Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr Actualités en sciences, alimentation et santé - Uniquement basé sur des publications scientifiques ! Tue, 23 Apr 2019 22:20:06 +0000 fr-FR hourly 1 https://quoidansmonassiette.fr/wp-content/uploads/2016/03/cropped-cropped-Head-logo-Quoi-dans-mon-assiette-2-32x32.jpg Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr 32 32 Chocolat : flavonoïdes du cacao (polyphénols antioxydants) bon pour la santé mais riche en calories https://quoidansmonassiette.fr/chocolat-flavonoides-cacao-bon-sante-flavanols-polyphenols-antioxydants-calories/ https://quoidansmonassiette.fr/chocolat-flavonoides-cacao-bon-sante-flavanols-polyphenols-antioxydants-calories/#respond Mon, 22 Apr 2019 14:04:33 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3996 Le chocolat est entouré de nombreuses idées reçues (sur l'acné, le poids, la santé cardiovasculaire) liées à certains composants du cacao : les polyphénols dont les flavanols.

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Le chocolat est le péché mignon de pas mal de personnes. Pourtant il est entouré d’idées reçues comme favorisant l’acné à cause de sa teneur en gras et en sucres. A l’inverse, le chocolat noir à teneur élevée en cacao est des fois considéré comme meilleur que le chocolat au lait ou qu’il serait “bon pour le cœur”. Plusieurs études ont montré des effets bénéfiques pour certaines extraits de cacao comme les flavanols mais comme toutes les bonnes choses, il faut faire attention à une consommation excessive puisqu’il reste un aliment riche en calories, en sucres et graisses.

En France, le chocolat est consommé à hauteur de 7,3 kg par habitant par an en 2017 (DGCCRF). Le chocolat noir représente 30% de la consommation chez les adultes français.

Fève de cacao

La fabrication du chocolat en bref

La fève de cacao est originaire de la région tropicale de l’Amérique du Sud. La fabrication du chocolat commence par la récolte de cabosses mûres puis les graines sont extraites de la pulpe blanche de la cabosse. Ces graines sont mises en fermentation où les arômes commencent à se développer. Ces graines sont ensuite séchées au soleil (ou par fours thermiques). Les fèves sont ensuite nettoyées par diverses méthodes. Puis vient la torréfaction des fèves avec un traitement thermique entre 100 et 140°C. C’est dans cette étape que les arômes se créent. Les graines grillées sont ensuite broyées en masse de cacao (semi-liquide) par concassage. Cette pâte de cacao est ensuite pressée et concassée pour obtenir de la poudre de cacao. En y ajoutant du beurre de cacao, du lait, du sucre, on obtient le chocolat au lait.

Les différents chocolats

La directive 2000/36/CE définit les différents produits chocolatés selon leur composition :

  • la poudre de cacao provient des fèves de cacao torréfiées et contient au moins 20% de beurre de cacao et moins de 9% d’eau
  • le chocolat en poudre contient au moins 32% de cacao en poudre
Teneur en cacao des chocolats

Il y a également des précisions et des obligations pour le chocolat de couverture, en flocon, aux noisettes ou le chocolat a la taza. Par ailleurs, l’addition de matière grasses végétales (illipé, huile de palme, sal, karité, kokum gurgi, noyaux de mangue) se limite à hauteur de 5% au maximum.

Que contient le chocolat ?

Le chocolat est un aliment calorique, pour 100g on retrouve environ 500 kcal autant que dans un hamburger de McDo. Il est en effet riche en sucres en particulier les chocolats au lait et blanc. Ils apportent 100% des apports recommandés en acides gras saturés : une consommation excessive de graisses saturées est associée à des problèmes cardiovasculaires. Le chocolat est une source de magnésium, phosphore, potassium (et de calcium pour le chocolat contenant du lait).

tableau valeurs nutritionnelles du chocolat noir au lait et blanc

Les polyphénols, des antioxydants dans le cacao

La poudre de cacao obtenue à partir des extraits de la graine de la fève de cacao et le chocolat noir sont souvent mis en avant pour leurs vertus anti-maladies cardiovasculaires avec les polyphénols, anti-stress ou contre le déclin cognitif.

Les polyphénols alimentaires ont connu un engouement pour leurs propriétés antioxydants identifiées dans les études in vitro (modèles cellulaires). Les flavonoïdes sont un sous-groupe des polyphénols. Ces flavonoïdes sont répartis en 6 sous-groupes : les flavanols (dans les fruits, le thé, le vin, le cacao), les flavonols (brocolis, tomate, thé), les flavones, les isoflavones (soja, légumineuses), les flavanones (agrumes) et les anthocyanes (fruits rouges, vins).

Un extrait du chocolat (Theobroma cacao L.) particulièrement étudié sont les flavanols. Dans ces flavanols, on retrouve les catéchines monomérique (épicatéchine principalement) et les oligomères de flavanol (procyanidines). Seuls les monomères (molécules d’une seule unité) sont absorbés, les procyanidines ne sont pas absorbés dans l’intestin grêle (EFSA). La poudre de cacao dans des produits commerciaux espagnols (Andres-Lacueva 2008) contiendrait entre 116 et 730 µg/g d’Epicatéchine (flavanols) et 81-447 µg/g de Catéchine (flavanol), 2 à 40 µg/g de quercétine (flavonol).

Dans la base de données USDA, 100g de poudre de cacao (non sucrée) contiendrait 196,43 mg (-) – Epicatéchine (flavanols) et 64,82 mg de (+)-Catéchine et 10 mg de Quercétine à titre d’exemple.

Un mécanisme qui lie les flavanols à la santé cardiovasculaire

Un des mécanismes proposés pour expliquer les effets des extraits de cacao sur la santé cardiovasculaire passe par l’activation de la production du monoxyde d’azote (NO), qui induit une relaxation des cellules vasculaires. Par ailleurs, les flavanols ont des propriétés antioxydants en i vitro ce qui pourrait réduire le stress oxydatif et réduire le dysfonctionnement des plaquettes sanguines. L’agence européenne de sécurité alimentaire EFSA a d’ailleurs autorisé une allégation de santé en ce sens “concernant les flavanols de cacao et le maintien d’une vasodilatation normale de l’endothélium” mais elle a refusé les allégations sur la protection des lipides contre le stress oxydatif et un maintien d’une pression artérielle normale.

Les produits chocolatés, les flavanols du cacao et la santé

Je me suis intéressé aux méta-analyses pour avoir une vision globale mais ce type d’analyse qui combine et agrège des résultats est à interpréter avec prudence à cause de l’hétérogénéité des études (design, type de produits chocolatés consommés, population…) et des biais de publication. Il faut avoir en tête la différence entre :

  • Études observationnelles (cohorte sur plusieurs années, transversale à un temps t) : il n’y a pas d’intervention de l’expérimentateur et aucun contrôle sur l’environnement
  • Étude d’intervention/expérimentale (essais cliniques/essais randomisés contrôlés) : il y une intervention de l’expérimentateur (on oblige les participents à prendre du cacao par exemple). Les paramètres observés sont sous contrôle.

La santé cardiovasculaire

Pour la consommation de chocolat (études observationnelles) :

La méta-analyse de Sheng Yuan et al. (2017) sur 14 études prospectives avec un suivi moyen de 5 à 15 ans (508 705 participants) a identifié que la consommation élevée de chocolat (versus les plus faibles consommateurs de chocolat) était associée à une réduction de 10% du risque de maladies coronariennes (RR agrégé=0.90 |0.82,0.97]) et de -16% d’AVC. Ces auteurs recommandent une consommation modérée entre 3 et 6 portions par semaine (1 portion = 30g). Une limite importante de cette méta-analyse qu’ils n’ont pas pu faire de sous-analyse (en sous-groupe) par IMC, l’apport énergétique totale et le type de chocolat. Cette méta-analyse est une mise à jour de la précédente méta-analyse publiée dans le BMJ.

Risques relatifs pour les maladies coronariennes (Sheng Yuan et al. 2017)

Ils ont également observé une dose réponse en J pour l’incidence du diabète, c’est-à-dire qu’une consommation élevé en chocolat pourrait augmenter ce risque.

Dans une autre méta-analyse de Gong (2017), le risque d’arrêt cardiaque diminue significativement avec une consommation faible de chocolat (1-3 portions/semaine) et augmente (non significativement « statistiquement ») à plus de 7 portions/semaine. On a une courbe en J pour le risque d’arrêt cardiaque.

Pour les extraits de cacao, les flavanols (études d’intervention)
Une autre méta-analyse de Cochrane a analysé 35 essais cliniques randomisés impliquant 1804 participants sains. Ces sujets recevaient soit 1,4 à 105g de cacao contenant 30 à 1218 mg de flavanols (670mg en moyenne) par jour, soit des produits sans flavanol ou avec peu de flavanols (6,4 à 88 mg de flavanol) dans le groupe contrôle. Cette revue fournit des preuves de qualité modérée que le chocolat et les produits à base de cacao riches en flavanols entraînent un léger effet hypotenseur (2 mmHg) chez les adultes principalement en bonne santé à court terme. Ces résultats sont limités par l’hétérogénéité entre les essais, ce qui ne pourrait pas être expliqué par des analyses de sous-groupes prédéfinies, y compris des essais en double aveugle. Par ailleurs, la pression artérielle de base peut jouer un rôle dans l’effet du cacao sur la pression artérielle. Une analyse en sous-groupes d’essais portant sur des participants avec de l’hypertension a révélé un effet plus important du cacao sur la réduction de la tension artérielle par rapport aux participants avec une pression artérielle normale. Des essais à long terme sur l’effet du cacao sur les résultats cliniques sont également nécessaires pour déterminer si le cacao a un effet sur les événements cardiovasculaires et pour évaluer les effets indésirables potentiels associés à l’ingestion chronique de produits à base de cacao.

Une autre méta-analyse (Antonio González-Sarrías 2017) a étudié les effets des flavanols provenant du thé (69 essais cliniques), du cacao (39 essais cliniques) et de produits contenant de la pomme (10 essais cliniques). En dépit d’une forte hétérogénéité dans ces études (I²=70-77%), une réduction de 0,1 point d’Indice de Masse Corporelle, une légère diminution de presse artérielle et du « mauvais » cholestérol LDL étaient associés avec des apports accrus en flavanols. Ces effets étaient plus importants chez les personnes obèses ou en surpoids. Les auteurs estiment que l’effet est plus important chez le thé > cacao > pomme mais ils appellent à la prudence à cause de la grande hétérogénéité dans les sources et formes de flavanols ce qui rend difficile la comparaison.

En conclusion, il faudrait plus d’essais randomisés contrôlés sur le long terme pour confirmer ou non ces résultats. Il faut faire attention parce que les flavanols ne sont qu’une toute petit proportion du chocolat. Or l’intestin grêle n’absorbe que peu les polyphénols. Par ailleurs, nous ne mangeons pas directement des flavanols en poudre (à part en compléments alimentaires mais je déconseille les compléments alimentaires dont l’efficacité est sujette à débat).

Chocolat et gain de poids

Comme je le rappelais, le chocolat reste un aliment calorique. Voici deux études prospectives sur plusieurs années (Greenberg 2013, 2015) :

  • la cohorte Women’s Health Initiative WHI avec 107 000 femmes américaines âgées en moyenne de 61 ans a identifié des associations entre une consommation élevée en produits chocolatés et un gain de poids chez les consommateurs réguliers de chocolat (au moins 1 fois/semaine versus moins d’1 fois par mois).
  • dans l’étude Atherosclerosis Risk in Communities cohort avec 12 000 adultes américains âgés de 45-64 ans avec 55% de femmes ont retrouvé ce lien chez les consommateurs réguliers de chocolat (3 fois par semaines versus moins d’1 fois par mois).

L’effet des flavanols sur le déclin cognitif

En bref (il existe d’autres études), voici un essai randomisé (Daniela M. 2015) avec 90 sujets âgés sans signe de déficience cognitive qui ont reçu quotidiennement une boisson contenant une quantité soit faible (48 mg), intermédiaire (520 mg) ou élevée (993 mg) en flavanols de cacao.

Après 8 semaines d’intervention, les participants consommant la boisson à teneur intermédiaire ou haute en flavanols de cacao présentaient une amélioration de leur performance aux tests neuropsychologiques (niveau d’attention, fonction exécutive et mémoire sémantique qui représentent des marqueurs sensibles du déclin cognitif et de la démence). De nombreux paramètres cardiométaboliques étaient également améliorés comme la pression sanguine, résistance à l’insuline (index HOMA), le profil lipidique.

En conclusion, le chocolat, le cacao n’est ni bon ni mauvais pour la santé. La caractérisation de la relation dose/effet entre le cacao, les flavanols et les bénéfices santé n’est pas encore suffisante. Quelques études semblent laisser penser que consommer occasionnellement un carré de chocolat riche en cacao (et donc en flavanols) pourrait avoir un effet positif sur la santé cardiovasculaire. Cependant, les teneurs élevées en sucres et graisses saturées des produits chocolatés par le gain de poids en cas de consommation excessive contrebalancent ces potentiels bénéfices.

Pour rappel, les aliments ou ingrédients miracles (comme les flavanols) n’existent pas. La prévention de la santé par alimentation passe par un régime équilibré et raisonné.

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Sources :

Andres-Lacueva et al. Flavanol and Flavonol Contents of Cocoa Powder Products: Influence of the Manufacturing Process. J. Agric. Food Chem., 2008, 56 (9), pp 3111–3117

Sheng Yuan et al. Chocolate Consumption and Risk of Coronary Heart Disease, Stroke, and Diabetes: A Meta-Analysis of Prospective Studies. Nutrients. 2017 Jul; 9(7): 688. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5537803/

Cochrane Systematic Review. Effect of cocoa on blood pressure. Version published: 25 April 2017 https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD008893.pub3/full

Adriana Buitrago-Lopez et al. Chocolate consumption and cardiometabolic disorders: systematic review and meta-analysis. BMJ. 2011; 343: d4488.

Antonio González-Sarrías et al. A Systematic Review and Meta-Analysis of the Effects of Flavanol-Containing Tea, Cocoa and Apple Products on Body Composition and Blood Lipids: Exploring the Factors Responsible for Variability in Their Efficacy. Nutrients. 2017 Jul; 9(7): 746.

Greenberg et al. Chocolate-candy consumption and three-year weight gain among postmenopausal U.S. women. Obesity (Silver Spring). 2015 Mar; 23(3): 677–683

Greenberg et al. Habitual Chocolate Consumption May Increase Body Weight in a Dose-Response Manner  PLoS One. 2013; 8(8): e70271.

EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies (NDA); Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to cocoa flavanols and protection of lipids from oxidative damage (ID 652, 1372, 1506, 3143), and maintenance of normal blood pressure (ID 1507) pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006. EFSA Journal 2010;8(10):1792. [ 21 pp.]. doi:10.2903/j.efsa.2010.1792

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La Science, le business et Sci-Hub : vers un open-accès ou la privatisation des publications par les éditeurs de revues scientifiques ? https://quoidansmonassiette.fr/science-business-sci-hub-open-acces-privatisation-publications-par-editeurs-revues-scientifiques/ https://quoidansmonassiette.fr/science-business-sci-hub-open-acces-privatisation-publications-par-editeurs-revues-scientifiques/#respond Mon, 08 Apr 2019 16:13:15 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3951 L'universalité est un principe majeur en Science. La création de nouvelles connaissances, les découvertes et les discussions ne peuvent fonctionner que si les résultats de la Recherche ne sont pas mis à disposition de la communauté pour y être évalués, discutés et critiqués. Pour accéder aux revues scientifiques, il existe des "paywalls" (frais) de publication qui retiennent une quantité substantielle de résultats de recherche d'une grande partie de la communauté scientifique et de la société dans son ensemble.

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L’accès aux revues scientifiques internationales est coûteux autant que la soumission d’une publication scientifique. En Septembre 2011, Alexandra Elbakyan étudiante en neurosciences décide de lancer la plateforme Sci-Hub qui regroupe et donne un accès libre à aux publications scientifiques. Le 7 Mars 2019, le Tribunal de Grande Instance de Paris oblige les principaux fournisseurs d’accès internet (FAI) français SFR, Orange, Bouygues et Free de bloquer l’accès à cette plateforme d’accès.

