Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr Actualités en sciences, alimentation et santé - Uniquement basé sur des publications scientifiques ! Sat, 16 Feb 2019 15:26:03 +0000 fr-FR hourly 1 https://quoidansmonassiette.fr/wp-content/uploads/2016/03/cropped-cropped-Head-logo-Quoi-dans-mon-assiette-2-32x32.jpg Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr 32 32 Analyse critique de la méta-analyse de Zhang et al. 2019 sur l’exposition élevée au glyphosate et le risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/ https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/#respond Sat, 16 Feb 2019 13:53:17 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3811 Une nouvelle méta-analyse de Luoping Zhang (2019) publiée dans Mutation Research a identifié une association statistique entre une exposition cumulée élevée aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens (LNH). Le glyphosate est une des substances actives du RoundUp, un herbicide à spectre large systémique commercialisé par Monsanto (racheté par Bayer). Il est très utilisé dans le monde agricole à cause de sa bonne efficacité et son faible coût.

Contexte scientifique du glyphosate

Le glyphosate a été évalué par plusieurs agences d’évaluation des risques européennes et internationales qui ont conclu que le glyphosate n’est pas cancérigène pour l’Homme ni génotoxique. Seul le centre de Recherche International sur le Cancer (IARC International Agency For Research) a eu une conclusion différente qui s’explique par le fait que l’IARC n’a pas la même vocation que les autres agences à évaluer le risque.

Le groupe de travail de l’IARC estime qu’il y un niveau de preuve suffisant dans les expérimentations chez les rongeurs et un niveau de preuve limité chez l’Homme pour classer le glyphosate en 2A (probablement cancérigène pour l’Homme). L’IARC a mis du poids sur les études qui identifient un risque accru de lymphome non-hodgkinien associé à une exposition au glyphosate. Cependant l’IARC n’a pas pris en compte une grande étude américaine de travailleurs agricoles (exposition professionnelle) the Agricultural Health study qui n’a pas trouvé de lien entre l’exposition au glyphosate et un risque accru de cancers.

La classification du danger de l’IARC

La classification de l’IARC indique “le degré de certitude des indications selon lesquelles un agent peut provoquer le cancer (techniquement appelé “danger”), mais il ne mesure pas la probabilité qu’un cancer surviendra (techniquement appelé “risque”) en raison de l’exposition à l’agent.

Il ne faut pas comparer deux agents classés dans la même catégorie (par exemple le glyphosate en 2A ou les boissons très chaudes en 2A ou le DDT en 2A)”. Les monographies de l’IARC n’évaluent pas la force de l’effet de cet agent sur le risque de développer un cancer. Les types d’exposition, l’ampleur du risque, les personnes qui peuvent être à risque, et les types de cancer liés à l’agent concerné peuvent être très différents selon les différents agents.

Un lymphome non hodgkinien (LNH) est un cancer qui se développe à partir de cellules du système lymphatique, les lymphocytes (= globules blancs du système immunitaires). Avec plus de 11 600 nouveaux cas estimés en France en 2011, les lymphomes non hodgkiniens se situent au 5ème rang des cancers les plus fréquents (Chiffres de l’Institut National du Cancer).

Qu’apporte cette nouvelle méta-analyse sur le glyphosate ?

La méta-analyse

Meta-analyses étapes

Une méta-analyse est une revue de la littérature scientifique systématique avec une analyse quantitative par le calcul d’un effet combiné (“poolé”) à partir de diverses études indépendantes sur une question de recherche. Ce type d’étude – si elle est bien menée – apporte une forte puissance statistique pour détecter des associations statistiques. Un bémol est que cette sorte de synthèse peut simplifier la complexité des effets et des méthodes utilisées dans les études sélectionnées.

Ici cette méta-analyse de Zhang 2009 a utilisé les données résumées de précédentes études et elle n’a pas ré-analysé les données individuelles brutes. Cette étude a voulu répondre à la question de recherche : est-ce qu’une exposition aux formulations à base de glyphosate est associée à un risque accru de lymphome non-hodgkinien (LNH) ?

Choix du groupe d’exposition – Hypothèse a priori

L’hypothèse a priori de Zhang et al. 2019 de choisir le groupe de participants avec une exposition la plus haute (niveaux et durées d’exposition importants, temps de latence important – le temps de latence est le temps de séparation entre une exposition et la survenue d’un cancer qui se développe en plusieurs années. On parle des fois de “lag”.) repose sur le fait que les expositions cumulées plus élevées et plus longues au cours d’une fenêtre temporelle biologiquement pertinente sont susceptibles de générer des estimations de risque plus élevées, compte tenu de la nature du développement du cancer.

Sélection des études et inclusion (étape cruciale !!)

L’inclusion ou l’exclusion d’études a un impact sur la qualité des études et de la méta-analyse, sur l’hétérogénéité et les résultats.

Pour cela, ils ont recherché tous les types d’études avec les termes (traduits) (Glyphosate, pesticide, herbicide) ET (lymphome non hodgkinien, lymphome, non hodgkinien) ET (exposition professionnelle, agriculteurs, travailleurs agricoles, utilisateurs, travailleurs) dans la base d’études publiées dans PubMed jusqu’en août 2018. Ils ont obtenu 866.

  • 43 études exclues en duplicatas
  • 850 études exclues : études animales, revues de la littérature “review”, report, correspondances ou n’incluant pas l’exposition/la pathologie d’intérêt
  • Exclusion de 10 études qui ne reportaient pas de quantification du risque sous forme de RR et OR et celles qui ne précisaient pas le type de lymphome
  • Exclusion des articles dont ils n’ont pas réussi à avoir la traduction complète
  • Les études non publiées ne sont pas inclues => biais de publication (discuté après)

Au final, 7 études ont été retenue : 1 cohorte (AHS Agricultural Health Study de 2005 ou 2018) et 5 études cas-témoins, soit 65 000 participants au total. Deux études étaient aux USA (De Roos 2003, Andreotti 2018 AHS), une au Canada (McDuffie 2001) et deux en suède (Eriksson 2008, Hardell 2002) et une en France (Orsi 2009). L’inclusion de l’étude AHS de Mai 2018 est une des nouveautés par rapport aux précédentes méta-analyses. L’AHS 2018 ajoute 11-12 ans de suivi dees participants et le nombre de cas de LNH passe à 575 au lieu de 92 dans l’étude originale AHS de (De Roos) 2005.

  • Pour rappel, une cohorte (= enquête exposés/non exposés) est une population de sujets qui sont suivis dans le temps, souvent plusieurs années : étude longitudinale. Une étude de cohorte consiste à comparer la survenue d’une pathologie (LNH) dans plusieurs populations définies en fonction de leur exposition à un facteur présumé causal (glyphosate) pour cette pathologie.
  • Les études cas-témoins comparent l’exposition des sujets malades (cas) et de ceux non malades (témoins).
Schéma du design de la cohorte AHS Agricultural Health study

Dans la méta-analyse de Zhang et al. 2019, les études sont pondérées selon la quantité d’informations qu’elles contribuent (en fonction de la variance inverse de l’estimation de leurs effets). Cela donne aux études avec des résultats plus précis (Intervalles de confiance IC plus étroits) plus de poids. Létude américaine de cohorte AHS a un point important (54.04%).

Évaluation de la qualité des études inclues

La qualité méthodologique a été estimée par deux co-auteurs indépendants utilisant le Newcastle Ottawa Scale (NOS). Il en ressort que les études de McDuffie 2001 et Orsi 2009 sont les études cas-témoins de moins bonne qualité. Eriksson 2008 a la meilleure qualité méthodologique pour les études cas-témoins. L’AHS (cohorte) est l’étude avec la meilleure qualité.

Principaux résultats

La mesure du risque

Le Risque Relatif (RR) est le rapport de deux risques (chez les exposés versus le groupe de référence) de survenue d’une maladie. Les études cas-témoins délivrent un indicateur de risque qui est le rapport de côtes (Odds Ratio OR). Cet OR ici est approximé par le RR parce que l’incidence du lymphome non-hodgkinien (LNH) est faible (maladie rare). Si le RR est significativement supérieur à 1, cela signifie que le risque d’avoir un LNH est accru par rapport au groupe de référence.

Un risque de base de LNH accru de +41%

Première méta analyse avec inclusion de l’étude AHS 2018

Une association statistique entre les personnes les plus exposées aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de LNH (Méta-RR=1.41 [1.13-1.75]) a été identifiée. Le risque augmenté passe à +84% quand on ne prend en compte que les 5 études cas-témoins. Cette association n’est pas significative pour l’étude de cohorte AHS 2018 (RR=1.12 [0.83-1.51]).

Le risque de base en population générale de contracter un LNH est de 13 cas pour 100 000 personnes, soit 0,013%. Une augmentation de +41% de ce risque donne lieu à 18 cas pour 100 000 personnes. Il aurait été intéressant de calculer le risque attribuable ou la fraction étiologique du risque qui reposent sur le RR, le risque de base dans la population et la fréquence de l’exposition dans la population (mais ce calcul se fait sous hypothèse de relation causale).

Table descriptive des résultats de la méta-analyse de zhang

Évaluation de l’hétérogénéité des études inclues

La méta-analyse cherche a estimer un effet hypothétiquement commun à toutes les études. L’hétérogénéité dénote des différences entre les études. L’analyse de l’hétérogénéité permet de répondre à ces questions :

  • Les effets estimés par la méta-analyse incluant différents designs d’étude (cohorte, cas-témoins…) sont-ils comparables?
  • Les résultats provenant de modèles statistiques différents sont-ils comparables?
  • Les caractéristiques des participants et des études sont-elles suffisamment similaires pour être combinés?

L’hétérogénéité peut être clinique (participants différents selon les études, méthodes de quantification de l’exposition non semblables, critères de jugement non identifique : grossomodo des protocoles différents) et statistiques (les résultats des différentes études inclues ne sont pas concordants).

L’hétérogénéité est souvent analysée par les tests statistiques de Cochrane Chi-2 (Q-test) ou le test d’Higgins I², un résultat statistiquement significatif (p-value <5%) signifie que l’écart entre les études est plus important que leur effet: au moins une étude a un effet fixe différent des autres études. Au départ, des modèles dits à effets fixes sont utilisés, si il y a hétérogénéité, on s’intéresse aux modèles à effet aléatoire. Ces modèles à effet aléatoire permettent d’introduire une variabilité inter-étude en plus de la variabilité intra-étude.

Ici, les tests d’hétérogénéité ne sont pas significatifs exception lorsque l’on inclut l’étude AHS 2005 (p=0.06). L’hétérogénéité diminue quand on ne prend en compte que les études cas-témoins. Je préfère les tests I² de Higgins plus faciles à interpréter et qui corrigent le Chi-2 de Cochrane par le nombre d’études inclues.

Funnel plot de la méta-analyse de Zhang et al. 2019

Analyses de sensibilité

  • Les analyses de sensibilité permettent de tester la robustesse des associations.
  • Les résultats sont similaires quand on remplace l’étude AHS 2018 par l’étude AHS de 2005 (De Roos)
  • Quand on choisit un autre critère d’exposition comme la plus longue durée d’exposition au glyphosate, les Risques Relatifs restent similaires.
  • Quand on analyse en sous-groupe selon la localisation : les études américaines/canada ont un méta-RR=1.38 significatif pour le LNH alors que les études européennes : méta-RR=1.53 NON significatif
  • Après prise en compte (ajustement statistique) sur les utilisations de d’autres pesticides : le RR est significatif
  • Utilisation de l’étude Hohenadel (2011 – Canada) au lieu de McDuffie : le RR devient non significatif

Comparaison avec les précédentes méta-analyses

La méta-analyse de Schinasi et Leon avait un risque relatif méta-R=1.45 [1.08-1.95] et un méta-RR corrigé avec ajustement : 1.30 [1.03-1.65]. Ce qui signifie qu’il y aurait une association avec un risque de +30% de LNH.

La méta-analyse de Chang et Delzell de 2016 a un risque relatif poolé de méta-RR = 1.27 [1.01-1.51]. Mais la publication originale de Chang et Delzell a arrondi ce résultat à méta-RR=1.3 [1.0-1.5], ce qui signifie que cette augmentation de risque n’est plus statistiquement significative.

Les différences de résultats et d’interprétation entre les méta-analyses de Zhang (2019) et de Delzell (2016) viennent principalement des critères du choix d’exposition et du groupe de référence ainsi que de l’inclusion de l’AHS de 2018 au lieu de 2005. Les précédentes méta-analyses se basaient sur ce critère d’exposition : “ever versus never exposed”. Ever exposed est une exposition qui inclut des personnes moins exposées.

  • Choix de l’exposition : Zhang et al. 2019 ont pris des risques relatifs plus élevés pour les études de McDuffie 2001, Eriksson 2008 et De Roos 2003. Ce choix est justifiée avec l’hypothèse a priori de prendre les participants les plus exposés. Par exemple, pour l’étude McDuffie, ils ont pris le RR du groupe exposé au glyphosate à plus de 2 jours par an au lieu de prendre un RR d’une exposition moyenne des exposés. Ce choix est bien sûr discutable et pourrait être clarifié.
  • Inclusion de l’AHS 2005 ou 2018 ? Il y a des différentes importantes de méthodes entre ces deux études de cette même cohorte américaine. L’étude originale de 2005 a utilisé des informations collectées seulement au début de l’inclusion des participants alors que l’étude de 2018 a utilisé des questionnaires supplémentaires de suivi. Ces questionnaires additionnels comportaient également des données manquantes qui ont été comblées par la méthode d’imputation multiple (37% de données imputées, ce n’est pas négligeable). Ce qui peut donner à un sous-report de l’utilisation du glyphosate. Dans cette imputation, les informations sur la survenue de LNH n’ont pas été utilisées ce qui peut affaiblir les risques relatifs (RR). En 2005, le groupe de référence était le tertile le plus bas exposé alors qu’en 2018, le groupe de référence est celui non-exposé. Pour rappel, le but d’une cohorte est de comparer les exposés et un groupe de référence. L’étude de 2018 a inclu les myélomes multiples dans les cas de NHL et cette étude a un temps de lag plus important comme les analyses ont été faites 13 ans plus tard.

