas forcément dire bon pour la santé puisque le sirop d’agave, le miel ou le rapadura restent d’importants vecteurs de sucre et les teneurs en micronutriments sont souvent négligeables compte tenu qu’on ne consomme pas 70g de sirop d’agave d’un coup a priori (par rapport à une pomme ou une banane).

En un coup d’œil

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Sources :

Tables de composition nutritionnelle de l’USDA et de l’ANSES (CIQUAL)

ACER. Extraction et raffinage du sucre de canne. Novembre 2005. https://www.franceagrimer.fr/fam/layout/set/ajax/content/download/2411/12196/file/Canne_Publique.pdf

Nurhadi et al. Comparison of crystallized coconut sugar produced by traditional method and amorphous coconut sugar formed by two drying methods: vacuum drying and spray drying. International Journal of Food Properties. Volume 21, 2018 – Issue 1

Mission da Silva et al. Honey: Chemical composition, stability and authenticity. Food Chemistry. Volume 196, 1 April 2016, Pages 309-323 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0308814615013941

J.M. Rippe (ed.), Fructose, High Fructose Corn Syrup, Sucrose and Health, Nutrition and Health, 13. DOI 10.1007/978-1-4899-8077-9_2, © Springer Science+Business Media New York 2014

Kamal (2010). Determination of sugars in honey by liquid chromatography. Saudi Journal of Biological Sciences 18(1):17-21

Food and Nutrition Research Institute, Philippines. Coconut sap sugar and syrup: a promising functional food/ingredient. Acta Manilana 63 (2015), pp. 25–32 http://www.ust.edu.ph/wp-content/uploads/2016/07/ACTA-20156325-32_TrinidadTP.pdf

OMS. Apport en sucres chez l’adulte et l’enfant (2015)

Morenga et al. Dietary sugars and cardiometabolic risk: systematic review and meta-analyses of randomized controlled trials of the effects on blood pressure and lipids. The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 100, Issue 1, July 2014, Pages 65–79, https://doi.org/10.3945/ajcn.113.081521

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Pesticides à proximité des habitations : quelle distance d’épandage choisir pour éviter les dérives ? https://quoidansmonassiette.fr/pesticides-proche-maisons-habitations-distance-de-securite-epandage-choisir-pour-limiter-les-derives/ https://quoidansmonassiette.fr/pesticides-proche-maisons-habitations-distance-de-securite-epandage-choisir-pour-limiter-les-derives/#respond Tue, 10 Sep 2019 15:46:28 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4370 Le gouvernement français a proposé de fixer une distance minimale entre 5 et 10 mètres entre les zones de pulvérisation de pesticides et les

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Le gouvernement français a proposé de fixer une distance minimale entre 5 et 10 mètres entre les zones de pulvérisation de pesticides et les zones résidentielles. Les citoyens ont trois semaines pour donner leur avis.

La dérive de phytosanitaire (“pesticide drift”) est le mouvement de gouttelettes de pesticides en suspension ou adhérent à des particules dans l’air et leur dépôt accidentel en dehors de la zone visée. Cette dérive peut également avoir lieu sous forme de vapeur invisible où les gouttelettes se sont évaporées. La dérive est un problème parce qu’elle peut rendre le traitement phytosanitaire moins efficace et peut poser des problèmes sanitaires pour les organismes non ciblés (« off target ») comme des plantes sensibles, des animaux sauvages, des biens…

L’expertise collective de l’INSERM écrivait en 2013 “l’exposition à proximité  des lieux d’épandage est considérée comme non négligeable. L’analyse de l’ensemble des mesures réalisées par les Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) au début des années 2000 a montré une importante saisonnalité de la présence de pesticides dans l’air, plus faible en hiver, et plus forte au printemps et en arrière-saison. Ces résultats  suggèrent  un  lien  important  entre  les  activités  d’épandage  agricole  et  la  présence  de  pesticides  dans  l’air  extérieur. ” D’après l’INSERM, la présence de pesticides dans l’air est généralement corrélée aux périodes de traitement de culture. Et il est possible de retrouver des résidus dans les poussières des maisons ou l’urine des habitants. Un dosage urinaire estime une imprégnation en pesticides intégrant l’ensemble des voies de contamination possibles. Cependant, il faut toujours ramener ces niveaux d’exposition (urinaire par exemple) à une valeur toxicologique de référence pour évaluer le risque (= exposition x niveau de danger).

Quels sont les facteurs influençant la dérivé des pesticides ?

Celle-ci est influencée par :

  •  des facteurs météorologiques : vitesse du vent, stabilité atmosphérique, turbulence, température et humidité
  • des facteurs liés à l’application des pesticides : type de pulvérisateur, type de buse, taille de la buse, pression de la buse, hauteur de libération, angle auquel les pesticides sont épandus et vitesse de conduite
  • la formulation : les additifs, la densité, la viscosité, la volatilité

Impact du vent et de la taille des gouttelettes de pesticides

Par exemple, plus les gouttelettes sont petites (moins de 200 micromètres), plus le pesticide a tendance à dériver (évaporation). Des gouttelettes trop grossières (>400 micromètres) entraîneront un ruissellement. En général, les buses à jet conique produisent des particules plus fines que la plupart des buses à jet plat utilisées en horticulture, car elles fonctionnent à pression élevée et produisent un effet de cisaillement dû au système pneumatique et leur jet a une plus longue portée.

Ces courbes sont issues de simulation mais on visualise bien que plus la taille des gouttelettes de pesticide est petite, plus ils se dispersent loin

La dérive augmente par temps chaud et sec. Le sol chaud peut également créer des courants de convection ascendants. Lors d’un vent nul, la situation n’est pas favorable à une pulvérisation parce que la dérive va se produire sous forme de vapeur. Lors d’un vent fort latéral, il faut pulvériser avec précaution pour éviter que cela dépote le pesticide.

Plus la vitesse du vent augmente, plus les pesticides volent loin

L’impact de la stabilité atmosphérique : les inversions de T°

En conditions normales, l’air chaud s’élève et se rafraîchit puis il redescend dans une cellule de convection. C’est la turbulence thermique, un moyen rapide de dilution des particules en suspension de pesticides. On a un gradient de température décroissant en s’élevant en altitude.

Durant les périodes d’anticyclone en hiver durant la nuit, le sol se refroidit rapidement et l’air au sol de refroidit. L’air plus chaud s’élève et enferme l’air plus froid en basse altitude comme un couvercle. C’est ce qu’on appelle une inversion de température. La pollution est généralement piégée dans cette couche d’air froid.

Lors des inversions de température, les particules de pesticide peuvent s’accumuler sous la couche d’inversion. Lorsque cette inversion disparaît, ces gouttelettes peuvent se disperser sur de longues distances. La dérive de pulvérisation (ou vapeur) reste concentrée dans l’air frais dans lequel elle a été émise. Et l’air frais et dense tend à descendre ou à se déplacer latéralement avec des vents légers, emportant avec lui les éventuelles particules de dérive de pulvérisation.

Il est donc important de faire attention aux conditions météorologiques et aux conseils d’utilisation des pesticides (dans les notices) avant de pulvériser. Il est possible de mettre en place des zones tampons, c’est à dire des zones où on n’épand pas de pesticides afin de limiter la propagation dans les zones résidentielles.

Exemple d’études sur la dispersion des pesticides

Des chercheurs du Danemark ont étudié la propagation de 10 pesticides pulvérisés par un tracteur (Carlsen 2006). Ils ont détecté des dépôts de pesticides jusqu’à 150m de la source. Entre 0 et 2m de la source, les dépôts étaient en faibles quantités entre 0,1 et 9% de la quantité de départ. Et entre 0 et 3 mètres de la source, il y avait entre 0,02 et 4% de pesticides.