Alexandra Elbakyan, fondatrice de Sci-Hub milite pour un accès à tous aux connaissances scientifiques

Le droit à l’accès à la connaissance

L’universalité est un principe majeur en Science (au sens large y compris Sciences humaines et sociales). La création de nouvelles connaissances, les découvertes et les discussions ne peuvent fonctionner que si les résultats de la Recherche ne sont pas mis à disposition de la communauté pour y être évalués, discutés et critiqués. Pour accéder aux revues scientifiques, il existe des “paywalls” (frais) de publication qui retiennent une quantité substantielle de résultats de recherche d’une grande partie de la communauté scientifique et de la société dans son ensemble.

Monétiser l’accès aux résultats de recherche nouveaux et existants est profondément en contradiction avec l’éthique de la science (Merton, 1973). Rien ne justifie plus que cet état de fait prévale et il convient donc de mettre fin au modèle de publication scientifique fondé sur la souscription, y compris ses variantes dites «hybrides». Au XXIe siècle, les éditeurs scientifiques devraient fournir un service permettant aux chercheurs de diffuser leurs résultats. Ils peuvent recevoir une juste valeur pour les services qu’ils fournissent, mais aucune science ne devrait être enfermée derrière des murs de paiements !” – Projet Coalition S qui regroupe actuellement 13 organisations nationales de financement de la recherche et la Commission Européenne

Soumission et accès aux publications scientifiques : un business juteux

Le système de publication scientifique et “peer-review”

Les journaux scientifiques à comité de lecture comme les plus connus Nature ou Science ont la particularité d’évaluer leur article scientifique par une évaluation par les pairs (peer review en anglais). Ces éditeurs de ces journaux scientifiques imposent des critères de méthodologie et de validité scientifique. Cela les distingue des magazines scientifiques généralistes ou des livres classiques qu’on peut trouver dans la librairie ou la presse du coin. A la différence des articles de presse scientifique généraliste, les publications scientifiques se composent de plusieurs parties bien définies : un résumé (abstract), l’introduction, les méthodes, les résultats, la discussion, les conclusions, la déclaration de conflits d’intérêts/les sources de financement, la bibliographie.

Les journaux scientifiques disposent d’un comité éditorial constitué de chercheurs experts dans le domaine de la revue qui évaluent les articles soumis. Ces experts évaluent notamment (liste de questions non exhaustive) :

  • l’originalité de la publication. Est-ce une avancé mineure ou majeure en terme d’apport de connaissances ? Quelles applications dans la recherche, les politiques ou la société ?
  • la clarté de la question scientifique et des hypothèses scientifiques formulées
  • la méthodologie et protocoles expérimentaux/les analyses de données : la méthode est-elle appropriée, suffisamment décrite pour être reproduite ? Quels sont les biais du protocole et des analyses ? Sont-ils évoqués et pris en compte ? La partie Méthode est critique.
  • Est-ce que l’article répond à la question posée ? Est-ce que les résultats sont corrects, crédibles et bien présentés ?
  • Les références : est-ce que les sources sont récentes, relevantes ? Est-ce qu’il y a des conflits d’intérêts ?

Cette liste de questions n’est pas exhaustive mais on peut retrouver des guides pour évaluer les publications scientifiques : http://www.equator-network.org/

Généralement, la publication d’une étude s’effectue par la soumission en ligne du manuscrit (“draft“). Ce manuscrit est évalué par le comité éditorial de la revue. Si l’éditeur trouve que la publication est d’intérêt, cette étude est envoyée à des experts externes et indépendants appelés “reviewers” (dans le monde entier) qui vont évaluer et commenter ce papier. Après cette évaluation appelée “review“, le papier peut être soit refusé, soit à modifier avec des corrections mineures ou majeures (ré-écriture, de nouvelles analyses, de nouvelles expériences, donner des détails sur la méthode etc…), soit le papier est accepté (très rare du premier coup). Dans le cas où le papier doit être corrigé, il doit être re-soumis et repasser l’étape de revue par les reviewers. Voici un petit schéma explicatif :

peer-review processus de publication scientifique comité lecture pair évaluation

Pourquoi est-on obligé de publier dans ces revues à comité de lecture ?

Publier dans des revues “prestigieuses” telles que Nature, Science, Cell, The Lancet ou the New England Journal of Medicine est fortement valorisé. En effet, publier en quantité et dans des journaux à hauts impacts facteurs permet d’avoir des financements.

Les chercheurs sont malheureusement évalués par rapport à leur nombre de publications ainsi que les publications dans des journaux avec un facteur d’impact (impact factor) élevé. Ce facteur d’impact est l’indicateur de notoriété de revues le plus utilisé actuellement pour évaluer la publication. Il est calculé par le ratio entre le nombre de citations des articles de la revue publiés en N-1 et N-2 faites par les articles des revues du Web of Sciences en année N et le nombre d’articles de la revue publies en N-1 et N-2.

Ce facteur d’impact dépend beaucoup du domaine d’étude. Il inclut également les auto-citations (ce qui encourage à se re-citer dans ses futures publications…). Le nombre de citations d’un article dépend du nombre potentiel de lecteurs pouvant citer l’article.

L’impact facteur oriente la science, il donne un pouvoir important aux éditeurs des revues prestigieuses, sa construction est critiquable. Parmi les 20 premiers journaux tous domaines confondus, la moitié publient des revues de la littérature et non pas des articles originaux. Il existe également d’autres index de “notoriété” comme l’H-index.

Larivière 2013

Payer deux fois son propre travail pour publier et le lire

Au départ, les revues scientifiques étaient gérées par des sociétés savantes puis des acteurs privés sont arrivés. En 1973, les cinq éditeurs principaux (SAGE, Elsevier, Springer Nature, Wiley-Blackwell, and Taylor & Francis) représentaient 20% des publications scientifiques. En 1996, cette part est passé à 30% puis a augmenté pour atteindre 53% en 2013. L’augmentation de la part de la production scientifique des principaux éditeurs a deux causes principales: 1) la création de nouvelles revues et 2) les revues existantes en cours d’acquisition par ces éditeurs. Ces éditeurs se rémunèrent traditionnellement avec les abonnements payés par les universités/lecteurs, les frais de lecture à l’unité des articles et les frais de soumission des auteurs (chercheurs).

Dans le modèle économique traditionnel, il faut payer pour soumettre son manuscrit. Soumettre des figures en couleur peut également être compté en frais supplémentaires. Puis le processus de peer-review (évaluation par les pairs) est effectué gratuitement par les chercheurs externes et indépendants. L’accès à cette publication est restreinte et payante à l’unité (entre 10 et 35€ par article) ou avec un abonnement : on parle de “pay-wall“. Ces abonnements pour un seul journal sont très coûteux : plusieurs milliers d’euros. La plupart des études sont financées par des fonds publics. Ce modèle limite l’accès à la connaissance scientifique.

En payant des frais plus élevés (Article processing charges (APC)), il est possible de mettre dans certains journaux son article en ligne en accès gratuit (open access), c’est le modèle de l’auteur-payeur. En 2019, si vous voulez que votre publication soit publiée en accès libre (open-access), vous payez des frais de publication entre $900 et $5000 (pour The Lancet par exemple) !! Le modèle fremium quant à lui permet l’accès gratuit à l’article en html sur le web mais le .pdf et les statistiques sont payants par exemple.

Des marges très élevées pour les éditeurs scientifiques

Au départ, les éditeurs devaient composer les journaux, imprimer les revues et les envoyer aux abonnés. Cependant, avec l’ère du numérique et la publication électronique ces coûts sont devenus minimes. Le prix des licences d’Elsevier (abonnement) ont augmenté de plus de 30% au cours de ces dernières années. La licence d’un journal Elsevier coûte environ 3400€/an.

Les marges de la société Reed-Elsevier ont doublé entre 1991 et 1997 en passant de 665 millions de dollars à 1 451 millions de dollars. Cette marge bénéficiaire est passée de 17% à 26%. Ces bénéfices ont atteint des sommets en 2012-2013 avec 2 milliards de bénéfices (38.9%). En 2018, Elsevier a perçu un revenu de 2,5 milliards de dollars avec un profit de 942 millions de dollars (31,3% de profits) provenant des publications (segment ”
Scientific, Technical & Medical” dans le rapport annuel). En comparaison d’après Forbes, Apple a 23% de marges de profits. Quand on paye $37,95 pour accéder à un .pdf d’un article, Elsevier se met environ $13,56 dans la poche. Les auteurs ne sont pas du tout rémunérés par l’éditeur.

revenues marges profits Elsevier publications editeurs scientifiques
Les revenues correspondent aux revenues totaux des services d’elsevier (Scientific, Technical & Medical + Risk & Business Analytics + Legal + Ehibitions + Unallocated items)

Par ailleurs, les éditeurs Springer Science + Business media ont également des marges élevées de 35% et de 28,3% pour Wiley et de 35,7% de Talor et Francis à des niveaux comparables à ceux de Pfizer (42%) ou Hyundai (10%).

Un des soucis est que le marché est très peu concurrentiel comme chaque publication est un contenu unique et original et que ce marché est détenu en grande partie par 5 groupes d’éditeurs.

La révolte des Universités face aux frais croissants et l’inflexibilité des éditeurs

Plusieurs universités (Université de Californie, université norvégiennes) ont dénoncé ces contrats léonins et ont décidé de ne pas renouveler le contrat avec Elsevier. Les chercheurs Norvégiens publient environ 2000 articles par an dans les revues Elsevier. En 2018, les universités Norvégiennes avaient payé 9 millions d’euros en frais de souscription.

La Commission européenne a décidé que d’ici à 2020, toutes les études publiées par des scientifiques qui reçoivent de l’argent européen devront être diffusées en libre accès.

Le 4 septembre 2018, un groupe d’organismes nationaux de financement de la recherche, avec le soutien de la Commission européenne et du Conseil européen de la recherche (CER), a annoncé le lancement de cOAlition S, une initiative visant à concrétiser l’accès ouvert aux publications de recherche. .

COALITION S regroupe actuellement 13 organisations nationales de financement de la recherche et quatre fondations caritatives de 13 pays qui ont accepté d’appliquer les 10 principes du Plan S de manière coordonnée, conjointement avec la Commission européenne et l’ERC.

Sci-Hub, un accès illégal ou un outil pratique pour avoir accès à la Science ?

Sci-Hub et Libgen sont deux plateformes de diffusion gratuite des publications scientifiques. Alexandra Elbakyan, la fondatrice a été condamnée pour avoir piraté des contenus d’Elsevier par un tribunal fédéral de New York en 2015. Sci-Hub contiendrait 70 millions d’articles scientifiques avec plus de 700 000 téléchargements quotidiens. Les défenseurs de ces plateformes dénoncent ce business lucratif que j’ai décrit ci-dessus et la privatisation des connaissances scientifiques : les chercheurs payent pour faire de la recherche, pour publier et pour lire !

Sci-Hub est une plateforme au final illégale. Paradoxalement en y allant, on participe à fermer les yeux sur ce business bancal de la publication.

Le Peer Community In, une alternative

Le Peer Community In (PCI) est une plateforme en open access française qui a pour but d’évaluer gratuitement dans leur champ disciplinaire des pre-print (des articles non publiés et déposés en libre accès sur des plateformes d’archives ouvertes). Ce système d’évaluation par les PCI est gratuit et transparent (pas d’anonymat). Les recommandations sont signées. Ensuite, les preprint peuvent ensuite devenir des références scientifiques valides et être publiés dans une revue classique ou non.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

Larivière V, Haustein S, Mongeon P (2015) The Oligopoly of Academic Publishers in the Digital Era. PLoS ONE 10(6):e0127502. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0127502

Larivière et al. Are elite journals declining? Journal of the American Society for Information Science and Technology. Article first published online: 19 Nov. 2013

Vogel, G., & Kupferschmidt, K. (2017). Germany seeks “big flip” in publishing model. Science, 357(6353), 744–745. doi:10.1126/science.357.6353.744

Frais de souscription chez Elsevier : https://www.elsevier.com/__data/promis_misc/j.custom97.pdf

http://news.sciencemag.org/people-events/2014/03/german-university-tells-elsevier-no-deal

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https://quoidansmonassiette.fr/science-business-sci-hub-open-acces-privatisation-publications-par-editeurs-revues-scientifiques/feed/ 0
Consommation d’insectes et microbiote intestinal : croissance du probiotique Bifidobactérium animalis et réduction de l’inflammation d’après une étude pilote ? https://quoidansmonassiette.fr/consommation-insectes-microbiote-intestinal-probiotique-bifidobacterium-animalis-reduction-inflammation-pilote/ https://quoidansmonassiette.fr/consommation-insectes-microbiote-intestinal-probiotique-bifidobacterium-animalis-reduction-inflammation-pilote/#respond Mon, 25 Mar 2019 07:17:36 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3924 Manger des insectes comme 25g de criquet en poudre pourrait être associé à une réduction de l'inflammation et modifierait peu le microbiote intestinal.

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Une étude d’intervention humaine (essai randomisé contrôlé) sur 20 volontaires a constaté que la consommation de 25g de poudre de criquet ne comporterait pas d’effets toxiques et indésirables. Cela pourrait même avoir des effets positifs en favorisant la croissance du probiotique Bifidobacterium animalis et la réduction d’un marqueur de l’inflammation TNF-α (facteur de croissance tumoral). Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantités adéquates, produisent un bénéfice pour la santé de l’hôte. Cependant cela reste à confirmer dans des études ultérieures de plus grande ampleur.

Plusieurs insectes sont en cours d’évaluation des risques et de demande d’autorisation sur le marché européen sous le règlement Novel Food n°2105/2283 comme les grillons domestiques (Acheta domesticus et Gryllodes sigillatus) et les verres de farine (Tenebrio molitor).

Les insectes, une alternative protéique plus durable ?

D’après la FAO (Food Agriculture Organization), l’élevage repose sur 70% de terres agricoles. La demande en produits animaux pourrait doubler et passer de 229 millions de tonnes en 2000 et 465 millions de tonnes en 2050. Par ailleurs, la viande et le poisson sont des sources importantes de protéines dans de nombreux pays.

La production et la transformation des produits de l’élevage et leur empreinte environnementale

Les protéines d’origine animale contribuent de manière non négligeable aux émissions de gaz à effet de serre. La chaîne alimentaire crée environ 13,7 milliards de m3 de CO2 équivalent, soit 26% des émissions humaines de gaz à effet de serre (Poore 2018). Pour 100g de protéines, concernant les processus de transformation (post-production/post-exploitation), le bœuf produit 1 120g de CO2 éq, le mouton 710g de CO2 éq, la volaille 450g de CO2 éq et le fromage 340g de CO2 éq. Le tofu produit à 490g de CO2 éq et les arachides, 170g de CO2 éq.

La production d’insectes engendre moins de Gaz à Effet de Serre (GES)

Les insectes pourraient être une alternative protéique intéressante plus durable. Environ 2 milliards de personnes dans le monde consomment des insectes (FAO). En moyenne, 2 kg d’aliments sont nécessaire pour produire 1 kg d’insectes alors que les bovins exigent 8 kg d’aliments pour produire 1 kg d’augmentation de la masse corporelle animale (FAO). Les porcs d’élèvage conventionnel produisent 10 à 100 fois plus de gaz à effet de serre par kilogramme d’insecte.

Un taux de conversion alimentaire élevé pour les insectes

L’indice de conversation alimentaire des insectes est élevé, par exemple les grillons ont besoin de six fois moins de nourriture que les bovins, quatre fois moins que les moutons et deux fois moins que les porcs et les poulets pour produire la même quantité de protéines (FAO). Par ailleurs, les insectes émettent moins de gaz à effet de serre d’ammoniac que les élevages traditionnels. L’élevage d’insectes demande moins d’eau que pour le bétail.

  • Il y a peu de questions relatives au bien-être animal même si la douleur ressentie par les insectes est inconnue. Certains d’entre eux ne présenteraient pas de récepteurs à la douleur (nocicepteurs) (Groening 2017).
  • Ces insectes présentent également un faible risque de zoonoses.

Les criquets sont riches en protéines et contiennent de la chitine, une fibre non digestible qui pourrait influencer le microbiote. Quelques risques sont connus comme la présence de métaux lourds si les insecte sont nourris avec des substrats inappropriés comme des déchets. Cela dépend également du sol où ils sont cultivés (ce risque serait ainsi limité pour les insectes d’élevage). Certaines espèces d’insectes peuvent également contenir des substances toxiques comme les glycosides cyanogéniques.

Qu’est-ce que le microbiote intestinal ?