Les forces/faiblesses

Les forces de cette étude est l’inclusion de l’AHS 2018 ainsi que les nombreuses analyses de sensibilité. Le critère d’inclusion des études est clair et la méthode de recherche est donnée. Les études animales apportent un niveau de preuve suffisant de mécanisme de cancers (évaluation de l’IARC, NZ-EPA). L’EFSA et l’ECHA et l’ANSES au contraire estiment que le niveau de preuve est limité. A priori, il n’y a pas de conflits d’intérêts, les auteurs ayant travaillés pour l’US EPA.

  1. Des limites de design : ce n’est pas une méta-analyse de données individuelles. Cette méta-analyse repose sur des études observationnelles, la causalité est donc exclue d’emblée.
  2. Le biais de publication n’est pas à exclure : c’est le fait de ne pas prendre en compte des résultats non publiés. Un funnel plot (graphique en entonnoir), qui permet de représenter les estimations ponctuelles Risques relatifs OR/RR en fonction de la taille de l’échantillon pour chaque étude. La précision des estimations ponctuelles (OR/RR) est proportionnelle à la déviation standard (distribution des mesures autour de la moyenne). Les grandes études sont plus précises et représentées en haut du graphique. Les petites études devraient être réparties des 2 côtés de la moyenne de façon symétrique. Ici, les tests d’Eggers (p = 0.185) et de Beggs (p = 0.851) ne sont pas significatifs et laissent penser qu’il n’y a pas trop de biais de publication. Cependant le nombre d’études inclues est faible (n=6).
  3. Le choix des groupes de référence/de l’exposition : le choix des Risques relatifs n’est pas toujours clair en particulier pour l’étude de Eriksson 2008. La méta-analyse de 2016 avait choisi un RR=1.51 [0.77-2.94] non significatif alors que celle de 2019 a choisi un RR significatif RR=2.36 [1.04-5.37]. D’après la publication d’Eriksson 2008, ce RR significatif ne serait pas ajusté.
  4. L’hétérogénéité n’est pas à exclure. On a un déséquilibre dans le design : 1 étude de cohorte versus 5 études cas-témoins. Des différences dans le groupe de comparaison utilisé sont présentes : groupes faiblement exposés ou groupe non exposé

En conclusion, cette étude intéressante apporte une pierre à l’édifice sur les risques en cas d’exposition élevée aux formulations à base de glyphosate. Cette pierre est bien sûr discutable les auteurs concluent eux-mêmes : “nos résultats sont à interpréter avec prudence” !!!

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Sources :

Zhang et al. Exposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence. Mutation Research/Reviews in Mutation Research.Available online 10 February 2019. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1383574218300887#fig0010

Andreotti et al. Glyphosate Use and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study. J Natl Cancer Inst. 2018 May 1;110(5):509-516. doi: 10.1093/jnci/djx233.

De Roos et al. Cancer incidence among glyphosate-exposed pesticide applicators in the Agricultural Health Study. Environ Health Perspect. 2005 Jan;113(1):49-54.




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Aliments ultra-transformés et risque de mortalité : nouvelle étude prospective dans le JAMA, retour critique https://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-risque-mortalite-etude-prospective-jama-critique/ https://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-risque-mortalite-etude-prospective-jama-critique/#respond Wed, 13 Feb 2019 15:45:08 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3794 Une association statistique entre la consommation de nourriture ultra-transformée par l’industrie alimentaire et un risque plus élevé de décéder a été établie par des chercheurs français de l’Université Paris 13 (EREN Équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle)/INSERM/INRA avec cette nouvelle étude publiée dans le JAMA internal medicine dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé.

L’étude NutriNet-Santé

Cette nouvelle étude portait sur le suivi pendant 7 ans de 44 551 participants âgés de plus de 45 ans entre 2009 et 2017. Des informations sur les consommations alimentaires, des données socio-démographiques, l’activité physique et le mode de vie et l’état de santé en général ont été collectées par des questionnaires en ligne régulièrement.

Les consommations alimentaires ont été moyennées sur les 2 premières années de suivi. La part d’aliment ultra-transformés a été estimée (% grammes par jour) pour chaque participant en utilisant la classification NOVA. Cette classification repose sur le degré de transformation alimentaire (aliments frais/peu transformés, ingrédients culinaires, aliments transformés et aliments ultra-transformés).

Les principaux résultats

Le suivi median était de 7,1 ans et 602 décès (1.4% de l’échantillon) sont survenus. La consommation d’aliments ultra-transformés représentait 14,4% de la quantité d’aliments ingérés en moyenne dans le régime soit 29,1% de la part énergétique. La consommation d’aliments ultra-transformés diminuait avec l’âge, l’augmentation du revenu, un niveau d’éducation plus élevé, un activité physique plus importante et avec un IMC normal (vs obèse).

Une association avec le risque de mortalité chez les plus de 45 ans

Après la prise en compte de nombreux facteurs de confusion (âge, sexe, revenu moyen, niveau d’éducation, statut marital, IMC, tabac, énergie, antécédents familiaux de cancers et de maladies cardiovasculaires, activité physique, consommation d’alcool + la qualité nutritionnelle dans le modèle plus complexe), une augmentation de +10% de produits ultra-transformés dans le régime était associée à une augmentation de +14% de risque de décéder (HR=1.14 [1.04-1.27],P=0.008)

Les résultats sont restés similaires après ajustement statistique (prise en compte) sur la prévalence des maladies cardiovasculaires et cancer.

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces relations statistiques :

  • Une mauvaises qualité nutritionnelle associée aux produits ultra-transformés : avec des apports élevés en sodium liés aux maladies cardiovasculaires et le cancer de l’estomac, les apports excessifs en sucres ajoutés, faible teneur en fibre. Les aliments ultra-transformés sont souvent plus caloriques, or le surpoids/l’obésité sont des facteurs de risque de nombreuses pathologies chroniques.
  • Composés néoformés : les traitements thermiques industriels peuvent créer des composés génotoxiques et cancérigènes comme l’acrylamide ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Il est bon de rappeler que les traitements thermiques permettent également de réduire les risques microbiologiques.
  • Additifs : les aliments ultra-transformés ont la particularité de contenir des additifs alimentaires. Des études récentes animales (attention à l’extrapolation à l’Homme) ont identifié des éventuels dangers comme les émulsifiants qui pourraient perturber le microbiote ou les dioxydes de titane et ses nanoparticules qui pourraient provoquer une inflammation chronique intestinale chez des rongeurs. Les additifs sont utilisés pour la conservation alimentaire, améliorer la stabilité et modifier les propriétés organoleptiques (couleur, goût, texture) des produits alimentaires.
  • Certains aliments ultra-transformés comme les plats préparés peuvent contenir des résidus de matériaux de contact provenant des emballages comme le bisphénol A.

Les limites

Les enquêtes alimentaires : Comme dans beaucoup d’études en épidémiologie nutritionnelle, la récolte de données de consommation alimentaire est complexe. Ici des enregistrements de 24h portant sur tous les aliments et boissons qui ont été consommés le jour de l’interview en ligne ont été utilisés. Les questionnaires web ont été validés en comparaison avec des biomarqueurs urinaires pour voir si on retrouve la même chose que par l’auto-déclaratif (Lassale 2015). Plusieurs enregistrements de 24h permettent de prendre en compte la variabilité intra-individuelle : on ne mange pas la même chose tous les jours. Par ailleurs des erreurs de classification dans les catégories NOVA ne peuvent pas être exclues.

La représentativité : les participants sont des volontaires qui sont principalement des femmes et également avec un intérêt pour la santé. La survenue des décès et la consommation d’aliments ultra-transformés pourrait être plus faible en population générale. Ces différences de représentativité ont été testé avec une comparaison avec l’étude nationale représentative de la population française ENNS (Andreeva 2016). Les apports en macronutriments (lipides, glucides, protéines, énergie) étaient similaires à ceux de l’étude ENNS. Des différences pour les micronutriments (en partie dues à une consommation plus élevée de fruits et légumes) étaient perçues. Ces différences sont prises en compte avec les ajustements statistiques dans les modèles.

Biais de causalité inverse : comme dans toute étude épidémiologique prospective, le biais de causalité inverse ne peut pas être exclu. Les patients suivis ont pu avoir une maladie chronique (sans mourir) et modifier leur régime alimentaire à cause de cette maladie. Pour minimiser ce biais, on peut exclure les décès durant les premières années afin de séparer l’exposition étudiée de la survenue du décès.

Biais de confusion résiduelle : malgré l’utilisation de modèles complexes statistiques, il peut toujours rester des facteurs biaisant la relation (HR faible).

Les forces de cette étude sont la grande taille de la cohorte et les nombreuses variables disponibles pour effectuer des analyses multivariées et de sensibilité. Les outils de collecte de données sont également validés par biomarqueurs.

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Sources :

Schnabel et al. Association Between Ultraprocessed Food Consumption and Risk of Mortality Among Middle-aged Adults in France. JAMA Intern Med. Published online February 11, 2019

Lassale et al. Validation of a Web-based, self-administered, non-consecutive-day dietary record tool against urinary biomarkers. Br J Nutr. 2015 Mar 28;113(6):953-62

Andreeva et al. Comparison of Dietary Intakes Between a Large Online Cohort Study (Etude NutriNet-Santé) and a Nationally Representative Cross-Sectional Study (Etude Nationale Nutrition Santé) in France: Addressing the Issue of Generalizability in E-Epidemiology.
Am J Epidemiol. 2016 Nov 1;184(9):660-669

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Changement climatique : quels impacts du régime alimentaire ? https://quoidansmonassiette.fr/changement-climatique-quels-impacts-regime-alimentaire-agroalimentaire/ https://quoidansmonassiette.fr/changement-climatique-quels-impacts-regime-alimentaire-agroalimentaire/#respond Mon, 04 Feb 2019 07:44:35 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3744
Doctorante en Santé Publique

Merci à Louise, doctorante en Santé Publique pour cet article sur les liens entre les changements climatiques et les régimes alimentaires. Retrouvez ici ses travaux de recherche.

Alors qu’il est maintenant établi que les activités humaines sont responsables des changements climatiques actuels, et que l’agriculture y contribue de manière significative, des propositions de modifications du contenu de nos assiettes se font de plus en plus entendre. Ainsi, certains adeptes des nouvelles technologies imaginent des steaks clonés, et des mayonnaises sans œuf alors que d’autres militent pour des régimes plus végétalisés.

Ainsi, dans cet article, nous reviendrons sur ces discussions, éclairés par les derniers résultats de la recherche scientifique après un bref retour sur les mécanismes et implications pour l’humanité des changements climatiques.

Comprendre les changements climatiques et leurs enjeux en quelques lignes

Crédit : association Avenir climatique

Les changements climatiques sont la conséquence d’une augmentation de la température moyenne à la surface de la terre. Cette température moyenne et les climats varient au cours du temps naturellement. En effet, plusieurs paramètres déterminent les climats terrestres comme l’astronomie ou la géologie en jouant sur la distance entre la terre, les autres planètes, satellites et la lune, ou la composition chimique de l’atmosphère.

Néanmoins, depuis les années 1850, la croissance de certaines activités humaines perturbent considérablement l’effet de serre, un des processus naturels qui permet de maintenir une température vivable sur terre. En effet, on note depuis le développement des activités industrielles et notamment de l’exploitation du charbon, une nette augmentation des concentrations de certains gaz dans l’atmosphère. Les plus connus, sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), on les nomme les gaz à effet de serre. Plus ces gaz sont présents dans l’atmosphère, plus l’énergie du soleil est retenue et renvoyée vers la terre par ces gaz, ce qui a pour conséquence d’augmenter la température moyenne sur la planète. Les activités humaines responsables des fortes émissions de gaz à effet de serre sont l’industrie, le chauffage, le transport, l’agriculture, ou encore la construction.

Naturellement les végétaux par la photosynthèse absorbent une partie du CO2 émis, de même l’eau des océans est capable de diluer du CO2. Cependant, cette absorption naturelle a des limites, qui de plus sont diminuées par l’augmentation des températures et la déforestation.

La hausse de la température moyenne à la surface de la planète ne se manifeste pas de la même façon partout. C’est pourquoi il est plus juste de parler des changements climatiques au pluriel. De manière globale, cette hausse des températures augmentera en nombre et en force les événements climatiques (tornade, inondation, tsunami, canicule…). Aussi, l’augmentation des températures impliquent une fonte des glaces terrestre et une dilatation de l’eau qui entraine une élévation du niveau de la mer mettant les populations vivant en milieu insulaire dans des situations particulièrement vulnérables. D’ailleurs, il est prévu que certaines îles disparaissent complétement car submergées par les océans. D’autres habitants verront les terres qu’ils cultivent se transformer en déserts, sans moyen de continuer leurs activités, ils seront ainsi dans l’obligation de migrer.

Il est très probable que sans forts engagements internationaux, d’importantes inégalités dans les moyens de s’adapter aux changements climatiques persistent et se renforcent. D’autant plus qu’on note de réelles différences d’émissions de gaz à effet de serre entre pays et entre habitants. Par exemple, en France un rapport de l’insee[1] datant de 2010 montre qu’en moyenne le mode de vie d’un cadre est responsable de 1,5 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que celui d’un ouvrier. Ainsi, la lutte contre les changements climatiques dépasse le domaine de l’environnement, et questionne également la justice et l’inégale répartition des richesses.

Face à la crise climatique, une stratégie consiste à chercher des moyens pour l’atténuer. Ce qui revient ici à diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. Une autre stratégie, qui ne s’oppose pas forcément à l’atténuation, consiste à réfléchir aux moyens de s’y adapter. Sachant par exemple que certaines cultures ne résisteront pas à l’augmentation des températures, on peut rechercher des nouvelles espèces végétales adaptées au nouveau climat. Aujourd’hui, ces deux stratégies sont en discussion lors des négociations climatiques internationales au sein de la CCNUCC (Convention Cadre des Nations Unis sur le Changement Climatique), et notamment en ce qui concerne les négociations sur l’agriculture. Les activités agricoles sont en effet une importante source des émissions de gaz à effet de serre, autour de 30%. Néanmoins, l’agriculture est aussi capable d’apporter des solutions pour atténuer l’augmentation des températures par la captation du carbone dans les sols par exemple. Les problématiques du changement climatique et de l’agriculture sont d’autant plus importantes qu’il apparait primordial de trouver des solutions pour maintenir une production alimentaire et ainsi garantir la sécurité, voire la souveraineté alimentaire[2] de tous.