Ils ont également utilisé l’équation de Rautmann et al. 2001 (50 essais agricoles et 72 sur des fruits) pour modéliser le comportement du pesticide.

y=2.7705 x-0,9787

r²=0,9873 y= dérive en kg/ha x=distance à la source en mètres

On constate que plus on s’éloigne de la source d’épandage (la distance augmente), moins on a de résidus de pesticides détectés dans l’air

Deux autre études montrent que les expositions aux pesticides des populations étaient largement corrélées à leur lieu de résidence, et plus précisément à la distance qui sépare leur lieu de résidence des surfaces agricoles consommatrices de pesticides (Koch, 2002 ; Bell, 2001)

  • Étude cas-témoin de Bell 2001 avec 73 cas de décès suite à des anomalies congénitales et 611 nourrissons contrôles en Californie. Des associations (Odds Ratios OR) pour ce risque de décès ont été identifiées avec une exposition aux hydrocarbures halogénés
  • Étude de Koch (2002) sur 44 enfants de 2 à 5 ans recrutés dans une clinique à Washington. Les teneurs en métabolites de dialkylphosphate urinaires (des produits de dégradation par le métabolisme des pesticides organophosphorés) étaient plus importantes lors des mois d’épandage de pesticides que des mois sans pulvérisation. Il avait donc un effet temporel mais pas d’effet géographique (proximité près des champs)

Face à ces potentiels risques de dérives de pesticides, certains pays/régions ont légiféré en mettant en place des zones tampons (Gunier 2017).

Mise en place de distances tampons de pulvérisation de pesticides

En France et dans l’Union Européenne

En France, c’est l’ANSES, Agence Nationale de Sécurité Alimentaire qui est en charge d’évaluer les risques liés aux pesticides. Dans son dernier avis scientifique de Juin 2019, celle-ci recommande de mettre en place des distances de sécurité minimales de 3-10m pour les grandes cultures avec un pulvérisateur à rampe et de 10m pour les vergers et pour les vignes avec un pulvérisateur à jet porté. Cela permettrait de limiter l’exposition des résidents pendant ou après application des pesticides.

En cas de produits cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, elle recommande des distances de sécurité accrues.

Ces recommandations s’appuient sur celles de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire) et sur l’étude de 1987 de Lloyd et al. qui portait sur la dérive de pesticides dans les vergers : je n’ai pas retrouvé la publication originale.

Actuellement la pulvérisation de pesticides près de lieux scolaires et des hôpitaux et des maisons de retraite est réglementée par les articles 1° et 2° L. 253-7-1 du code rural et de la pêche maritime que je vous cite :

  • L’utilisation des produits mentionnés à l’article L. 253-1 (les produits phytosanitaires avec des exceptions) est interdite dans les cours de récréation et espaces habituellement fréquentés par les élèves dans l’enceinte des établissements scolaires, dans les espaces habituellement fréquentés par les enfants dans l’enceinte des crèches, des haltes-garderies et des centres de loisirs ainsi que dans les aires de jeux destinées aux enfants dans les parcs, jardins et espaces verts ouverts au public
  • l’utilisation de pesticides dans des centres hospitaliers et hôpitaux, des établissements de santé privés, des maisons de santé, des maisons de réadaptation fonctionnelle, des établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées et des établissements qui accueillent des personnes adultes handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave exige des mesures de protection telles que des haies et/ou des équipements pour le traitement ou des dates et horaires de traitement. Autour de ces lieux, il y a également une distance de sécurité de 50m.

En Slovénie

La Slovénie a mis en place des mesures de prévention similaire avec une distance de 20 mètres lorsqu’un ventilateur et un pulvérisateur à dos sont utilisés sans équipement supplémentaire destiné à limiter la dérive ou l’utilisation de haies. Cette distance est réduite à 5 mètres quand des buses anti-dérives sont utilisées.

En Wallonie en Belgique

La Wallonie interdit de pulvériser des pesticides quand la vitesse du vent est supérieure à 20 km/h (ou échelle 3 de Beaufort). Elle interdit également de pulvériser à moins de 50 mètres des cours de récréations, des écoles, des internats, des crèches durant les heures de fréquentation de ceux-ci. Il y a également des zones tampons de 6m près des eaux de surface et le long des terrains revêtus non cultivables reliés à un réseau de collecte des eaux pluviales, sur une largeur d’un mètre (arrêté du 14/06/2018).

En Allemagne

La distance de sécurité de pulvérisation de pesticides est de 2 mètres pour les cultures basses et de 5 mètres pour les cultures hautes.

Au Royaume-Uni (UE)

Il n’y a pas de distances obligatoires de sécurité tant que les agriculteurs respectent les conditions d’utilisation du pesticide et les conseils du code de bonnes pratiques pour l’utilisation de produits phytopharmaceutiques

En Californie, aux Etats-Unis

Aux États-Unis, il y a une recommandation de zone tampon près des cultures bio afin de ne pas les contaminer, mais il n’y a pas de distances données.

Le département de régulation des pesticides en Californie limite les épandages de pesticides près des écoles ou les crèches avec une zone tampon de 7m (pour les pulvérisations au sol) à 400m (1 320 pieds, pour les pulvérisations par avion). Il n’y a pas de distance minimale pour l’usage de pesticides en serre ou durant les jours où il n’y a pas d’école (36h entre l’épandage et le 1er jour d’école). Il est possible pour les écoles et les agriculteurs de passer des accords de dérogation.

En Australie

En Australie, des zones tampons sont obligatoires près des zones résidentielles entre 40 mètres (si il y a un buisson/une barrière naturelle de taille suffisante) et 300-500 mètres (selon le type de culture).

Pourquoi la Californie semble avoir des règles plus contraignantes que le reste des États-Unis ?

Il y a vraisemblablement des usages différents d’en Europe : les épandages par avion sont beaucoup plus courants à cause de plus grandes superficies de cultures. Il y a également beaucoup d’études scientifiques en Californie sur la dérivé des pesticides et la santé des résidents.

Ce sont principalement des études observationnelles humaines (principalement des cas-témoins sauf pour l’étude CHAMACOS) qui ont identifié des problèmes d’asthme, de défauts gestationnels, d’autisme associés statistiquement à des usages de pesticides à proximité des zones résidentielles (jusqu’à 5km). Voici un tableau résumé :

Petit rappel pour lire ce tableau : le but d’une étude dite “cas-témoin” en épidémiologie est de comparer la fréquence d’exposition antérieure à un ou plusieurs facteurs (ex: les pesticides) dans un groupe de cas (les malades, par exemple, ceux atteints d’autisme) avec un groupe de témoins (non malades). Cet étude cas-témoin permet de calculer l’odds ratio (OR, le rapport de cote) qui est une bonne approximation du risque relatif lorsque la maladie est rare dans la population (<5%). Dans ce cas il s’interprète comme un Risque Relatif (RR) :

  • RR=1 : absence de relation entre le facteur de risque et la maladie
  • RR>1 : risque accru de maladie (facteur de risque) dans le groupe exposé vs le non-exposé [ici aux pesticides]. Il y a donc une association statistique
  • RR<1 : risque réduit de maladie (facteur protecteur) dans le groupe exposé vs le groupe non-exposé. Il y a donc une association statistique
  • les valeurs entre [ – ] à côté de l’OR représentent l’intervalle de confiance, la probabilité que la valeur de l’OR soit dans cet intervalle à 95% de chance.
Par exemple, dans l’étude CHAMACO sur le soufre, on voit que les OR sont supérieurs à 1, il y a donc un risque accru (rapport de cote) d’asthme dans le groupe des personnes exposés au Soufre versus celui non-exposé dans un périmètre de <1km

Il y a bien sûr des limites à avoir à l’esprit dans ces études observationnelles qui ne démontrent pas de lien de causalité. Il n’y a pas non plus d’analyse sur plusieurs années (longitudinales) pour évaluer le risque relatif (hazard ratio). Les rapports de côtes (Odds Ratio en anglais) sont approximés au risque relatif quand l’incidence du problème de santé est très faible. Ces études sont également localisés en Californie principalement donc pas forcément directement extrapolable à la France comme les pratiques culturales diffèrent.

