Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr Actualités en sciences, alimentation et santé - Uniquement basé sur des publications scientifiques ! Tue, 21 Jan 2020 14:38:08 +0000 fr-FR hourly 1 https://quoidansmonassiette.fr/wp-content/uploads/2016/03/cropped-cropped-Head-logo-Quoi-dans-mon-assiette-2-32x32.jpg Quoi dans mon assiette https://quoidansmonassiette.fr 32 32 Score YUKA, avis et analyse : comment YUKA note nos produits alimentaires ? Appel à prendre du recul ! https://quoidansmonassiette.fr/score-yuka-notation-avis-analyse-comment-yuka-note-nos-produits-alimentaires/ https://quoidansmonassiette.fr/score-yuka-notation-avis-analyse-comment-yuka-note-nos-produits-alimentaires/#comments Mon, 20 Jan 2020 10:07:11 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4928 Yuka est l’application phare de l’agroalimentaire avec 52 millions de résultats sur Google et plus de 10 millions d’utilisateurs (pas forcément tous des utilisateurs réguliers). Yuka met en avant la « transparence » de la composition des produits alimentaires à travers une note allant de 0 à 100 points. Le but de cet article sera donc d’apporter […]

L’article Score YUKA, avis et analyse : comment YUKA note nos produits alimentaires ? Appel à prendre du recul ! est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Yuka est l’application phare de l’agroalimentaire avec 52 millions de résultats sur Google et plus de 10 millions d’utilisateurs (pas forcément tous des utilisateurs réguliers). Yuka met en avant la « transparence » de la composition des produits alimentaires à travers une note allant de 0 à 100 points. Le but de cet article sera donc d’apporter de la transparence au calcul du score de Yuka, qui n’est pas public, et de mettre en lumière des incohérences.

Comment est calculé de score Yuka ?

L’application attribue à chaque produit alimentaire une note de 0 à 100. D’après le site internet de YUKA, la note se base sur :

  • 60% de la qualité nutritionnelle à partir d’un score lissé du Nutri-Score. Le Nutri-Score est un système d’information nutritionnelle développé par une équipe de recherche de l’Université Paris 13/l’INSERM et Santé Publique France.
  • 30% pour les additifs « chaque additif se voit affecter un niveau de risque : sans risque (pastille verte), risque limité (pastille jaune), risque modéré (pastille orange), risque élevé (pastille rouge). »
  • 10% pour la dimension BIO

Une première limite est le choix de cette pondération 60%, 30% et 10% qui ne repose sur aucune preuve scientifique ni raisons. On aurait très bien pu choisir 75%, 20% et 5% par exemple.

Les informations nutritionnelles et les seuils dans Yuka

Sur l’application, certains nutriments de la déclaration nutritionnelle obligatoire des produits sont mis en évidence à travers un curseur qui nous indique si l’apport pourrait être excessif. Le choix de ces nutriments repose sur les nutriments pris pour calculer le Nutri-Score : les calories, les sucres, le pourcentage de fruits et légumes, les graisses saturées, le sel, les fibres et les protéines. Pour les matières grasses (huiles, beurre), on retrouve un équilibre des graisses de 0 à 70%.

Comment sont définis ces seuils nutritionnels de Yuka ? Yuka ne nous le dit pas. Et pourtant si on prend l’exemple des calories, à plus de 560 kcal, l’application nous indique « trop calorique », à plus de 360 kcal « un peu trop calorique » ou « peu calorique » donc des jugements de valeurs.

Globalement les seuils de Yuka suivent les seuils du NutriScore. Les seuils de Yuka ne suivent pas forcément linéairement les seuils du Nutri-Score.

Le NutriScore a plus de valeurs possibles pour les fibres et le pourcentage de fruits et légumes (les points positifs varient de 0 à 5) alors que dans Yuka nous avons un score binaire par exemple.

La pondération des additifs

Il y a un peu plus d’un an, Yuka écrivait sur son site internet qu’il se basait sur la « dangerosité des additifs alimentaires » et sur le livre de Corinne Gouget et Marie-Laure André ainsi que sur la classification du danger d’UFC Que Choisir. Depuis la page a été… supprimée et ré-actualisée par « Notre référentiel pour l’analyse des additifs se base sur l’état de la science à ce jour. Nous prenons en compte : les rapports d’expertise collective : EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), ou encore le CIRC.

Capture d’écran du site internet de Yuka en 2018. Merci projet Utopia

Il existe plus de 300 additifs alimentaires avec de nombreux rapports scientifiques de l’EFSA de plus de 50 pages traitant d’aspects toxicologiques, d’évaluation de l’exposition alimentaire et des risques.

Le grand secret de l’algorithme de YUKA

C’est paradoxal de prôner la transparence pour les produits alimentaires et de ne pas être transparent sur le calcul du score. J’ai scanné et analysé les données nutritionnelles d’environ 140 produits et boissons quand je suis allé faire mes courses. Bien sûr ce n’est pas représentatif de la totalité des produits sur le marché. J’ai pu en déduire des règles.

Comment calculer le score de Yuka ?

Il faut revenir au calcul du Nutri-Score de -15 à 40 (amplitude de  55 points). Celui-ci se base sur des points Positifs P (protéines, fibres, % de fruits et légumes) et des points Négatifs N (sucres, graisses saturées, kcal). Les composants négatifs ne sont pas négatifs en soi mais seulement lorsqu’ils sont consommés en excès. Le Nutri-Score est ensuite calculé par la différence de N-P.

1. A chaque score du Nutri-Score, Yuka attribue des points avec une amplitude de 60 points (60% de la note). La composante Yuka nutritionnelle varie de 30 à 90 points. Je vous mets ci-dessous la correspondance des Nutri-Score avec les points de Yuka pour les boissons et les aliments. Le calcul du Nutri-Score peut se faire manuellement ou par le fichier Excel de Santé Publique France et il est accessible sur le site d’OpenFoodFact.