Notre tube digestif abrite environ 2kg de micro-organismes, soit 1012 à 1014 micro-organismes (bactéries, virus, parasites, champignons non pathogènes). Cela compose le microbiote intestinal principalement localisé dans l’intestin grêle et le côlon. L’arrivée du séquençage génétique à haut débit a permis de relancer la recherche sur les bactéries intestinales pour étudier les interactions entre notre organisme et les micro-organismes.

Une dysbiose est une altération qualitative et fonctionnelle de la flore intestinale (de la quantité et la diversité et les proportions de micro-organismes) et elle pourrait être à l’origine de maladies chroniques par des mécanismes inflammatoires.

Production d’acides gras à courte chaîne

Ces bactéries intestinales jouent de nombreux rôles bénéfiques. Certains micro-organismes peuvent digérer des nutriments non digestibles comme la cellulose à travers la fermentation bactérienne qui produit des acides gras à courte chaîne AGCC (acétate, propionate et butyrate) et des gaz. Nous n’avons pas d’enzyme pour hydrolyser ce composé végétal. Un essai clinique GUT2D study (Zhao 2018) sur 49 volontaires a identifié qu’une production plus élevée d’AGCC avec un régime alimentaire riche en fibres induit des changements dans l’ensemble de la communauté microbienne de l’intestin et est corrélée à des taux élevés de Glucagon-like pepetide-1 (GLP-1), à une diminution des taux d’hémoglobine acétylée et à une amélioration de la régulation de la glycémie, ce qui pourrait être bénéfique pour prévenir du diabète de type 2. Une autre étude sur des souris (Lin HV 2012) a montré que le butyrate et le propionate pourraient réduire les apports alimentaires et l’appétit.

Il a été montré que l’implantation d’un microbiote provenant d’une souris obèse chez une souris axénique (sans microbiote) provoque une prise de poids importante chez la souris axénique. Cela pourrait être lié à une augmentation de la présence de LPS inflammatoire qui provoque une inflammation à base bruit et favorise l’insulinorésistance.

Plusieurs maladies chroniques ont été associées à des dysbioses et une baisse de diversité dans la flore microbienne : obésité, allergies, asthme, maladies gastro-intestinales et même des troubles neurologiques.

Essai clinique sur la consommation de 25g de poudre de criquet

Le but de cet essai clinique pilote publié dans le journal scientifique Plos One était de tester l’effet de 25g/j de poudre de criquet (Gryllodes sigillatus) sur la composition du microbiote chez 20 adultes sains âgés de 18-65 ans pendant 6 semaines en double aveugle.

Méthodes

55% des participants étaient des femmes et l’IMC moyen était de 23,39 (IMC normal). Les 2 groupes ont été attribués aléatoirement à soit un petit déjeuner contenant de la poudre de criquet soit à un petit déjeuner classique sans criquet. Les participants recevaient un des deux petit-déjeuner pendant 2 semaines puis suivi d’une période sans intervention « wash-out » puis de 2 semaines avec l’autre régime. Une période de “wash-out” ou de “lavage” est une période d’un essai croisé « cross-over » pendant laquelle le sujet ou le patient ne prend pas de traitement actif. Cette période intercalée entre deux périodes de traitement permet d’éliminer le traitement de la période précédente avant de commencer à prendre un autre traitement de la période suivante. Ce design en cross-over a été choisi parce que la variabilité intra-individuelle est plus faible que la variabilité inter-individuelle.

Les participants prenant des médicaments, avec des maladies métaboliques, intestinales ou un cancer, les grands consommateurs d’alcool, les utilisateurs réguliers de pré- et probiotiques ont été exclus car ces conditions et mode de vie influencent le microbiote. L’étude s’est déroulée entre février et mai 2017 à l’Université du Colorado.

Le petit déjeuner comprenait deux muffins et une boisson chocolatée.

Des échantillons de selles et sanguins ont été collectés au début de l’étude et après chaque période d’intervention pour évaluer les fonctions du foie et les variations du microbiote intestinal.

Résultats : pas d’effets indésirables

Aucun effet indésirable ou gastro-intestinal n’a été rapporté. Aucun changement n’a été identifié pour différentes paramètres sanguins : Na, K, tCO2, Cl, GLU, CA, CRE, ALT… Une légère augmentation a été constatée pour le paramètre l’enzyme ALP avec la consommation de criquet mais ce n’est pas significatif cliniquement (intervalle de valeurs de l’estimation large). Aucune toxicité n’a été rapportée pour les paramètres métaboliques sanguins.

La consommation de criquet était associée à une réduction de la production de deux acides gras à courte chaîne : le propionate et l’acétate. Ces AGCC peuvent moduler le métabolisme humain.

Concernant le microbiote, les Bacteriodetes et les Firmicutes représentaient 90% des micro-organismes. Il n’y avait pas de différence en terme de diversité (indice de Shannon). Cinq quantités de taxon bactériens ont varié significativement après la consommation du criquet (vs le contrôle) :

  • Augmentation des Actinobactéries (souvent trouvées dans l’intestin). Augmentation de l’espèce probiotique Bifidobacterium animalis.
  • Diminution des bactéries Lactobacillus reuteri et de celles du genre Acidaminococcus

Pour l’inflammation (phénomène immunitaire), il n’y avait pas de changement pour les taux d’immunoglobulines sIgA ni pour les cytokines (des molécules impliquées dans la réponse immunitaire). La cytokine facteur de croissance tumoral (Tumor Necrosis Factor alpha TNF-α), une molécule provoquant l’inflammation a diminué significativement.

En conclusion, la consommation de criquet n’a pas posé de problème de toxicité pour ces 20 volontaires et cela n’a pas modifié de façon marquante le microbiote. La consommation de criquet était associé à une augmentation de la bactérie Bifidobacterium animalis qui produit de l’acide lactique. C’est un probiotique très étudié sous forme commerciale lactis BB-12 pour diminuer les troubles intestinaux et empêcher les micro-organismes pathogènes de s’attacher à la barrière intestinale.

Les limites de cette étude pilote sont la faible taille de l’échantillon qui n’est pas représentatif de la population américaine (plus âgée). Les autres repas en dehors du petit déjeuner n’étaient pas contrôlés. Il n’a pas été possible d’estimer une relation dose réponse. On ne savait pas non plus l’effet de la chitine.

Il faudrait effectuer des études d’intervention plus longues avec un plus grand échantillon et des études épidémiologiques sur l’entomophagie.

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Sources:

FAO. Insectes comestibles Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale, Rome, 2014

Lin HV, Frassetto A, Kowalik EJ Jr, et al. Butyrate and propionate protect against diet-induced obesity and regulate gut hormones via free fatty acid receptor 3-independent mechanisms. PLoS One 2012;7:e35240. doi:10.1371/journal.pone.0035240

Zhao L. et al. Gut bacteria selectively promoted by dietary fibers alleviate type 2 diabetes. Science. 2018 Mar 9;359(6380):1151-1156

Tang WH, Wang Z, Levison BS, et al. Intestinal microbial metabolism of phosphatidylcholine and cardiovascular risk. N Engl J Med 2013;368:

Groening et al. In search of evidence for the experience of pain in honeybees: A self-administration study. Sci Rep. 2017; 7: 45825.  

J. Poore, T. Nemecek. Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science  01 Jun 2018: Vol. 360, Issue 6392, pp. 987-992 DOI: 10.1126/science.aaq0216

Lenka Kouřimská, Anna Adamkova. Nutritional and sensory quality of edible insects NFS Journal, Volume 4, October 2016, Pages 22-26

AM Valdes et al. Role of the gut microbiota in nutrition and health. BMJ 2018; 361

Payne et al. Are edible insects more or less ‘healthy’ than commonly consumed meats? A comparison using two nutrient profiling models developed to combat over- and undernutrition. Eur J Clin Nutr. 2016 Mar; 70(3): 285–291


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Tromper avec des graphiques et représentations visuelles pour manipuler l’opinion : le mini-guide https://quoidansmonassiette.fr/tromper-avec-graphiques-representations-visuelles-pour-manipuler-opinion-publique-guide/ https://quoidansmonassiette.fr/tromper-avec-graphiques-representations-visuelles-pour-manipuler-opinion-publique-guide/#respond Tue, 12 Mar 2019 14:11:51 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3890 Les chiffres eux-mêmes ne mentent pas, mais la façon dont nous les représentons peut être vraiment trompeur. Les graphiques et les graphiques peuvent nous aider à visualiser de grandes quantités de données, mais ils peuvent aussi être dangereux entre de mauvaises mains.

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Un graphique aide à visualiser une grande quantité de données mais il peut aussi tromper. Or tromper n’est pas la même chose que mentir car le graphique peut induire le lecteur en erreur sans l’intervention consciente de son concepteur : on peut construire un graphique trompeur en accumulant des erreurs ou des approximations. Cependant, on peut suspecter certaines personnes de violer les devoirs de l’éthique déontologique. Plusieurs stratégies trompeuses peuvent être mises en place :

  • ne pas montrer toutes les données voire cacher les données pertinentes pour mettre en évidence les avantages que l’on veut montrer
  • afficher des données inexactes ou approximatives
  • affiche trop de données pour cacher la vérité ou l’adoucir
  • utiliser des formes graphiques de manière inappropriée

L’importance de la tromperie d’un graphique peut être estimée par le rapport (taille de l’effet représenté sur le graphique/taille de l’effet dans les données brutes).

Voici un guide (non exhaustif) de quelques astuces utilisées dans un graphique trompeur :

La perspective 3D dans les graphiques

D’après une enquête 2008 de l’INED, 45% des français se déclaraient sans religion, 43% catholiques, 8% musulmans et 2% protestants.
Ces 3 diagrammes à secteurs montrent que la religion “musulmane” représente 8% du total. Mais on peut remarquer que le graphique de droite rend la tranche “musulmans” plus volumineuse en la plaçant au premier plan, ce qui lui confère un contour 3D épais et plus du double du nombre de pixels rouges foncé par rapport à l’arrière-plan.

La vision humaine n’est pas très bonne pour interpréter la troisième dimension. Quand nous observons un graphique 3D, nous supposons que plus de couleur indique une plus grande quantité. Ainsi, lorsque plus de pixels sont utilisés pour représenter une tranche d’un graphique à secteurs, la tranche semble plus importante. C’est pourquoi nous pouvons attribuer une valeur supérieure inconsciente aux tranches d’avant-plan dans les camemberts 3D.

Tronquer l’axe des ordonnées – Changer l’échelle

Une pratique courante est de ne pas commencer l’axe des ordonnées à zéro, cela permet de modifier la pente de la courbe. Au premier coup d’œil, il est difficile de s’intéresser simultanément à l’échelle d’un graphique et aux données. Souvent, nous ne regardons que la tendance et notre première impression est déjà faite !

Par exemple si on s’intéresse à l’évolution des crédits de paiement alloués à la Défense en France. La graphique à gauche donne l’impression que le budget est stable de 2009 à 2016 puis augmente légèrement alors que le graphique de droite qui est un zoom sur l’axe des ordonnées donne l’impression d’un investissement beaucoup plus important dans la Défense avec une tendance ascendante plus marquée.

Un autre moyen d’étudier l’évolution d’un paramètre est de calculer les variations.

Lorsque l’on voit un diagramme, on pense en général intuitivement qu’il représente une quantité (en fonction du temps, d’une catégorie…). Mais il peut aussi représenter une variation.

Effacer les échelles et les axes

Un autre bon exemple porte sur le taux de gréviste à la SNCF en avril 2018. La SNCF a supprimé l’axe des ordonnées dans son communiqué de presse et a vraisemblablement tronqué cet axe en ne commençant pas à zéro, il est encore plus difficile de s’y retrouver ! Ce communiqué a été publié durant une grève contre la direction de la SNCF qui a tout intérêt à minimiser le succès de la grève pour décourager les cheminots.

Mais si on trace les graphiques avec les échelles, on voit que la baisse de 4 points parait beaucoup moins importante quand on prend l’échelle complète en partant de zéro.

On peut également manipuler les axes en choisissant une échelle linéaire ou logarithmique. Cela peut permettre d’aplatir ou non une courbe.

Difficulté de lecture avec les graphiques à aires empilées

Nous sommes généralement bons pour détecter des tendances mais quand on utilise des graphiques avec des aires empilées, cela devient beaucoup plus complexe. Par exemple, pour ces graphiques sur l’évolution des gaz à effet de serre en France pour l’agriculture. Dans le graphique de gauche, l’agriculture est identifiée en couleur jaune-saumon et il faut en effet comparer la taille des aires par secteurs pour déterminer si les émissions de gaz à effet de serre diminuent ou augmentent pour chacun des secteurs.

Comparer le changement de hauteur entre des ensembles de données pendant qu’ils montent et descendent n’est pas une tâche visuelle naturelle. Cela permet de cacher des tendances. A l’inverse, le graphique de droite ne représente que le secteur de l’agriculture (avec des projections d’où la multiplication des courbes) et il est plus clair : on peut distinguer une tendance claire à la diminution des GES.

Pour le graphe à droite, l’axe des ordonnées est tronqué mais je n’ai pas trouvé de graphiques simples portant sur les GES de l’agriculture en France

Les graphiques carrément faux !

Voici deux exemples où les proportions des graphiques ne correspondent pas du tout aux valeurs !! Mais comme souvent ces graphiques passent très vite à la télévision, nous n’avons pas le temps de les analyser.

Il faut également se méfier des graphiques en “bulles” où les disques ne sont pas forcément proportionnels en taille entre eux par rapport aux valeurs qu’ils représentent. Ici un exemple sur les langues informatiques les plus utilisés :

Les fausses corrélations

La corrélation peut être mesurée par le coefficient r de Pearson qui permet de détecter la présence ou l’absence d’une relation linéaire entre deux variables X et Y continues. Le fait que deux variables soient « fortement corrélées » ne démontre pas qu’il y ait une relation de causalité entre l’une et l’autre. Cependant de nombreux graphiques superposent des courbes ce qui peut laisser planer un doute visuel. Voici un site amusant où l’on peut créer ses propres fausses corrélations : http://www.tylervigen.com/spurious-correlations

Un exemple de corrélation très forte (r>0.90) entre les dépenses aux États-Unis dans le domaine scientifique et de l’aérospatial et les morts dus aux cancers le jeudi :

Faut-il manger du chocolat pour avoir un prix Nobel ?

Le Dr Franz H. Messerli est allé plus loin en s’amusant à publier une “note” sur les effets du chocolat sur les fonctions cognitives dans le prestigieux journal New England Journal of Medicine. Le cacao contient en effet des flavanols, des composés antioxydants qui pourraient ralentir le déclin cognitif lié à l’âge.

Comme les données sur les fonctions cognitives ne sont pas publiques, il a décidé d’utiliser des données gratuites accessibles, le nombre de lauréats du prix Nobel par habitant comme proxy de la fonction cognitive nationale. Messerli a découvert une étonnante et forte corrélation entre la consommation annuelle de chocolat par habitant de chaque pays et le nombre de prix Nobel par habitant des pays. Le pays en tête avec le plus grand nombre de lauréats du prix Nobel pour 10 millions d’habitants et la plus forte consommation de chocolat par habitant est la Suisse. La Suède arrive ensuite en 2ème position puis le Danemark. La pente de la régression linéaire montre qu’augmenter de 0,4 kg de chocolat par habitant par an augmente le nombre de lauréat pour un pays d’un lauréat.

La Suède apparaît comme un point en dehors avec un nombre élevé de lauréats et une consommation de chocolat plus faible qu’attendue. Le chercheur s’amuse en disant que le comité des Prix Nobel doit être biaisé et avoir une préférence patriotique. Messerli finit en rigolant par “cela doit être testé par un essai randomisé contrôlé prospectif” (l’essai randomisé contrôlé est le gold standard pour étudier une relation de causalité). Voici un bon exemple comique de comment on peut raconter n’importe quoi avec des simples corrélations linéaires.

Comparer les pommes et les poires

Toujours bien lire les axes des graphiques, les unités des variables et leurs échelles. Donald Trump a tweeté un graphique très trompeur pour essayer de montrer que pendant la présidence de Barack Obama, la croissance économique a diminué sauf que ce graphique ne compare pas les mêmes bases d’années : 1950-2008 (58 ans) versus 2009-2016 (7 ans de mandat) !!

Utiliser des courbes de données cumulées

Utiliser des ventes cumulées permet d’avoir une courbe toujours ascendante à défaut de montrer la courbe des ventes en valeurs absolues.