Voilà vous avez donc quelques éléments pour participer à la consultation publique sur les dérives des pesticides et la protection des riverains :

http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/consultation-publique-sur-un-projet-de-decret-et-a2032.html

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

ANSES. Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation,d e l’environnement et du travail relatif à une demande d’appui scientifique sur les mesures de protection des riverains lors de l’utilisation des produits phytosanitaires (14 juin 2019)

Zhu, H., D.L. Reichard, R.D. Fox, R.D. Brazee and H.E. Ozkan. 1994. Simulation of drift of discrete sizes of water droplets from field sprayers. Transactions of the ASAE 37(5):1401-1407

Koch D et al. 2002 : Temporal association of children’s pesticide exposure and agricultural spraying

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INSERM Expertise collective 2013 Pesticides : Effets sur la santé

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Fédération Wallonie-Bruxelles. Circulaire n°5223du 30/03/2015 https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/40493_000.pdf

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Sécurité microbiologique, dates limites de consommation (DLC) : comment maîtriser les risques sanitaires ? https://quoidansmonassiette.fr/securite-microbiologique-dates-limites-de-consommation-maitriser-risques-sanitaires/ https://quoidansmonassiette.fr/securite-microbiologique-dates-limites-de-consommation-maitriser-risques-sanitaires/#respond Mon, 09 Sep 2019 14:42:06 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4354 D’après Santé Publique France, environ 10 000 personnes sont touchées par une toxi-infection alimentaire. Une toxi-infection alimentaire est une maladie qui se déclare rapidement (24-72h)

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D’après Santé Publique France, environ 10 000 personnes sont touchées par une toxi-infection alimentaire. Une toxi-infection alimentaire est une maladie qui se déclare rapidement (24-72h) sous forme de symptômes gastro-intestinaux suite à l’ingestion de bactéries pathogènes vivantes ayant des toxines endocellulaires. Ces micro-organismes (ex : salmonella, shigella…) se développent ensuite dans le tube digestif.

Les infections d’origine alimentaire sont plus graves puisque ce sont des pathologies invasives (ex : listeria monocytogenes) qui peuvent provoquer une septicémie.

Seulement 1200 à 1500 TIAC sont notifiés chaque année depuis 2012. 30% de ces toxi-infections surviennent lors de repas à la maison

La sécurité microbiologique

Le contrôle de ces risques microbiologiques se déroule de la production à la transformation jusqu’à l’assiette du consommateur.

Il faut distinguer :

  • la salubrité (l’insalubrité) : modification des qualités organoleptiques d’un produit (odeur, goût, couleur…)
  • la sécurité alimentaire (la sureté) : altération de la qualité sanitaire. La présence d’un nombre de micro-organismes pathogènes peut présenter un risque pour la santé du consommateur

Les conditions de croissance des micro-organismes

Le développement des micro-organismes sur les aliments (et donc la durée de vie du produit) est notamment influencé par la température, l’activité de l’eau aw, l’utilisation de conservateurs, le pH, la teneur en O2 et les dégâts physiques du produit.

La température du réfrigérateur se situe entre 0 et 4°C, ce qui limite la prolifération des bactéries. Cependant certaines bactéries sont dites psychotrophes et peuvent se développer à des températures basses comme Listeria monocytogenes (développement possible entre -2°c et 45°) ou Clostridium. Voici quelques exemples de durées de conservation au réfrigérateur (à titre indicatif, tiré de l’US FDA) :

Je vais vous parler un peu de Listeria monocytogenes qui a une létalité de 30%. C’est pourquoi des critères d’absence totale de cette bactérie ont été définis dans certaines denrées alimentaires à risque. Les principaux aliments à risque de L. Monocytogenes sont la viande, la charcuterie, les produits laitiers, les végétaux de 4ème gamme, les produits de la mer. Elle est principalement trouvé en petit nombre <10 CFU/g (R. Lawley)

Une des bactéries alimentaires les plus dangereuses sont les clostridium neurotoxinogènes. Les toxines des Clostridium botulinum (provoquant le botulisme) provoquent une paralysie flasque puis s’attaque au système nerveux juqu’au décès. 30ng suffisent pour déclencher la maladie. La dose létale orale est de 100ng. Les aliments incriminés sont le boudin, les jambons non cuits, les aliments (en conserve par exemple) souillés par de la terre, des poissons salés, séchés, des marinades, du miel. Heureusement il existe une sérothérapie spécifique.

Il existe également des bactéries mésophiles (ex : Salmonella qui a sa croissance très ralentie en-dessous de 15°C) ou thermophile (ex : Campilobacter croît entre 10 et 52°C avec un optimum à 43°C). Les salmonelles sont des causes de gastro-entérites assez fréquentes dans les pays industrialisés. Elles peuvent survivre dans des milieux très sec comme le lait en poudre (aw=0,2) et à des pH entre 4 et 9. Les aliments contaminés sont souvent ceux qui sont mal conservés ou mal cuits (œufs, viandes, …). A savoir qu’après une infection, on peut continuer d’excréter cette bactérie durant 1 à 6 mois (très sympathique cette bactérie !). Je n’en ai pas beaucoup discuté mais les virus (ex : les rotavirus) peuvent également contaminer des aliments et provoquer des gastros.

Comment ranger ses aliments dans le frigo ?

On mettra donc dans la zone la plus froide (<4°C) : les viandes, les poissons crues, les préparations à base d’œuf cru. Il faut également retirer les sur-emballages en carton afin d’éviter d’apporter des bactéries sur ces emballages. Il ne faut pas non plus trop charger son réfrigérateur afin de ne pas bloquer la circulation de l’air.

Il faut nettoyer régulièrement son frigo avec de l’eau savonneuse et de l’eau légèrement javellisée mais sans appliquer directement de l’eau de javel pure puisque cela peut fragiliser les parois du congélateur et créer des crevasses où les micro-organismes peuvent s’implanter.

La différence entre DLC et DDM

La date limite de consommation (DLC) permet de prévenir d’une intoxication alimentaire. La DLC est une limite impérative qui s’applique à des denrées microbiologiquement très périssables, et, qui, de ce fait, sont susceptibles, après une courte période, de présenter un danger immédiat pour la santé humaine. La DLC “À consommer jusqu’au…” est fixée sous la responsabilité des professionnels au terme d’essais de vieillissement (challenge test), la DLC est apposée sur des produits tels que les charcuteries, les viandes fraîches ou les plats cuisinés réfrigérés (règlement 1169/2011)

“à consommer de préférence avant le xxx”

A ne pas confondre avec la date de durabilité minimale DDM (anciennement DLUO Date Limite d’Utilisation Optimale) “à consommer de préférence avant le” (durabilité <3 mois) “À consommer de préférence avant fin…” (durabilité >3 mois), une limite après laquelle l’aliment perd des qualités organoleptiques sans présenter de risque pour la santé humaine. La DDM apparait plutôt sur les biscuits secs ou le café par exemple.

“à consommer de préférence avant fin xxx”

Ces deux mentions obligatoires ne s’appliquent pas pour les fruits et légumes frais, y compris les pommes de terre (qui ne sont pas découpés, transformés), les alcools 10°, les vins et liqueurs, les produits de boulangerie et pâtisserie, le vinaigre, le sel, le sucre, les produits de confiserie, les gommes à mâcher

Comment est calculée la DLC ?

Elle est estimée par étude de l’évolution dans un aliment de populations de micro-organismes. Il y a plusieurs méthodes :

1) par méthode directe de comptage des bactéries sur la denrée alimentaire jusqu’à la DLC de l’aliment ou qu’il dépérisse. Cela peut prendre du temps si la DLC est de plusieurs mois ! Il existe des techniques de détection avec de la culture bactérienne sur milieu solide (gélose ektoen) ou liquide.

Gélose Ektoen

Par exemple, la gélose Ektoen est composée de deux indicateurs de pH (bleu de bromothymol) et d’aldéhyde (fuschine acide). Les colonies bactériennes bleu-vert sont plutôt des Salmonella, Shigella alors que les bactéries couleur saumon sont plutôt des Escherichia, Levinea, Enterobacter

La méthode classique de dénombrement sur culture gélosée consiste à broyer l’aliment puis extraire les micro-organismes de la matrice alimentaire. Ces micro-organismes sont dilués de manière logarithmique afin d’avoir des concentrations en micro-organismes de plus en plus faibles. Ceux-ci sont ensuite ensemencé dans des milieux gélosés sélectif ou non. Le comptage se fait ensuite à l’œil nu puisqu’une colonie bactérienne est visible à l’œil nu.