Les contributions des émissions de gaz à effet de serre des systèmes alimentaires en détail

Les activités agricoles sont à l’origine d’émissions directes de méthane (CH4) notamment par le biais de la fermentation entérique des ruminants (bovins, caprins et ovins) et la riziculture. Elle émet aussi du protoxyde d’azote (N02) en particulier lors de la synthèse des engrais de synthèse et par les effluents d’élevage. Ces gaz sont très néfastes car leur pouvoir de réchauffement est bien plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2). Au contraire, une molécule de dioxyde de carbone a moins de pouvoir réchauffant cependant les émissions de ce gaz interviennent presque à toutes les étapes de la production des aliments et en quantité importante. Ainsi, entre 11 et 15% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre sont dûs directement aux activités agricoles.

L’agriculture est également responsable d’émissions indirectes, notamment par la déforestation, responsable de 15 à 18% des émissions de gaz à effet de serre totales. En effet, les forêts sont des puits de récupération du dioxyde de carbone émit, ainsi la déforestation diminue les capacités de captation du CO2 par les forêts. Le rythme de déforestations que connaissent l’Amazonie, la Côte d’ivoire ou l’Indonésie est particulièrement préoccupant. D’autant plus que ces surfaces libérées servent la plupart du temps à des cultures de rente (soja, chocolat, café, huile de palme) qui ne contribuent donc peu à nourrir la population locale mais alimentent les marchés internationaux. Le soja, par exemple est utilisé comme source de protéines pour l’alimentation animale. Néanmoins, les climats français sont peu adaptés à cette culture ainsi la France achète du soja cultivé en Amérique du sud et ainsi contribue à la déforestation de l’Amazonie. Pourtant, il existe d’autres sources de protéines locales comme la luzerne, pour les animaux mais les filières sont encore trop petites pour généraliser cette alternative.

Ainsi, on note une contribution très importante de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre agricole à la fois par la production des aliments pour les nourrir (carburant pour les tracteurs, production d’engrais chimiques, déforestation et transport), les fermentations des ruminants (bovin, ovin et caprin) et l’atelier d’élevage. Ainsi, des chiffres moyens et médiatisés montrent que pour produire 1kg de bœuf il faut environ 10kg de céréales et 5kg pour 1kg de porc. Néanmoins, ces chiffres ne prennent pas en compte la grande variété des méthodes de production qui induisent des émissions de gaz à effet de serre très différentes. Par exemple les émissions de gaz à effet de serre entre des systèmes où les animaux pâturent l’herbe sont bien inférieurs à ceux des systèmes intensifs en stabulation où les animaux sont nourris avec des céréales et du soja. D’autant plus que les prairies pâturées sont comme les forêts des puits de captation du dioxyde de carbone et se situent souvent dans des zones humides ou de montagne où il serait difficile de cultiver d’autres végétaux pour l’alimentation humaine.

Lorsque l’on analyse l’ensemble des émissions liées à la production d’un aliment, on s’aperçoit que pour la plupart la majorité des émissions de gaz à effet de serre a lieu lors de la phase de production agricole. Néanmoins, le transport des aliments peut représenter une source d’émission majeure notamment lorsqu’il est effectué en avion ou bien qu’il nécessite un milieu frigorifique. En effet, les gaz de refroidissement sont aussi des gaz à effet de serre. C’est pourquoi, les aliments de saison et produits à proximité sont souvent moins impactant[3]. C’était également un des nombreux argument de mobilisation contre le CETA (traité de libre-échange avec le Canada) car en facilitant les échanges, on augmente le nombre de bateaux et d’avions entre l’union européenne et le Canada et donc les émissions de gaz à effet de serre.

Face à ce constat, de nombreuses solutions techniques sont proposées pour permettre d’atténuer le changement climatique ou de mieux s’y adapter. Ces solutions sont débattues aux Nations Unies et notamment, depuis la COP23 de Bonn (23ème conférence des parties), où les parties ont signés l’accord du Koronivia qui planifie jusque fin 2020 les discussions et négociations pour mettre en place les engagements de l’accord de Paris relatif à l’agriculture.

Parmi ces nombreuses solutions, on peut citer l’initiative « 4 pour 1000»[4], proposée par la France lors de la COP21. Cette initiative consiste à travailler sur l’amélioration des capacités de captation du C02 des sols. Une bonne gestion des sols permet, en effet aux organismes vivants comme les bactéries, champignons ou vers de terre de transformer les restes des végétaux ayant captés du CO2, en matières organiques riches en carbone et très fertiles. D’après les chiffres donnés, un taux de croissance annuelle du stockage de carbone dans les sols de 4‰ par an, permettrait de stopper l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines. Les techniques de gestion du sol proposées reposent sur quelques principes comme ne pas laisser un sol nu, moins le travailler pour limiter les pertes de carbone, les nourrir de fumier et de compost, ou encore planter des arbres et des légumineuses. Cependant, il faut garder en tête que certaines des techniques proposées peuvent engendrer d’autres problèmes environnementaux, par exemple moins travailler le sol peut nécessiter un usage plus important en herbicides[5], posant d’autres problèmes de toxicité, de pollutions et de santé publique.

D’autres solutions sont proposées par des acteurs ayant parfois des intérêts plus économiques qu’écologiques. C’est le cas des agrocarburants de première génération qui selon leurs défenseurs pourraient permettre de diminuer notre dépendance au pétrole. Les agrocarburants de première génération sont produits à partir de la canne à sucre, de la betterave sucrière, du colza ou des céréales qui auraient pu servir à l’alimentation humaine. Les chiffres montrent que les émissions de gaz à effet de serre liées à leur production sont en moyenne 80% plus élevées que celles du diesel lorsqu’on prend en compte la déforestation engendrée par l’augmentation des surfaces agricoles. De plus d’avoir un bilan environnemental mauvais, le développement des agrocarburants de première génération engendre des problèmes d’accaparement des sols et nuit gravement à la sécurité alimentaire des populations[6].

Enfin, pour s’adapter aux changements climatiques des acteurs développent des systèmes basés sur les technologies high-techs, par exemple pour mieux connaitre et maitriser les conditions pédoclimatiques… Néanmoins, ces systèmes nécessitent une connexion internet, l’investissement dans de nombreux appareils dont la production a un impact environnemental non négligeable. De plus, l’utilisation de ces technologies engendre une dépendance des agriculteurs et une perte des connaissances et techniques ancestrales.

Et la modification de son régime alimentaire peut-elle avoir un impact sur le climat ? Et de quelle manière ?

Une étude suédoise[7] a modélisé les émissions de gaz à effet de serre de plusieurs régimes alimentaires, plus ou moins riches en produits animaux pour ensuite estimer les niveaux d’émissions de gaz à effet de serre engendrer par l’adoption de ces régimes dans différents scénarios où les techniques d’atténuation du changement climatique étaient très, moyennement ou peu utilisés. Cette étude montre que même en utilisant ces technologies au maximum, en conservant le régime actuel les objectifs européens de diminution des émissions de gaz à effet de serre pour le secteur agricole ne seraient pas atteints. Ces objectifs ne pourraient être atteints uniquement par une adoption massive de régimes alternatifs contenant moins voire pas de viandes. Ainsi, on peut tirer de cette étude que les progrès techniques et agronomiques ne seront pas suffisants seule pour atteindre l’objectif de contenir le réchauffement climatique sous les 2°C. Une modification de nos régimes alimentaires apparait ainsi indispensable.

Plusieurs études scientifiques ont estimé les émissions de gaz à effet de serre de différents régimes alimentaires observés. Ces études montrent des variations très importantes entre des régimes riches en viandes et d’autres régimes avec peu ou pas de produits d’origine animale. Par exemple, une étude menée sur des volontaires français[8] a divisé la population en cinq groupes d’un effectif semblables et hiérarchisés en fonction de la végétalisation de leur régime. Il trouve un facteur deux entre les émissions de gaz à effet de serre des groupes extrêmes. Ainsi, la consommation de produits animaux apparait être un paramètre très discriminant si on regarde les émissions de gaz à effet de serre du régime.

Une autre étude[9] a montré que les régimes émettant le plus de gaz à effet de serre apportaient plus de calories, et contenaient aussi plus de boissons sucrés et alcoolisées et de produits gras et sucrés ou gras et salés. Ces groupes alimentaires contribuent également aux émissions de gaz à effet de serre, notamment les boissons alcoolisées. De plus leur consommation apportant que très peu de bénéfices nutritionnels, elle pourrait être réduite. L’étude des comportements alimentaires dans leur globalité montre que la consommation simultanée de produits animaux est couramment associée avec des aliments gras et sucrés et/ou alcoolisé. Elle correspond à un profit alimentaire nommé « western », dont les effets néfastes sur la santé sont déjà bien connus. Une étude anglaise[10] a d’ailleurs montré que des régimes alimentaires optimisés pour répondre aux besoins nutritionnels et réduire les émissions actuelles de gaz à effet de serre de 40% permettraient aux Royaume-Unis de gagner 7 millions d’années de vie en 30 ans et d’augmenter l’espérance de vie moyenne de 8 mois.

Ainsi, on retrouve dans les études scientifiques un consensus pour dire que diminuer notre consommation en produits animaux, en produits gras et sucrés et en alcool apporterait des bénéfices pour la santé et participerait à l’atténuation des changements climatiques. Néanmoins, le consensus concernant les protéines animales ne porte que sur une réduction et pas sur une adoption de la part de l’ensemble de la population de régimes végétariens ou végétaliens. En effet, pour des raisons nutritionnelles, agricoles et culturelles, il n’est pas nécessaire que l’ensemble de la population adopte un régime sans produits animaux. Les systèmes agricoles et en particulier en agriculture biologique ont en effet besoins d’engrais naturels fournit par l’élevage. La production actuelle française de légumineuses (lentilles, pois chiches…) est aujourd’hui insuffisante pour répondre aux besoins en protéines de 60 millions de végétaliens. Il est donc important que ces filières se développent pour mieux répondre à la demande. Il existe aussi des produits animaux (gibiers sauvages) et des méthodes de production dont les impacts sur l’environnement et les changements climatiques sont moindres en comparaison avec l’élevage industriel, qu’il faudrait donc privilégier. En effet, il faut savoir que très peu d’études ont différencié les impacts environnementaux des régimes alimentaires en fonction des modes de production alors que plusieurs hypothèses poussent à croire qu’il pourrait y avoir des différences importantes. Parmi, ces quelques études, l’étude Bionutrinet[11] à travailler sur cette question en distinguant les aliments issus d’une production biologique et conventionnelle. Bien que cette distinction reste très simpliste, elle est utile car les aliments biologiques sont bien différenciés avec des labels, ce qui n’est pas toujours le cas pour d’autres modes de production. Cette étude sur les régimes alimentaires montre un effet positif du bio sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre si le régime alimentaire est déjà très végétalisé mais peu de bénéfices pour les régimes plus animales. Une explication simple de ce résultat se trouve dans le cahier de charge du bio. En effet, ce cahier des charges impose des cycles de production des viandes plus longues que pour les élevages conventionnels. Ainsi l’atténuation des émissions provoquée par certaines pratiques (moins d’engrais chimiques, plus de pâturage…) par jour sont cachée dans le bilan par kilogramme de produits par le temps plus long de production. Néanmoins, il faut aussi savoir que certains aliments développés spécifiquement pour répondre à la demande du végétalisme peuvent rester très impactant car nécessitant par exemple du chauffage ou de la lumière pour être produit.

Finalement, une modification du régime alimentaire vers des régimes plus végétaux, avec moins de produits gras, sucrés et d’alcool, moins riche en calories et venant de systèmes de productions plus extensifs et respectueux des écosystèmes, pourrait permettre de relever les challenges imposés par les changements climatiques. Néanmoins, certaines limites à leur adoption par tous[12] ne pourront être relevées que par des modifications venant des systèmes alimentaires dans leur globalité et pas uniquement des changements venant des consommateurs. De plus, même si des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture sont nécessaires, ils doivent être accompagnés par des réductions dans les autres domaines dont les services sont moins vitaux et ne bénéficient qu’à une petite partie de la population mondiale.

Grand merci à Louise pour sa contribution 😀


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[1] Institut national de la statistique et des études économiques : https://www.insee.fr/fr/accueil

[2] La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. La souveraineté alimentaire est bien plus ambitieuse puisqu’elle impose le droit des populations et des états à définir leur politique agricole et alimentaire.

[3] Si les personnes prennent leur vélo pour aller les acheter

[4] https://www.4p1000.org/fr

[5] Notamment le glyphosate

[6] Lire la rapport européen: The land use change impact of biofuels consumed in th EU Quantification of area and greenhouse gas impacts. Ref. Ares(2015)4173087 – 08/10/2015

[7] Bryngelsson D, Wirsenius S, Hedenus F, Sonesson U (2016) How can the EU climate targets be met? A combined analysis of technological and demand-side changes in food and agriculture. Food Policy 59:152–164

[8] Lacour L, Seconda L, Allès B (2018) Environmental impacts of plant-based diets : How does organic food consumption contribute to environemental sustainability? Front. Nutr. 5:8.

[9] Seconda, L., Baudry, J., Alles, B., Boizot-Szantai, C., Soler, L.-G., Galan, P., et al., 2018. Comparing nutritional, economic and environmental performances of diets according to their levels of Greenhouse Gases Emissions. Clim. Change. https

[10] Milner J, Green R, Dangour AD, et al. Health effects of adopting low greenhouse gas emission diets in the UK. BMJ Open

[11] https://bionutrinet.etude-nutrinet-sante.fr/

[12] Une offre trop restreinte en aliments produits selon des critères environnementaux ou des problèmes d’accessibilité.

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PNNS 4 : Nouvelles Recommandations Alimentaires et sur l’activité sportive de Santé Publique France pour 2019-2021 https://quoidansmonassiette.fr/pnns-4-nouvelles-recommandations-alimentaires-et-sur-lactivite-sportive-de-sante-publique-france-pour-2019-2021/ https://quoidansmonassiette.fr/pnns-4-nouvelles-recommandations-alimentaires-et-sur-lactivite-sportive-de-sante-publique-france-pour-2019-2021/#comments Wed, 23 Jan 2019 07:17:07 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3698

Santé Publique France vient de publier ses nouveaux repères relatifs à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour les adultes dans le cadre du 4ème Programme National Nutrition-Santé (PNNS) : rapport.