Les eaux minérales sont toujours à 100/100. Voici la table de correspondance (Nutri-Score – Points YUKA) pour les aliments (pas les boissons) :

Les points attribués varient de 30 à 90, soit 60 points en variabilité

2. Ensuite, si le produit est bio, on y ajoute +10 points, d’où le fait que la composante nutritionnelle ait une limite supérieure de 90 points.

3. Pour les additifs, ça se complique.

  • Si le produit comporte des additifs « sans risque », ceux-ci n’ont pas d’influence sur la note de Yuka
  • Si le produit comporte un additif à « risque limité », Yuka pénalise la note de -6 points
  • Si le produit comporte deux additifs à « risque limité », la pénalisation passe à -12 points
  • Si le produit comporte 1 additif à risque modéré et 1 additif à risque limité, la pénalisation est de -24 points
  • Si le produit comporte des additifs à risque élevé, la pénalisation est de 30 points

Voici ma vidéo où j’explique en détail le calcul :

Il y a une marge d’erreur de quelques points comme ces seuils se basent sur mes analyses d’environ 140 produits.

Quelques incohérences surprises

Exemple des sodas

J’ai pris des sodas similaires entre 25 et 40 kcal/100 mL avec le niveau en sucre proportionnel. Ils devraient donc avoir une note Yuka similaire autour de 30/100 pour les boissons sans additif trop riches en sucres et de 0 pour celles qui ont des additifs jugés risqués par Yuka. Or l’Orangina fait exception avec un 30/100. Sur l’application, les additifs benzoate de sodium et sorbate de potassium ne semblent pas être renseignés ce qui évite une pénalité de 30 points. L’Orangina est une boisson connue pour moi.

Il y a une autre incohérence que je n’ai pas pu expliquer. Par exemple, le Coca-Cola Zéro comporte zéro calorie, zéro protéine, zéro glucides, zéro graisse, nutritionnellement c’est comme de l’eau aromatisée et des édulcorants (les additifs ne sont pas des nutriments). Le score du Coca Zéro est donc de 90 points au départ avec normalement une pénalisation maximale de 30 points (additifs = 30% de la note de Yuka, puisqu’il contient 5 additifs dont 3 jugés « à risque élevé » : aspartame E951, acésulfame-K E950 et le caramel au sulfite d’ammonium E150d). La note devrait tomber à 60/100. Or le Coca est noté à 39/100.

Les jus d’orange

 Si on se limite aux jus d’orange, le score varie étrangement de 30 à 71 alors que la qualité nutritionnelle est la même : une même teneur de 42-52 kcal (appartenant au même seuil calorique pour les boissons dans Yuka : 35-65cal) , un taux de sucre entre 8 et 10g. Ils n’ont pas d’acides gras saturés ni de protéines ni de sel. Deux jus ont 1,1g de fibres mais ils ne sont pourtant pas mieux classés.

Les jus d’orange Argel, le jus d’orange à base de concentré LeaderPrice et le jus d’orange 100% pur jus JOKER ont la même composition nutritionnelle. Mes hypothèses : L’oubli du 100% de fruits et légumes pénalise le jus leaderPrice de 19 points. Le Pur Jus JOKER est mieux noté parce que Yuka indique 20 kcal dans l’application alors que sur l’emballage, ce jus est à 44 kcal.

Les erreurs embêtantes

Je prends l’exemple des biscuits LU Grany Pomme. Il y a une différence de 1,2g de fibres entre les données de Yuka et les données de la marque LU. Cette différence semble minime mais elle provoque une différence dans le Nutri-Score (10 avec données Yuka vs 12 avec données LU). Yuka aboutit à une note de 18/100 alors qu’on devrait avoir une note de 8/100 puisque le biscuit contient moins de fibres en réalité.

Pour les céréales LION, j’ai constaté le même type de problème. Les données de l’emballage diffèrent de celle de Yuka ce qui aboutit à une différence de Nutri-Score et donc de score Yuka. Les céréales LION sont mieux notées que prévu par Yuka (48/100 au lieu de 33/100).

Une erreur encore plus grosse est de rajouter un nutriment dans l’application Yuka qui n’existe pas dans le produit comme un 5,5g de fibres dans les biscuits salés Curly L’original Cacahuète.

C’est probablement lié au score « lissé » du Nutri-Score et que certains produits sont « hors algorithmes » ou ont leur propre algorithme.

Il faut différencier les algorithmes pour les aliments jugés par 100g des boissons jugées par 100mL et également séparer les matières grasses.

Il existe des erreurs de boissons évaluées pour 100g au lieu de 100mL.

Analyse du Score Yuka sur 140 produits et boissons

J’ai relevé les notes de Yuka de plus de 100 produits en supermarché. J’ai essayé d’identifier quels sont les facteurs nutritionnels/alimentaires les plus influents dans la notation de Yuka.

Le Score de Yuka était fortement corrélé par le calcul du coefficient de Pearson :

  • à la teneur en acides gras saturés, quasiment tous les produits avec une note supérieure à 60/100 ont moins de 2g d’acides gras saturés (1er pallier vert foncé). Plus le score Yuka augmente, plus la teneur en acides gras saturés diminue (r=-0,47)
  • Au nombre d’additifs : plus la note Yuka augmente, moins il y a d’additifs (r=-0,55)
  • Au Nutri-Score (r=-0,68)

Le coefficient r de Pearson quantifie la relation linéaire entre deux variables quantitatives. Ce n’est pas un modèle multivarié qui prend en compte simultanément plusieurs variables. Je n’ai pas calculé de régression linéaire multiple à cause de mon faible effectif de valeurs (n=135) : je n’aurais pas pu atteindre des hypothèses de normalité pour les modèles statistiques.