Il existe des alternatives de dénombrement à partir d’amplification de l’ADN bactérien (PCR) ou l’utilisation de sondes à ADN.

2) Un challenge test évalue l’accroissement de la population d’un micro-organisme dans une denrée alimentaire inoculée artificiellement avec une culture connue de ce micro-organisme et analysée dans les conditions raisonnablement prévisibles de son utilisation

3) La modélisation en microbiologie prédictive. Elle est basée sur l’hypothèse que les réponses de populations de micro-organismes à des conditions environnementales identiques sont reproductibles

Unité Formant Colonie (CFU, Colony Forming Unit). Il s’agit de l’unité permettant de dénombrer les bactéries vivantes

Les plans de contrôle des autorités et des industriels

En France, des prélèvements officiels et des analyses de produits sont réalisées dans le cadre des plans de surveillance et des plans de contrôles, élaborés chaque année par la direction générale de l’alimentation (ministère de l’agriculture)

La sécurité microbiologique est également assurée tout au long de la chaîne alimentaire avec le respect des critères microbiologiques et des critères d’hygiène de procédé (règlement 2073/2005) et l’application de bonnes pratiques d’hygiène (maîtrise de la chaîne du froid) et des principes HACCP (règlement 852/2004). Le système HACCP identifie les dangers à prévenir, identifie les points critiques de contrôle sur lequel il faut agir pour réduire le niveau de danger et établie des procédures de surveillance et des actions correctives.

Critères microbiologiques vs critères d’hygiène de procédés

Un critère de sécurité alimentaire est utilisé pour déterminer l’acceptabilité d’un produit ou d’un lot de produits. Son non-respect provoque le retrait des produits du marché. Il se base sur l’absence, la présence ou le nombre de micro-organismes

La fréquence des contrôles par les industriels est libre sauf pour les viandes, les graines germées (règlement 2073/2005 en annexe I).

On a deux types de plan de contrôle :

  •  en 2 classes (conforme/non conforme) : identification de l’absence de bactéries pathogènes dans 25g d’aliments (ex : salmonella spp. dans la viande)
  •  3 classes (conforme/acceptable/non conforme) : le résultat est satisfaisant quand les valeurs sont inférieures au seuil m. Le résultat est acceptable quand il y a au maximum c échantillons entre les valeurs m et M.
Exemple tiré de la règlementation européenne

n= nombre d’échantillons à analyser

c = nombre d’échantillons tolérés si le nombre de bactéries est entre les limites m et M

c=0 quand c’est une absence exigée (plan en 2 classes). Dans ce cas, m=M

L’analyse des tendances de dénombrement bactérien est utile pour identifier des problèmes lors des processus de fabrication.

Un critère d’hygiène des procédés est utilisé pour vérifier si un procédé de production se déroule de manière satisfaisante. Son dépassement n’engendre pas un retrait des produits mais la mise en place d’actions correctives : le processus sera adapté/corrigé.

En conclusion, c’est important de lire ces dates de conservation mais il faut utiliser son bon sens avant de jeter ses aliments et bien savoir qu’une date de durabilité minimale dépassée est consommable. Il faut utiliser son esprit critique de la même façon pour les aliments non emballés/frais sans étiquetage (ex : le jambon de chez le boucher ou un gâteau ou une mayonnaise faits-maison).

Il existe en développement des dates limites de consommation dynamique “Dynamic Shelf Life” : https://youtube.com/watch?v=XRAx7dgb1FM

Cette technologie d’indicateur ajuste elle-même sa durée de vie en fonction de tout abus de température dans le temps.

Sources :

Richard Lawley, Laurie Curtis, Judy Davis. The Food Safety Hazard Guidebook: Edition 2 (April 2012)

Laurent Delhalle et al. Les modèles de croissance en microbiologie prévisionnelle pour la maitrise de la sécurité des aliments (synthèse bibliographique). Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2012 16(3), 369-381

Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire. FAQ concernant les critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires (2017) http://www.afsca.be/legislation/hygiene/criteresmicrobiologiques/_documents/01_FAQVO2073-2005_v7_FR.pdf

USDA. MICROBIAL RISK ASSESSMENT GUIDELINE PATHOGENIC MICROORGANISMS WITH FOCUS ON FOOD AND WATER https://www.fsis.usda.gov/shared/PDF/Microbial_Risk_Assessment_Guideline_2012-001.pdf

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Alimentation bio et mycotoxines : est-ce que les produits bio sont plus contaminés qu’en agriculture conventionnelle ? https://quoidansmonassiette.fr/alimentation-bio-mycotoxines-est-ce-que-le-bio-est-plus-contamine-agriculture-conventionnelle/ https://quoidansmonassiette.fr/alimentation-bio-mycotoxines-est-ce-que-le-bio-est-plus-contamine-agriculture-conventionnelle/#comments Thu, 29 Aug 2019 10:34:18 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4329 Les mycotoxines sont des substances toxiques « naturelles » issues des moisissures qui existent sans doute depuis le début de l’agriculture (FAO). Dans l’agriculture biologique, les

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Les mycotoxines sont des substances toxiques « naturelles » issues des moisissures qui existent sans doute depuis le début de l’agriculture (FAO). Dans l’agriculture biologique, les fongicides de synthèse (des intrants contre les champignons microscopiques) sont interdits, ce qui pourrait laisser penser à une contamination plus importante qu’en agriculture conventionnelle. Il y a 10 jours (le 20 août 2019), il y avait eu également un rappel de produit pour un mix apéritif non salé 120g de marque Bio Village à cause d’un risque d’aflatoxine (une toxine de moisissure). Cependant, les études sur les niveaux de contamination en mycotoxines des produits agricoles semblent dire qu’il n’y a pas de différence.

Des contaminants alimentaires anciens

Les mycotoxines sont des contaminants qui existent depuis le début de l’agriculture. Dès le 11ème siècle, des intoxications à l’ergot de seigle ont été décrites comme la maladie du feu Saint-Antoine ou le mal des ardents. Ce n’est qu’au 17ème siècle que l’on a compris que ces pathologies provenaient de l’alimentation et d’un champignon : l’ergot du seigle, Claviceps purpurea. Cette moisissure produit des alcaloïdes toxiques (ergométrine, ergotamine…). Les symptômes de cette intoxication comprennent des vomissements, de la diarrhée, des douleurs musculaire, une soif intense, une fonction mentale réduite et des des vésicules cutanées ischémiques sur les mains ou les pieds. On parle d’ergotisme.

La nuit du 16 août 1951 dans le village de Pont Saint-Esprit (Gard) est décrite comme une nuit d’apocalypse avec 5 décès et de nombreuses victimes d’hallucinations, de maux de tête, des vomissements…. Une contamination du pain d’une boulangerie par l’ergot de seigle, une mycotoxine, a été suspectée.

Que sont les mycotoxines ?

Ce sont des composés toxiques pour l’homme et les animaux, issues du métabolisme secondaire de moisissures (des champignons microscopiques tels que Aspergillus, Penicillium et Fusarium). Elles se développent sur les champs ou pendant le stockage. Environ 300 composés ont été identifiés mais seulement une trentaine de mycotoxines sont préoccupantes. Elles ont des structures chimiques très variables mais peuvent être classées en plusieurs familles : aflatoxines, fumonisines, ochratoxines, trichothécènes, patuline et zéaralénone.

Les moisissures apparaissent dans des conditions humides, certaines températures et en présence d’un inoculum (poussières, débris végétaux, grains moisis, particules du sol…) qui apportent des spores de champignon appelées conidies. Le substrat et la souche des moisissures influencent également le production de mycotoxines.

Où retrouve-t-on des mycotoxines ?

Les mycotoxines peuvent être trouvées dans :

  • les céréales et produits céréaliers dérivés (fusariotoxines, aflatoxines, ochratoxine A (OTA)
  • les fruits et légumes (la patuline dans le jus de pomme ou l’alternarol dans les jus de légumes et fruits), les fruits secs (aflatoxine, OTA)
  • les aliments pour les animaux
  • les produits d’origine animale : dans le lait (AFM1) et les rognons et boudins (OTA)
  • les épices, le café et le cacao (OTA, aflatoxines)

Les mycotoxines sont toxiques à court terme (exemple avec l’ergotisme, le feu de Saint Antoine) mais des intoxications aigües sont peu probables en France de nos jours. Les intoxications aigües provoquent des maux de tête, des nausées, des vomissements, des faiblesses, des convulsions, des tremblements voire la mort.