En France ce n’est que depuis 2001 que des recommandations alimentaires au niveau national ont été diffusées sous la forme du PNNS. En 2016, l’ANSES (Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a actualisé les repères alimentaires pour les adultes à partir de la littérature scientifique disponible. Le Haut Conseil de la Santé Publique a ensuite précisé ces repères puis Santé Publique France a formulé ces repères sous forme de messages.

recommandations pour les adultes

Les nouveautés

Ce nouveau PNNS passe de 8 groupes alimentaires à 12 groupes. Je détaille ci-dessous certains messages alimentaires reformulés ou nouveaux. Dans les nouveautés, on retrouve des conseils spécifiques sur les fruits à coque non salés, les légumes secs et les produits céréaliers complets. On peut voir l’apparition du conseil de limiter les produits ultra-transformés trop gras, trop sucrés ou trop salés, de se tourner vers le bio (même si les effets bénéfiques pour la santé ne sont pas encore clairs), le local et les produits de saison. Les nouvelles recommandations ont également intégré le NutriScore en limitant les produits classés en D ou E.

Les recommandations ont été classées en 3 grandes catégories : Augmenter, Aller vers et Réduire. Le PNNS s’est tourné vers des messages moins quantifiés. Les messages ont été reformulés et clarifiés pour être moins injonctifs et anxiogènes : par exemple, le passage de « ne pas dépasser » à « limiter » ou de « éviter les excès » (difficile de quantifier un excès) à une fréquence « tous les jours en petite quantité ». La question des contaminants a été retirée.

Le message sur les 5 portions de fruits et légumes par jour a été explicité en 3 portions de légumes et en 2 portions de fruits. Une portion est par exemple : une tomate de taille moyenne, une poignée de tomates cerise, 1 poignée de haricots verts, 1 bol de soupe maison, 1 pomme, 2 abricots, 4-5 fraises, 1 banane. Santé Publique France rappelle que les jus de fruits (pressés ou non) sont à limiter à 1 verre par jour à cause de leur teneur élevée en sucres et pauvre en fibres en comparaison aux fruits entiers. Les fruits séchés sont plus concentrés en sucres et sont à consommer occasionnellement.

Les nouveaux repères mettent l’accent sur les produits complets puisqu’ils sont plus riches en fibres que ceux raffinés. La seule boisson recommandée est l’eau. Les sodas et l’alcool sont à limiter.

Recommandations liées à l’environnement

Santé Publique France recommande la consommation de lentilles, haricots ou pois chiches… en accompagnement de la viande ou en remplacement si on les associe avec un produit céréalier complet. Les légumineuses sont riches en fibres et contiennent des protéines végétales. Les produits d’origine animal ont en effet un impact environnemental plus importants. SPF conseille également les produits locaux et de saison.

Il faut bouger !

Santé Publique France rappelle qu’il faudrait faire au moins 30 minutes d’activité physique par jour et également qu’il est important de réduire le temps assis.

Recommandations simplifiées de SPF

Messages généraux

  • Prenez plaisir à manger : privilégiez la variété, prenez le temps de manger et de déguster.
  • Privilégiez quand c’est possible le fait maison.
  • Faites attention aux quantités et à la taille des portions que vous consommez.
  • Bien manger c’est aussi prendre en compte l’environnement en privilégiant les aliments de producteurs locaux, les aliments de saison, et si vous le pouvez, les aliments bio


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Source : Recommandations relatives à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour les adultes. Saint-Maurice : Santé publique France, 2017. 62 p.


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Un régime planétaire sain et durable en un coup d’œil [infographie] https://quoidansmonassiette.fr/regime-planetaire-sain-et-durable-en-un-coup-doeil-infographie/ https://quoidansmonassiette.fr/regime-planetaire-sain-et-durable-en-un-coup-doeil-infographie/#comments Sat, 19 Jan 2019 11:11:43 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3678 Une commission The EAT-Lancet Commission de plusieurs experts en alimentation, santé publique et environnement a publié un rapport dans le prestigieux journal biomédical The Lancet qui propose un régime mondial bon pour la santé et l’environnement. Ce régime pourrait nourrir 10 milliards d’hommes d’ici 2050 et prévenir de 11 millions de décès prématurés dans le monde (19-24% des décès annuels chez les adultes).

Les chiffres cités sont des optimums nutritionnels/alimentaires avec leur intervalle (à prendre en compte) basés sur les recommandations des autorités de santé (OMS, IARC, nationales) et la littérature scientifique (en particulier des grandes études de cohorte épidémiologiques).

Cela ne correspond pas à un régime exact.Plutôt, ce régime présente des options de consommation recommandées par groupes d’aliments, qui, combinés sous forme d’un régime complet, optimisent la santé humaine. Une interprétation et une adaptation locales du régime alimentaire universel est nécessaire et doit refléter la culture, la géographie et la démographie de la population et des individus.” énonce the EAT-Lancet Commission.

Ce régime représente des options alimentaires qui sont à réadapter et ré-interpréter au niveau local et individuel. Les besoins des individus sont différents selon le sexe, l’âge, l’état physiologique, l’activité physique… La disponibilité des aliments varie également selon les régions du monde. Les recommandations de santé publique sont basées au niveau populationnelle et non individuel.

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Source : Willett, W. et al. (2019). Food in the Anthropocene: the EAT–Lancet Commission on healthy diets from sustainable food systems. The Lancet. doi:10.1016/s0140-6736(18)31788-4 

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Glyphosate et cancer : des opinions opposées entre l’IARC et l’US EPA sur la génotoxicité https://quoidansmonassiette.fr/glyphosate-et-cancer-des-opinions-opposees-entre-liarc-et-lus-epa-sur-la-genotoxicite/ https://quoidansmonassiette.fr/glyphosate-et-cancer-des-opinions-opposees-entre-liarc-et-lus-epa-sur-la-genotoxicite/#comments Wed, 16 Jan 2019 07:38:40 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3644 Le RoundUp dont le glyphosate est un des principes actifs est un herbicide à spectre large systémique commercialisé par Monsanto (racheté par Bayer). Il est très utilisé dans le monde agricole à cause de sa bonne efficacité et son faible coût. Le lglyphosate a été évalué par plusieurs agences d’évaluation des risques européennes et internationales et toutes ont conclu que le glyphosate n’est pas cancérigène pour l’Homme ni génotoxique. Seul l’IARC (International Agency For Research On Cancer) a eu une conclusion différente qui s’explique par le fait que l’IARC n’a pas la même vocation que les autres agences à évaluer le risque (détaillé ci-dessous).

L’agence Américaine de sécurité alimentaire US EPA concluait en septembre 2016 que le glyphosate en tant que substance active n’est pas génotoxique (peut provoquer des dommages à l’ADN) ni cancérigène (même opinion pour l’agence européenne EFSA) alors que l’IARC (International Agency For Research On Cancer, branche de l’Organisation Mondiale de la Santé) estimait que le niveau de preuve était élevé pour la génotoxicité du glyphosate. Et l’IARC classait le glyphosate dans la catégorie 2A de « probablement cancérigène pour l’Homme » dans la revue Lancet Oncology le 25 Mars 2015. Le groupe de travail de l’IARC estime qu’il y un niveau de preuve suffisant dans les expérimentations chez les rongeurs et limité chez l’Homme pour classer le glyphosate en 2A. L’IARC a mis du poids sur les études idenfiant un risque accru de lymphome non-hodgkinien associé à une exposition au glyphosate. Cependant l’IARC n’a pas pris en compte une grande étude américaine the Agricultural Health study (grande cohorte d’agriculteurs) qui n’a pas trouvé de lien avec un risque accru de cancers

La classification de l’IARC indique “le degré de certitude des indications selon lesquelles un agent peut provoquer le cancer (techniquement appelé “danger”), mais il ne mesure pas la probabilité qu’un cancer surviendra (techniquement appelé “risque”) en raison de l’exposition à l’agent. Alors que les agences sanitaires comme l’ANSES ou l’US EPA évaluent le risque. Il ne faut pas comparer deux agents classés dans la même catégorie (par exemple le glyphosate en 2A ou les boissons très chaudes en 2A ou le DDT en 2A)”. Les monographies de l’IARC n’évaluent pas la force de l’effet de cet agent sur le risque de développer un cancer. Les types d’exposition, l’ampleur du risque, les personnes qui peuvent être à risque, et les types de cancer liés à l’agent concerné peuvent être très différents selon les différents agents.

Bref retour d’actualité

Le 11 janvier 2019, le ministère de la santé Canadien (Santé Canada) écrivait : « Aucun organisme de réglementation des pesticides dans le monde ne considère actuellement que le glyphosate présente un risque de cancer pour les humains, compte tenu des concentrations auxquelles ces derniers sont exposés. »

Le tribunal administratif de Lyon a annulé le 15 Janvier 2019 l’autorisation de mise sur le marché de l’herbicide à base de glyphosate Roundup Pro 360. Il estime que ce pesticide ne respecte pas le principe de précaution et il a donc invalidé l’évaluation de l’ANSES par la même occasion. C’est une première pour un pesticide en Europe.

Autre rebondissement, un rapport “Detailed Expert Report on Plagiarism and superordinated Copy Paste in the Renewal Assessment Report (RAR) on Glyphosate” accuse de plagiat l’institut allemand d’évaluation des risques (BfR). Stefan Weber est un spécialiste du plagiat et le biochimiste Helmut Burtscher-Schaden est un opposant au glyphosate. Le BfR est suspecté d’avoir copié collé son chapitre 3 à 90% à partir des manuscrits du Glyphosate Task Force, un consortium des industries de produits chimiques.

Le BfR a répondu qu’il était complètement normal et habituel d’introduire des passages de documents soumis par les demandeurs dans les rapports d’évaluation, après un examen critique et à condition qu’ils soient conformes aux normes et pertinents. “Le BfR n’a en aucun cas adopté les conclusions du requérant sans en avoir préalablement évalué la validité.”

Une nouvelle étude publiée ce 14 janvier 2019 du journal à revue par pairs (peer-review) Environmental Sciences Europe a analysé les études inclues dans les évaluations de l’US EPA et l’IARC portant sur la génotoxicité du glyphosate et de ses produits dérivés. Il est important de rappeler que la plupart des autorités d’évaluation des risques en Europe (EFSA, ECHA, ANSES) et dans le monde (JMPR, ARLA, US EPA, …) ont conclu que le glyphosate n’est ni cancérigène ni génotoxique.

La génotoxicité d’une substance

Une étude de génotoxicité est conçue pour détecter des composants qui causent des dommages génétiques (l’ADN, le support de l’information génétique) soit directement, soit indirectement, sur des cellules exposées à des molécules toxiques. Ces tests de génotoxicités décèlent le danger à court terme :

Test des comètes genotoxicite
  • le potentiel mutagène sur des bactéries (test d’Ames)
  • l’essai des comètes pour détecter des cassures de chromosomes (single cell gel electrophoresis assay ou comet assay). Un chromosome est une structure constituée d’ADN et de protéines.
  • les tests des micronoyaux pour identifier des altérations chromosomiques

La génotoxicité correspond à des microlésions de l’ADN (adduits ou cassures) ou des macrolésions (aberrations chromosomiques ou cassures ou nombre de chromosome…). Voici quelques exemples d’agents génotoxiques : les radiations ionisantes, les UV, le tabac, l’amiante…

Des divergences méthodologiques entre l’US EPA et l’IARC

Le poids des études financées par l’industrie

Les analyses de l’US EPA reposaient principalement sur des études commanditées par l’industrie pour le glyphosate pur (52 études privée / 83 études) et pour les formulations à base de glyphosate (43 études privées / 68). Au total 95 études financées par l’industrie pour 151 étude analysées par l’EPA, soit 63%.

L’IARC s’est basée principalement sur des études publiques : 191 études.

genotoxicite glyphosate etudes IARC US EPA corrige

Quand on s’intéresse aux résultats positifs de ces tests de génotoxicité, il y a une grande différence entre les études industrielles et publiques.

Pour le glyphosate pur, seules 2% des études industrielles (1 seule étude) ont identifié de la génotoxicité alors que 69% (soit 73 essais) des études publiques étaient positives.

Pour les formulations à base de glyphosate, aucune étude industrielle n’a rapporté de réponse génotoxique alors que 49 études publiques (75%) ont identifié ce danger. L’EPA a donné peu de poids dans son évaluation aux études sur les formulations. Au final, l’EPA a pris en compte principalement 23% des essais considérés par l’IARC. L’IARC a inclu dans son analyse 67 essais publics en plus sur le glyphosate pur et ses formulations et 5 sur l’AMPA. Seul l’IARC a évalué l’AMPA (acide aminométhylphosphonique), le principal produit de dégradation du glyphosate qui possède les mêmes propriétés chimique et toxicologique que le parent. Sur ces 67 essais, 82% étaient positifs à la génotoxicité.

Les principaux mécanismes suspectés sont le stress oxydatif, les lésions de l’ADN et la perturbation des hormones sexuelles.

Glyphosate seul versus la formulation

L’US EPA s’est principalement intéressée au glyphosate pur. Quant à l’IARC, elle a mis plus de poids aux études en population humaine exposée aux formulations (plus de 80% des essais positifs). Plusieurs études ont montré que les formulations à base de glyphosate pourrait être plus toxique que le glyphosate pur. La raison est que les surfactants sont conçus pour accélérer l’action du glyphosate sur les membranes des cellules végétales afin de permettre une meilleure absorption. Les co-formulants peuvent également avoir des effets synergiques toxiques. Par exemple, le mélange dicamba + glyphosate produit plus de cassures d’ADN que les composés seuls (Benbrook 2019). En Juin 2016, l’agence française de sécurité sanitaire avait retiré les autorisations de mise sur le marché des produits associant la substance active glyphosate au co-formulant POE-Tallowamine.


La dose LC50 suffit pour tuer 50% des cellules. Le LD50 est la dose létale pour tuer la moitié d’une population.

Par ailleurs, l’US EPA s’est principalement intéressée à la génotoxicité in vivo plutôt que in vitro (modèles cellulaires). Le seul essai in vivo positif dans l’analyse de l’US EPA était à des doses beaucoup plus élevées qu’une exposition « normale ».