Le coefficient de Pearson R entre le score Yuka et le Nutriscore est de -0,68
Entre le score Yuka et les graisses saturées = -0,47
Entre le score Yuka et le nombre d’additifs = -0,55

La composante additifs

Plus le nombre d’additifs augmente, plus le score de Yuka diminue. L’amplitude des scores Yuka est représentée par les flèches en bleu.

Chaque point représente un produit alimentaire pour un score Yuka et un nombre d’additifs dans sa composition. La couleur des points reflète la note de Yuka : en vert (100/100) à rouge (0/100)

La plupart des produits avec des additifs à risque modéré ou élevé (courbe de distribution en rouge) ont une note inférieure ou égale à 50/100.

La distribution donne un aperçu de la proportion de produits avec une certaine note Yuka.

L’effet du bio sur le score de Yuka

Le bio rajoute en général +10 points aux produits.

Les liens entre Yuka et le Nutri-Score

J’ai constaté que pour les Nutri-Score B, C, la note de Yuka varie fortement !! La couleur des points reflète la note de Yuka qui juge les produits en “MAUVAIS/MEDIOCRE/BON/EXCELLENT” avec des ronds de couleur. Ce graphique ci-dessous atteste du poids des additifs ou du bio qui abaissent et augmentent respectivement la note Yuka.

Y= Score de Yuka de 0 à 100 X= Nutri-Score variant de -15 à 40

Pour un même Nutri-Score C, les biscuits Grany Pomme LU sont à 18/100, la crème Bridélice à 12% MG à 27/100, les chips Auchan BIO à 61/100, les noix de cajou Biothentic à 79/100 ou la margarine oméga-3 Bio VITAQUELLE à 75/100. On a donc de grandes variations simplement dues au bio et aux additifs sachant que le fait de mettre un score sur des composantes additifs et Bio ne reposent pas sur des preuves scientifiques actuellement.

Les limites de ces analyses sont principalement le faible nombre d’échantillons (oui, ça m’a pris beaucoup de temps à rentrer dans Excel les produits scannés, leur composition nutritionnelle et le calcul du Nutri-Score.

Pas de liste d’ingrédients

Une chose surprenante est qu’il n’est pas possible de consulter la liste d’ingrédients. C’est dommage parce qu’il est intéressant par exemple de connaître l’origine des sucres : des sucres ajoutés ou naturellement présents. La liste d’ingrédients permet également de voir si le produit a été enrichi en protéines par exemple à travers les poudres de lait ou de lactosérum. Elle permet également de voir quels sont les premiers ingrédients en poids du produit.

Pourquoi il est très difficile de mettre une note sur le risque d’un additif ?

Il est facile d’évaluer les effets toxiques d’un additif à travers des études cellulaires ou animales où des rongeurs reçoivent différentes doses d’un additif jusqu’à ce que l’on voit apparaître des effets néfastes. C’est l’étude de la toxicité, une propriété intrinsèque d’une molécule (son niveau de danger).

Par contre, pour évaluer le risque lié aux additifs, il faut impérativement avoir les données de consommation alimentaire et les niveaux d’additifs dans les aliments consommés afin de pouvoir calculer un apport alimentaire en édulcorant.

Cet apport est ensuite comparé à une Dose Journalière Admissible (DJA), une quantité d’additif que l’on peut consommer pendant toute une vie sans risque. Cette comparaison permet de voir la proportion de personnes dépassant la DJA. Les craintes liées aux additifs sont un risque chronique sur le long terme. Or Yuka ne dispose pas des consommations alimentaires de ses clients de façon précise ni des teneurs en additifs dans les aliments. Sur leur site internet, Yuka énonce qu’il se base sur les évaluations de risque de l’EFSA (European Food Safety Authority) et de l’ANSES, l’agence sanitaire française, pour évaluer le niveau de risque des additifs. Ces agences se sont bien gardées de catégoriser les additifs en “sans risque”, “risque limité”, “risque modéré” ou “risque élevé”.

DJA = Dose Journalière Admissible
NOAEL = Dose Sans Effet Toxique Observable (No Observable Adverse Effect Level)

Exemple d’erreur de classification du risque des additifs

Les glycosides de stéviol sont jugés “sans risque“. L’aspartame, un édulcorant, est jugé à “risque élevé” par Yuka. Il a été autorisé en 1994 dans les boissons, les bonbons et les desserts ou comme édulcorant de table.

Le Comité Scientifique de l’Alimentation Humaine a défini une dose journalière admissible (DJA) de 40 mg/kg poids corporel/jour dérivé d’une dose sans effet chez le rat (étude de l’incidence des tumeurs du cerveau) de 4 000 mg/kg pc/j. La DJA est une dose qu’on peut ingérer pendant tout une vie et sans risque pour la santé humaine.

L’exposition du consommateur moyen est très inférieure à la DJA. A titre d’exemple, en prenant une hypothèse majorante, un homme de 60 kg consommant tous les jours 2 litres de soda « light » contenant de l’aspartame ne serait exposé qu’à hauteur de la moitié de la DJA : il devrait boire 4 litres de soda pour atteindre cette dose.

Le risque est donc assez limité. Yuka juge sévèrement certains édulcorants. Le risque de l’aspartame a été évalué plusieurs fois en 2006, en 2009 (de nouvelles études), en 2011 (deux nouvelles publications) et en 2013 par l’EFSA et en 2015 par l’ANSES ! C’est un des additifs les plus étudiés !

A l’inverse si on s’intéresse à un autre édulcorant autorisé en 2011 : les glycosides de stéviol E960 couramment appelés Stévia sont extraits d’une plante d’Amérique latine. L’E960 comporte des risques de dépassement chez les jeunes enfants de 12-35 mois et les enfants de 3 à 5 ans sont proches de la DJA de 4 mg/kg/j. L’additif devrait être jugé avec un risque limité ou modéré et pas en « sans risque » par Yuka.