La toxicité à long terme porte sur le développement de cancers, de la reprotoxicité, de la neurotoxicité et de l’immunomodulation. Les mycotoxines sont des substances très stables et quasi impossibles à éliminer des aliments par des traitements.

Exemple des aflatoxines

Les aflatoxines sont les mycotoxines les plus étudiées que l’on trouve sous quatre formes principales : aflatoxines B1 (AFB1), B2 (AFB2), G1 (AFG1) et G2 (AFG2). Elles sont produites par le champignon Aspergillus. La toxine AFB1 peut par exemple se fixer sur l’ADN après sa métabolisation en époxyde au niveau des cellules du foie. Elle provoque la mort des cellules ou la transformation en cellules cancéreuses et induire l’apparition d’hépatocacinomes. C’est pourquoi l’AFB1 est classée dans le groupe 1 de l’IARC. L’exposition à cette aflatoxine est associée à une augmentation du nombre de mutation somatiques au codon 249 de la protéine P53, qui régule le cycle cellulaire (transversion G:C->T:A) (Mougdil 2013). Entre 25 200 et 155 000 nouveaux cas de cancer du foie seraient attribuables à cette aflatoxine dans le monde chaque année. Le règlement (CE) n°1881/2006 limite les résidus d’aflatoxine B1 à 4 µg/kg d’aliments.

Agriculture bio et mycotoxines

Qu’est-ce que l’agriculture bio en Europe ?

La réglementation de l’agriculture biologique est encadrée par le règlement européen : RÈGLEMENT (CE) N°834/2007 et complétée par le règlement d’application n° 889/2008 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles.

En agriculture biologique, les fongicides (contre les champignons) de synthèse sont interdits. L’annexe II du règlement n°889/2008 liste l’ensemble des substances actives des produits phytopharmaceutiques qui sont autorisés en Agriculture Bio dans le cadre de la protection des cultures. Il s’agit d’une liste positive car les substances actives non présentes sur cette annexe ne sont pas autorisées en Agriculture Biologique.
Certains fongicides sont autorisés dans le bio tels que certains produits de bio-contrôles (des micro-organismes). Voici quelques exemples :

  • La bactérie Bacillus amylolique faciens subsp. plantarum souche D747 est une substance active fongicide et bactériostatique. Elle agit principalement comme antagoniste sur les pathogènes, mais joue également un rôle de stimulateur des défenses des plantes.
  • Gliocladium catenulatum J1446 a une forte capacité à coloniser les racines, le feuillage et les fleurs  et repousse les pathogènes par compétition de l’espace
  • des fongicides minéraux : oxyde de cuivre, sulfate de cuivre, soufre micronisé, bicarbonate de potassium. L’usage de substances à base de cuivre est questionnable. L’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (2017) avait rendu un avis négatif pointant des lacunes dans les données sur les risques pour les mammifères, les organismes aquatiques, les abeilles et les autres arthropodes non ciblés, les vers de terre et les autres macro-organismes du sol pour les fongicides à base de cuivre.

Comme l’usage des fongicides est limité dans le bio, on peut lire sur le web “le bio est donc plus contaminé en mycotoxines que les aliments d’agriculture conventionnelle.”

Est-ce que le bio est plus contaminé que le conventionnel ?

J’ai regardé les derniers avis scientifiques de l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) pour différentes mycotoxines, les conclusions sur la comparaison bio/non bio sont les suivantes :

  • Il est impossible de conclure pour les sterigmatocystines, les beauvericines, les enniatines, le nivalénol et les alcaloïdes de l’ergot
  • les niveaux de contamination pour le zéaralénone sont similaires pour les deux modes d’agriculture
  • pour la somme des toxines T-2 et HT-2, le bio est légèrement moins contaminé

Néanmoins il faut souligner l’hétérogénéité des données en terme d’année d’échantillonnage, de lieu d’échantillonnage et de saison, le faible nombre d’échantillon où le mode de production a été rapporté. Tout cela rend difficile la comparaison des analyses bio/non bio. Le mode de production dans les données de l’EFSA n’est pas souvent rapporté et une hypothèse a été faite : que les échantillons dont la méthode de production n’a pas été rapportée sont considérés comme conventionnels.

Par ailleurs, quand on regarde les analyses de la DGCCRF, le taux de non conformité semble similaire entre produits bio et non bio : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/contamination-des-denrees-alimentaires-par-mycotoxines-0

Dans cette étude italienne (Lazzaro 2015), l’incidence de Fusarium spp. était semblable dans les blés conventionnel et organique mais l’incidence de Fusarium verticillioides était significativement plus élevée dans le maïs biologique que dans le maïs conventionnel.

Pour finir, l’explication serait que la contamination en mycotoxines dépend surtout des conditions climatiques (température, humidité) ainsi que des bonnes pratiques d’alimentation animale, de stockage/transport et moins du mode de production.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Source :

Merhoff et al. Ergot Intoxication: Historical Review and Description of Unusual Clinical Manifestations. Ann Surg. 1974 Nov; 180(5): 773–77

Mougdil et al. A review of molecular mechanisms in the development of hepatocellular carcinoma by aflatoxin and hepatitis B and C viruses. J Environ Pathol Toxicol Oncol. 2013;32(2):165-75

Liu et al. Global burden of aflatoxin-induced hepatocellular carcinoma: a risk assessment. Environ Health Perspect. 2010 Jun;118(6):818-24. doi: 10.1289/ehp.0901388

Tola, M., & Kebede, B. (2016). Occurrence, importance and control of mycotoxins: A review. Cogent Food & Agriculture, 2(1)

Mannaa, M., & Kim, K. D. (2017). Influence of Temperature and Water Activity on Deleterious Fungi and Mycotoxin Production during Grain Storage. Mycobiology, 45(4), 240–254.

FAO. FOOD SAFETY AND QUALITY AS AFFECTED BY ORGANIC FARMING. PORTO, PORTUGAL, 24-28 JULY 2000  http://www.fao.org/3/X4983E/X4983E.htm#c3

Brodal et al. Mycotoxins in organically versus conventionally produced cereal grains and some other crops in temperate regions. World Mycotoxin Journal, 2016; 9 (5): 755-770 https://www.wageningenacademic.com/doi/pdf/10.3920/WMJ2016.2040

EFSA. Panel Contam. Scientific opinions : https://www.efsa.europa.eu/fr/publications

EFSA. Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of the active substance copper compounds copper(I), copper(II) variants namely copper hydroxide, copper oxychloride, tribasic copper sulfate, copper(I) oxide, Bordeaux mixture. EFSA Journal 2018;16(1):5152, 25 pp

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Et si le prix d’une calorie influençait les enjeux nutritionnels dans le monde https://quoidansmonassiette.fr/si-prix-dune-calorie-influencait-enjeux-nutritionnels-dans-le-monde/ https://quoidansmonassiette.fr/si-prix-dune-calorie-influencait-enjeux-nutritionnels-dans-le-monde/#respond Wed, 14 Aug 2019 06:45:27 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4309 D’après une étude de deux chercheurs de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, les inégalités dans les prix alimentaires dans le monde pourraient contribuer à des différences régionales en terme de malnutrition et d’obésité.

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D’après une étude de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, les inégalités dans les prix alimentaires dans le monde pourraient contribuer à des différences régionales en terme de malnutrition et d’obésité.

L’étude Global Burden of Disease estimait qu’un décès sur cinq (11 millions de décès liés à des facteurs alimentaires dans le monde) dans le monde était lié à une mauvaise alimentation. Les raisons d’un régime déséquilibré sont complexes et sont liées notamment au niveau d’éducation alimentaire, de facteurs socioculturelles, de la disponibilité des denrées, de leurs prix ainsi que les préférences et habitudes alimentaires et de d’autres facteurs.