Morale de l’histoire : toujours se méfier des graphiques en particulier ceux qui présentent peu d’informations et sans axe ! Bien lire les légendes et les axes. Voici également un dernier amusant recensant les représentations visuelles trompeuses : http://viz.wtf/

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

INED – page 7 https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19585/document_.travail_2013_196_religion.fr.pdf

SNCF https://www.sncf.com/sncv1/ressources/cp_taux_de_participation_4_avril_2018.pdf

Ministère https://agriculture.gouv.fr/emissions-de-gaz-effet-de-serre-dorigine-agricole-couts-et-potentiels-dattenuation-instruments-de

ADEME https://www.ademe.fr/expertises/changement-climatique-energie/quoi-parle-t/lattenuation-ladaptation

Messerli, F. H. (2012). Chocolate Consumption, Cognitive Function, and Nobel Laureates. New England Journal of Medicine, 367(16), 1562–1564. doi:10.1056/nejmon1211064

Cairo, A. (2014). Graphics Lies, Misleading Visuals. New Challenges for Data Design, 103–116. doi:10.1007/978-1-4471-6596-5_5

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Les résidus de pesticides dans les fruits et les légumes et quelques aspects santé https://quoidansmonassiette.fr/les-residus-de-pesticides-dans-les-fruits-et-les-legumes-et-quelques-aspects-sante/ https://quoidansmonassiette.fr/les-residus-de-pesticides-dans-les-fruits-et-les-legumes-et-quelques-aspects-sante/#respond Tue, 05 Mar 2019 07:54:48 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3870 Les pesticides sont utilisés pour lutter contre les ravageurs, des moisissures ou des mauvaises herbes afin de protéger les cultures.

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Les pesticides sont utilisés pour lutter contre les ravageurs, des moisissures ou des mauvaises herbes afin de protéger les cultures. Ils représentent un grand groupe de différentes substances (plus de 1000 molécules) par rapport à leur structure chimique, leur mode d’action et leur cible : organochlorés, organophosphorés, carbamates, thiocarbamates, pyréthrinoïdes… En population générale, l’alimentation est la principale source d’exposition aux pesticides alors que chez les agriculteurs (exposition professionnelle), c’est la voie cutanée qui est la plus importante. Chez les jeunes enfants, l’ingestion non alimentaire orale (poussières,
comportement exploratoire et oralité des enfants …) n’est pas négligeable (INSERM 2013). Les résidus de pesticides peuvent potentiellement constituer un risque pour la santé du consommation.

Des résidus de pesticides dans les urines ou le sang ?

Une étude conduite aux États-Unis a retrouvé des résidus de pesticides, dans les urines, le sang, les tissus adipeux, certains organes et même le lait maternel (CDC 2019). Après avoir absorbé un pesticide, il est distribué dans l’organisme par voie sanguine et les liquides intestinales. Ensuite, il est métabolisé principalement par les enzymes de détoxification du foie pour ensuite être éliminé par les fèces et l’urine (et la sueur, la salive, le lait maternel de manière minoritaire). Détecter des niveaux de pesticides dans l’urine ou le sang de quelqu’un signifie que le mécanisme de détoxification fonctionne bien et cela ne signifie pas forcément que ceux-ci auront des effets sur la santé. Par exemple, le glyphosate est rejeté à hauteur de 20% dans les urines. Des études portant sur divers niveaux d’exposition et leurs associations avec la survenue de pathologies chroniques sont nécessaires pour déterminer si des niveaux spécifiques provoquent des effets sur la santé.

Un pesticide est conçu pour lutter contre des nuisibles en perturbant des fonctions vitales ou de reproduction passant la signalisation nerveuse/hormonale ou la division cellulaire ou la synthèse protéique par exemple. Il présente une toxicité plus ou moins importante pour les autres organismes qu’il ne cible pas. Ces pesticides possèdent des propriétés toxiques sur la reproduction, sur la génotoxicité/cancérogénicité, de perturbateurs endocriniens (Mostafalou 2013, INSERM 2013). Des effets néfastes sur le long terme à faible dose d’exposition et chronique sont suspectés et étudiés. C’est pourquoi les autorités sanitaires essayent de limiter au maximum les résidus de pesticides.

Quand il y a-t-il un risque pour la santé ?

Un produit phytosanitaire peut être dangereux mais cela ne signifie pas forcément qu’il y a un risque pour la santé.

Risque = Danger x Exposition

Le risque prend en compte le niveau d’exposition, la voie d’exposition, le type de population.

L’utilisation d’études toxicologiques

La toxicité des pesticides est évaluée avec des études in vitro et in vivo : différentes doses sont données à des rats ou des espèces plus sensibles (chien ou souris) via une exposition unique par voie orale, par la peau et par voie respiratoire. Les toxicités sous-aigüe (28 jours), sous-chronique (90 jours – 1 an) et sur le long terme (1.5 – 2 ans) sont évaluées. Selon les substances actives, des effets sur l’ADN (génotoxicité), les systèmes nerveux, endocrinien, immunitaire ou reproducteur sont identifiés.

Ensuite des seuils toxicologiques sont définis afin de permettre par comparaison avec l’exposition de quantifier et qualifier un risque à partir d’un effet critique sur la santé :

  • La NOAEL est la dose sans effet nocif observée. C’est la plus forte dose qui ne révèle aucun effet nocif. Si les études animales expérimentales ne permettent pas d’identifier une NOAEL, on identifie la dose minimale provoquant l’effet critique la LOAEL.
  • La benchmark dose BMD est un niveau de dose correspond à un niveau de réponse spécifié (+10% souvent).

A partir de ces seuils toxicologiques, on calcule la Dose Journalière Admissible (Acceptable Daily Intake) DJA, qui est la quantité ingérable quotidiennement pendant toute une vie sans effets nocifs par le consommateur (en mg/kg poids corporel/jour). Cette DJA est obtenu en appliquant des facteurs de sécurité d’au moins x100 :

  • Transposition animal – homme : la variabilité inter-espèce
  • La sensibilité de certains individus : la variabilité intra-espèce
  • L’inadéquation de la durée de l’étude
  • L’utilisation d’une LOAEL
  • La sévérité de l’effet nocif
Toxicologie
L’exposition alimentaire aux résidus de pesticides est pour la plupart du temps en-dessous des seuils sanitaires DJA (exposition chronique) ou de l’ARfD (exposition aiguë)

Le règlement n°396/2005 instaure des limites maximales de résidus (LMR) de pesticides autorisés. Celles-ci sont fixées pour des fruits ou légumes ni lavés ni épluchés.Ces limites règlementaires sont définies de façon à rester bien en-dessous des seuils toxicologiques tout en assurant une protection suffisante et efficace aux cultures.

Le contrôle des résidus de pesticides

Le règlement européen (CE) n°669/2009 impose aux États-Membres de l’Union Européenne (UE) d’effectuer des contrôles réguliers de ces résidus. En France, c’est la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) et l’AFSCA pour la Belgique qui sont en charge des contrôles. On parle de « monitoring ». Ces données sont ensuite centralisées au niveau européen à l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA).

Peu de dépassements des limites règlementaires au niveau européen

En 2016, 84 657 échantillons alimentaires pour 791 pesticides ont été analysés au niveau de l’UE. 67% de ces échantillons provenaient de l’UE alors que 26,4% étaient importés de pays tiers. Globalement, 96,2% des échantillons étaient dans les limites règlementaires (LMR) et la moitié des échantillons (50,7%) étaient exempts de pesticides (résidus non quantifiables). 3 175 échantillons ont excédé les limites règlementaires, soit seulement 3,8%.

  • Parmi les produits pour bébé (n=1 676), 90% des échantillons ne contenaient pas de résidus de pesticides (non quantifiables). Seuls 1,9% excédaient la limites de 0,01 mg/kg d’aliments. Les principaux résidus étaient du cuivre, des chlorates et du fosétyl-aluminium.
  • Parmi les produits bio (n=5 495), 83,1% étaient exempts de pesticides. 71 échantillons étaient au-dessus des limites règlementaires.
  • Parmi les produits non-transformés, la moitié était sans résidus de pesticides. 3,9% excédaient les limites règlementaires alors que pour les produits transformés, 63,8% étaient sans résidus et 2,8% excédaient les limites.
  • Les échantillons de viande de bœuf et de volaille non transformés ne dépassaient les limites règlementaires. Parmi les produits d’origine animale, les dépassement provenaient principalement du lait avec les chlorates.

Sur tous les échantillons, 30% contenaient des résidus de plusieurs pesticides en particulier les groseilles, le houblon, les pamplemousses, les mûres, les raisins de table, les framboises et les fraises.

Évaluation du risque : est-ce qu’il y a un dépassement des seuils sanitaires (DJA) ?

Au niveau européen, sur 122 pesticides évalués, seulement 33 pesticides dans 209 échantillons (1% de la totalité) pourraient poser problème dans le cadre d’une exposition aiguë (pour 1 repas ou 1 jour) en dépassant la dose de référence ARfD pour les pommes, la laitue, les tomates et les pêches.

Concernant une exposition journalière (exposition chronique), l’exposition alimentaire était inférieure à la DJA pour tous les pesticides à l’exception de le dieldrine, du dichlorvos, du diméthoate et des dithiocarbamates (le zirame est le dithiocarbamate présentant la toxicité chronique la plus élevée). L’Agence Européenne EFSA conclut qu’il est improbable que les résidus de pesticides par l’alimentation posent des problèmes de santé pour les consommateurs.

L’Etude EAT2 en France, étude des résidus de pesticides

Les études alimentation totale (EAT) mises en place par l’ANSES permettent de surveiller l’exposition des populations à des substances chimiques présentes dans les aliments.

99.3% des échantillons testés (n=144 767) étaient sans résidus de pesticides (en-dessous de la limite de détection). Pour les analyses GC-MS et LC-MS (des méthodes chromatographiques liées à la spectrométrie), les limites de détection étaient entre 0,002 to 0,1 mg/kg pour les fruits et légumes frais. Une concentration de 0,01 mg/kg est à peu près équivalente à cinq cuillères à café de sucre diluées dans une piscine de taille olympique. Seulement 1062 échantillons (0,7%) contenaient des traces de pesticides.

Au regard de l’exposition, les forts consommateurs de cerises (<1% des adultes et des enfants peuvent dépasser les valeurs toxicologiques pour le diméthanoate : le risque ne peut donc pas être exclu. Pour 9 pesticides (dithiocarbamates, ethoprophos, carbofuran, diazinon, méthamidophos, disulfoton, dieldrine, endrine, heptachlore), il n’est pas possible de conclure pour le risque.

Des liens entre résidus de pesticides et des problèmes de santé ?

Disclaimer : cette partie est très loin d’être exhaustive (je veux éviter d’écrire 300 pages…). Le Centre de Recherche International contre le Cancer (CIRC) a évalué et classé en octobre 2016 en cancérigène le lindane et le pentachlorophénol.

“Cette classification reflète la force des indications scientifiques selon lesquelles un agent provoque le cancer chez l’homme, mais elle ne reflète pas la force de l’effet de cet agent sur le risque de développer un cancer. Les types d’exposition, l’ampleur du risque, les personnes qui peuvent être à risque, et les types de cancer liés à l’agent concerné peuvent être très différents selon les différents agents. Par conséquent, les comparaisons au sein d’une même catégorie peuvent être trompeuses.”

Les difficultés méthodologiques d’étudier l’exposition aux pesticides

A cause de la toxicité des pesticides, il est impossible de faire une étude d’intervention (essai randomisé contrôlé) où l’on testerait sur l’Homme de manière isolée l’effet des pesticides sur la santé. L’évaluation des risques sanitaire se base donc sur des études sur des modèles cellulaires (in vitro) et animaux (in vivo) ainsi que des études humaines observationnelles à un temps t (étude transversale) ou sur plusieurs années (études longitudinales = cohorte prospective).

Les études épidémiologiques chez les travailleurs agricoles : exemple de la cohorte AHS

La plupart des études humaines ont été menée sur des travailleurs agricoles (études AHS, Agrican) qui sont beaucoup plus exposés aux pesticides a priori que la population générale. Je vais vous présenter les principaux résultats de la cohorte américaine AHS (Agricultural Health Study) sur 50 000 agriculteurs, qui a débutée en 1993 :

  • Les paysans ont moins de maladies que le reste de la population. C’est peut-être parce qu’ils sont moins susceptibles de fumer et plus actifs physiquement = des facteurs de risques de maladies chroniques.
  • Les agriculteurs ont un risque plus élevé de développer certains cancers, y compris le cancer de la prostate avec l’utilisation importante du bromométhane. La pendiméthaline et la dieldrine, le chlorimuron-éthyle, le diazinon et le parathion, pourraient augmenter le risque de cancer du poumon par rapport à des personnes non-exposées (Weichenthal et al. 2010). Les gants importent. L’utilisation de gants résistants aux produits chimiques peut réduire l’exposition aux pesticides de 50 à 80%
  • La roténone et le paraquat sont liés à une utilisation accrue de la maladie de Parkinson en développement
  • L’asthme allergique chez les hommes et les femmes peut être associé à l’utilisation de certains insecticides organophosphatés
  • Des expositions accidentelles élevées aux pesticides peuvent affecter la santé plus tard dans la vie
  • Le risque de diabète et de maladie de la thyroïde peut augmenter pour les utilisateurs de certains produits chimiques organochlorés

Exemple d’une étude prospective humaine sur les résidus de pesticides et des effets sur la reproduction

En population générale, les analyses des principales études portaient sur un temps t (études transversales). Peu d’études longitudinales se sont intéressés aux associations entre les résidus de pesticides et la survenue de problèmes de santé.

Je vous présenterai de manière non exhaustive une étude intéressante sur 325 femmes entre 2007 et 2016 recevant un traitement d’infertilité avec une technologie de procréation dont leur alimentation par questionnaires auto-administrés a été mesurées à l’inclusion. L’exposition aux résidus de pesticides a été estimée en combinant leurs consommations alimentaires avec une base de concentrations de résidus de pesticides dans les aliments. Les auteurs ont identifié qu’une plus grande consommation de fruits et légumes à haute concentration en résidus était associée à une probabilité plus faible de grossesses et d’aboutir à une naissance vivante (après un traitement contre la stérilité). Ces données suggèrent que l’exposition alimentaire aux pesticides dans ce cadre spécifique pourrait être associée à des conséquences néfastes sur la reproduction.

La limite majeure de cette étude est que l’exposition aux pesticides n’a pas été mesurée directement (mais par des questionnaires auto-administrés comme dans beaucoup d’études épidémiologiques). L’exposition ne portait pas non plus sur un pesticide spécifique relié à un effet spécifique sur la reproduction. Comme c’est une étude observationnelle, des biais de confusion peuvent ne pas avoir été pris en compte. Pour finir, ces résultats ne sont pas extrapolable à la population générale mais cette étude a le mérite d’avoir un design prospectif sur plusieurs années.

D’autres aspects sanitaires méconnus sont les effets cocktails des résidus des pesticides (effets additifs, synergiques…) sur le long terme ou pour des populations à risque et les effets de perturbateurs endocriniens avec des relations doses-effets non linéaires.

Consommer des fruits et légumes, un bénéfice réel pour la santé !!

La consommation de fruits et de légumes est essentielle à la santé. Les bienfaits que ces aliments procurent sont beaucoup plus importants que les risques qu’ils pourraient présenter associés aux faibles quantités de résidus de pesticides qu’ils pourraient contenir. Les craintes suscitées par l’utilisation des pesticides ne doivent vous amener à manger moins de fruits ou de légumes. Finalement la moitié des échantillons alimentaires sont souvent exempts de pesticides quantifiables ou détectables. Plus de 95% d’entre eux sont dans les limites règlementaires. L’étude de l’exposition aux pesticides par l’alimentation montre que l’exposition est souvent plus faible que les seuils toxicologiques et que les risques pour la santé restent faibles.

Des conseils pour moins être exposé aux résidus de pesticides

  • Bien laver ses fruits et ses légumes avant de les consommer afin de réduire la quantité de pesticides sur leur surface (voire les éplucher quand c’est possible).
  • Diversifier ses consommations de fruits et légumes puisque les différents pesticides possiblement présents dans ces aliments sont dans des quantités variables.
  • Consommer des produits bio qui contiennent en moyenne moins de résidus (EFSA 2017). Cependant, certains pesticides “naturels” sont autorisés dans les produits bio (voir Annex II du règlement (EC) No 889/2008) comme le kaolin, le deltaméthrine dans certains cas, les pyréthrines de Chrysanthenum cinenariaefolium, le Soufre…)

Ces simples précautions pourront réduire votre exposition à certains pesticides tout en augmentant votre consommation de fruits et légumes, facteur protecteur pour de nombreuses pathologies chroniques (cancer, obésité…) (WCRF). Les fruits et les légumes sont des aliments faiblement caloriques, sources de vitamines et d’éléments minéraux et d’antioxydants.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources : Mostafalou S, Abdollahi M. Pesticides and human chronic diseases: evidences, mechanisms, and perspectives. Toxicol App/ Pharmacol 2013 Apr 15;268(2):157-77.