Chez les enfants de 12-35 mois chez les gros consommateurs, on a une exposition entre 2 et 4,3 mg/kg poids corporel/j

L’application Yuka simplifie trop la situation des additifs alimentaires.

La question de la pertinence scientifique

Contrairement à d’autres systèmes d’informations nutritionnelles (Nutri-Score, Healthy Rating Star, Traffic Light…), le logo Yuka n’a jamais étudié à ma connaissance sur son effet sur le comportement des consommateurs et n’a pas fait l’objet de publications dans des journaux scientifiques internationaux à comité de lecture (peer-review).

Yuka est un système d’information interprétatif et descriptif hybride puisqu’il émet un jugement de valeur sur le produit à la différence du tableau de déclaration nutritionnel obligatoire (ou des logos traffic lights) et il présente une sélection d’information sur les teneurs en nutriments. Une critique des logos nutritionnels est qu’ils ne tiennent pas compte de l’intégration des aliments dans le régime alimentaire global et du contexte de consommation. L’Agence Nationale de Sécurité Alimentaire (ANSES) écrivait “il existe par exemple des biais de négativité qui conduisent certains consommateurs à surestimer le caractère négatif de l’information parcellaire délivrée par le système d’information nutritionnelle et à l’extrapoler à l’ensemble de l’aliment voire de la famille d’aliment. Ces biais peuvent conduire à des régimes procédant par exclusion, ce qui est défavorable à l’équilibre nutritionnel.”

Les produits jugés “Excellent” par Yuka peuvent aussi provoquer un effet de déculpabilisation et entraîner une consommation plus importante. Certains biscuits sucrés sont notés “Excellent” à cause de leurs teneurs élevées en fibres et protéines et faible en matière grasse mais ils restent riches en sucres simples.

Par ailleurs, on ne sait pas si suivre les recommandations de Yuka permet de conduire à un régime qui suit les recommandations nationales de santé publique.

Le choix d’encourager à consommer bio ?

Par ailleurs, le choix de mettre un bonus de +10 points pour le bio est questionnable également. Il y a pour le moment peu d’études sur les liens entre l’alimentation bio et la santé et donc un niveau de preuve assez faible comme je l’expliquais dans cet article :

Quid de l’utilisation des données personnelles ?

Sur leur site internet, Yuka écrit qu’il n’exploite pas les données des utilisateurs mais pourquoi alors demander une adresse email pour s’inscrire si ce n’est pour suivre les consommations de ses utilisateurs ?

Faut-il scanner ses produits alimentaires au supermarché ?

Yuka a permis au consommateur de prendre conscience de la présence d’additifs (ceux-ci sont obligatoirement mentionnés dans la liste d’ingrédients) et de la qualité nutritionnelle. L’application a également mis la pression sur l’industrie agroalimentaire pour qu’on utilise moins d’additifs. Cependant, cela se fait dans un climat anxiogène puisque pour la plupart des additifs, il y a peu de chance d’y être fortement exposé sauf si l’on a un régime monodiète avec une forte part de produits industriels.

Je m’interroge sur la pertinence dans l’application Yuka de mettre en avant la présence d’additifs risqués comme l’acésulfame-K, les triphosphates, les carraghénanes qui ne sont pas forcément connu du consommateur.

Le meilleur moyen d’éviter les additifs est d’acheter frais et de cuisiner maison. Il est également important de raisonner en terme de groupes alimentaires pour manger équilibré.

Pour ceux qui souhaitent utiliser une application, je préfère OpenFoodFact puisqu’il fournit objectivement le Nutri-Score, la liste d’ingrédients, le score NOVA de transformation alimentaire et il mentionne également les additifs en donnant les raisons d’un éventuel risque en se basant réellement sur les avis scientifiques de l’EFSA. Si je reviens sur mes glycosides de stéviol que Yuka jugeait “sans risque”, OpenFoodFact signale qu’un risque de surconsommer de l’E960 est possible pour les enfants de 1-2 ans. C’est beaucoup plus clair et juste pour le consommateur plutôt que de mettre une note additif.

Capture d’écran d’OpenFoodFacts

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

 

 

Sources:

► Le tableur de Santé Publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/nutrition-et-activite-physique/articles/nutri-score

► OpenFoodFacts https://fr.openfoodfacts.org/

► PNNS 4 : https://quoidansmonassiette.fr/pnns-4-nouvelles-recommandations-alimentaires-et-sur-lactivite-sportive-de-sante-publique-france-pour-2019-2021/

► Santé Canada : https://guide-alimentaire.canada.ca/fr/guide-alimentaire-en-bref/

► Finish Food Authority : https://www.ruokavirasto.fi/en/themes/healthy-diet/

L’article Score YUKA, avis et analyse : comment YUKA note nos produits alimentaires ? Appel à prendre du recul ! est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/score-yuka-notation-avis-analyse-comment-yuka-note-nos-produits-alimentaires/feed/ 4
Empreinte carbone de notre alimentation : quels aliments produisent le moins de gaz à effet de serre ? https://quoidansmonassiette.fr/empreinte-carbone-de-co2-alimentation-quels-aliments-produisent-le-moins-de-gaz-a-effet-de-serre/ https://quoidansmonassiette.fr/empreinte-carbone-de-co2-alimentation-quels-aliments-produisent-le-moins-de-gaz-a-effet-de-serre/#comments Mon, 06 Jan 2020 13:38:29 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4890 Quel est l’impact environnemental de notre alimentation ? Une grande analyse publiée dans le journal Science sur 570 études couvrant 38 700 exploitations de 119 pays a estimé les émissions de gaz à effet de serre (GES avec une approche d’analyse de cycle de vie) pour 40 produits alimentaires qui représentent 90% des apports en […]

L’article Empreinte carbone de notre alimentation : quels aliments produisent le moins de gaz à effet de serre ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Quel est l’impact environnemental de notre alimentation ? Une grande analyse publiée dans le journal Science sur 570 études couvrant 38 700 exploitations de 119 pays a estimé les émissions de gaz à effet de serre (GES avec une approche d’analyse de cycle de vie) pour 40 produits alimentaires qui représentent 90% des apports en calories et en protéines. Les méthodes des calculs sont décrites en détails dans la publication de Science et portent sur des moyennes de plusieurs pays.