Exposition générale vs. Exposition professionnelle/Accidentelle

L’US EPA s’est surtout focalisée sur l’exposition alimentaire en population générale mais pas sur l’exposition professionnelle ou les utilisations accidentelles de formulation qui peuvent mener à des doses élevées. Entre 2002 et 2008, 271 incidents ont été rapportés aux États-Unis dont 36% qui ont entraîné des symptômes neurologiques, 29,5% des irritations dermatologiques et 14% de la détresse respiratoire.
L’évaluation du CIRC a englobé des données provenant de scénarios typiques d’exposition alimentaire, professionnelle et accidentellement élevée. Les expositions excessives causées par des déversements, un tuyau ou un raccord qui fuit ou le vent qui fait voler le glyphosate sont courantes chez les personnes qui appliquent des herbicides plusieurs jours par semaine, pendant plusieurs heures dans le cadre de leur travail.

L’étude donne quelques exemples d’exposition particulière :

  • un enfant qui joue avec un chien qui a couru dans une aire où du glyphosate a été épandu
  • épandage de glyphosate sur des cultures avec beaucoup de vent

Les auteurs critiquent la sur-représentation des tests d’Ames (bacterial reverse mutation assays). En effet, l’EPA ne demande qu’un seul essai de ce type pour l’autorisation d’un pesticide. Ces essais représentent 54% des études qui rapportent toutes un résultat négatif. Ce test est peu coûteux et les auteurs estiment que ça pourraient avoir été un moyen d’augmenter le nombre d’essais négatifs.

Depuis les évaluations de l’US EPA et de l’IARC, 27 études additionnelles ont été faites sur les éventuels mécanismes de génotoxicité. Elles ont toutes identifié un effet néfaste (dommages à l’ADN, stress oxydatif…) sauf une. Il manque des études telles qu’une étude de 2 ans sur des rongeurs nourris à des formulations à base de glyphosate, des données sur les expositions professionnelles et des études sur le taux de pénétration par la peau du glyphosate et des co-formulants.

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Sources :

Benbrook Charles M. How did the US EPA and IARC reach diametrically opposed conclusions on the genotoxicity of glyphosate-based herbicides? Environmental Sciences Europe 201931:2

Cressey, D. (2015). Widely used herbicide linked to cancer. Nature. doi:10.1038/nature.2015.17181 

Stefan Weber and Helmut Burtscher-Schaden (2019): Detailed Expert Report on Plagiarism and superordinated Copy Paste in the Renewal Assessment Report (RAR) on Glyphosate

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Découvertes Scientifiques Majeures de l’Année 2018 : naissance d’une souris à partir de 2 mères, Neutrinos, eau liquide sur Mars, médicament à interférence à ARN… https://quoidansmonassiette.fr/decouvertes-scientifiques-majeures-annee-2018/ https://quoidansmonassiette.fr/decouvertes-scientifiques-majeures-annee-2018/#respond Sun, 30 Dec 2018 13:09:41 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3594 Voici un bref résumé de quelques découvertes scientifiques majeures en 2018 (non exhaustif bien sûr). Toutes les publications sont données à la fin dans les sources.

Faire naître une souris à partir de deux mères ou de deux pères

descendance bimaternelle souris

En octobre 2018, des équipes de recherche des universités de Pékin et Harbin (Li, Z.-K 2018) ont donné naissance à des souris issues de deux parents du même sexe appelés bimaternels et bipaternels. La reproduction asexuée monoparentale existe chez certains poissons, abeilles, amphibiens, reptiles mais elle n’existe pas chez les mammifères. C’est la parthénogenèse : le développement de l’œuf sans fécondation. En effet dans la reproduction sexuée, il est nécessaire d’avoir des chromosomes issus du père et de la mère issus des gamètes mâle et femelle (cellules reproductrices). Les génomes des gamètes des mâles et des femelles sont configurés de manière très différente. Par exemple, le génome de l’ovocyte (gamète femelle) est entouré d’histones (des protéines s’associant à l’ADN et lui donnant sa structure compactée) alors que celui du spermatozoïde est empaqueté avec des protamines. Les génomes parentaux ont également des différences en marques épigénétiques. Ces marques peuvent par exemple conduire à la répression d’un gène. On parle d’asymétrie de génomes parentaux liée aux empreintes parentales.

Ces différences sont nécessaires dans la reproduction sexuée. Elles rendent normalement impossible la reproduction entre deux parents du même sexe puisque deux spermatozoïdes ou 2 ovocytes auront leur génome semblable.

Les chercheurs chinois ont donc mis en place un traitement chimique pour éteindre le gène H19 et la région intergénique dlk-dio2 dans des deux cellules reproductrices (ovocytes ou spermatozoïdes) haploïdes. Les génomes des deux cellules germinales du même sexe ont été injectés dans un ovocyte énucléé qui a été implanté dans l’utérus d’une souris porteuse. Ils ont obtenu des souris avec deux mères et des souris avec 2 pères. Les souris bipaternelles n’ont survécu que 48h. Cela soulève des questions éthiques et sociales sur des éventuelles futures manipulations génétiques sur les embryons humains (interdites actuellement).

souris reproduction asexuée parthénogenèse empreintes génétiques

Un lac d’eau liquide sur Mars

Une équipe italienne de chercheurs travaillant pour l’ESA (Agence Européenne Spatiale) a découvert un lac d’eau liquide et salée dans le sous-sol sur Mars à proximité de la calotte polaire australe, à l’aide de la sonde spatiale et son instrument MARSIS (Mars Advanced Radar for Subsurface and Ionospheric Sounding). Ce volume d’eau mesurerait 20 km de large.

Certaines études précédentes suggèrent qu’il y a 3,7 milliards d’année (période du Noachien sur Mars), Mars était une planète chaude avec de l’eau liquide à sa surface. Mars aurait perdu son champ magnétique et son atmosphère e à cause des vents solaires, la laissant froide et asséchée. Cependant ces périodes de climat chaud et humide n’auraient duré que moins de 10 000 ans par cycle entre les éruptions volcaniques intenses.

mars eau lac surface planète

Le séquençage ADN cellule par cellule

Cet ensemble de techniques dans la biologie de développement a été déclaré comme découverte majeure 2019 par le journal scientifique Science.

Un des buts de la biologie de développement est de comprendre comment une cellule se transforme en organisme complet composé de différents types cellulaires. L’ADN, le support de l’information génétique est le chef d’orchestre pour la multiplication et la différenciation cellulaire (la spécialisation et la différenciation des cellules). Les gènes s’expriment à travers la transcription en ARNm qui est ensuite traduit en protéines. Par exemple, les cellules digestives expriment d’autres gènes que les cellules musculaires. Leurs ARMm transcrits sont différents. L’ensemble des ARNm transcrits (expression génétique) forme le transcriptome.

Le séquençage permet de déterminer la succession des bases de l’ADN qui contient l’information génétique.

Pour analyser l’expression des gènes, une méthode du séquençage des ARN possible à l’échelle du tissu (ensemble de cellules) est de récupérer tous les ARN messagers après la lyse de cellules. Puis ces ARNm sont convertis en ADN complémentaire (ADNc) puis amplifiés puis séquencés. En comparant ces fragments d’ADNc avec un génome de référence, on obtient une matrice d’expression. Or dans un tissu, il y a plusieurs types cellulaires différents. Avec le séquençage ARNm, on obtiendra l’expression de gènes mais on ne saura pas dire s’ils sont exprimés dans un type de cellule spécifique (on ne pourra pas dire tel type de cellule exprime tels gènes).

Une des découvertes de l’année 2018 est le séquençage d’une cellule unique Single Cell RNA Seq. Cette fois-ci, on isole un type de cellule et on en extrait l’ARN que l’on amplifie en ADNc que l’on séquence. Le soucis est la difficulté d’extraire et d’isoler les cellules.

meta bar coding sequençageL’évolution d’une cellule et leurs lignées

Ce séquençage de cellules uniques appliqué à des cellules embryonnaires et leurs lignées (cellules après division) a permis de retracer l’évolution des cellules dans les premier moments de développement d’un organisme. Pour cela, des chercheurs ont analysé le développement des cellules embryonnaires. Des traceurs génétiques (des petites séquences ADN comme des étiquettes : un code bar propre “méta-barcoding”) ont été intégrés dans le cytoplasme (milieu-intracellulaire). Après la division des cellules de l’embryon en développement, ces séquences ont été incorporées aux chromosomes. Chaque lignée cellulaire contient donc un profil unique de ces traceurs génétiques. Ce qui permet de retracer le devenir cellulaire au fil du temps.

Le séquençage en parallèle de l’ADN à grande échelle et la microscopie en fluorescence avancée ont permis de suivre le développement d’embryon à différentes étapes. Une équipe d’Harvard a étudié le développement de grenouilles et de poissons zèbres. Allon Klein et Sean Megason ont séquencé l’ARNm de 92 000 cellules de poissons-zèbres avec des embryons de 4h jusqu’à 24h après la fécondation.

En comparant l’expression génétique d’un même type cellulaire de la grenouille et du poisson-zèbre, ils ont constaté que les voies de développement varient selon les espèces pour un même type de cellule.

expression genetique metabarcoding arnsc-seq sequençage

Détection d’un neutrino cosmique provenant d’un blazar

schema atome neutron electron proton constituants

Pendant longtemps on a cru que les atomes étaient les plus petits constituants de la matière. Puis on a découvert qu’une atome est composé d’un noyau (de protons et de neutrons) et d’électrons qui gravitent autour. Or les protons et les neutrons sont eux-mêmes constitués de particules élémentaires encore plus petites : les quarks. Ces particules sont caractérisées par leur masse, leur charge électrique et leur spin. Les électrons eux-mêmes sont déjà une particule élémentaire de la famille des leptons avec les neutrino, les muon et tau.

L’IceCube est un détecteur en Antarctique conçu pour détecter de manière indirecte et observer les neutrinos qui entrent en collision avec des noyaux de glace. Ces neutrinos ont la particularité de pouvoir traverser très facilement la matière à la vitesse de la lumière. L’énergie contenue par le neutrino donne des informations sur leur origine :

  • Les neutrinos de basse énergie sont produits lors de réactions nucléaires dans les étoiles ou les supernovas.
  • Les neutrinos de haute énergie impliquent des collisions avec d’autres particules énergétiques comme les collisions entre les rayons cosmiques et les atomes de l’atmosphère..

quasar photo

Ces collisions entre des neutrinos de haute énergie avec un atome sont rares à détecter. La collision provoque la désintégration du noyau de l’atome et libère un muon. Cette particule engendre un flash de lumière bleue appelée radiation de Tchrenkov qui permet de déterminer la direction d’origine du neutrino.

Le 22 septembre 2017 à 20h54, un neutrino de haute énergie a été détecté par l’IceCube. Et cette direction coïncide avec une source de neutrino, le blazar TXS 06506+056. Un blazar est objet qui émet des jets de plasma (quasar = galaxie très énergétique avec un noyau actif) associé  un trou noir supermassif.

neutrino tchrenkov icecube
Visualisation schématique de la traversé d’un neutrino dans l’IceCube

Un des 25 plus grands cratères d’impact découvert au Groenland

cratère groenland

En novembre 2018, un cratère de 31 km de diamètre a été découvert sous la glace du Groenland. Ce cratère d’impact pourrait dater du Pléistocène. Ces chercheurs  ont utilisé des radars pour voir à quoi ressemble le Groenland sous la glace. Ils ont identifié une dépression avec un rebord surélevé. Le cratère est situé au Nord (78,72° N) ce qui pourrait indiquer un impact oblique dirigé vers le nord.

La météorite pourrait être en fer avec une densité de 8000 kg/m3 arrivé à une vitesse de 20 km/s et avec un diamètre de 1,5 km. Cette météorite aurait vaporisé et fait fondre 20 km3 de roche.

Le Dickinsonia, le premier animal ?

En septembre 2018, une équipe australienne a retrouvé et analysé des restes de cholestérol fossile sur des fossiles de Dickinsonia, datés d’il y a 558 millions d’années. Le cholestérol est une molécule exclusivement animale. Cet espèce pourrait être le premier animal sur terre.

Dickinsonia

Commercialisation future du premier médicament à interférence à ARN

mécanismes ARN interférence ARNsiRécemment des ARN non codants ont été découverts avec pour rôle la régulation de l’expression des gènes : les microARN ARNmi et ARNinterférents ARNsi.

Pour rappel, l’ADN est le support de l’information génétique qui est transcrit ensuite en ARNmessager codant, traduit en protéines mais il existe des ARN non codants.

L‘interférence à ARN consiste à bloquer l’expression des gènes par une molécule d’ARN double brin (dite bicaténaire). L’entreprise Alnylam a developpé un médicament utilisant ce mécanisme afin de bloquer un gène impliqué dans une maladie.

 

En août 2018, la Food and Drug Administration aux Etats-Unis a approuvé le premier traitement à base d’ARN interférent contre la maladie neurodégénérative : polyneuropathie causée par la protéine transthyrétine (TTR). C’est une maladie génétique rare, débilitante et souvent fatale caractérisée par une accumulation de protéines amyloïdes anormales dans les nerfs et d’autres organes. Le médicament Patisiran (Onpattro) développé par les laboratoires Alnylam est un ARNi administré par voie intraveineuse qui cible et inactive un ARNmessager lié à la production de la transthyrétine. Le but est de de diminuer son accumulation dans l’organisme et de ralentir la progression de l’amylose héréditaire à transthyrétine. Le traitement par contre coûte 450 000 dollards par patient et par an.

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous lors d’un essai clinique randomisé sur 225 patients, le patisiran a réduit de 78% les niveaux sériques en transthyrétine par rapport au placébo. L’effet a atteint son maximum après 7-10 jours et a été consistant sur 18 mois. Les patients traités ont également eu de meilleurs résultats pour la force musculaire et les sensations (douleur, température). Les effets indésirables survenus étaient des bouffées de chaleur, des maux de dos, des nausées, des douleurs abdominales, de la dyspnée (difficultés respiratoires) et des maux de tête.