Department of Health and Human Services, Center of Disease Control and Prevention, Fourth National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals Updated Tables, January 2019, Volume One

EFSA (European Food Safety Authority), 2018. The 2016 European Union reporton pesticide residues in food. EFSA Journal 2018;16(7):5348, 139 pp

EFSA PPR Panel. Scientific Opinion of the PPR Panel on the follow-up of thefindings of the External Scientific Report‘Literature review of epidemiological studieslinking exposure to pesticides and health effects’. EFSA Journal 2017;15(10):5007, 101 pp

ANSES. Étude de l’alimentation totale française 2 (EAT 2) Tome 2. Résidus de pesticides, additifs, acrylamide, hydrocarbures aromatiques polycycliques. Juin 2011 https://www.anses.fr/fr/system/files/PASER2006sa0361Ra2.pdf

Yu-Han Chiu et al. Association Between Pesticide Residue Intake From Consumption of Fruits and Vegetables and Pregnancy Outcomes Among Women Undergoing Infertility Treatment With Assisted Reproductive Technology. JAMA Intern Med. 2018 Jan; 178(1): 17–26

Nougadère, A.,et al. Leblanc, J.-C. (2012). Total diet study on pesticide residues in France: Levels in food as consumed and chronic dietary risk to consumers. Environment International, 45, 135–150.doi:10.1016/j.envint.2012.02.001

DGCCRF. Contrôle des résidus de pesticides dans les denrées végétales. Mars 2017 https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/controle-des-residus-pesticides-dans-denrees-vegetales#N3

Weichenthal et al. A Review of Pesticide Exposure and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study Cohort. Environ Health Perspect. 2010 Aug; 118(8): 1117–1125.

AHS Agricultural Health Study https://aghealth.nih.gov/

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Premier Essai Randomisé Contrôlé (RCT) sur les aliments ultra-transformés liés à une potentielle prise de poids et de calories aux États-Unis ? https://quoidansmonassiette.fr/premier-essai-randomise-controle-rct-aliments-ultratransformes-prise-de-poids-calories-etats-unis-intervention/ https://quoidansmonassiette.fr/premier-essai-randomise-controle-rct-aliments-ultratransformes-prise-de-poids-calories-etats-unis-intervention/#respond Tue, 19 Feb 2019 07:43:36 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3837 L'équipe du Dr Kevin Hall des National Institutes of Health (NIH) vient de pré-publier les premiers résultats du tout premier (dans le monde) essai d'intervention humaine sur les effets d'un régime composé d'aliments ultra-transformés sur le poids et différents paramètres physiologiques.

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L’équipe du Dr Kevin Hall des National Institutes of Health (NIH) vient de pré-publier les premiers résultats du tout premier (dans le monde) essai d’intervention humaine sur les effets d’un régime composé d’aliments ultra-transformés sur le poids et différents paramètres physiologiques. C’est le tout premier essai clinique sur les aliments ultra-transformés.

Les aliments ultra-transformés sont des formulations industrielles composées de nombreuses substances extraites ou dérivées des aliments comme les additifs.

Bref retour sur le contexte scientifique

Plusieurs études observationnelles transversales (à un temps t) ont constaté que les aliments ultra-transformés participent de façon importante aux apports énergétiques totaux : à 53-57% au Royaume-Uni (Rauber 2018, Adams 2015), 58% aux Etats-Unis (Juul 2018), à 30% au Brésil (Louzada 2015) et à 36% en Belgique (Vandevijvere 2018).

Plusieurs études prospectives (sur plusieurs années, dites longitudinales) ont également identifié une association entre la consommation accrue de produits ultra-transformés et un risque augmenté de +26% pour l’obésité (cohorte SUN espagnole, Mendonca et al. 2016, 2017 ) et +21% pour l’hypertension, de +11% pour les cancers (cohorte NutriNet-Santé en France, Fiolet 2018) et de +14% pour la mortalité de toutes causes confondues (Schnabel 2019).

La classification NOVA

En 2010, des chercheurs brésiliens et canadiens ont développé une classification qui distingue l’ensemble des aliments selon le degré et la fonction de la transformation alimentaire.

Les aliments ultra-transformés (AUF, ‘ultraprocessed food’) sont des produits avec des formulations industrielles qui comportent plus de 4 ou 5 ingrédients (Monteiro 2016). Ces aliments peuvent comporter des additifs alimentaires, des protéines hydrolysées, des amidons modifiés et/ou des huiles hydrogénées. Un aliment hautement transformé est un produit qui est hyper palatable (agréable en bouche), souvent peu coûteux, facile à consommer. Ces produits sont généralement énergétiquement denses, riches en sucres ajoutés, en sel et matières grasses. Ils entrent dans la catégorie 4 de la classification NOVA qui repose sur le degrés de transformation alimentaire.

Les aliments frais ou peu transformés (‘minimally processed’) : ce sont des aliments frais ou modifiés par des procédés comme le retrait des parties non comestibles, le séchage, le concassage, le broyage, la pasteurisation, la réfrigération, la congélation, l’emballage sous vide (des procédés qui permettent de prolonger la durée de vie). Aucun de ces produits ne comporte de substances ajoutées. On retrouve par exemple les fruits, les légumes et les légumineuses frais, séchés ou congelés, la viande coupée et emballée, le lait pasteurisé, le yogourt nature, les œufs, le riz, le maïs, les pâtes…

L’Essai Randomisé Contrôlé testant un régime ultra-transformé versus non transformé

Les essais cliniques randomisés (Randomized controlled trial) sont des études expérimentales qui consistent à sélectionner aléatoirement un groupe qui recevra une intervention (ici un régime ultra-transformé versus non transformé) par rapport à un groupe contrôle qui servira de point de comparaison pour l’effet de cette intervention. Ce type d’étude est le gold standard pour étudier les relations causales puisqu’il minimise certains biais dans un environnement contrôlé (comme le biais de sélection par exemple, très peu de biais de confusion).

Le but de cette étude d’intervention était d‘examiner les effets d’un régime ultra-transformé sur les apports énergétiques ad libitum et les changements de poids corporels. L’étude a été financée par le National Institutes of Health.

Un régime ultra-transformé versus un régime non transformé

Les 20 participants ont été alloués aléatoirement à un régime ultra-transformés ou non-transformés (produits frais, minimalement transformés) pendant 2 semaines puis ils ont reçu l’autre régime pendant les 2 semaines finales.

Les sujets pouvaient consommer autant qu’ils voulaient et recevaient 3 repas par jour. De l’eau et des snacks étaient disponibles tout au long de la journée.

  • Le régime ultra-transformé proposé contenait en moyenne 3905 kcal/jour (49% de glucide; 35% de lipides et 16% de protéines pour la répartition énergétique).
  • Le régime non-transformé contenait en moyenne 3871 kcal/jour (46% de glucides; 35% de lipides et 19% de protéines pour la répartition énergétique).

Critères de sélection des participants et aveugle sur le critère de jugement (le changement de poids)

Les participants devaient avoir un Indice de Masse Corporelle (IMC) supérieur à 18.5 kg/m² et stable depuis plus de 6 mois et être âgés de 18 à 50 ans. Les participants avec des problèmes de santé (cancer, diabète, troubles de comportement alimentaire) ou avec des régimes particuliers (vegan, végétariens…) étaient exclus.

10 hommes et 10 femmes (IMC moyen de 27) âgés d’en moyenne 31 ans ont participé à un essai clinique randomisé au MCRU à la clinique NIH où ils y ont résidé pendant 28 jours.

Les sujets savaient que le but de l’étude était d’en apprendre plus sur l’effet des aliments ultra-transformés sur la quantité d’aliments ingérée, des marqueurs inflammatoires, les niveaux de tolérance au glucose et le poids et les apports énergétiques. Cependant ils ne savaient pas que la perte de poids était le critère de jugement principal. Ils ne pouvaient ni connaître leur poids ni leur glycémie durant l’essai.

Attribution aléatoire d’un des deux régimes

Les 20 participants ont été alloués aléatoirement à un régime ultra-transformés ou non-transformés (produits frais, minimalement transformés) pendant 2 semaines puis ils ont reçu l’autre régime pendant les 2 semaines finales. Cette randomisation permet de s’affranchir du biais de sélection : la population observée peut différer de la population cible.

Ici la randomisation a été faite en cross-over, les participants ont une séquence de 2 régimes d’affilés (tout d’abord un régime ultra-transformé pendant 2 semaines puis un régime non-transformé et inversement). L’avantage de cette méthode est la faible variance due au fait que le régime contrôle et le régime testé concernent le même participant. Le participant est son propre témoin (haute comparabilité).

Après chaque repas, une infirmière mesurait le temps qu’il avait mis pour consommer leur repas et la quantité d’aliments restants. L’intensité de l’appétit a été estimée par des questionnaires posés avant et 2-3 après le repas sur 3 jours différents avec des questions du type « est-ce que vous sentez que vous avez faim ? » « combien pensez-vous que vous pourriez ingérer d’aliments ? ».

Leur poids était mesuré à 6h chaque matin après être allé 1 fois aux toilettes. La composition corporelle était mesurée par DXA. La masse graisseuse du foie était mesurée par RMN. La dépense énergétique était mesurée par calorimétrie indirecte (chambre respiratoire) et de l’eau doublement marquée.

Les principaux résultats

Plus de calories, de glucides et de lipides pour le régime ultra-transformé

Durant la phase de régime ultra-transformé les participants ont consommé en moyenne 508 kcal/j de plus qu’avec le régime non-transformé. L’IMC n’était pas associé à ces différences énergétiques de régime (coefficient de Pearson de corrélation r=0.11).

L’augmentation d’apports énergétiques liée au régime ultra-transformé a mené à une augmentation de la quantité de glucides (+280 kcal) et de lipides (+230 kcal) mais pas de changement dans les apports en protéines (p-value=0.85). Les auteurs font l’hypothèse que comme le régime ultra-transformé contenait légèrement moins de protéines, une augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés et donc de l’apport en calories pourrait permettre de maintenir un apport en protéines constant (effet de levier protéique sur les apports énergétiques – Simpson and Raubenheimer 2005). Selon cette hypothèse, les hommes essayeraient de maintenir leurs apports protéiques constants quoi qu’il arrive à environ 15% des apports énergétiques.

L’idée est que si les aliments disponibles contiennent peu de protéines, plus de nourriture sera consommée jusqu’à ce que les besoins en protéines soient couverts. Si les aliments contiennent par exemple moins de 15% de protéines, il faut consommer plus de calories pour compenser le manque de protéines. Si des aliments riches en protéines sont consommés, moins de calories sont consommées à travers les lipides et les glucides et une perte ou un maintien du poids s’en suit.

Selon le moment du repas :

  • Le régime ultra-transformé apportait plus de calories au petit déjeuner (+124 kcal) et du déjeuner (+213 kcal) alors que ce n’était pas le cas pour le dîner ou les snacks.
  • Les apports en glucides étaient plus importants au petit déjeuner (+67kcal/j) et le déjeuner (+114 kcal/j) pour le régime ultra-transformés mais pas pour le dîner.
  • Les apports en graisses étaient plus importants au petit déjeuner (+76 g/j), au déjeuner (+157g/j) et au dîner (53g/j) mais pas pour la consommation de snacks.
  • Les apports en protéines étaient seulement différents au déjeuner (-21g de protéines).

Durant la phase de régime ultra-transformé, les apports en sodium étaient plus importants mais les consommations de fibres ou de sucres étaient similaires à la phase de régime non transformé.

Les aliments consommés durant la phase ultra-transformé avaient une plus grande densité énergétique (1.38 kcal/g versus 1,08 kcal/g) bien que la densité énergétique des 2 régimes étaient similaires au départ.

Pas de différence de plaisir alimentaire, de satiété mais vitesse de consommation plus élevée pour les produits ultra-transformés

Les participants n’ont pas rapporté de différences de plaisir alimentaire entre les 2 phases de régime. Cela suggère que cette différence d’apports caloriques ne serait pas dû à une augmentation de la palatabilité du régime ultra-transformé. Les scores de satisfaction, satiétés et de faims rapportés par questionnaires n’étaient pas non plus différents durant ces 2 phases. Cependant, durant la phase de régime non-transformé les auteurs ont mesuré une augmentation significative des teneurs en hormone PYY (qui diminue l’appétit) par rapport au régime ultra-transformé et à l’inclusion de l’étude (au lancement de l’essai). L’hormone de la faim, la ghréline a diminué durant la phase de régime non-transformé par rapport au lancement de l’étude (mais pas de différence avec le régime ultra-transformé).

Une différence intéressante est qu’en phase de régime ultra-transformés les individus mangeaient plus vites : +17 kcal/min (ou +7,4 g/min) par rapport à la phase “alimentation non-transformée” ce qui pourrait expliquer une augmentation des apports en calories.

Le régime ultra-transformé ferait grossir ?

Pendant le régime ultra-transformé, les participants ont gagné 0,8 kg et ont perdus 1,1 kg pendant la phase de régime non transformé. Cette différence de poids n’était pas corrélée à l’IMC de base des participants. La masse graisseuse a également augmenté pendant la phase de régime ultra-transformé.

Les variations de poids étaient fortement corrélées aux apports énergétiques. Le masse graisseuse du foie n’a pas varié entre ces 2 régimes. Entre ces 2 régimes, il n’y avait pas de différences de niveau d’activité physique et dans les dépenses énergétiques au repos. L’oxydation des graisses d’après le quotient respiratoire mesuré était plus importante en phase de régime non transformé.

corrélation apports énergétique régime non transformé ultra-transformés 2

La glycémie et la sensibilité au glucose mesurée par l’Index de Matsuda n’ont pas changé durant l’essai.

Les forces et limites

Parmi les forces de l’étude, les participants sont leur propre contrôle et test puisqu’ils reçoivent successivement les deux régimes, ce qui augmente la comparabilité entre les groupes de participants. Il n’y a pas non plus d’effet d’ordre d’administration des régimes. Les auteurs ont utilisé des méthodes analytiques validées. La méthode de l’eau doublement marquée est l’outil idéal pour l’étude du métabolisme et des dépenses énergétiques chez l’Homme (INSERM). La DXA est également un outil de référence pour mesurer la masse grasse. Cet essai est randomisé et le critère de jugement (le changement de poids) était masqué. La composition des régimes était clairement identifiée.

Comparabilité des régimes ? Cet essai n’était pas bâti pour identifier les causes des différences d’apports en énergie. Les 2 régimes n’étaient pas similaires en terme de textures et de saveurs. Peut-être que des aliments plus doux et mou (plus faciles à mâcher et à avaler) pourraient influencer la vitesse de consommation et retarder le signal de satiété, résultant en une consommation plus importante.

On peut remarquer que les régimes étaient très caloriques (plus de 3000 kcal en une journée). Les 2 régimes avaient également de différences en qualité nutritionnelle : légèrement pour les protéines mais le régime ultra-transformé contenait plus de graisses saturés et moins d’oméga-3.

Durée et taille de l’étude ? Le nombre de participant est faible et la durée de l’étude est de 28 jours. Il est donc difficile d’extrapoler sur le long terme, sachant que le poids peut facilement varier à court terme

Généralisation ? Ces résultats ne sont pas généralisables à un environnement hors laboratoire. Mais il faut reconnaître qu’il est difficile de mesurer précisément les apports et dépenses énergétiques en dehors d’un laboratoire. La durée de 28 jours de l’étude est modeste. Les participants avaient également un IMC moyen élevé de 27, on peut se demander si les résultats seraient similaires avec un IMC moyen “normal”. Il manquerait de mon point de vue un tableau avec les caractéristiques des participants comme leur niveau d’éducation ou leurs revenus, leur âge, la consommation d’alcool, leur niveau d’activité physique au quotidien etc…

La méthode de randomisation (séquence d’allocation par tirage au sort ? Assignation secrète ?) n’est pas beaucoup explicitée dans cette étude. Ce n’est pas non plus en double aveugle

Le poids était masqué mais on peut se demander si manger dans cet environnement si particulier et savoir qu’on consomme un régime ultra-transformé/non transformé ne peut pas influencer les consommations. Dans les études expérimentales en nutrition, il n’est pas possible de masquer des repas en entier.