Quand le revenu augmente, la diversité alimentaire augmente

Selon la loi d’Engel, la part du revenu allouée aux dépenses alimentaires est d’autant plus faible que le revenu est élevé. Une étude de Kenneth W Clements a identifié que la diversité alimentaire augmente également avec le revenu. La diversité des régimes peut être décomposée en composants inter-groupe et intra-groupe alimentaire. La diversité inter-groupe apporte une partie de la valeur nutritionnelle d’un régime diversifié (à l’inverse la diversité intra-groupe comme consommer différents produits parmi les snacks sucrés n’apporte pas de bénéfice nutritionnel). Cette composante pour les pays pauvres est bien inférieure à celle des pays riches: l’alimentation des pays riches est environ trois fois et demie plus diverse que celle des pauvres. Si la distinction entre ces 2 composantes est ignorée, les inégalités mesurées dans la diversité des régimes alimentaires sont considérablement sous-estimées (jusqu’à 30%).

Plus le revenu par tête augmente dans un pays, plus la part du budget pour se nourrir diminue

L’impact du prix d’une calorie sur la santé dans le monde

Les chercheurs ont estimé les prix de 657 produits alimentaires et boissons standardisés, à l’aide de l’enquête 2011 du Programme de comparaison internationale (ICP International Comparison Program), qui portait sur 176 pays. 4 grands groupes d’aliments (avec 21 sous-catégories) ont été constitués :

  • les denrées de base (féculents et céréales : riz, maïs, blé, millet, avoine, sorgho, manioc, igname, pomme de terre )
  • les aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque et céréales infantiles fortifiées)
  • les aliments d’origine animale (viande, produits laitiers, poissons et fruits de la mer)
  • les aliments riches en sucres, en sel et en graisses (chips, biscuits, snacks, sucre, huile…)

Ils ont calculé un indice « le prix calorique relatif » (Relative Caloric Price RCP), c’est un rapport entre le prix d’une calorie d’un aliment donné comparé à celui d’un panier représentatif de 9 féculents de base. Ce rapport est composé :

  • Le dénominateur de cet indice correspond au coût de 1000 calories (1kcal) du panier de 9 féculents à partir de prix médians. Le coût de 1000 calories de ce panier de base de céréales varie entre $0,42 dans les pays pauvres, $0,55 – $0,82 dans les pays à revenus intermédiaires et jusqu’à $1,16 pour les pays à revenus élevés.
  • Le numérateur correspond au coût moyen des calories provenant des 3 denrées alimentaires les moins chères dans un sous-groupe.

Cet indicateur s’interprète de cette façon : un RCP de 5 pour des œufs signifient qu’il est 5 fois plus cher d’obtenir une calorie des œufs que d’un groupe moyen d’aliments de base. Cet indice n’évalue pas la qualité nutritionnelle.

Les principaux résultats : des inégalités de prix dans le monde

Les sources de calories les moins chères en terme de calories sont le sucre et l’huile. Ensuite, arrivent les légumineuses et les snacks sucrés peu chers (RCP<2). Les fruits et légumes et les produits d’origine animale sont modérément chers (RCP de 4-8) alors que les légumes verts foncés sont les produits plus chers en moyenne (RCP moyen de 20,1).

Les produits d’origine végétale

La plupart des aliments sains sont en général plus chers avec des exceptions telles que les fruits et légumes riches en vitamine A, qui étaient moins chers en Amérique latine et dans les Caraïbes alors qu’ils sont plus chers en Asie du Sud-Est.

Les légumes verts foncés coûtaient moins chers en Inde et en Afrique Sub-saharienne que dans les pays à hauts revenus. Par contre, les autres fruits et légumes coûtaient chers en Asie et en Afrique Sub-saharienne.

Les céréales pour enfants enrichies étaient relativement peu coûteuses dans les pays à revenu moyen et supérieur, mais très chères dans les pays à revenus faibles où la malnutrition infantile est la plus répandue.

Les produits d’origine animale

La viande blanche était très chère dans tous les pays à faibles et moyen-revenus. Les œufs et le lait frais sont chers dans les pays en voie de développement parce que la production laitière est peu propice à des climats tropicaux et les moyens de conservation/transports sont moins développés. Les poules sont aussi sujettes à des infections (comme la maladie de Newcastle pour la volaille) dans les pays en voie de développement et un manque de vaccination/traitements des animaux et un productivité faible.

La junk food

Les sodas sont peu chers en Amérique du nord et en Australie mais il coûtent beaucoup plus chers en Afrique Sub-saharienne. Les chips de pomme de terre sont également eux peu chers dans plusieurs régions du monde.

Les prix caloriques relatifs aux boissons sucrées, au snack salé, au sucre et aux matières grasses étaient associés à la prévalence du surpoids chez l’adulte : une diminution d’un écart-type du prix des sodas était liée à une augmentation de 3,9 points du surpoids. Une augmentation du prix du lait frais de vache était également associée au retard de croissance.

Une augmentation du prix calorique relatif du lait est associée à une augmentation du retard de croissance chez les enfants

Cette étude comporte certaines limites. C’est une étude transversale, écologique (à l’échelle mondiale) et observationnelle, on ne peut pas en tirer de relations causales. Les prix utilisés sous-représentent les marchés ruraux. Les différences entre les consommateurs de villes et ruraux ne sont pas prises en compte ni le niveau socio-économique. La fluctuation des prix pour les productions saisonnières n’est pas prise en compte.

En conclusion, dans les pays pauvres, certains aliments riches en nutriments comme les œufs, le lait, les fruits et légumes, la viande blanche peuvent être très coûteux ce qui ne favorise pas un régime basé sur les féculents et les céréales. Dans les pays à hauts revenus, les aliments riches en sucres, en gras et en sel sont à des prix plus abordables ce qui expliquent que ces pays font face à des problèmes de surpoids/obésité.

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Source :

Derek D Headey, Harold H Alderman. The Relative Caloric Prices of Healthy and Unhealthy Foods Differ Systematically across Income Levels and Continents. The Journal of Nutrition, nxz158. 23 July 2019

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Non, le GIEC ne recommande pas un unique régime végétarien ou vegan https://quoidansmonassiette.fr/giec-viande-ne-recommande-pas-unique-regime-vegetarien-vegan/ https://quoidansmonassiette.fr/giec-viande-ne-recommande-pas-unique-regime-vegetarien-vegan/#respond Fri, 09 Aug 2019 14:01:05 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4289 L’année dernière, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié un rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C.

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L’année dernière, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié un rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C. Le GIEC a publié un nouveau rapport intitulé «Changement climatique et terres émergées» dans le cadre de son sixième cycle d’évaluation. Celui-ci traite des liens entre le changement climatique et l’usage des terres ainsi que la dégradation des sols et la sécurité alimentaire. Dans cet article, je vais uniquement m’intéresser à quelques aspects du chapitre 5 “Food Security”.

Ce nouveau rapport a été écrit par 107 experts scientifiques de 52 pays (la moitié des auteurs sont originaires de pays en voie de développement). Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est l’organe des Nations Unies chargé d’évaluer les travaux scientifiques consacrés aux changements climatiques.

Quelques aspects sur la sécurité alimentaire

L’agriculture, la foresterie et d’autres utilisations des terres contribuent à environ 13% des émissions humaines de CO2, 44% pour le méthane et 82% pour les oxydes nitreux entre 2007-2016. Ces secteurs représentent 23% des émissions de gaz à effet de serre (degré de confiance moyen). L’augmentation de la température, de l’intensité et de la fréquence de certains événements extrêmes (vagues de chaleur, inondations, précipitations intenses…) vont avoir des conséquences sur les productions agricoles. Ces changements climatiques varient selon la région et les saisons (degré de confiance élevé).

Il faut donc trouver des stratégies :

  • d’adaptation : traiter les conséquences en réduisant la vulnérabilité sociale et écologique
  • d’atténuation : traiter les causes en limitant les émissions de gaz à effet de serre.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au système agroalimentaire augmentent à cause de l’augmentation de la population mondiale, des revenues et de la demande pour les produits d’origine animale (degré de confiance élevé). Les régimes s’orientent vers une plus grande consommation de produits d’origine animaux, d’huiles végétales et de sucres/édulcorants (confiance élevée) avec des émissions en gaz à effet de serre qui augmentent à cause de plus grandes quantité de produits animaux dans les régimes (niveau de preuve robuste, accord moyen).