Impact environnemental de l’alimentation au niveau international

La chaîne d’approvisionnement alimentaire actuelle génère environ 13,7 milliards de tonnes métriques d’équivalents de dioxyde de carbone (CO2eq), soit 26% des émissions anthropiques de GES. Voici une synthèse visuelle des émissions moyennes en GES en CO2 équivalents pour 1kg ou 1L d’aliments au niveau mondial.

Pourquoi l’unité de comparaison est 1kg d’aliments ?

L’étude dans le journal Science porte sur des Analyses de Cycle de Vie (ACV). L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) définit l’ACV comme un outil de “compilation et évaluation des intrants, des extrants et des impacts environnementaux potentiels d’un système de produits au cours de son cycle de vie. L’objectif de l’ACV est de présenter une vision globale des impacts générés par les produits (biens, services ou procédés), déclinée selon différentes simulations”.

Le champ de ce type d’étude doit préciser les fonctions du produit étudié, l’unité fonctionnelle choisie, les frontières du système étudié et les limites de l’étude. Les limites du système ont été définies page 4 du supplementary material sur la figure S1 : par exemple, la séquestration du carbone dans les prairies a été exclue des ACV.

Les unités fonctionnelles choisies sont le 1kg d’aliments, les 1000 kcal pour les céréales et les 100g pour les produits animaux, les légumineuses, les fruits à coque et les fruits de la mer/poissons.

Tout est rapporté à 1kg pour pouvoir comparer sur une même base (voir le supplementary materials Data S2). De la même manière que pour comparer le prix de deux fruits un consommateur ramène les prix au kilo, pour comparer les impacts environnementaux de deux produits, on ramènera les impacts à une unité de mesure commune (ADEME).

Je ne donne pas les médianes parce qu’il y a un soucis pour certains aliments (avec un percentile négatif) mais vous pouvez consulter les médianes, la variance et les percentiles dans le Data S2.

La viande de bœuf est le principal émetteur de GES avec 99,5 kg CO2 éq/kg de bœuf arrivent ensuite les autres viandes bovines, le chocolat et le café, puis les crustacés et les fromages. Dans cette publication de Science, il n’y a pas de distinction (de précisions) sur le transport éventuel des fruits et légumes qui est un facteur important d’émissions de GES. Ces émissions comprennent la production agricole, la transformation, l’emballage et le transport.

Il est également intéressant de s’intéresser à l’impact en GES pour 1000 kcal de féculents : le riz et le manioc sont liés à des émissions légérement plus élévées que la pomme de terre ou le maïs.

Si l’on compare différentes sources protéiques pour 100g de protéines (puisque par rapport au 1er graphique on ne consomme pas 1kg de viande par jour – dans l’enquête INCA3, la consommation médiane de protéines des français est d’environ 80g/j) : on constate que les produits animaux restent les premiers émetteurs de GES. La qualité protéique (teneurs en acides aminés indispensables) n’est pas prise en compte ici.

Quel impact de nos consommations alimentaires en terme d’émissions de GES en France ?

En France 300 Mt de végétaux sont produites ou importées en France. Sur ces productions/importations, 110 Mt vont en alimentation animale et 70 Mt sont exportées pour les céréales et le lait principalement (ADEME). Un français consomme environ 2,4 kg d’aliments dont les 2/3 sont des produits végétaux. Tous les chiffres ci-desssous dans les prochains paragraphes proviennent du rapport de l’ADEME.

La production agricole et les émissions de GES

20% de la viande bovine et 30-40% de la viande porcine et de la volaille sont importées depuis l’Europe et en dehors de l’Europe.

Les consommations de lait et de viande mobilisent 80% de la surface agricole. C’est pourquoi les produits laitiers et la viande représentent 85% des émissions de GES pour la production agricole. La France exporte la moitié des céréales et un tiers de son lait avec un solde positif d’émission de GES de 9,3 Mt eq CO2 (les émissions en GES des produits exportés sont plus élevées que celles des produits importés).

En production, les émissions directes de GES proviennent principalement du méthane généré par la fermentation entérique des ruminants et les déjections, du protoxyde d’azote (élevage, volatilisation et lessivage des engrais) et du CO2 lors de combustion d’énergies fossiles. Les émissions indirectes proviennent de la fabrication du matériel agricole, de la production des phytosanitaires, l’énergie consommée par les bâtiments et machines agricoles.

La transformation alimentaire

Les principaux produits transformés sont les produits céréaliers, de boulangeries, la farine, les amidon, les boissons et les produits pour animaux.

Les fruits et les légumes hors saison, les principaux produits importés en France

Les pommes, les salades, les haricots verts, les carottes et navets sont produits principalement en France mais 40-60% des tomates, concombres, melons, pêches, nectarines, raisins, fraises et courgettes sont importés. Les oranges, les bananes et les clémentines/mandarines sont importés à 90-100%. La part de légumes frais importés est au plus bas en Septembre-Octobre. La France importe principalement du Maroc, de l’Espagne et la Belgique pour les légumes hors saison. Le transport est le principal vecteur d’émissions de GES pour ce groupe alimentaire. 44% des importations par avion sont constituées des fruits et des légumes et 25% pour les poissons et crustacés.