L’estimation des apports et des dépenses caloriques donne des résultats légèrement différents entre la méthode de l’eau doublement marquée et
la mesure de calorimétrie indirecte en chambre respiratoire (biais de mesure ?).

Côté statistiques, dans le modèle “Analysis of Variance” ANOVA utilisé, on ne sait pas si le modèle a été ajusté par un 2ème facteur ou des effets d’interaction avec l’IMC de base. L’ANOVA est un modèle paramétrique qui permet de comparer des moyennes entre plusieurs groupes. On ne sait pas non plus si les données comparées étaient distribuées normalement.

En conclusion, une consommation de produits ultra-transformés pourrait favoriser une prise de poids. Les auteurs de l’étude pointent également que cuisiner des aliments frais nécessitent du temps que n’ont pas forcément les personnes de milieux modestes. Cette étude montre qu’une modification de la vitesse de consommation peut jouer sur l’impact énergétique. Elle remet en cause les effets des produits ultra-transformés sur la satiété.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources:

Kevin Hall et al. Ultra-processed diets cause excess calorie intake and weight gain: A one-month inpatient randomized controlled trial of ad libitum food intake. Preprint

Fiolet et al. Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ 2018; 36

Monteiro CA, Cannon G, Levy RB et al.NOVA. The star shines bright.[Food classification.Public health]World NutritionJanuary-March2016, 7,1-3, 28-38

Adams J, White M. Characterisation of UK diets according to degree of food processing and associations with socio-demographics and obesity: cross-sectional analysis of UK National Diet and Nutrition Survey (2008-12). Int J Behav Nutr Phys Act. 2015 Dec 18;12:160

Costa Louzada ML, Martins AP, Canella DS, Baraldi LG, Levy RB, Claro RM, Moubarac JC, Cannon G, Monteiro CA. Ultra-processed foods and the nutritional dietary profile in Brazil. Rev Saude Publica. 2015;49:38.

Rauber et al. Ultra-Processed Food Consumption and Chronic Non-Communicable. Diseases-Related Dietary Nutrient Profile in the UK (2008⁻2014). Nutrients. 2018 May 9;10(5)

Juul et al. Ultra-processed food consumption and excess weight among US adults. Br J Nutr. 2018 Jul;120(1):90-100

Vandevijvere et al. Consumption of ultra-processed food products and diet quality among children, adolescents and adults in Belgium. Eur J Nutr. 2018 Dec 3. doi: 10.1007/s00394-018-1870-3

Simpson SJ, Raubenheimer D Obesity: the protein leverage hypothesis.
Obes Rev. 2005 May;6(2):133-42

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Analyse critique de la méta-analyse de Zhang et al. 2019 sur l’exposition élevée au glyphosate et le risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/ https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/#comments Sat, 16 Feb 2019 13:53:17 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3811 Une nouvelle étude publiée dans Mutation Research a identifié une association entre une exposition élevée aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de lymphome non-hodgkinien.

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Une nouvelle méta-analyse de Luoping Zhang (2019) publiée dans Mutation Research a identifié une association statistique entre une exposition cumulée élevée aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens (LNH). Le glyphosate est une des substances actives du RoundUp, un herbicide à spectre large systémique commercialisé par Monsanto (racheté par Bayer). Il est très utilisé dans le monde agricole à cause de sa bonne efficacité et son faible coût.

Contexte scientifique du glyphosate

Le glyphosate a été évalué par plusieurs agences d’évaluation des risques européennes et internationales qui ont conclu que le glyphosate n’est pas cancérigène pour l’Homme ni génotoxique. Seul le centre de Recherche International sur le Cancer (IARC International Agency For Research) a eu une conclusion différente qui s’explique par le fait que l’IARC n’a pas la même vocation que les autres agences à évaluer le risque.

Le groupe de travail de l’IARC estime qu’il y un niveau de preuve suffisant dans les expérimentations chez les rongeurs et un niveau de preuve limité chez l’Homme pour classer le glyphosate en 2A (probablement cancérigène pour l’Homme). L’IARC a mis du poids sur les études qui identifient un risque accru de lymphome non-hodgkinien associé à une exposition au glyphosate. Cependant l’IARC n’a pas pris en compte une grande étude américaine de travailleurs agricoles (exposition professionnelle) the Agricultural Health study qui n’a pas trouvé de lien entre l’exposition au glyphosate et un risque accru de cancers.

La classification du danger de l’IARC

La classification de l’IARC indique “le degré de certitude des indications selon lesquelles un agent peut provoquer le cancer (techniquement appelé “danger”), mais il ne mesure pas la probabilité qu’un cancer surviendra (techniquement appelé “risque”) en raison de l’exposition à l’agent.

Il ne faut pas comparer deux agents classés dans la même catégorie (par exemple le glyphosate en 2A ou les boissons très chaudes en 2A ou le DDT en 2A)”. Les monographies de l’IARC n’évaluent pas la force de l’effet de cet agent sur le risque de développer un cancer. Les types d’exposition, l’ampleur du risque, les personnes qui peuvent être à risque, et les types de cancer liés à l’agent concerné peuvent être très différents selon les différents agents.

Un lymphome non hodgkinien (LNH) est un cancer qui se développe à partir de cellules du système lymphatique, les lymphocytes (= globules blancs du système immunitaires). Avec plus de 11 600 nouveaux cas estimés en France en 2011, les lymphomes non hodgkiniens se situent au 5ème rang des cancers les plus fréquents (Chiffres de l’Institut National du Cancer).

Qu’apporte cette nouvelle méta-analyse sur le glyphosate ?

La méta-analyse

Meta-analyses étapes

Une méta-analyse est une revue de la littérature scientifique systématique avec une analyse quantitative par le calcul d’un effet combiné (“poolé”) à partir de diverses études indépendantes sur une question de recherche. Ce type d’étude – si elle est bien menée – apporte une forte puissance statistique pour détecter des associations statistiques. Un bémol est que cette sorte de synthèse peut simplifier la complexité des effets et des méthodes utilisées dans les études sélectionnées.

Ici cette méta-analyse de Zhang 2009 a utilisé les données résumées de précédentes études et elle n’a pas ré-analysé les données individuelles brutes. Cette étude a voulu répondre à la question de recherche : est-ce qu’une exposition aux formulations à base de glyphosate est associée à un risque accru de lymphome non-hodgkinien (LNH) ?

Choix du groupe d’exposition – Hypothèse a priori

L’hypothèse a priori de Zhang et al. 2019 de choisir le groupe de participants avec une exposition la plus haute (niveaux et durées d’exposition importants, temps de latence important – le temps de latence est le temps de séparation entre une exposition et la survenue d’un cancer qui se développe en plusieurs années. On parle des fois de “lag”.) repose sur le fait que les expositions cumulées plus élevées et plus longues au cours d’une fenêtre temporelle biologiquement pertinente sont susceptibles de générer des estimations de risque plus élevées, compte tenu de la nature du développement du cancer.

Sélection des études et inclusion (étape cruciale !!)

L’inclusion ou l’exclusion d’études a un impact sur la qualité des études et de la méta-analyse, sur l’hétérogénéité et les résultats.

Pour cela, ils ont recherché tous les types d’études avec les termes (traduits) (Glyphosate, pesticide, herbicide) ET (lymphome non hodgkinien, lymphome, non hodgkinien) ET (exposition professionnelle, agriculteurs, travailleurs agricoles, utilisateurs, travailleurs) dans la base d’études publiées dans PubMed jusqu’en août 2018. Ils ont obtenu 866.

  • 43 études exclues en duplicatas
  • 850 études exclues : études animales, revues de la littérature “review”, report, correspondances ou n’incluant pas l’exposition/la pathologie d’intérêt
  • Exclusion de 10 études qui ne reportaient pas de quantification du risque sous forme de RR et OR et celles qui ne précisaient pas le type de lymphome
  • Exclusion des articles dont ils n’ont pas réussi à avoir la traduction complète
  • Les études non publiées ne sont pas inclues => biais de publication (discuté après)

Au final, 7 études ont été retenue : 1 cohorte (AHS Agricultural Health Study de 2005 ou 2018) et 5 études cas-témoins, soit 65 000 participants au total. Deux études étaient aux USA (De Roos 2003, Andreotti 2018 AHS), une au Canada (McDuffie 2001) et deux en suède (Eriksson 2008, Hardell 2002) et une en France (Orsi 2009). L’inclusion de l’étude AHS de Mai 2018 est une des nouveautés par rapport aux précédentes méta-analyses. L’AHS 2018 ajoute 11-12 ans de suivi dees participants et le nombre de cas de LNH passe à 575 au lieu de 92 dans l’étude originale AHS de (De Roos) 2005.

  • Pour rappel, une cohorte (= enquête exposés/non exposés) est une population de sujets qui sont suivis dans le temps, souvent plusieurs années : étude longitudinale. Une étude de cohorte consiste à comparer la survenue d’une pathologie (LNH) dans plusieurs populations définies en fonction de leur exposition à un facteur présumé causal (glyphosate) pour cette pathologie.
  • Les études cas-témoins comparent l’exposition des sujets malades (cas) et de ceux non malades (témoins).
Schéma du design de la cohorte AHS Agricultural Health study

Dans la méta-analyse de Zhang et al. 2019, les études sont pondérées selon la quantité d’informations qu’elles contribuent (en fonction de la variance inverse de l’estimation de leurs effets). Cela donne aux études avec des résultats plus précis (Intervalles de confiance IC plus étroits) plus de poids. Létude américaine de cohorte AHS a un point important (54.04%).

Évaluation de la qualité des études inclues

La qualité méthodologique a été estimée par deux co-auteurs indépendants utilisant le Newcastle Ottawa Scale (NOS). Il en ressort que les études de McDuffie 2001 et Orsi 2009 sont les études cas-témoins de moins bonne qualité. Eriksson 2008 a la meilleure qualité méthodologique pour les études cas-témoins. L’AHS (cohorte) est l’étude avec la meilleure qualité.

Principaux résultats

La mesure du risque

Le Risque Relatif (RR) est le rapport de deux risques (chez les exposés versus le groupe de référence) de survenue d’une maladie. Les études cas-témoins délivrent un indicateur de risque qui est le rapport de côtes (Odds Ratio OR). Cet OR ici est approximé par le RR parce que l’incidence du lymphome non-hodgkinien (LNH) est faible (maladie rare). Si le RR est significativement supérieur à 1, cela signifie que le risque d’avoir un LNH est accru par rapport au groupe de référence.

Un risque de base de LNH accru de +41%

Première méta analyse avec inclusion de l’étude AHS 2018

Une association statistique entre les personnes les plus exposées aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de LNH (Méta-RR=1.41 [1.13-1.75]) a été identifiée. Le risque augmenté passe à +84% quand on ne prend en compte que les 5 études cas-témoins. Cette association n’est pas significative pour l’étude de cohorte AHS 2018 (RR=1.12 [0.83-1.51]).

Le risque de base en population générale de contracter un LNH est de 13 cas pour 100 000 personnes, soit 0,013%. Une augmentation de +41% de ce risque donne lieu à 18 cas pour 100 000 personnes. Il aurait été intéressant de calculer le risque attribuable ou la fraction étiologique du risque qui reposent sur le RR, le risque de base dans la population et la fréquence de l’exposition dans la population (mais ce calcul se fait sous hypothèse de relation causale).

Table descriptive des résultats de la méta-analyse de zhang

Évaluation de l’hétérogénéité des études inclues

La méta-analyse cherche a estimer un effet hypothétiquement commun à toutes les études. L’hétérogénéité dénote des différences entre les études. L’analyse de l’hétérogénéité permet de répondre à ces questions :

  • Les effets estimés par la méta-analyse incluant différents designs d’étude (cohorte, cas-témoins…) sont-ils comparables?
  • Les résultats provenant de modèles statistiques différents sont-ils comparables?
  • Les caractéristiques des participants et des études sont-elles suffisamment similaires pour être combinés?

L’hétérogénéité peut être clinique (participants différents selon les études, méthodes de quantification de l’exposition non semblables, critères de jugement non identifique : grossomodo des protocoles différents) et statistiques (les résultats des différentes études inclues ne sont pas concordants).

L’hétérogénéité est souvent analysée par les tests statistiques de Cochrane Chi-2 (Q-test) ou le test d’Higgins I², un résultat statistiquement significatif (p-value <5%) signifie que l’écart entre les études est plus important que leur effet: au moins une étude a un effet fixe différent des autres études. Au départ, des modèles dits à effets fixes sont utilisés, si il y a hétérogénéité, on s’intéresse aux modèles à effet aléatoire. Ces modèles à effet aléatoire permettent d’introduire une variabilité inter-étude en plus de la variabilité intra-étude.

Ici, les tests d’hétérogénéité ne sont pas significatifs exception lorsque l’on inclut l’étude AHS 2005 (p=0.06). L’hétérogénéité diminue quand on ne prend en compte que les études cas-témoins. Je préfère les tests I² de Higgins plus faciles à interpréter et qui corrigent le Chi-2 de Cochrane par le nombre d’études inclues.

Funnel plot de la méta-analyse de Zhang et al. 2019

Analyses de sensibilité

  • Les analyses de sensibilité permettent de tester la robustesse des associations.
  • Les résultats sont similaires quand on remplace l’étude AHS 2018 par l’étude AHS de 2005 (De Roos)
  • Quand on choisit un autre critère d’exposition comme la plus longue durée d’exposition au glyphosate, les Risques Relatifs restent similaires.
  • Quand on analyse en sous-groupe selon la localisation : les études américaines/canada ont un méta-RR=1.38 significatif pour le LNH alors que les études européennes : méta-RR=1.53 NON significatif
  • Après prise en compte (ajustement statistique) sur les utilisations de d’autres pesticides : le RR est significatif
  • Utilisation de l’étude Hohenadel (2011 – Canada) au lieu de McDuffie : le RR devient non significatif

Comparaison avec les précédentes méta-analyses

La méta-analyse de Schinasi et Leon avait un risque relatif méta-R=1.45 [1.08-1.95] et un méta-RR corrigé avec ajustement : 1.30 [1.03-1.65]. Ce qui signifie qu’il y aurait une association avec un risque de +30% de LNH.

La méta-analyse de Chang et Delzell de 2016 a un risque relatif poolé de méta-RR = 1.27 [1.01-1.51]. Mais la publication originale de Chang et Delzell a arrondi ce résultat à méta-RR=1.3 [1.0-1.5], ce qui signifie que cette augmentation de risque n’est plus statistiquement significative.

Les différences de résultats et d’interprétation entre les méta-analyses de Zhang (2019) et de Delzell (2016) viennent principalement des critères du choix d’exposition et du groupe de référence ainsi que de l’inclusion de l’AHS de 2018 au lieu de 2005. Les précédentes méta-analyses se basaient sur ce critère d’exposition : “ever versus never exposed”. Ever exposed est une exposition qui inclut des personnes moins exposées.

  • Choix de l’exposition : Zhang et al. 2019 ont pris des risques relatifs plus élevés pour les études de McDuffie 2001, Eriksson 2008 et De Roos 2003. Ce choix est justifiée avec l’hypothèse a priori de prendre les participants les plus exposés. Par exemple, pour l’étude McDuffie, ils ont pris le RR du groupe exposé au glyphosate à plus de 2 jours par an au lieu de prendre un RR d’une exposition moyenne des exposés. Ce choix est bien sûr discutable et pourrait être clarifié.
  • Inclusion de l’AHS 2005 ou 2018 ? Il y a des différentes importantes de méthodes entre ces deux études de cette même cohorte américaine. L’étude originale de 2005 a utilisé des informations collectées seulement au début de l’inclusion des participants alors que l’étude de 2018 a utilisé des questionnaires supplémentaires de suivi. Ces questionnaires additionnels comportaient également des données manquantes qui ont été comblées par la méthode d’imputation multiple (37% de données imputées, ce n’est pas négligeable). Ce qui peut donner à un sous-report de l’utilisation du glyphosate. Dans cette imputation, les informations sur la survenue de LNH n’ont pas été utilisées ce qui peut affaiblir les risques relatifs (RR). En 2005, le groupe de référence était le tertile le plus bas exposé alors qu’en 2018, le groupe de référence est celui non-exposé. Pour rappel, le but d’une cohorte est de comparer les exposés et un groupe de référence. L’étude de 2018 a inclu les myélomes multiples dans les cas de NHL et cette étude a un temps de lag plus important comme les analyses ont été faites 13 ans plus tard.