Limiter sa consommation de viande dans les pays développés

Plusieurs media ont écrit que le GIEC recommande un régime végétarien mais c’est en partie faux.

  • Un régime végétarien non strict consiste à ne pas consommer de viande.
  • Le pesco-végétarisme consiste à ne pas manger de viande mais du poisson.
  • L’ovo-lacto-végétarisme consiste à ne pas consommer de viande ni de poisson mais de pouvoir manger des œufs, du lait et du fromage.
  • Un régime végétalien consiste à supprimer tous les produits alimentaires d’origine animale.

Le GIEC a défini le régime végétarien comme composé de “céréales, légumes, fruits, sucres, huiles, œufs et produits laitiers, et généralement une portion au max par mois de viande ou de fruits de mer”.

Le GIEC a identifié des mesures d’adaptation comme une réduction de la demande pour des produits d’origine animale ainsi que l’augmentation de la proportion de consommation de produits d’origine végétale dans le régime (fruits à coque, légumineuses, soja) et le remplacement de la viande rouge avec des sources protéiques avec une empreinte écologique plus faible. Limiter la consommation de viande permet de limiter la pression sur les ressources en terre et en eau et donc notre vulnérabilité au changement climatique. Les personnes sont dites vulnérables quand elles sont capables de maintenir un niveau acceptable de sécurité alimentaire dans le présent, mais elles pourraient être à risque de souffrir d’insécurité alimentaire dans le futur. Ils ne demandent pas la suppression totale de la consommation de viande mais une réduction de celle-ci en particulier dans les pays développés.

Les régimes avec le moins de produits d’origine animale (vegan, végétarien, flexitarien) sont les meilleurs en terme d’émission de gaz à effet de serre.

Par ailleurs, dans les pays en voie de développement, la consommation de viande est nécessaire pour couvrir leurs besoins protéiques. Ces pays consomment en général peu de viande, il n’y a pas un seul régime pour toute la planète.

Cette recommandation précédente concerne surtout les pays développés à hauts revenus. En effet les personnes avec des revenus plus élevés ont des régimes plus diversifiés (diversification n’est pas forcément synonyme de équilibré) et généralement plus riches en viande et de d’autres types d’aliments nécessitant plus de ressources (en eau, en terre…). Si chaque pays adoptait le régime alimentaires du Royaume-Uni, 95% des terres habitables seraient nécessaires pour la production agricole. Dans ce scénario hypothétique pour les États-Unis, 178% des terres habitables seraient nécessaires.

Une réduction de 15% de la part des produits animaux dans les régimes des pays à revenus élevés d’ici 2050 permettrait :

  • de réduire les émissions en gaz à effet de serre
  • de réduire l’utilisation des ressources en eau et terre
  • et d’augmenter la consommation de produits d’origine animale dans les produits en voie de développement.

En comparaison avec un régime omnivore, le régime végétarien pourrait réduire le risque relatif de diabète de type 2 de 41%, de cancer de 10% et de maladies cardiovasculaires de 20%. Le régime végétarien ne réduirait pas le risque de mortalité toute cause (Tilman 2014).

Les régimes méditerranéens et à base de poisson (pescetarian) ont également des bénéfices santé illustrés ci-dessous :

La viande rouge, l’aliment avec les émissions les plus élevées en GES

La viande rouge fait référence au bœuf, au veau, au porc, à l’agneau, au mouton, au cheval et à la chèvre. La viande est une excellente source de protéines. Par exemple, 100g de bœuf contient 2 fois plus de protéines que des pois cuits et 2,5 fois plus de fer.

Cependant, la viande rouge est la denrée qui produit le plus d’émissions de gaz à effet de serre pour produire 1kg de protéines en comparaison avec le lait, le porc, les œufs et les autres productions agricoles. Ainsi le bœuf est l’aliment avec le plus grand impact environnementale en terme d’émission de gaz à effet de serre et/ou d’utilisation de terres. Les émissions de GES liées à l’alimentation sont très sensibles au type de viande et de la quantité consommée.

ce graphique représente la quantité en g émise de gaz à effet de serre en CO2équivalent pour produire 1g de protéines. Les colonnes rouges sont la viande, en bleu les produits de la mer/poissons et en vert les végétaux

Diminuer la consommation de viande, de produits laitiers, d’œufs dans l’Union Européenne permettrait de réduire de 40% les émissions en ammoniac, de 25-40% des gaz à effet de serre (hors CO2) et d’utiliser moins de terres cultivables.

Diminution de la consommation de la viande rouge et recommandations de santé

La viande rouge n’inclut pas le poulet, la dinde, le canard, l’oie, le gibier à plume ni le lapin. Cette suggestion du GIEC de diminuer la consommation de viande rouge dans les pays développés va dans le même sens que les recommandations de santé publique. La viande rouge pourrait être associée à un risque accru de cancer colorectal. Pendant la cuisson et/ou la transformation de la viande, des composés toxiques se forment tels que les substances N-nitrosés, des hydrocarbures aromatiques.

En France, d’après l’enquête Nationale de Consommation INCA3, les français consomment en moyenne par jour 47g de viande rouge, 26g de volaille et 7,7g de légumineuses. La médiane de la consommation de viande hors volaille était à 34g/j. Cela revient à une consommation moyenne de 511g/semaine de viande rouge et de volaille.

Les lignes directrices de santé publique ont pour point commun de recommander de varier les sources protéiques d’origine animale et végétale en incorporant plus de protéines végétales comme les légumineuses/soja (Santé Canada, Japanese Food Guide Spinning Top, Santé Publique France).

  • L’étude Global Burden of Disease GBD-2016 avait identifié que consommer plus de 161 g de viande rouge par semaine accroît le risque de cancer du côlon et de diabète.
  • L’étude EAT-Lancet recommande de consommer entre 0 et 86g/j de viande (dont maximum 14g/j de viande rouge). Par semaine, cela revient à 588g de viande et 98g de viande rouge comme limite supérieure.
  • En France, Santé Publique France recommande de ne pas dépasser 500g de viande par semaine et 150g de charcuterie par semaine

Comment réduire la production de GES ?

Le GIEC propose des alternatives à la viande comme les insectes ou l’alimentation in vitro. L’acceptabilité des insectes est le principal frein à la consommation dans certains pays. Celle-ci est notamment liée au prix, la perception environnementale du consommateur, le développement de produits à base d’insectes.

Le gaspillage alimentaire et les pertes entre 2010-2016 représentaient 8 à 10% des émissions de GES (degré de confiance moyen) et coûtaient un milliard de milliards de dollars. Le gaspillage alimentaire est lié au comportement du consommateur et les pertes sont liées aux structures pour conserver les aliments.

Consommer local ?

La consommation d’aliments cultivés localement peut réduire les émissions de GES si elles sont cultivées efficacement (degré de confiance élevé) donc ce n’est pas toujours vrai.

Dans certains cas, les aliments importés peuvent avoir une empreinte carbone inférieure à celle des aliments cultivés localement parce que certains pays lointains peuvent produire des aliments avec moins d’émissions . Par exemple, Avetisyan et al. (2014) ont montré que la consommation de produits de l’élevage locaux peut réduire les émissions en raison de chaînes d’approvisionnement courtes dans les pays à faible intensité d’émission de carbone; toutefois, cela pourrait ne pas être le cas dans 29 pays à forte intensité d’émission de  carbone. L’intensité en carbone est le rapport des émissions de CO2 à la production de l’entreprise.

En conclusion des régimes équilibrés à base de végétaux (fruits, légumineuses, légumes, fruits à coque et graine) et de produits d’origine animale issus de système résilients et durables, et à faibles émissions de gaz à effet de serre sont des leviers majeurs d’atténuation et d’adaptation. Il ne faut pas appliquer un seul régime pour toute la planète mais des régimes à adapter selon les régions, les climats, les modes de production et de consommation et de revenues.