Au final, il vaut mieux limiter sa consommation de produits d’origine animale et de fruits et légumes hors saison et importés par avion pour diminuer son empreinte carbone alimentaire.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources des données de Science (extrait du fichier data S2 du matériel supplémentaire) :

Capture d’écran de la publication de Science (FU=Functional Unit= Unité Fonctionnelle)

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

BARBIER C., COUTURIER C., POUROUCHOTTAMIN P., CAYLA J-M, SYLVESTRE M., PHARABOD I., 2019, « L’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France », Club Ingénierie Prospective Energie et Environnement, Paris, IDDRI, 24p. Janvier 2019

Poore J, Nemecek T. Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers [published correction appears in Science. 2019 Feb 22;363(6429):]. Science. 2018;360(6392):987–992. doi:10.1126/science.aaq0216

ADEME. Comment réalise-t-on une ACV ? https://www.ademe.fr/expertises/consommer-autrement/passer-a-laction/dossier/lanalyse-cycle-vie/comment-realise-t-acv

L’article Empreinte carbone de notre alimentation : quels aliments produisent le moins de gaz à effet de serre ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/empreinte-carbone-de-co2-alimentation-quels-aliments-produisent-le-moins-de-gaz-a-effet-de-serre/feed/ 1
Climat : Le dipôle de l’océan Indien (IOD) accentue la sécheresse et les chaleurs en Australie https://quoidansmonassiette.fr/climat-dipole-de-locean-indien-incendies-accentue-la-secheresse-chaleurs-en-australie/ https://quoidansmonassiette.fr/climat-dipole-de-locean-indien-incendies-accentue-la-secheresse-chaleurs-en-australie/#respond Sat, 04 Jan 2020 16:19:27 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4867 L’Australie fait face à d’importants incendies et sécheresses actuellement qui sont liés à une phase positive du dipôle de l'océan indien (modification des courants marins et des vents)

L’article Climat : Le dipôle de l’océan Indien (IOD) accentue la sécheresse et les chaleurs en Australie est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
L’Australie fait face à d’importants incendies et sécheresses actuellement comme on peut le voir sur cette carte ci-dessous :

Carte du 4 janvier 2020

Ces incendies sont visibles par satellite, on voit bien les panaches de fumées. L’Indice Aérosol indique la présence de particules absorbant les ultraviolets (UV) dans l’air (aérosols) telles que la poussière du désert ou les particules de suie dans l’atmosphère. La couche d’index des aérosols est utile pour identifier et suivre le transport à longue distance les fumées des incendies de forêt ou des événements de combustion de la biomasse.

Le climat australien et le dipôle de l’océan Indien

Le climat australien est modulé par des oscillations de température de surface de la mer qui influent sur les courants marins et les précipitations. Ces oscillations australes constituent le dipôle de l’océan Indien (IOD). Celui-ci est en phase positive provoquant des épisodes chauds et secs en Australie et des pluies diluviennes en Afrique de l’Est.

Source : UN

En Novembre dernier, le Kenya avait connu d’importantes inondations affectant 100 000 personnes. En Ethiopie, 200 000 personnes ont dû être déplacées d’après le  Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.

Décès et nombre de personnes affectées par les inondations de Novembre 2019

Circulation océanique, vents et climats

 La circulation océanique a un impact important sur le climat en absorbant et redistribuant l’énergie solaire. Ces courants marins sont engendrés en surface par les vents et en profondeur par des différences de densité de l’eau. L’interface entre les courants superficiels et profonds est appelé la thermocline.

Cette circulation océanique varie régulièrement sous le nom de dipôle de l’océan Indien. Ce phénomène fait partie de l’oscillation australe, les oscillations de pressions atmosphériques dans l’océan Pacifique. Il existe 3 phases :

  • la phase neutre : l’air s’élève du côté de l’océan indien (gardant celui-ci chaud) avec des vents soufflant vers l’ouest le long de l’Équateur. Les précipitations tombent en Indonésie
  • la phase positive : les vents vers l’Ouest faiblissent le long de l’équateur (voire des vents vers l’Est se forment), l’eau de l’océan Indien (à l’Est) devient plus froide que les eaux de surface à l’Ouest du côté de l’Afrique. L’air froid descend et moins de nuages se forment en Australie/Indonésie. Des phénomènes d’upwelling (les eaux profondes remontent à la surface) se produisent en Australie. Cela provoque une baisse de l’humidité au Nord-Ouest de l’Australie et des températures élevées en hiver et au printemps
  • la phase négative : les vents vers l’Ouest s’intensifient le long de l’équateur ce qui concentre les eaux chaudes près de l’Australie, les nuages partent également vers l’Est, ce qui provoque des précipitations plus importantes en Australie.

Le dipôle avait atteint un pic à +2,15°C en Novembre par rapport à la normale. Cette phase positive du dipôle de l’océan indien et une oscillation Antarctique en phase négative (anomalie de pression élevée en Antarctique) favorisent des vents secs et chauds vers l’Australie et peu de précipitations.

D’après une publication dans Nature Geoscience, le changement climatique pourrait augmenter les amplitudes d’événements extrêmes en Australie. Plusieurs modèles de simulation climatique estiment que les vents pourraient faiblir (affaiblissement de la circulation de Walker) et que les phases négatives du dipôle de l’océan indien pourraient être moins fréquentes.