Les forces/faiblesses

Les forces de cette étude est l’inclusion de l’AHS 2018 ainsi que les nombreuses analyses de sensibilité. Le critère d’inclusion des études est clair et la méthode de recherche est donnée. Les études animales apportent un niveau de preuve suffisant de mécanisme de cancers (évaluation de l’IARC, NZ-EPA). L’EFSA et l’ECHA et l’ANSES au contraire estiment que le niveau de preuve est limité. A priori, il n’y a pas de conflits d’intérêts, les auteurs ayant travaillés pour l’US EPA.

  1. Des limites de design : ce n’est pas une méta-analyse de données individuelles. Cette méta-analyse repose sur des études observationnelles, la causalité est donc exclue d’emblée.
  2. Le biais de publication n’est pas à exclure : c’est le fait de ne pas prendre en compte des résultats non publiés. Un funnel plot (graphique en entonnoir), qui permet de représenter les estimations ponctuelles Risques relatifs OR/RR en fonction de la taille de l’échantillon pour chaque étude. La précision des estimations ponctuelles (OR/RR) est proportionnelle à la déviation standard (distribution des mesures autour de la moyenne). Les grandes études sont plus précises et représentées en haut du graphique. Les petites études devraient être réparties des 2 côtés de la moyenne de façon symétrique. Ici, les tests d’Eggers (p = 0.185) et de Beggs (p = 0.851) ne sont pas significatifs et laissent penser qu’il n’y a pas trop de biais de publication. Cependant le nombre d’études inclues est faible (n=6).
  3. Le choix des groupes de référence/de l’exposition : le choix des Risques relatifs n’est pas toujours clair en particulier pour l’étude de Eriksson 2008. La méta-analyse de 2016 avait choisi un RR=1.51 [0.77-2.94] non significatif alors que celle de 2019 a choisi un RR significatif RR=2.36 [1.04-5.37]. D’après la publication d’Eriksson 2008, ce RR significatif ne serait pas ajusté.
  4. L’hétérogénéité n’est pas à exclure. On a un déséquilibre dans le design : 1 étude de cohorte versus 5 études cas-témoins. Des différences dans le groupe de comparaison utilisé sont présentes : groupes faiblement exposés ou groupe non exposé

En conclusion, cette étude intéressante apporte une pierre à l’édifice sur les risques en cas d’exposition élevée aux formulations à base de glyphosate. Cette pierre est bien sûr discutable les auteurs concluent eux-mêmes : “nos résultats sont à interpréter avec prudence” !!!

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Sources :

Zhang et al. Exposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence. Mutation Research/Reviews in Mutation Research.Available online 10 February 2019. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1383574218300887#fig0010

Andreotti et al. Glyphosate Use and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study. J Natl Cancer Inst. 2018 May 1;110(5):509-516. doi: 10.1093/jnci/djx233.

De Roos et al. Cancer incidence among glyphosate-exposed pesticide applicators in the Agricultural Health Study. Environ Health Perspect. 2005 Jan;113(1):49-54.




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Aliments ultra-transformés et risque de mortalité : nouvelle étude prospective dans le JAMA, retour critique https://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-risque-mortalite-etude-prospective-jama-critique/ https://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-risque-mortalite-etude-prospective-jama-critique/#respond Wed, 13 Feb 2019 15:45:08 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3794 Une association statistique entre la consommation de nourriture ultra-transformée par l’industrie alimentaire et un risque plus élevé de décéder a

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Une association statistique entre la consommation de nourriture ultra-transformée par l’industrie alimentaire et un risque plus élevé de décéder a été établie par des chercheurs français de l’Université Paris 13 (EREN Équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle)/INSERM/INRA avec cette nouvelle étude publiée dans le JAMA internal medicine dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé.

L’étude NutriNet-Santé

Cette nouvelle étude portait sur le suivi pendant 7 ans de 44 551 participants âgés de plus de 45 ans entre 2009 et 2017. Des informations sur les consommations alimentaires, des données socio-démographiques, l’activité physique et le mode de vie et l’état de santé en général ont été collectées par des questionnaires en ligne régulièrement.

Les consommations alimentaires ont été moyennées sur les 2 premières années de suivi. La part d’aliment ultra-transformés a été estimée (% grammes par jour) pour chaque participant en utilisant la classification NOVA. Cette classification repose sur le degré de transformation alimentaire (aliments frais/peu transformés, ingrédients culinaires, aliments transformés et aliments ultra-transformés).

Les principaux résultats

Le suivi median était de 7,1 ans et 602 décès (1.4% de l’échantillon) sont survenus. La consommation d’aliments ultra-transformés représentait 14,4% de la quantité d’aliments ingérés en moyenne dans le régime soit 29,1% de la part énergétique. La consommation d’aliments ultra-transformés diminuait avec l’âge, l’augmentation du revenu, un niveau d’éducation plus élevé, un activité physique plus importante et avec un IMC normal (vs obèse).

Une association avec le risque de mortalité chez les plus de 45 ans

Après la prise en compte de nombreux facteurs de confusion (âge, sexe, revenu moyen, niveau d’éducation, statut marital, IMC, tabac, énergie, antécédents familiaux de cancers et de maladies cardiovasculaires, activité physique, consommation d’alcool + la qualité nutritionnelle dans le modèle plus complexe), une augmentation de +10% de produits ultra-transformés dans le régime était associée à une augmentation de +14% de risque de décéder (HR=1.14 [1.04-1.27],P=0.008)

Les résultats sont restés similaires après ajustement statistique (prise en compte) sur la prévalence des maladies cardiovasculaires et cancer.

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces relations statistiques :

  • Une mauvaises qualité nutritionnelle associée aux produits ultra-transformés : avec des apports élevés en sodium liés aux maladies cardiovasculaires et le cancer de l’estomac, les apports excessifs en sucres ajoutés, faible teneur en fibre. Les aliments ultra-transformés sont souvent plus caloriques, or le surpoids/l’obésité sont des facteurs de risque de nombreuses pathologies chroniques.
  • Composés néoformés : les traitements thermiques industriels peuvent créer des composés génotoxiques et cancérigènes comme l’acrylamide ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Il est bon de rappeler que les traitements thermiques permettent également de réduire les risques microbiologiques.
  • Additifs : les aliments ultra-transformés ont la particularité de contenir des additifs alimentaires. Des études récentes animales (attention à l’extrapolation à l’Homme) ont identifié des éventuels dangers comme les émulsifiants qui pourraient perturber le microbiote ou les dioxydes de titane et ses nanoparticules qui pourraient provoquer une inflammation chronique intestinale chez des rongeurs. Les additifs sont utilisés pour la conservation alimentaire, améliorer la stabilité et modifier les propriétés organoleptiques (couleur, goût, texture) des produits alimentaires.
  • Certains aliments ultra-transformés comme les plats préparés peuvent contenir des résidus de matériaux de contact provenant des emballages comme le bisphénol A.

Les limites

Les enquêtes alimentaires : Comme dans beaucoup d’études en épidémiologie nutritionnelle, la récolte de données de consommation alimentaire est complexe. Ici des enregistrements de 24h portant sur tous les aliments et boissons qui ont été consommés le jour de l’interview en ligne ont été utilisés. Les questionnaires web ont été validés en comparaison avec des biomarqueurs urinaires pour voir si on retrouve la même chose que par l’auto-déclaratif (Lassale 2015). Plusieurs enregistrements de 24h permettent de prendre en compte la variabilité intra-individuelle : on ne mange pas la même chose tous les jours. Par ailleurs des erreurs de classification dans les catégories NOVA ne peuvent pas être exclues.

La représentativité : les participants sont des volontaires qui sont principalement des femmes et également avec un intérêt pour la santé. La survenue des décès et la consommation d’aliments ultra-transformés pourrait être plus faible en population générale. Ces différences de représentativité ont été testé avec une comparaison avec l’étude nationale représentative de la population française ENNS (Andreeva 2016). Les apports en macronutriments (lipides, glucides, protéines, énergie) étaient similaires à ceux de l’étude ENNS. Des différences pour les micronutriments (en partie dues à une consommation plus élevée de fruits et légumes) étaient perçues. Ces différences sont prises en compte avec les ajustements statistiques dans les modèles.

Biais de causalité inverse : comme dans toute étude épidémiologique prospective, le biais de causalité inverse ne peut pas être exclu. Les patients suivis ont pu avoir une maladie chronique (sans mourir) et modifier leur régime alimentaire à cause de cette maladie. Pour minimiser ce biais, on peut exclure les décès durant les premières années afin de séparer l’exposition étudiée de la survenue du décès.

Biais de confusion résiduelle : malgré l’utilisation de modèles complexes statistiques, il peut toujours rester des facteurs biaisant la relation (HR faible).

Les forces de cette étude sont la grande taille de la cohorte et les nombreuses variables disponibles pour effectuer des analyses multivariées et de sensibilité. Les outils de collecte de données sont également validés par biomarqueurs.

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Sources :

Schnabel et al. Association Between Ultraprocessed Food Consumption and Risk of Mortality Among Middle-aged Adults in France. JAMA Intern Med. Published online February 11, 2019

Lassale et al. Validation of a Web-based, self-administered, non-consecutive-day dietary record tool against urinary biomarkers. Br J Nutr. 2015 Mar 28;113(6):953-62

Andreeva et al. Comparison of Dietary Intakes Between a Large Online Cohort Study (Etude NutriNet-Santé) and a Nationally Representative Cross-Sectional Study (Etude Nationale Nutrition Santé) in France: Addressing the Issue of Generalizability in E-Epidemiology.
Am J Epidemiol. 2016 Nov 1;184(9):660-669

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Changement climatique : quels impacts du régime alimentaire ? https://quoidansmonassiette.fr/changement-climatique-quels-impacts-regime-alimentaire-agroalimentaire/ https://quoidansmonassiette.fr/changement-climatique-quels-impacts-regime-alimentaire-agroalimentaire/#respond Mon, 04 Feb 2019 07:44:35 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3744 Alors qu’il est maintenant établi que les activités humaines sont responsables des changements climatiques actuels, et que l’agriculture y contribue de manière significative, des propositions de modifications du contenu de nos assiettes se font de plus en plus entendre.

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Doctorante en Santé Publique

Merci à Louise, doctorante en Santé Publique pour cet article sur les liens entre les changements climatiques et les régimes alimentaires. Retrouvez ici ses travaux de recherche.

Alors qu’il est maintenant établi que les activités humaines sont responsables des changements climatiques actuels, et que l’agriculture y contribue de manière significative, des propositions de modifications du contenu de nos assiettes se font de plus en plus entendre. Ainsi, certains adeptes des nouvelles technologies imaginent des steaks clonés, et des mayonnaises sans œuf alors que d’autres militent pour des régimes plus végétalisés.

Ainsi, dans cet article, nous reviendrons sur ces discussions, éclairés par les derniers résultats de la recherche scientifique après un bref retour sur les mécanismes et implications pour l’humanité des changements climatiques.

Comprendre les changements climatiques et leurs enjeux en quelques lignes

Crédit : association Avenir climatique

Les changements climatiques sont la conséquence d’une augmentation de la température moyenne à la surface de la terre. Cette température moyenne et les climats varient au cours du temps naturellement. En effet, plusieurs paramètres déterminent les climats terrestres comme l’astronomie ou la géologie en jouant sur la distance entre la terre, les autres planètes, satellites et la lune, ou la composition chimique de l’atmosphère.

Néanmoins, depuis les années 1850, la croissance de certaines activités humaines perturbent considérablement l’effet de serre, un des processus naturels qui permet de maintenir une température vivable sur terre. En effet, on note depuis le développement des activités industrielles et notamment de l’exploitation du charbon, une nette augmentation des concentrations de certains gaz dans l’atmosphère. Les plus connus, sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), on les nomme les gaz à effet de serre. Plus ces gaz sont présents dans l’atmosphère, plus l’énergie du soleil est retenue et renvoyée vers la terre par ces gaz, ce qui a pour conséquence d’augmenter la température moyenne sur la planète. Les activités humaines responsables des fortes émissions de gaz à effet de serre sont l’industrie, le chauffage, le transport, l’agriculture, ou encore la construction.

Naturellement les végétaux par la photosynthèse absorbent une partie du CO2 émis, de même l’eau des océans est capable de diluer du CO2. Cependant, cette absorption naturelle a des limites, qui de plus sont diminuées par l’augmentation des températures et la déforestation.

La hausse de la température moyenne à la surface de la planète ne se manifeste pas de la même façon partout. C’est pourquoi il est plus juste de parler des changements climatiques au pluriel. De manière globale, cette hausse des températures augmentera en nombre et en force les événements climatiques (tornade, inondation, tsunami, canicule…). Aussi, l’augmentation des températures impliquent une fonte des glaces terrestre et une dilatation de l’eau qui entraine une élévation du niveau de la mer mettant les populations vivant en milieu insulaire dans des situations particulièrement vulnérables. D’ailleurs, il est prévu que certaines îles disparaissent complétement car submergées par les océans. D’autres habitants verront les terres qu’ils cultivent se transformer en déserts, sans moyen de continuer leurs activités, ils seront ainsi dans l’obligation de migrer.

Il est très probable que sans forts engagements internationaux, d’importantes inégalités dans les moyens de s’adapter aux changements climatiques persistent et se renforcent. D’autant plus qu’on note de réelles différences d’émissions de gaz à effet de serre entre pays et entre habitants. Par exemple, en France un rapport de l’insee[1] datant de 2010 montre qu’en moyenne le mode de vie d’un cadre est responsable de 1,5 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que celui d’un ouvrier. Ainsi, la lutte contre les changements climatiques dépasse le domaine de l’environnement, et questionne également la justice et l’inégale répartition des richesses.

Face à la crise climatique, une stratégie consiste à chercher des moyens pour l’atténuer. Ce qui revient ici à diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. Une autre stratégie, qui ne s’oppose pas forcément à l’atténuation, consiste à réfléchir aux moyens de s’y adapter. Sachant par exemple que certaines cultures ne résisteront pas à l’augmentation des températures, on peut rechercher des nouvelles espèces végétales adaptées au nouveau climat. Aujourd’hui, ces deux stratégies sont en discussion lors des négociations climatiques internationales au sein de la CCNUCC (Convention Cadre des Nations Unis sur le Changement Climatique), et notamment en ce qui concerne les négociations sur l’agriculture. Les activités agricoles sont en effet une importante source des émissions de gaz à effet de serre, autour de 30%. Néanmoins, l’agriculture est aussi capable d’apporter des solutions pour atténuer l’augmentation des températures par la captation du carbone dans les sols par exemple. Les problématiques du changement climatique et de l’agriculture sont d’autant plus importantes qu’il apparait primordial de trouver des solutions pour maintenir une production alimentaire et ainsi garantir la sécurité, voire la souveraineté alimentaire[2] de tous.

Les contributions des émissions de gaz à effet de serre des systèmes alimentaires en détail

Les activités agricoles sont à l’origine d’émissions directes de méthane (CH4) notamment par le biais de la fermentation entérique des ruminants (bovins, caprins et ovins) et la riziculture. Elle émet aussi du protoxyde d’azote (N02) en particulier lors de la synthèse des engrais de synthèse et par les effluents d’élevage. Ces gaz sont très néfastes car leur pouvoir de réchauffement est bien plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2). Au contraire, une molécule de dioxyde de carbone a moins de pouvoir réchauffant cependant les émissions de ce gaz interviennent presque à toutes les étapes de la production des aliments et en quantité importante. Ainsi, entre 11 et 15% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre sont dûs directement aux activités agricoles.

L’agriculture est également responsable d’émissions indirectes, notamment par la déforestation, responsable de 15 à 18% des émissions de gaz à effet de serre totales. En effet, les forêts sont des puits de récupération du dioxyde de carbone émit, ainsi la déforestation diminue les capacités de captation du CO2 par les forêts. Le rythme de déforestations que connaissent l’Amazonie, la Côte d’ivoire ou l’Indonésie est particulièrement préoccupant. D’autant plus que ces surfaces libérées servent la plupart du temps à des cultures de rente (soja, chocolat, café, huile de palme) qui ne contribuent donc peu à nourrir la population locale mais alimentent les marchés internationaux. Le soja, par exemple est utilisé comme source de protéines pour l’alimentation animale. Néanmoins, les climats français sont peu adaptés à cette culture ainsi la France achète du soja cultivé en Amérique du sud et ainsi contribue à la déforestation de l’Amazonie. Pourtant, il existe d’autres sources de protéines locales comme la luzerne, pour les animaux mais les filières sont encore trop petites pour généraliser cette alternative.