étude apollo partisiran

Le plus vieux embryon de serpent fossilisé

Une équipe de l’Université d’Alberta (Lida Xing 2018) a découvert le premier embryon de serpent fossilisé conservé dans l’ambre du Crétacé Supérieur datant d’il y a 105 millions d’années. Ce fossile est un squelette post crânien articulé qui comprendre des vertèbres. Un second fossile contient un fragment de peau. Cela indique une plus grande diversité écologique parmi les premiers serpents. C’est le premier serpent retrouvé dans un environnement forestier.

embryon serpent ambre fossile

 

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

Amandine Henckel, Robert Fei. Asymétrie des génomes parentaux. Implications en pathologie

Li, Z.-K., Wang, L.-Y., Wang, L.-B., Feng, G.-H., Yuan, X.-W., Liu, C., … Hu, B.-Y. (2018). Generation of Bimaternal and Bipaternal Mice from Hypomethylated Haploid ESCs with Imprinting Region Deletions. Cell Stem Cell. doi:10.1016/j.stem.2018.09.004

Orosei, R.et al. (2018). Radar evidence of subglacial liquid water on Mars. Science, eaar7268. doi:10.1126/science.aar7268

http://sci.esa.int/mars-express/58613-new-evidence-for-a-warmer-and-wetter-early-mars/

https://www.esa.int/Our_Activities/Space_Science/Mars_Express/Mars_Express_detects_liquid_water_hidden_under_planet_s_south_pole

Lida Xing et al. A mid-Cretaceous embryonic-to-neonate snake in amber from Myanmar, Science Advances (2018).

Pennisi, E. (2018). Chronicling embryos, cell by cell, gene by gene. Science, 360(6387), 367–367. doi:10.1126/science.360.6387.367

Ice Cube Collaboration, Multimessenger observations of a flaring blazar coincident with high-energy neutrino IceCube-170922A, Science, Vol. 361, p. 147, 13 July 2018

https://www.fda.gov/newsevents/newsroom/pressannouncements/ucm616518.htm

https://www.accessdata.fda.gov/drugsatfda_docs/nda/2018/210922Orig1s000MultiR.pdf

http://www.anu.edu.au/news/all-news/fat-from-558-million-years-ago-reveals-earliest-known-animal

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Quelques conseils pour maîtriser sa consommation alimentaire et des alternatives saines pendant les fêtes de Noël et Nouvel An https://quoidansmonassiette.fr/quelques-conseils-pour-maitriser-poids-consommation-alimentaires-noel/ https://quoidansmonassiette.fr/quelques-conseils-pour-maitriser-poids-consommation-alimentaires-noel/#comments Mon, 24 Dec 2018 15:26:32 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3538 La période des fêtes est un moment pour passer du bon temps avec ses amis ou sa famille et partager de la nourriture. La nourriture et les boissons de fêtes sont au cœur de la plupart de nos Noëls !

Il peut sembler illogique de demander aux gens de réfléchir à leur poids à un moment où l’accent est mis sur les réunions de famille et les banquets. Et pourtant c’est ce qu’une étude publiée dans le prestigieux British Medical Journal (BMJ) récemment a fait. En effet, le jour de Noël certains vont jusqu’à ingérer 6000 kcal en une journée soit trois fois les recommandations journalière en énergie.

L’excès de calories que nous mangeons à Noël a tendance à rester et il est beaucoup plus facile d’éviter le gain de poids que de se débarrasser de l’excès de poids par la suite. Voici quelques conseils si vous souhaitez rendre votre période de fête un peu plus saine (sans se priver bien sûr).

Quelques conseils généraux

  • Ajouter à votre petit-déjeuner des fruits frais comme une pomme ou une poire, des rondelles de bananes ou des baies dans vos céréales. Saupoudrer de cannelle ou d’épices de noël vos plats au lieu de les saler ou les sucrer. Consommer une poignée de noix ou de dattes est également intéressant.

  • Se presser un jus d’orange frais en ajoutant des cranberries ou du zeste de citron pour les vitamines.

Quelques exemples d’alternatives moins caloriques :

alternatives aliments noel moins caloriques

 

Avant la soirée

  • Essayer de prendre un petit encas sain avant d’aller à la fête comme un bol de céréales complètes à faible teneur en sucre ou un yaourt nature pour éviter d’arriver le ventre vide et d’avoir envie de se ruer sur les biscuits apéritifs.

Pendant la fête

  • Des études ont montré que plus le choix d’aliments proposé est vaste, plus nous avons tendance à consommer des calories. Plutôt que d’essayer un peu tout le buffet, il vaut mieux se limiter à quelques choix judicieux : choisir les aliments les plus sains en premier peut aider à refuser plus tard des aliments contenant plus de calories.

  • Opter pour des bâtonnets de légumes, les trempettes/houmous, les tomates-cerises et éviter les pâtisseries ou les produits avec de la chapelure.
  • A l’apéritif : choisir les sauces pour trempette les plus légères en graisses et sel.
  • Opter pour des verres  à vin ou bière plus petits et essayer de proposer des boissons non alcoolisées.
  • Prendre son temps pour manger afin de ressentir sa satiété quand elle arrive

Après la fête

  • Si vous n’avez pas le temps de suivre votre programme d’exercice habituel pendant la période des fêtes, pourquoi ne pas l’intégrer dans votre routine quotidienne ?

  • Monter les escaliers plutôt que de prendre l’ascenseur. Descendre de l’autobus quelques arrêts plus tôt pour pouvoir faire une promenade rapide. Réunir la famille pour aller faire un sport ensemble comme le patin à glace ou des jeux actifs comme twister ou le tennis interactif sur les consoles de jeux.

  • La déshydratation est une des causes principales de la gueule de bois.

equivalent calories aliments activite physique sport

Consommer quelques aliments de saison

mandarine

  • Les mandarines, les clémentines et les tangerines sont des bonnes sources de vitamines C (26.7 mg pour 100g soit 27% des références nutritionnelles pour la population de l’EFSA). Cependant, elles apportent moins de vitamines C que le citron, le pamplemousse ou l’orange pour 100g. La clémentine apporte également un peu de vitamine B1. Pour information, une clémentine de 70g apporte environ 34 kcal. La clémentine contient peu de fibres alimentaires (1.5g pour 100g).
  • Les dattes et les figures sont de bonnes sources en potassium, calcium, fer et magnésium.
  • Servir des légumes de saison : carotte, avocat, chou, oignon, betterave, pomme de terre, endive, poireau, courge, potiron. Utiliser l’eau de cuisson des légumes pour préparer la sauce puisque cette eau contiendra une partie des vitamines perdues des légumes.
  • Préférer le pain complet au pain blanc ainsi que les aliments complets qui seront plus riches en fibres.
  • Les fruits à coque sans sel ajouté peuvent faire office d’un bon snack de noël, ils apportent notamment du potassium, du fer, du zinc, des vitamines B et E.patates cuites
  • Les pommes de terre cuites à l’eau sont une source de manganèse, potassium,  sélénium, de vitamine C (12,80 mg pour 100g soit 16% des Valeurs Nutritionnelles de référence) et de vitamine B9 (15,15% des VNR). Couper les pommes de terre en gros morceaux parce que les grosses pièces absorbent moins de graisse en surface. Faites-les bouillir d’abord et terminez-les au four ! Traditionnellement, les graisses animales telles que le saindoux ou la graisse d’oie sont utilisées sur les pommes de terre rôties. Pour une alternative plus saine, pourquoi ne pas essayer les huiles végétales telles que l’olive ou le colza, car elles contiennent moins de graisses saturées et elles sont plus riches en graisses insaturées ?
  • Essayer la patate douce au lieu de la pomme de terre classique, ça rajoutera de la couleur dans vos plats. La peau des pommes de terre contient des fibres.

    Patate douce
    Patate douce
  • Le saumon est une bonne source en oméga-3, cependant le saumon fumé peut être riche en sel.
  • La dinde sans la peau est une bonne source de protéines et faible en gras. Elle est source de vitamines B6 et B12. La peau de la dinde est l’endroit où la majeure partie de la graisse et les calories se trouvent.

Une étude sur le repas de noël

Contexte

En 2015, 603,7 millions d’adultes sont considérés comme obèses dans le monde. La prévalence (nombre d’obèses) a doublé depuis 1980. La stratégie sur le long terme est d’adopter un mode de vie plus sain en particulier à travers l’alimentation et l’activité sportive. Une stratégie alternative est la prévention du gain de poids.

Contrôler son poids dans les périodes de fêtes

Des études longitudinales (Schoeller 2014) ont identifié que chaque année les gens gagnent environ 0.4 – 1kg : les vacances et la période de noël sont des périodes critiques de gain de poids. Et ces petits gains de poids ne sont pas forcément perdus dans les mois qui suivent. Sur 10 ans, ces gains pourraient mener à une augmentation de 5-10kg du poids.

gain de poids noel fêtes vacances

Certaines personnes ingèrent à Noël jusqu’à 6000 kcal (25 104  KJ) soit 3 fois les apports recommandés énergétiques. Cette augmentation des apports énergétiques est liée à l’augmentation de la disponibilité d’une plus grande variété d’aliments riches en énergie, l’augmentation de la consommation en alcool et des portions des plats. C’est également un moment familial et convivial où il peut être difficile de se restreindre.

L’étude Winter Weight Watch Study est un essai randomisé contrôlé qui avait pour but d’évaluer l’efficacité d’une intervention encourageant à manger plus sain et éviter la surconsommation pendant la période de noël pour éviter un gain de poids. Les participants étaient pesés avant Noël 2016 et 2017 en novembre ou décembre puis ils étaient repesés en Janvier/Février.

Les participants étaient des adultes avec un IMC (Indice de Masse Corporelle) de 20 ou plus. Deux groupes ont été formés avec des participants alloués à ceux-ci de manière aléatoire (design en double aveugle) :

  • le groupe d’intervention devait se peser au moins 2 fois par semaine (idéalement tous les jours) et étaient encouragés à s’auto-contrôler. Ils avaient reçu une plaquette d’informations sur le contrôle du poids (10 Top Tips 10TT), sur les équivalents caloriques des aliments consommés à Noël par rapport à des activités physiques

  • le groupe de contrôle a reçu une plaquette d’informations sur comment mener un mode de vie sain mais sans conseils diététiques.

etude noel gain de poids

Les résultats

Le groupe d’intervention a perdu en moyenne 0,13kg et le groupe contrôle a gagné 0,37kg entre le début de l’étude et après l’intervention.

Après l’intervention, la différence moyenne de poids entre les 2 groupes était de 0,48 kg (P=0.01 après la prise en compte de l’IMC, la durée de la participation, le poids de base comme ajustements). Il n’y avait pas de différence significative pour la masse grasse.

La différence de proportion de participants gagnant 0,50kg entre les 2 groupes n’était pas significative.

Les limites de cette étude sont que l’échantillon était principalement des femmes blanches (75%) en poids normal ou en surpoids. On ne peut pas extrapoler aux obèses. La durée de l’étude était d’environ 45 jours, il aurait été intéressant de voir les effets sur du plus

Dans la littérature scientifique, les auteurs rappellent que les interventions qui ont réussi à empêcher un gain de poids étaient multifactorielles, plus intense avec des restrictions/conseils alimentaires, de l’activité physique et des contacts réguliers.

JOYEUX NOËL A TOUS et FAITES-VOUS PLAISIR TOUT DE MÊME 🙂

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

Mason et al. Effectiveness of a brief behavioural intervention to prevent weight gain over the Christmas holiday period: randomised controlled trial. BMJ 2018;363:k4867

Schoeller et al. The effect of holiday weight gain on body weight. Physiol Behav. 2014 Jul;134:66-9.

Helander, E. E., Wansink, B., & Chieh, A. (2016). Weight Gain over the Holidays in Three Countries. New England Journal of Medicine, 375(12), 1200–1202. doi:10.1056/nejmc1602012

British Nutrition Foundation

 

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Le jeûne en prévention et thérapeutique contre les cancers : des résultats décevants liés à des études méthodologiquement trop faibles https://quoidansmonassiette.fr/jeune-prevention-therapie-cancers-resultats-decevants-lies-etudes-methodologiquement-faibles/ https://quoidansmonassiette.fr/jeune-prevention-therapie-cancers-resultats-decevants-lies-etudes-methodologiquement-faibles/#respond Tue, 18 Dec 2018 16:01:14 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3517 Le jeûne partiel ou intermittent est une pratique traditionnelle dans certaines religions (le Carême, le Saoum/Sawn  صَوم, ou le Taanit). Il est souvent de courte durée et exclut les malades, les jeunes enfants et les femmes enceintes. Ces dernières années, beaucoup de médias ont relaté des potentiels effets du jeûne en prévention ou comme thérapie alternative du cancer. Cependant, il existe un gouffre entre le faible niveau de preuve scientifique de ces études sur le jeûne principalement sur des animaux et ce foisonnement médiatique (sur internet, la radio, les reportages, les ouvrages grands publics…).

Le jeûne a été porté principalement par les courants de pensée d’hygiénisme et de naturopathie. Les principaux arguments mis en avant sont que le jeûne permettrait de “se purger via l’élimination des toxines et des mauvaises graisses” comme une cure. Cette restriction alimentaire permet de mettre l’organisme au repos ainsi que sa fonction digestive. Cette pratique a également une dimension spirituelle, j’ai pu lire par exemple sur des sites sur le jeûne que cela permettrait de “retrouver sa force, sa vitalité et sa clarté d’esprit.

Il n’existe pas de définition légale ou scientifique consensuelle du jeûne et des régimes restrictifs caloriques. Ces restrictions alimentaires sont volontaires dans le but de prévention ou curatif. Il existe également des périodes de jeûne pour des motifs religieux ou politiques (non traités ici). Pour rappel, le jeûne doit être effectué avec un professionnel de santé reconnu (diététicien, médecin nutritionniste), ce n’est pas une pratique alimentaire anodine. MILIVUDES met en garde contre les cures de jeûne proposés par des pseudo-thérapeutes ou pseudo-experts en nutrition (en particulier sur le web): https://www.derives-sectes.gouv.fr/quest-ce-quune-d%C3%A9rive-sectaire/o%C3%B9-la-d%C3%A9celer/les-d%C3%A9rives-sectaires-dans-le-domaine-de-la-sant%C3%A9/que-0

Quelques exemples de pratiques du jeûne

Le jeûne pourrait être défini par une période de quelques heures à quelques jours où aucun aliment solide n’est ingéré (certains vont même jusqu’à supprimer les aliments liquides dont l’eau, on parle de jeûne total). Le jeûne partiel correspond à des apports caloriques très faibles (300 kcal/j) à partir souvent de tisanes, de bouillons, de jus de fruits ou de fruits crus. Ce jeûne peut être continu ou intermittent et également précédé ou non d’une phase de préparation de modification progressive de l’alimentation.