Les variations du dipôle de l’océan indien sont similaires aux changements induits par El Nino, un courant marin qui apporte un climat plus sec en Australie et de fortes précipitations en Amérique latine.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

Cai, W., Zheng, X., Weller, E. et al. Projected response of the Indian Ocean Dipole to greenhouse warming. Nature Geosci 6, 999–1007 (2013) doi:10.1038/ngeo2009

https://www.nature.com/articles/ngeo2009

Bureau of meteology. Australian government. http://www.bom.gov.au/climate/enso/index.shtml

L’article Climat : Le dipôle de l’océan Indien (IOD) accentue la sécheresse et les chaleurs en Australie est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/climat-dipole-de-locean-indien-incendies-accentue-la-secheresse-chaleurs-en-australie/feed/ 0
Santé : bénéfices et dangers du jeûne intermittent et de la restriction calorique https://quoidansmonassiette.fr/effets-risques-du-jeune-intermittent-et-restriction-calorique-sur-la-sante-humaine/ https://quoidansmonassiette.fr/effets-risques-du-jeune-intermittent-et-restriction-calorique-sur-la-sante-humaine/#respond Fri, 27 Dec 2019 16:12:38 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4833 Une nouvelle revue de la littérature scientifique sur le jeûne vient d'être publiée dans le prestigieux journal médical NEJM (2019). Celle-ci montre qu'un jeûne intermittent encadré médicalement pourrait être avoir des effets positifs sur la santé surtout cardiovasculaire. Que penser de cette pratique alors que certains organismes de santé publique mettent en garde ce régime très hypocalorique ?

L’article Santé : bénéfices et dangers du jeûne intermittent et de la restriction calorique est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Une nouvelle revue de la littérature scientifique sur le jeûne vient d’être publiée dans le prestigieux journal médical NEJM (2019). Celle-ci montre qu’un jeûne intermittent encadré médicalement pourrait être avoir des effets positifs sur la santé surtout cardiovasculaire. Que penser de cette pratique alors que certains organismes de santé publique mettent en garde ce régime très hypocalorique ?

Capture d’écran du site de CNN du 26 décembre 2019

Diverses pratiques de jeûne

D’un point de vue évolutif, le jeûne est un phénomène naturel auquel les humains et les organismes ont été régulièrement exposés par le passé. Bien que de nombreux animaux dans la nature rencontrent encore des périodes de temps prolongées avec peu ou pas de nourriture, les humains sont rapidement passés à un mode de vie sédentaire accompagné d’un approvisionnement continu et abondant en denrées alimentaires (Science 2018).

Il existe une diversité de pratique de jeûne sur la durée et la quantité de calories apportées :

  • le jeûne en continu induit une restriction calorique durant une certaine période
  • des jours alternés de jeûne (jeûne intermittent). Par exemple, le régime 5:2 consiste à jeûner 2 jours par semaine. Une autre pratique courante est d’alterner 1 jour de jeûne et 1 jour sans jeûne
  • des périodes de jeûne durant certaines heures planifiées de la journée
  • les régimes hypocaloriques
Il existe également les cures de jus, les régimes qui limitent les glucides (cétogèneà

Que se passe-t-il dans l’organisme quand on jeûne ?

La restriction des apports en calories entraîne une diminution des réserves en glycogène dans le foie et les muscles et une diminution du taux de glucose dans le sang. Ensuite survient la mobilisation des réserves

  • en graisses par lipolyse : l’hydrolyse des triglycérides (réserves de graisses) en acides gras libres. La cétogenèse dans le foie convertit ces acides gras libres en corps cétoniques comme substitut au glucose
  • Les protéines sont également mobilisées pour produire du glucose hépatique par néoglucogenèse
Metabolisme lipides proteines glucides simplifié voies

Les cellules et les systèmes organiques s’adaptent à ce défi bioénergétique en activant des voies de signalisation qui renforcent la fonction mitochondriale, la résistance au stress et les défenses antioxydantes tout en régulant à la hausse l’autophagie pour éliminer les molécules endommagées et recycler leurs composants. Pendant la période de restriction énergétique, les cellules adoptent un mode de résistance au stress en réduisant la signalisation de l’insuline et la synthèse globale des protéines. Le jeûne intermittent stimule l’autophagie et la mitophagie en inhibant la voie mTor. La voie de signalisation mTOR (mechanistic target of rapamycin – cible de la rapamycine chez les mammifères) est une enzyme de la famille des sérine/thréonine kinases qui régule notamment la prolifération cellulaire, la croissance cellulaire, la mobilité cellulaire, la survie cellulaire, des processus liés à la cancérogenèse.

Source : NEJM 2019

Est-ce que le jeûne intermittent et la restriction calorique sont bons pour la santé ?

Des études animales sur la survie et la restriction calorique

L’étude du NEJM mentionne une étude sur des rongeurs où le jeûne intermittent améliore l’espérance de vie médiane de 14 à 45% chez les rats et de 4 à 27% chez les souris (Swindell 2012). Deux autres études sur les singes ont montré des résultats contradictoires :

  • la restriction calorique diminuerait l’incidence du cancer, de diabète, de maladie cardiovasculaire et le risque de décès (Colman 2009) chez les singes du Wisconsin National Primate Research Center (WNPRC)
  • la restriction calorique n’a pas eu d’effet sur leur survie (Mattison 2012) chez les singes du National Institute of Ageing
Dans cette étude, la restriction calorique amène à moins de maladies

Ces résultats contradictoires pourraient venir de différences dans les régimes utilisés. Dans l’étude du WNPRC, les produits alimentaires sont purifiés alors que dans l’autre étude du NIA ce sont des aliments non transformés ni extraits.
WNPRC : les protéines viennent de l’α-lactalbumine (lactosérum)
NIA : les sources protéiques sont variées

WNPRC : les lipides viennent d’huile de maïs
NIA : les lipides proviennent des huiles de soja et de poisson. L’huile de poisson contient des oméga-3 (bénéfiques contre le risque cardiovasculaire)

WNPRC : les sucres du régime sont constitués de saccharose (28,5%) et d’amidon de maïs
NIA : les sucres du régime sont constitués de blé et de maïs moulus (3,9% de saccharose). Or les excès de saccharose peuvent être des facteurs de risque de diabète de type 2 par exemple.

Dans l’étude NIA, les singes n’étaient pas complètement nourris Ad libitum
Il y a d’autres explications données dans la publication de Mattison 2012.