Ainsi, on note une contribution très importante de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre agricole à la fois par la production des aliments pour les nourrir (carburant pour les tracteurs, production d’engrais chimiques, déforestation et transport), les fermentations des ruminants (bovin, ovin et caprin) et l’atelier d’élevage. Ainsi, des chiffres moyens et médiatisés montrent que pour produire 1kg de bœuf il faut environ 10kg de céréales et 5kg pour 1kg de porc. Néanmoins, ces chiffres ne prennent pas en compte la grande variété des méthodes de production qui induisent des émissions de gaz à effet de serre très différentes. Par exemple les émissions de gaz à effet de serre entre des systèmes où les animaux pâturent l’herbe sont bien inférieurs à ceux des systèmes intensifs en stabulation où les animaux sont nourris avec des céréales et du soja. D’autant plus que les prairies pâturées sont comme les forêts des puits de captation du dioxyde de carbone et se situent souvent dans des zones humides ou de montagne où il serait difficile de cultiver d’autres végétaux pour l’alimentation humaine.

Lorsque l’on analyse l’ensemble des émissions liées à la production d’un aliment, on s’aperçoit que pour la plupart la majorité des émissions de gaz à effet de serre a lieu lors de la phase de production agricole. Néanmoins, le transport des aliments peut représenter une source d’émission majeure notamment lorsqu’il est effectué en avion ou bien qu’il nécessite un milieu frigorifique. En effet, les gaz de refroidissement sont aussi des gaz à effet de serre. C’est pourquoi, les aliments de saison et produits à proximité sont souvent moins impactant[3]. C’était également un des nombreux argument de mobilisation contre le CETA (traité de libre-échange avec le Canada) car en facilitant les échanges, on augmente le nombre de bateaux et d’avions entre l’union européenne et le Canada et donc les émissions de gaz à effet de serre.

Face à ce constat, de nombreuses solutions techniques sont proposées pour permettre d’atténuer le changement climatique ou de mieux s’y adapter. Ces solutions sont débattues aux Nations Unies et notamment, depuis la COP23 de Bonn (23ème conférence des parties), où les parties ont signés l’accord du Koronivia qui planifie jusque fin 2020 les discussions et négociations pour mettre en place les engagements de l’accord de Paris relatif à l’agriculture.

Parmi ces nombreuses solutions, on peut citer l’initiative « 4 pour 1000»[4], proposée par la France lors de la COP21. Cette initiative consiste à travailler sur l’amélioration des capacités de captation du C02 des sols. Une bonne gestion des sols permet, en effet aux organismes vivants comme les bactéries, champignons ou vers de terre de transformer les restes des végétaux ayant captés du CO2, en matières organiques riches en carbone et très fertiles. D’après les chiffres donnés, un taux de croissance annuelle du stockage de carbone dans les sols de 4‰ par an, permettrait de stopper l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines. Les techniques de gestion du sol proposées reposent sur quelques principes comme ne pas laisser un sol nu, moins le travailler pour limiter les pertes de carbone, les nourrir de fumier et de compost, ou encore planter des arbres et des légumineuses. Cependant, il faut garder en tête que certaines des techniques proposées peuvent engendrer d’autres problèmes environnementaux, par exemple moins travailler le sol peut nécessiter un usage plus important en herbicides[5], posant d’autres problèmes de toxicité, de pollutions et de santé publique.

D’autres solutions sont proposées par des acteurs ayant parfois des intérêts plus économiques qu’écologiques. C’est le cas des agrocarburants de première génération qui selon leurs défenseurs pourraient permettre de diminuer notre dépendance au pétrole. Les agrocarburants de première génération sont produits à partir de la canne à sucre, de la betterave sucrière, du colza ou des céréales qui auraient pu servir à l’alimentation humaine. Les chiffres montrent que les émissions de gaz à effet de serre liées à leur production sont en moyenne 80% plus élevées que celles du diesel lorsqu’on prend en compte la déforestation engendrée par l’augmentation des surfaces agricoles. De plus d’avoir un bilan environnemental mauvais, le développement des agrocarburants de première génération engendre des problèmes d’accaparement des sols et nuit gravement à la sécurité alimentaire des populations[6].

Enfin, pour s’adapter aux changements climatiques des acteurs développent des systèmes basés sur les technologies high-techs, par exemple pour mieux connaitre et maitriser les conditions pédoclimatiques… Néanmoins, ces systèmes nécessitent une connexion internet, l’investissement dans de nombreux appareils dont la production a un impact environnemental non négligeable. De plus, l’utilisation de ces technologies engendre une dépendance des agriculteurs et une perte des connaissances et techniques ancestrales.

Et la modification de son régime alimentaire peut-elle avoir un impact sur le climat ? Et de quelle manière ?

Une étude suédoise[7] a modélisé les émissions de gaz à effet de serre de plusieurs régimes alimentaires, plus ou moins riches en produits animaux pour ensuite estimer les niveaux d’émissions de gaz à effet de serre engendrer par l’adoption de ces régimes dans différents scénarios où les techniques d’atténuation du changement climatique étaient très, moyennement ou peu utilisés. Cette étude montre que même en utilisant ces technologies au maximum, en conservant le régime actuel les objectifs européens de diminution des émissions de gaz à effet de serre pour le secteur agricole ne seraient pas atteints. Ces objectifs ne pourraient être atteints uniquement par une adoption massive de régimes alternatifs contenant moins voire pas de viandes. Ainsi, on peut tirer de cette étude que les progrès techniques et agronomiques ne seront pas suffisants seule pour atteindre l’objectif de contenir le réchauffement climatique sous les 2°C. Une modification de nos régimes alimentaires apparait ainsi indispensable.

Plusieurs études scientifiques ont estimé les émissions de gaz à effet de serre de différents régimes alimentaires observés. Ces études montrent des variations très importantes entre des régimes riches en viandes et d’autres régimes avec peu ou pas de produits d’origine animale. Par exemple, une étude menée sur des volontaires français[8] a divisé la population en cinq groupes d’un effectif semblables et hiérarchisés en fonction de la végétalisation de leur régime. Il trouve un facteur deux entre les émissions de gaz à effet de serre des groupes extrêmes. Ainsi, la consommation de produits animaux apparait être un paramètre très discriminant si on regarde les émissions de gaz à effet de serre du régime.

Une autre étude[9] a montré que les régimes émettant le plus de gaz à effet de serre apportaient plus de calories, et contenaient aussi plus de boissons sucrés et alcoolisées et de produits gras et sucrés ou gras et salés. Ces groupes alimentaires contribuent également aux émissions de gaz à effet de serre, notamment les boissons alcoolisées. De plus leur consommation apportant que très peu de bénéfices nutritionnels, elle pourrait être réduite. L’étude des comportements alimentaires dans leur globalité montre que la consommation simultanée de produits animaux est couramment associée avec des aliments gras et sucrés et/ou alcoolisé. Elle correspond à un profit alimentaire nommé « western », dont les effets néfastes sur la santé sont déjà bien connus. Une étude anglaise[10] a d’ailleurs montré que des régimes alimentaires optimisés pour répondre aux besoins nutritionnels et réduire les émissions actuelles de gaz à effet de serre de 40% permettraient aux Royaume-Unis de gagner 7 millions d’années de vie en 30 ans et d’augmenter l’espérance de vie moyenne de 8 mois.

Ainsi, on retrouve dans les études scientifiques un consensus pour dire que diminuer notre consommation en produits animaux, en produits gras et sucrés et en alcool apporterait des bénéfices pour la santé et participerait à l’atténuation des changements climatiques. Néanmoins, le consensus concernant les protéines animales ne porte que sur une réduction et pas sur une adoption de la part de l’ensemble de la population de régimes végétariens ou végétaliens. En effet, pour des raisons nutritionnelles, agricoles et culturelles, il n’est pas nécessaire que l’ensemble de la population adopte un régime sans produits animaux. Les systèmes agricoles et en particulier en agriculture biologique ont en effet besoins d’engrais naturels fournit par l’élevage. La production actuelle française de légumineuses (lentilles, pois chiches…) est aujourd’hui insuffisante pour répondre aux besoins en protéines de 60 millions de végétaliens. Il est donc important que ces filières se développent pour mieux répondre à la demande. Il existe aussi des produits animaux (gibiers sauvages) et des méthodes de production dont les impacts sur l’environnement et les changements climatiques sont moindres en comparaison avec l’élevage industriel, qu’il faudrait donc privilégier. En effet, il faut savoir que très peu d’études ont différencié les impacts environnementaux des régimes alimentaires en fonction des modes de production alors que plusieurs hypothèses poussent à croire qu’il pourrait y avoir des différences importantes. Parmi, ces quelques études, l’étude Bionutrinet[11] à travailler sur cette question en distinguant les aliments issus d’une production biologique et conventionnelle. Bien que cette distinction reste très simpliste, elle est utile car les aliments biologiques sont bien différenciés avec des labels, ce qui n’est pas toujours le cas pour d’autres modes de production. Cette étude sur les régimes alimentaires montre un effet positif du bio sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre si le régime alimentaire est déjà très végétalisé mais peu de bénéfices pour les régimes plus animales. Une explication simple de ce résultat se trouve dans le cahier de charge du bio. En effet, ce cahier des charges impose des cycles de production des viandes plus longues que pour les élevages conventionnels. Ainsi l’atténuation des émissions provoquée par certaines pratiques (moins d’engrais chimiques, plus de pâturage…) par jour sont cachée dans le bilan par kilogramme de produits par le temps plus long de production. Néanmoins, il faut aussi savoir que certains aliments développés spécifiquement pour répondre à la demande du végétalisme peuvent rester très impactant car nécessitant par exemple du chauffage ou de la lumière pour être produit.

Finalement, une modification du régime alimentaire vers des régimes plus végétaux, avec moins de produits gras, sucrés et d’alcool, moins riche en calories et venant de systèmes de productions plus extensifs et respectueux des écosystèmes, pourrait permettre de relever les challenges imposés par les changements climatiques. Néanmoins, certaines limites à leur adoption par tous[12] ne pourront être relevées que par des modifications venant des systèmes alimentaires dans leur globalité et pas uniquement des changements venant des consommateurs. De plus, même si des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture sont nécessaires, ils doivent être accompagnés par des réductions dans les autres domaines dont les services sont moins vitaux et ne bénéficient qu’à une petite partie de la population mondiale.

Grand merci à Louise pour sa contribution 😀


Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :


[1] Institut national de la statistique et des études économiques : https://www.insee.fr/fr/accueil

[2] La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. La souveraineté alimentaire est bien plus ambitieuse puisqu’elle impose le droit des populations et des états à définir leur politique agricole et alimentaire.

[3] Si les personnes prennent leur vélo pour aller les acheter

[4] https://www.4p1000.org/fr

[5] Notamment le glyphosate

[6] Lire la rapport européen: The land use change impact of biofuels consumed in th EU Quantification of area and greenhouse gas impacts. Ref. Ares(2015)4173087 – 08/10/2015

[7] Bryngelsson D, Wirsenius S, Hedenus F, Sonesson U (2016) How can the EU climate targets be met? A combined analysis of technological and demand-side changes in food and agriculture. Food Policy 59:152–164

[8] Lacour L, Seconda L, Allès B (2018) Environmental impacts of plant-based diets : How does organic food consumption contribute to environemental sustainability? Front. Nutr. 5:8.

[9] Seconda, L., Baudry, J., Alles, B., Boizot-Szantai, C., Soler, L.-G., Galan, P., et al., 2018. Comparing nutritional, economic and environmental performances of diets according to their levels of Greenhouse Gases Emissions. Clim. Change. https

[10] Milner J, Green R, Dangour AD, et al. Health effects of adopting low greenhouse gas emission diets in the UK. BMJ Open

[11] https://bionutrinet.etude-nutrinet-sante.fr/

[12] Une offre trop restreinte en aliments produits selon des critères environnementaux ou des problèmes d’accessibilité.

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PNNS 4 : Nouvelles Recommandations Alimentaires et sur l’activité sportive de Santé Publique France pour 2019-2021 https://quoidansmonassiette.fr/pnns-4-nouvelles-recommandations-alimentaires-et-sur-lactivite-sportive-de-sante-publique-france-pour-2019-2021/ https://quoidansmonassiette.fr/pnns-4-nouvelles-recommandations-alimentaires-et-sur-lactivite-sportive-de-sante-publique-france-pour-2019-2021/#comments Wed, 23 Jan 2019 07:17:07 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=3698 Santé Publique France vient de publier ses nouveaux repères relatifs à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour

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Santé Publique France vient de publier ses nouveaux repères relatifs à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour les adultes dans le cadre du 4ème Programme National Nutrition-Santé (PNNS) : rapport et mon blog Quoidansmonassiette y est cité comme référence :

Quoidansmonassiette cité par santé publique france

En France ce n’est que depuis 2001 que des recommandations alimentaires au niveau national ont été diffusées sous la forme du PNNS. En 2016, l’ANSES (Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a actualisé les repères alimentaires pour les adultes à partir de la littérature scientifique disponible. Le Haut Conseil de la Santé Publique a ensuite précisé ces repères puis Santé Publique France a formulé ces repères sous forme de messages.

recommandations pour les adultes

Les nouveautés

Ce nouveau PNNS passe de 8 groupes alimentaires à 12 groupes. Je détaille ci-dessous certains messages alimentaires reformulés ou nouveaux. Dans les nouveautés, on retrouve des conseils spécifiques sur les fruits à coque non salés, les légumes secs et les produits céréaliers complets. On peut voir l’apparition du conseil de limiter les produits ultra-transformés trop gras, trop sucrés ou trop salés, de se tourner vers le bio (même si les effets bénéfiques pour la santé ne sont pas encore clairs), le local et les produits de saison. Les nouvelles recommandations ont également intégré le NutriScore en limitant les produits classés en D ou E.

Les recommandations ont été classées en 3 grandes catégories : Augmenter, Aller vers et Réduire. Le PNNS s’est tourné vers des messages moins quantifiés. Les messages ont été reformulés et clarifiés pour être moins injonctifs et anxiogènes : par exemple, le passage de « ne pas dépasser » à « limiter » ou de « éviter les excès » (difficile de quantifier un excès) à une fréquence « tous les jours en petite quantité ». La question des contaminants a été retirée.

Le message sur les 5 portions de fruits et légumes par jour a été explicité en 3 portions de légumes et en 2 portions de fruits. Une portion est par exemple : une tomate de taille moyenne, une poignée de tomates cerise, 1 poignée de haricots verts, 1 bol de soupe maison, 1 pomme, 2 abricots, 4-5 fraises, 1 banane. Santé Publique France rappelle que les jus de fruits (pressés ou non) sont à limiter à 1 verre par jour à cause de leur teneur élevée en sucres et pauvre en fibres en comparaison aux fruits entiers. Les fruits séchés sont plus concentrés en sucres et sont à consommer occasionnellement.

Les nouveaux repères mettent l’accent sur les produits complets puisqu’ils sont plus riches en fibres que ceux raffinés. La seule boisson recommandée est l’eau. Les sodas et l’alcool sont à limiter.

Recommandations liées à l’environnement

Santé Publique France recommande la consommation de lentilles, haricots ou pois chiches… en accompagnement de la viande ou en remplacement si on les associe avec un produit céréalier complet. Les légumineuses sont riches en fibres et contiennent des protéines végétales. Les produits d’origine animal ont en effet un impact environnemental plus importants. SPF conseille également les produits locaux et de saison.

Il faut bouger !

Santé Publique France rappelle qu’il faudrait faire au moins 30 minutes d’activité physique par jour et également qu’il est important de réduire le temps assis.

Recommandations simplifiées de SPF

Messages généraux

  • Prenez plaisir à manger : privilégiez la variété, prenez le temps de manger et de déguster.
  • Privilégiez quand c’est possible le fait maison.
  • Faites attention aux quantités et à la taille des portions que vous consommez.
  • Bien manger c’est aussi prendre en compte l’environnement en privilégiant les aliments de producteurs locaux, les aliments de saison, et si vous le pouvez, les aliments bio


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Source : Recommandations relatives à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour les adultes. Saint-Maurice : Santé publique France, 2017. 62 p.


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