Le jeûne intermittent est une alternance de phases d’alimentation et de jeûne. Différentes variations de cette pratique existe :

  • Des jours de jeûne alternés avec des jours normaux de consommation. Par exemple, le régime 5:2 consiste à manger normalement pendant 5 jours et alterner avec 2 jours de diète (où l’on ingère au maximum 500 kcal pour les femmes et 600 kcal pour les hommes) à partir de soupes, de bouillons, de salades et d’eau.
  • Des périodes de jeûne durant certaines heures planifiées de la journée. Par exemple, ne manger que entre 8h du matin et 15h.
  • Le régime cétogénique est un régime avec un apport calorique normal, mais avec un apport en glucides très limité (<30 g/j). Il n’y a pas de limite consensuelle pour les apports en glucides. Les régimes avec des apports en glucides <30% de l’énergie sont considérés comme faibles en glucides (low-carbohydrate diets). Le faible apport en glucides peut provoquer la cétogenèse : la conversion des graisses en corps cétoniques comme substitut du glucose (Sumithran 2008).
  • Jeûne thérapeutique de type Buchinger : C’est un jeûne modifié comportant des apports en jus de fruit frais dilués ou en bouillons de légumes. L’apport calorique quotidien est de l’ordre de 250kcal/jour.

Effet physiologique d’un déficit en énergie sur l’organisme

Les organes consommateurs d’énergie sont le cerveau qui utilise le glucose (et il peut utiliser les corps cétoniques mais pas des acides gras) et les muscles. Le foie est principalement une réserve de glucose sous forme de glycogène, les tissus adipeux sont une réserve de triglycérides (acides gras) et les muscles sont une réserve de protéines et de glycogène pour leur propre usage puisque le muscle ne produit pas de sucres.

kcal calories substrats énergétiques lipides protéines glucides

La première phase de jeûne se caractérise par une diminution des réserves en glycogène dans le foie et les muscles. Ces réserves de glycogène sont limitées environ 70g dans le foie et 150-300g dans les muscles. Au bout de 24h, la glycémie (taux de glucose dans le sang) va diminuer ainsi que l’insulinémie. L’utilisation du glucose diminue pour les muscles au profit des tissus gluco-dépendants comme le cerveau et les globules rouges. Ensuite les réserves en graisses dans les tissus adipeux sont mobilisées par lipolyse (dégradation des triglycéride en acides gras) puis la cétogenèse dans le foie en période de jeûne transforme ces acides gras en corps cétoniques qui sont utilisés comme substituts au glucose. La production de ces corps cétoniques peut entraîner une acidose (augmentation du pH dans le sang).

La voie de la néoglucogenèse produit du glucose hépatique à partir des protéines (certains acides aminés) pendant les 3-4 jours suivants. Cela peut se traduire par une fonte musculaire. Au bout d’une semaine, les mobilisations des protéines et des réserves en graisses continuent. Ensuite au lieu d’utiliser le glucose, le cerveau consomme les corps cétoniques en augmentant la cétose (ANSES, Nacre, Longo 2016).

Metabolisme lipides proteines glucides simplifié voies

Au-delà sur le long terme, les effets physiologiques n’ont pas été étudiés. Par ailleurs, une restriction énergétique s’apparente à un régime amaigrissant. L’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Alimentaire en France) mettait en garde contre des déséquilibres nutritionnels liés au fait de supprimer des catégories entières alimentaires :

” tous les régimes amaigrissants, qu’ils portent ou non un nom spécifique, sont à éviter, en dehors d’une prise en charge par des professionnels de santé” – ANSES

mecanisme action jeûne cancer regime restrictionQuels mécanismes biologiques ?

Les mécanismes protecteurs du jeûne suspectés sont une réduction de la production et de l’effet du facteur de croissance IGF-1 (considéré comme facteur de croissance tumorale quand il est produit en excès) et de l’insuline, la réduction de stress oxydant par les cellules tumorales et l’inhibition de la voie mTOR. La restriction calorique active la voie AMP-activated protein kinase (AMPK) qui joue un rôle important dans la mort cellulaire tumorale (Klement RJ 2016).

La voie de signalisation mTOR (mechanistic target of rapamycin – cible de la rapamycine chez les mammifères) est une enzyme de la famille des sérine/thréonine kinases qui régule la prolifération cellulaire, la croissance cellulaire, la mobilité cellulaire, la survie cellulaire, des processus liés à la cancérogenèse.

Effet du jeune sur la cancérogènese/prévention primaire

L’INSERM en 2014 résume bien la situation toujours actuelle « Jeûner  induit  des  modifications  métaboliques  qui  pourraient  être  utilisées  à  bon  escient  dans  diverses  situations  pathologiques.  Cependant,  aucune  donnée  clinique  reposant  sur  des  essais méthodologiques rigoureux ne peut étayer aujourd’hui le bien fondé de cette piste, qui reste donc pour l’instant essentiellement théorique. »

Les experts du réseau NACRE (Réseau National Alimentation Cancer Recherche) ont relevé 34 études animales sur les effets du jeûne intermittent et/ou jeûne répété sur la cancérogenèse animale.

  • Pour le jeûne intermittent, 15 études ont montré des effets favorables comme la réduction de la croissance tumorale ou l’augmentation de la survie), 5 ont relevé une absence d’effet et 2 ont signalé un effet délétère.
  • Pour le jeûne non répété, une étude seulement a montré un effet favorable, 12 autres suggèrent une absence d’effet ou des effets délétères.

Il n’y a pas d’études cliniques ou épidémiologiques humaines par rapport au jeune sur la prévention primaire du cancer (avant d’avoir un cancer). La plupart des études humaines liées au jeûne portent sur la perte de poids.

En conclusion, les preuves sont insuffisantes pour identifier un effet bénéfique ou délétère du jeûne dans la prévention des cancers pour l’homme. De même, les experts du réseau NACRe concluent que “l’ensemble des données scientifiques concernant le jeûne et les régimes restrictifs, issues des nombreuses études expérimentales chez l’animal et des quelques études épidémiologiques et cliniques disponibles actuellement, n’apporte pas de preuve d’un effet (bénéfique ou délétère) chez l’Homme en prévention primaire ou pendant la maladie

Les limites des études animales

Les résultats des études animales ne sont pas directement extrapolables à l’Homme parce que les animaux diffèrent sur de nombreux points avec l’homme : anatomie, physiologie, métabolisme, mode d’alimentation… Les études animales portaient toutes sur des rongeurs sauf une sur des primates. Des cancers avaient été provoqués chez ces animaux par transplantation de tumeurs ou injection de cellules tumorales ou induction de cancers par des substances chimiques. Le groupe de comparaison des animaux non soumis au jeûne avait souvent à disposition une alimentation à volonté, ce qui équivalait à une surabondance d’aliments. L’alimentation du groupe témoin n’était donc pas optimale, ce qui pourrait  surestimer l’effet favorable du jeûne.

Les difficultés à mettre en place des essais cliniques d’ampleur sur le jeûne pour des patients atteints de cancer sont la compliance à ce régime strict, la difficulté de recruter et l’application du jeûne complet sans impact thérapeutique connu pour le patient.

Une récente publication dans BMC Cancer (Caccialanza 2018) met en avant les risques de jeûner pour des patients atteints de cancer : la malnutrition et la sarcopénie (fonte musculaire). Les auteurs soulignent également la désinformation autour d’aliments « anti-cancer » ou de compléments alimentaires pour « soigner le cancer ». Ils rappellent que les effets protecteurs n’ont été observés que dans des études animales et cellulaires.

La sarcopénie est une pathologie liée au vieillissement et qui se caractérise par une diminution progressive de la masse musculaire, de la force musculaire et de la performance

Une étude clinique pilote sur le jeûne pendant une chimiothérapie

En allant voir sur ClinicalTrials.gov un site américain qui recense les essais cliniques dans le monde, en tapant les termes « fasting » et « cancer », je suis tombé sur 10 essais cliniques dont 5 en recrutement, 3 terminés ou avortés et 2 sans information. Concernant les 3 essais cliniques terminés, 2 ont été terminés prématurément sans analyse des résultats. Seul un essai clinique à Berlin a donné lieu à une publication scientifique.

Le but de cette étude pilote était de voir si le jeûne peut améliorer la qualité de vie et le bien être de patients atteints de cancer du sein ou des ovaires pendant la chimiothérapie. Dans cette étude de Bauersfeld et al. 2018, 34 patients ont été inclus et alloués aléatoirement en plan croisé (cross-over) à un groupe de jeûne (régime de 350 kcal/j à base d’eau, de thé et de jus de légumes) et un groupe avec un régime calorique normal (régime méditerranéen). La randomisation de type cross-over a lieu lorsque les participants reçoivent une séquence de différents traitements (par exemple, le jeûne lors de la première phase des 3 premiers cycles de chimiothérapie et le régime contrôle lors de la seconde phase). La période de jeûne commençait 36h avant la chimiothérapie et se terminait 24h après la chimiothérapie. 4 à 6 cycles chimiothérapies ont eu lieu. Le changement de régime a eu lieu à la fin du 3ème cycle de thérapie (passage de la période 1 à 2 sur le schéma). Le niveau de bien-être était évalué par des questionnaires standardisés permettant d’obtenir un score.

cross over design AB-BA essai clinique

Dans le groupe “A” (qui a effectué le jeûne puis le régime normal), le jeûne a eu un effet bénéfique sur la qualité de vie et la fatigue durant la chimiothérapie (différence significative des scores de qualité de vie entre la période de jeûne et la période normale). Par contre, cet effet significatif n’a pas été retrouvé dans le groupe “B” (régime méditerranéen puis jeûne).

Cependant, attention cela reste une étude pilote avec beaucoup de limites : la faible taille de l’échantillon, les biais liés au plan croisé et le fait qu’en Allemagne (lieu de l’étude) le jeûne a une bonne image. Les participants de l’étude pourraient être plus prédisposés au jeûne induisant ainsi un effet non spécifique. Et ce n’est pas non plus avec une seule étude qu’on démontre des effets probants sur la santé.

Beaucoup de questions restent en suspens :

ESPEN guideline nutrition cancer

Pour conclure, le niveau de preuve scientifique est extrêmement faible au final sur les potentiels effets préventifs ou thérapeutiques du jeûne sur le cancer. Ces preuves reposent principalement sur des études de modèles cellulaires ou animales qui ne sont pas directement extrapolables à l’Homme. Le jeûne n’est d’ailleurs pas inclu dans les recommandations du WCRF (World Cancer Research Fund International) ou de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). L’Institut National du Cancer INCa et le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe) ne recommandent pas non plus cette pratique puisqu’il n’y a pas assez de preuves (en particulier des études sur l’Homme) qui montrent un effet. L’INCa met en garde d’ailleurs contre cette pratique sans professionnel de santéChez les patients atteints de cancer, la perte de poids et de masse musculaire observée dans les études cliniques suggère un risque d’aggravation de la dénutrition et de la sarcopénie, deux facteurs pronostiques péjoratifs reconnus au cours des traitements.”

The European Society for Clinical Nutrition and Metabolism ne recommande pas non plus la restriction calorique pour les patients avec ou à risque de malnutrition (Arends 2017). De nombreuses questions restent à élucider :

  • Pendant combien de temps un jeûne doit il être appliqué pour être bénéfique ? A quelle fréquence ?
  • Est-ce que ces pratiques sont sans danger pour tout le monde, pour les individus à risque
  • Est-ce qu’il y a un risque d’influencer les membres dans une famille négativement ? Par exemple que les enfants voient leurs parents jeûnes et sauter des repas. Quels sont les effets sur le développement ?
  • Quel est le niveau calorique optimal ?
  • Quels sont les effets du jeûne intermittent sur le long terme ?

Les régimes détox ?

Plusieurs allégations de santé sur des « effet détox » liés à des plantes ou extraits de plantes ont été soumises à l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire EFSA. Toutes ces allégations ont été refusées pour des effets non caractérisés, pas de relation de cause à effet établie, le manque de données scientifiques en particulier humaine.

La revue de Klein (2014) pointe également la faiblesse méthodologique (pas d’essais randomisés contrôlés) et le faible nombre de participants dans les études sur les régimes détox.

L’organisme élimine naturellement les toxines par la transpiration pour l’acide lactique, par la respiration pour le CO2 et par la filtration rénale pour les toxines (ammoniaque, déchets issus de cellules altérées…).

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources:

Bauersfeld et al. The effects of short-term fasting on quality of life and tolerance to chemotherapy in patients with breast and ovarian cancer: a randomized cross-over pilot study. BMC Cancer. 2018 Apr 27;18(1):476

© Réseau NACRe. Jeûne, régimes restrictifs et cancer : revue systématique des données scientifiques et analyse socio-­‐anthropologique sur la place du jeûne en France. Novembre 2017.
Gueguen et al. Evaluation de l’efficacité de la pratique du jeûne comme pratique à visée préventive ou thérapeutique. 10/01/2014. Revue de la littérature médicale scientifique et de la littérature destinée aux professionnels

Klement RJ et al. Dietary and pharmacological modification of the insulin/IGF-1 system: exploiting the full repertoire against cancer. Oncogenesis. 2016 Feb 15;5:e193

Klein A.V. & Kiat H. (2014) Detox diets for toxin elimination and weight management: a critical review of the evidence. J Hum Nutr Diet.doi: 10.1111/jhn.12
Caccialanza et al. To fast, or not to fast before chemotherapy, that is the question. BMC Cancer. 2018; 18: 337.

Klein A.V. & Kiat H. (2014) Detox diets for toxin elimination and weight management: a critical review of the evidence. J  Hum  Nutr  Diet.doi: 10.1111/jhn.12

Arends et al. ESPEN guidelines on nutrition in cancer patients. Clin Nutr. 2017 Feb;36(1):11-48

http://www.espen.info/wp/wordpress/wp-content/uploads/2016/11/ESPEN-cancer-guidelines-2016-final-published.pdf

Longo et al. Fasting: Molecular Mechanisms and Clinical Applications. Cell Metab. 2014 Feb 4;19(2):181-92.