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Source :

GIEC. Changement climatique et terres émergée. Chapitre 5 Sécurité Alimentaire https://www.ipcc.ch/srccl-report-download-page/

Tilman, D., & Clark, M. (2014). Global diets link environmental sustainability and human health. Nature, 515(7528), 518–522. doi:10.1038/nature13959 

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La radioactivité est un phénomène naturel qui existe depuis l’origine de l’Univers. Une récente polémique sur une contamination radioactive au tritium dans l’eau du robinet liée à un communiqué de l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) a été démentie par la préfecture de Paris et l’ACRO elle-même (suite à l’emballement médiatique). Comment l’eau peut-elle se retrouver contaminée par des particules radioactives ? Pour comprendre la radioactivité, il faut se replonger dans quelques notions de physique de la matière.

Qu’est-ce qu’un isotope radioactif ?

La matière est composée d’atomes. Ces atomes sont composés de 3 particules :

  • Les protons chargés positivement
  • Les neutrons, non chargés
  • Les électrons chargés négatives qui gravent autour du noyau de l’atome

Le noyau est composé de protons et de neutrons.

Quand les atomes sont dans un état instable (appelés radionucléides), ils cherchent à retourner vers un état stable en émettant un rayonnement (énergie et/ou particules).

Les isotopes sont des atomes qui possèdent le même nombre d’électrons mais un nombre différent de neutrons. Les isotopes d’un même élément ont des propriétés chimiques identiques mais des propriétés physiques différentes (stables ou radioactifs notamment). Par exemple l’hydrogène a 3 isotopes :

  • L’hydrogène « classique » H (1 proton)
  • Le deutérium 2H (1 proton, 1 neutron). Il est stable et rare.
  • Le tritium 3H (1 proton, 2 neutrons). Il est instable et radioactif.

Un autre exemple : L’uranium naturel est composé de trois principaux isotopes (234U, 235U, 238U) tous radioactifs.

Qu’est-ce que la radioactivité ?

La radioactivité est un phénomène spontané d’un isotope dont le noyau instable se désintègre en émettant des rayons ionisants. Les rayons ionisants sont des ondes électromagnétiques (rayons gamma) ou des particules (alpha, bêta, neutrons). Quand ces ondes traversent la matière, elles produisent des ions. Les ions sont des atomes qui ont perdu ou gagné un ou plusieurs électrons.

Les rayons alphas (4He2+) sont arrêtés par une feuille de papier alors que les rayons gamma sont stoppés par 1 mètre de mur de béton ou de plomb.

Les différentes unités de mesure de la radioactivité

Le becquerel (Bq) mesure l’intensité d’une source radioactive, son activité. C’est la mesure de l’activité des particules radioactives (nombre de désintégrations par seconde).

La dose absorbée, la quantité d’énergie cédée par le rayonnement à l’organisme, exprimée en Gray (Joules/kg).

Le Sievert (Sv) mesure l’effet biologique produit sur l’individu par le rayonnement ionisant absorbé. La dose efficace est une dose biologique qui sert à évaluer l’exposition d’une personne individuelle aux rayonnements. Elle tient compte de la sensibilité des tissus affectés et de la nature des rayonnements.

Quelles sont les sources de radioactivités ?

Les radiations sont d’origine « naturelle » et anthropiques. Par exemple, la terre émet des rayonnements telluriques à cause des éléments radioactifs dans les massifs granitiques. De nombreux éléments radioactifs se décomposent de façon naturelle émettant des radiations : l’uranium-238, le thorium ou le potassium 40 ou le gaz radon-222 dans l’air. Le risque dû à la contamination du radon dans l’eau potable est faible comparé au radon inhalé (OMS). Nous recevons également des radiations des rayons gamma (0,5 mSv/an), cosmiques (0,4 mSv/an) : un vol en avion à 10km d’altitudes nous expose à 5 µSv/h, faire un tour en haut de l’Himalaya à 1 µSv/h et faire de la voile en mer à 0,03 µSv/h (IRSN).

L’inhalation de particules radioactives correspond à une exposition de 1,2 mSv/an.

La radioactivité artificielle peut provenir également d’examens médicaux, de rejets réglementés liés aux installations nucléaires et à la rémanence de retombées de l’accident de Tchernobyl et des tirs atmosphériques.

Les risques pour la santé ?

Les rayons ionisants présentent des risques pour la santé selon la dose :

  • Des effets déterministes : brûlures, desquamation, vomissement, fièvre, coma, mort… Ces effets directs surviennent à des fortes doses et sont proportionnels à la dose. Ils dépendent de la zone du corps irradié.
  • Des effets aléatoires : cancer, leucémie… Ils concernent des expositions à faibles doses. Il n’y a pas de seuil bas retenu. Ils apparaissent sur le long terme.

Pour les travailleurs du nucléaire, la limite règlementaire est de 20 mSv/an. A partir de 10 mSv, l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) recommande la mise à l’abri des populations car cela représente 3 fois la dose annuelle reçue par la population française. Le comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations atomiques estime qu’à partir de 10 mSv/an, il peut commencer à avoir des effets sur le long terme.

L’IARC (Centre international de recherche sur le cancer ) écrivait qu’il y a des preuves montrant qu’une exposition faible ou modérée aux radiations peut augmenter le risque de cancer. D’après l’US NAS, du radon dissous dans de l’eau ingérée provoquerait 20 morts annuellement parmi les 13 000 morts dus au cancer de l’estomac.

Voici quelques intervalles de doses létales pour des organismes :

Source : UNSCEAR

La radioactivité dans l’eau du robinet

En France, la qualité radiologique est assuré par le suivi des 4 paramètres, considérés comme valeurs indicatives : l’activité alpha globale, l’activité bêta globale, la teneur en tritium (100 Bq/L) et la DTI (dose efficace annuelle de radioactivité) de 0,10 mSv/an définis dans la directive 98/83/CE. Ce ne sont pas des limites règlementaires. Le règlement n°733/2008 encadre les produits originaire de la région de Tchernobyl et le règlement EURATOM n°2016/52 encadre les denrées alimentaires pour les contaminations radioactives.

L’eau se charge d’éléments radioactifs en passant à travers certaines roches profondes riches en uranium et en thorium. Les eaux de surface peuvent être contaminées par des roches affleurantes et également parce que l’eau contient du potassium dissous (mélange de potassium stable et de potassium 40 radioactif).

En 2009, le ministère de la santé avait étudié la qualité radiologique des eaux du robinet. Sur une étude de 62 millions de personnes, seulement 102 467 personnes ont eu une eau qui a dépassé la référence de qualité de 0,1 mSv/an et seulement 1 327 personnes ont eu une eau à plus de 0,3 mSv/an.

En 2012, l’IRSN avait réalisé des analyses sur 142 eaux conditionnées (75 eaux de sources et 67 eaux minérales naturelles). Toutes les eaux contenaient du tritium de façon très inférieure à la référence de qualité de 100 Bq/L.

L’ACRO avait analysé l’eau le long de la Vienne avec des prélèvements de 2016-2017 donnant lieu à une contamination moyenne de 31 Bq/L en-dessous de la référence qualité.

De manière générale, l’exposition alimentaire et par l’eau à la radioactivité (0,2 mSv/an) est très faible par rapport aux sources naturelles de radioactivité comme le radon (1,4 mSv/an) dans les habitations. En cas de dépassement, des restrictions d’usage et des mesures correctives peuvent être mises en place à partir de plus de 0,3 mSv/an.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Source :

IRSN

La qualité radiologique de l’eau du robinet en France2008-2009 https://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/Documents/environnement/ASN_DGS_IRSN_Bilan-qualite-radiologique-eau-2008-2009.pdf

La qualité radiologique des produits embouteillés en France (Septembre 2013) https://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/Documents/environnement/ASN_DGS_IRSN_Bilan-qualite-radiologique-eaux-conditionnees-2012.pdf

US FDA What are the Radiation Risks from CT? https://www.fda.gov/radiation-emitting-products/medical-x-ray-imaging/what-are-radiation-risks-ct

United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation (UNSCEAR) https://www.unscear.org/unscear/fr/faq.html

ACRO Tritium dans l’eau potable: plus de 6 millions de français concernés. Quelle eau potable en cas d’accident nucléaire grave? https://www.acro.eu.org/wp-content/uploads/2019/07/CP-ACRO-du-170719.pdf

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