Harvie et al. Symposium 3: Obesity-related cancersEnergy restriction and the prevention of breast cancer. Proceedings of the Nutrition Society (2012),71, 263–275

Sumithran P, Proietto J. Ketogenic diets for weight loss: a review of their principles, safety and efficacy. Obesity research and clinical practice. 2008;2:1-13

Diet Review: Intermittent Fasting for Weight Loss https://www.hsph.harvard.edu/nutritionsource/healthy-weight/diet-reviews/intermittent-fasting/

ANSES – Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. Rapport d’expertise collective. Groupe de Travail «Évaluation des risques liés à la pratique de régimes à visée amaigrissante ». Novembre 2010

 

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https://quoidansmonassiette.fr/jeune-prevention-therapie-cancers-resultats-decevants-lies-etudes-methodologiquement-faibles/feed/ 0
Le régime Paléolithique (ancestral) vu par la Science et les essais cliniques https://quoidansmonassiette.fr/regime-paleolithique-diet-paleo-vu-par-science-etudes-essais-cliniques/ https://quoidansmonassiette.fr/regime-paleolithique-diet-paleo-vu-par-science-etudes-essais-cliniques/#comments Mon, 10 Dec 2018 07:30:04 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=3287 Le régime « paléo » (paléolithique) a été mis en avant par de nombreux media et blogs en prônant un retour aux sources et à une alimentation plus traditionnelle voire « ancestrale » excluant les produits laitiers et céréaliers. Ce régime propose d’imiter ce que consommaient les chasseurs-cueilleurs du paléolithique (de 2,5 millions d’années à -12 000 ans ) tout en excluant les aliments apparus avec l’agriculture vers -10 000 ans (environ).

Les Homo erectus ont commencé à consomme de la viande de façon significative autour de 1,8 millions d’années avant JC (Eaton 1985). A l’arrivée de l’agriculture, la consommation de viande des premiers Homo sapiens sapiens aurait diminué considérablement au profit d’aliments d’origine végétale ce qui aurait causé des carences en protéines et autres nutriments.

Les défenseurs de ce régime postulent que les maladies chroniques proviennent des aliments raffinés, transformés et riches en sodium issus des révolutions agricoles et industrielles.

De quoi se compose le régime paléolithique ?

Les aliments encouragés sont : la viande, les poissons et les fruits de mer, les œufs, les fruits frais et les légumes frais, l’huile d’olive et de coco et de petites quantités de miel.

Les aliments à exclure sont les céréales complètes, les céréales raffinées, les sucres, les produits laitiers, les légumineuses, les pommes de terre, l’alcool, le café, le sel, les aliments transformés, les autres huiles végétales.

Il est important de distinguer le régime paléolithique de l’époque du paléolithique (il y a plus de 30 000 ans, régime estimé en examinant les fossiles en particulier les dents et leurs résidus d’aliments fossilisés) des régimes contemporains paléolithiques du 20ème et 21ème siècle. Les études anthropologiques estiment que les chasseurs-cueilleurs se nourrissaient davantage de plantes, feuilles et fruits, plutôt que de viande dont la disponibilité était trop aléatoire (Henry 2012).

Cordain et al. (2002) propose un menu d’une journée basée sur le régime paléolithique moderne du 21ème siècle pour une femme de 25 ans et apportant 2200 kcal :

Régime paléolithique contemporain 2002 Cordain

Point de vue nutritionnel

Le régime contemporain “Paléo” est un régime faible en glucides (20% de l’apport énergétique total), riche en protéines (40%) et modéré en graisses (40%). Les lipides privilégiés sont les graisses insaturées avec principalement les oméga-3. En comparaison d’après l’enquête Nationale de Consommation Française INCA3, la répartition des macronutriments consommés en France est de 47% de glucides, 34% de lipides et 17% de protéines. Les recommandations nationales française sont de 40-55% de glucides, 35-40% de lipides et 10-20 % de protéines en termes d’apports énergétiques.

Des chercheurs (Eaton 1985) ont étudié le régime paléolithique du 20ème siècle en se basant sur une cinquantaine de sociétés qui vivaient encore en cueillant et chassant (en Tanzanie, au Paraguay, dans les Philippines, en Australie …). Ils estiment qu’il y a des différences en termes de qualité nutritionnelle de la viande entre la viande de nos jours et la viande du paléolithique. Les animaux domestiqués contiennent plus de graisses sous-cutanées (25-30%) alors que les animaux sauvages en contiendraient autour de 4% (et surtout des acides gras polyinsaturés) et plus de protéines. On peut donc voir des différences notables entre le régime paléo de Eaton (1985) et celui de Cordain (2002) pour les apports en calories ou la répartition énergétique des macronutriments.

régime paléo valeurs nutritionnelles composition paléolithique

La recherche clinique ?

Des bénéfices sur le court terme sur certains indicateurs de santé

La méta analyse (étude scientifique systématique combinant les résultats d’une série d’études indépendantes sur un problème donné) de Manheimer et al. 2015 a inclu 4 essais cliniques avec au total 159 participants. Sur les 6 mois d’intervention, une amélioration a été constatée pour le régime paléo (versus régime contrôle) avec une diminution du tour de taille de 2 cm [-4,73 ; -0,04]IC et des triglycérides de 0,40 mmol/L (graisses). Le niveau de preuve est modéré. Il faut interpréter ces résultats avec précaution puisque pour la cholestérolémie, la pression artérielle (systolique et diastolique) et la glycémie, les intervalles de confiance de la différence de moyenne (entre le régime contrôle vs paléo) sont très larges et ne sont pas significatifs au sens statistique donc cela signifie qu’il n’y avait pas de différence entre le régime contrôle et le régime paléo.

Pas d’effets concluants sur le long terme et manque d’études

Dans les essais cliniques randomisés sur du long terme :

  • Mellberg et al. 2014 : cet essai clinique a testé un régime paléo versus un régime suivant les Recommandations de Nutrition Nordiques (NNR) pendant 2 ans avec 70 femmes en surpoids ou obèse (moyenne d’âge de 60 ans, IMC moyen de 33). A 6 mois de régime, le régime paléo a permis une diminution significativement plus importante des triglycérides et du tour de taille par rapport au régime NNR. Par contre à 24 mois, il n’y avait plus de différences entre ces deux régimes pour le tour de taille et les triglycérides. Une des explications peut être la difficulté à adhérer au régime paléo sur le long terme.

régime paléo masse grasse

  • Otten et al. 2016 : cette même étude suédoise a constaté que une réduction plus importante des graisses dans le foie à 6 mois par rapport au régime NNR mais au bout de 2 ans, il n’y avait plus de différences pour les graisses entre les deux régimes.

  • Manousou et al. 2018 : à partir des données de cette même étude de 2 ans, les auteurs ont conclu que le régime Paléo (PD Paleo Diet) présente un risque de déficience en iode parce qu’il exclut le sel de table et les produits laitiers.

paléo déficience iode

  • Pastore et al. 2015 ont fait un essai clinique sur 8 mois où les 20 participants ont testé un régime suivant les recommandations de l’American Heart Association (AHA) suivi d’un régime Paléo. Le profil lipidique s’est amélioré suite au régime paléo par rapport au régime de l’AHA avec une diminution du cholestérol total, des LDL et des triglycérides et une augmentation du HDL. Les participants sont leur propre groupe contrôle (il n’y a pas de groupe testé le régime AHA versus un groupe Paléo), ce qui est critiquable.

Dans la méta-analyse de Schwingshackl et al. 2018, deux études sur le régime paléo ont été évaluées par rapport à d’autres régimes pour réduire la pression artérielle. La régime DASH était le plus efficace dans la prévention de l’hypertension suivi du régime paléo et méditerranéen. Cependant, les résultats pour le régime paléo sont à interpréter avec prudence puisque seulement 2 études (Jonsson 2009, Mellberg 2014) ont été inclues dans cette méta-analyse.

Limites à avoir en tête en lisant ces résultats

  • Le régime paléo pourrait avoir un bénéfice sur le court terme pour la santé métabolique et le poids mais il est impossible de conclure sur le long terme (effet du régime sur plus d’un an).

  • Ces essais cliniques ne sont pas forcément généralisables à tout le monde parce que la plupart du temps, les participants sont des personnes en surpoids ou obèses (par exemple l’IMC à 33 est très élevé). Or les personnes obèses ont un métabolisme différent des personnes avec un poids normal.

  • Les essais cliniques sont souvent de court terme (moins de 6 mois) et avec peu de participants (moins de 50 personnes).

Les effets du régime paléolithique (y compris la perte de poids, le risque de déficiences nutritionnelles) sur le long terme sont donc encore à investiguer et méconnus avec des études cliniques avec de plus gros effectifs ainsi que sur des participants non obèses.

Le régime paléo exclut tous les aliments ultra-transformés plutôt riches en sucres ajoutés, en sel et acides gras saturés (néfaste si en excès) ce qui est une bonne chose. Dernièrement plusieurs études prospectives ont identifié des liens entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque d’obésité, d’hypertension (Mendonça 2016, 2017) et de cancer (Fiolet 2018).

Les interrogations nutritionnelles

Le risque majeur est de se priver de catégories entières d’aliments (les légumineuses, les céréales complètes et raffinées) qui sont des sources de certaines vitamines B (thiamine, folates, niacine, riboflavine). Les produits laitiers sont également en France le principal vecteur alimentaire de calcium (38% des apports en calcium chez l’adulte). Certains légumes verts, sardine et saumon sont riches en calcium mais il faut en manger beaucoup plus pour atteindre les recommandations en calcium. Certaines légumes verts peuvent également contenir des facteurs anti-nutritionnels comme les oxalates et les phytates qui se lient au calcium le rendant indisponible (FAO).

Les céréales sont des vecteurs importants de fibres (27% des apports en fibres), de glucides (36% des apports glucidiques), de vitamine B9 (14%). Le régime Paléo offre une place importante aux protéines d’origine animale. Or des apports élevés en viande rouge pourraient être associés à un risque accru de cancer colorectal (IARC).

Ce régime surfe sur la vague médiatique anti gluten, anti-produits laitiers et contre les produits transformés.

Une étude néerlandaise sur 4 semaines d’intervention (paléo versus régime suivant les recommandations Néerlandaises nationales de nutrition) a constaté que le coût était significativement plus important (Genoni et al. 2016). L’adhérence et le coût de ce régime pourraient être des freins à la mise en place de ce régime. Comme ce régime repose sur les produits frais, cela demande du temps et de savoir cuisiner.

Un argument des défenseurs de ce régime est le côté « historique et naturel » (alimentation non transformée) venant du Paléolithique, mais il est difficile de comparer ce régime à aujourd’hui parce que les modes de vie étaient complètement différents, d’une autre époque !

Par ailleurs, si vous consommez de la viande ou du poisson cru, il faut faire attention aux éventuelles contaminations microbiennes ou/et intoxications possibles. Ces préparations peuvent contenir des organismes pathogènes comme des salmonelles ou des Campylobacters voire du tenia (ver solitaire). Ils apparaissent toujours à la suite d’une contamination externe de la viande. L’hygiène à l’abattage et lors de la préparation est donc primordiale !

Questions en suspense :

Quelles sont les possibles déficiences nutritionnelles (en particulier en calcium, vitamine D) si l’on suit le régime paléo pendant plus d’un an en particulier pour les groupes à risque (enfants, personnes atteintes d’ostéoporose) ?

Quels sont les effets sur la santé sur le long terme d’exclure des catégories entières d’aliments si le régime n’est pas construit avec l’aide d’un diététicien ou professionnel de santé ?

Pour le moment ce régime ne peut pas être recommandé compte tenu du manque d’études scientifiques.

Mais on peut cependant :

  • ajouter plus de produits frais dans notre régime en particulier les fruits et les légumes
  • moins consommer des produits très transformés (pizza, biscuits, glace, plats préparés…)

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

 

Source:

Eaton et al. Paleolithic Nutrition — A Consideration of Its Nature and Current Implications. N Engl J Med 1985; 312:283-289

Manousou et al. A Paleolithic-type diet results in iodine deficiency: a 2-year randomized trial in postmenopausal obese women. Eur J Clin Nutr. 2018 Jan;72(1):124-129. doi: 10.1038/ejcn.2017

Mellberg et al. Long-term effects of a Palaeolithic-type diet in obese postmenopausal women: a two-year randomized trial. Eur J Clin Nutr. 2014 Mar; 68(3): 350–357

Manheimer et al. Paleolithic nutrition for metabolic syndrome: systematic review and meta-analysis. Am J Clin Nutr. 2015 Oct;102(4):922-32.

Otten et al. Strong and persistent effect on liver fat with a Paleolithic diet during a two-year intervention. Int J Obes (Lond). 2016 May;40(5):747-53

Pastore et al. Paleolithic nutrition improves plasma lipid concentrations of hypercholesterolemic adults to a greater extent than traditional heart-healthy dietary recommendations. Nutr Res. 2015 Jun;35(6):474-9. doi: 10.1016/j.nutres.2015.05.002.

Jönsson  et al. Beneficial effects of a Paleolithic diet on cardiovascular risk factors in type 2 diabetes: a randomized cross-over pilot study. Cardiovasc Diabetol. 2009 Jul 16;8:35. doi: 10.1186/1475-2840-8-35.

Henry et al. The diet of Australopithecus sediba. Nature volume 487, pages 90–93 (05 July 2012)

Schwingshackl et al. Comparative effects of different dietary approaches on blood pressure in hypertensive and pre-hypertensive patients: A systematic review and network meta-analysis. Crit Rev Food Sci Nutr. 2018 May 2:1-14. doi: 10.1080/10408398.2018.146396

Michael C. Latham. LA NUTRITION DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT. http://www.fao.org/docrep/004/w0073f/w0073f11.htm

Genoni et al. Compliance, Palatability and Feasibility of PALEOLITHIC and Australian Guide to Healthy Eating Diets in Healthy Women: A 4-Week Dietary Intervention. Nutrients. 2016 Aug 6;8(8). pii: E481. doi: 10.3390/nu8080481.

Otten et al. Strong and persistent effect on liver fat with a Paleolithic diet during a two-year intervention. Int J Obes (Lond). 2016 May;40(5):747-53. doi: 10.1038/ijo.2016.4. Epub 2016 Jan 20.

Cordain L. The nutritional characteristics of a contemporary diet based upon Paleolithic food groups. Journal of the American Nutraceutical Association. 2002;5(3):15-24.

AVIS de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à « la troisième étude individuelle nationale  des consommations alimentaires (Etude INCA3) ». https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0234Ra.pdf

Konner et al. Paleolithic nutrition: twenty-five years later. Nutr Clin Pract. 2010 Dec;25(6):594-602

https://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosbiodiv/index.php?pid=decouv_chapC_p4_c1&zoom_id=zoom_c1_1

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https://quoidansmonassiette.fr/regime-paleolithique-diet-paleo-vu-par-science-etudes-essais-cliniques/feed/ 2