La survie et le risque de mortalité n’ont pas été étudiés en études épidémiologiques sur l’Homme. Il est d’ailleurs difficile d’étudier le jeûne sur le long terme, dans certains essais cliniques, on avait des fois des abandons de la restriction calorique de 37% des participants dans le groupe du jeûne.

Études humaines sur la perte de poids, la santé cardiovasculaire

Dans plusieurs essais d’intervention humains, un jeûne intermittent ou une restriction calorique continue entraînent une perte de poids et de masse grasse à court terme.

L’Etude CALERIE est intéressante puisqu’elle a duré 2 ans et a comparé l’effet d’une restriction calorique de 25% vs un régime ad libitum (= “manger comme on veut”) chez des personnes saines. Cette restriction calorique a entraîné une amélioration de nombreux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, de l’amélioration de la qualité de vie et une perte de poids (Martin 2016, Most 2018, Kraust 2019).

L’essai clinique de Trepanowski (2017) est une seconde étude assez longue de 1 an qui n’a pas identifié de bénéfices pour le jeûne alternatif ou la restriction calorique en continu par rapport à un régime sans intervention : pas de différences pour l’insulinémie, les lipides, la pression artérielle ou les biomarqueurs de l’inflammation.

Voici un résumé de quelques essais cliniques sur le jeûne intermittent ou la restriction calorique avec des résultats contrastés :

Cancer et jeûne

Les études publiées sur le cancer sont en nombre très limité comme je le signalais dans un précédent article. La revue du NEJM ne mentionne que des études sur les mécanismes de cancer/jeûne chez les animaux, 2 rapports de cas chez l’Homme et une étude humaine sur l’adhérence à la restriction calorique chez des hommes atteints de cancer de la prostate. Le niveau de preuves est donc très faible.

L’Institut National contre le Cancer (INCa) écrivait en 2017 “Chez les patients atteints de cancer, la perte de poids et de masse musculaire observée dans les études cliniques suggère un risque d’aggravation de la dénutrition et de la sarcopénie, deux facteurs pronostiques péjoratifs reconnus au cours des traitements.”

Restriction calorique et capacité cognitive

Quelques études ont testé l’effet d’une restriction calorique (vs un régime sans intervention) sur les capacités cognitives et la mémoire. Ces précédentes études ont constaté une amélioration des résultats à des tests de mémoire chez les participants en restriction calorique de 25-30% de l’énergie (Witte 2009, Horie 2016, Leclerc 2019).

La revue du NEJM souligne le manque de données sur les troubles neurodégénératifs et le jeûne de manière générale.

Quelles sont les recommandations sur le jeûne ?

Les auteurs du NEJM sont en faveur du jeûne par intermittence. Ils soulignent la difficulté à adhérer à ce régime à la fois culturellement et la présence d’effet (faim, irritabilité) le 1er mois, le manque de soutien des médecins

Ils recommandent 2 jours de jeûne par semaine avec progression :

  • le premier mois : 1 jour de jeûne à 900-1000 kcal/jour
  • le second mois : 2 jours de jeûne à 900-1000 kcal/jour
  • le 3ème mois : 2 jours de jeûne à 750 kcal/jour
  • le 4ème mois : 2 jours de jeûne par semaine à 500 kcal
  • Peu d’études s’intéressent à la sécurité du jeûne

Deux remarques importantes dans cette revue de la littérature : “Un diététicien ou un médecin nutritionniste doivent être consultés pour s’assurer que les besoins nutritionnels du patient sont satisfaits et pour fournir des conseils et une éducation continue”. Il est également difficile d’extrapoler à la population générale les effets bénéfiques et risques du jeûne intermittent. Plusieurs essais ont été effectués dans des populations particulières (personnes âgées, obèses, sportifs).

D’autres avis d’expertise sur le jeûne

Une autre revue de la littérature parue en 2018 dans Science (Di Francesco) souligne que les “adultes en bonne santé ne devraient pas faire de jeûne sans consulter un professionnel de la santé (médecin ou diététicien) afin d’éviter tous risques”.

Un rapport de l’INSERM de 2014 écrivait que “la  pratique du jeûne  encadré médicalement semble globalement peu dangereuse, des risques réels existent dans des contextes différents et la plus grande prudence est alors de mise“. Ces contextes peuvent être par exemple effectuer un jeûne ou une restriction calorique en cas d’infection, de blessure ou d’ostéoporose/sarcopénie.

Le rapport de l’ANSES estime que les régimes très hypocaloriques (comme le jeûne) peuvent induire de façon aigüe des accidents par mort subite et des troubles du rythme cardiaque. Ils peuvent également altérer le statut en fer, provoquer des inflammations, augmenter la libération de POPs et être néfaste pour les os.

Chez les enfants ou les ados, une restriction calorique entraine un retard de croissance et de développement pubertaire.

The European Society for Clinical Nutrition and Metabolism ne recommande pas la restriction calorique ni le jeûne pour les patients avec ou à risque de malnutrition (Arends 2017).

Une manque de résultats concordants en essais cliniques

Globalement les résultats ne font pas de consensus scientifiques dans les études cliniques humaines pour les changements de poids, de masses gras. Le régime du jeûne intermittent est restrictif, hypocalorique et strict, il est difficile à mener à long terme. L’ANSES n’exclut pas des effets yoyo comme un regain de poids dès lors qu’on arrête cette pratique.

En conclusion, il n’est pas possible pour le moment de recommander le jeûne à visée préventive ou thérapeutique. Il y a très peu de preuves scientifiques sur la prévention des maladies cardiovasculaires. Il n’y a pas de preuves ni d’études sur la prévention du cancer ni en visée thérapeutique de n’importe quelle maladie.

C’est par rapport à la santé cardiovasculaire (niveaux en insuline, poids, masse grasse, inflammation) que l’on trouve le plus d’études d’intervention humaines sur les restrictions caloriques. Cependant, on a quelques résultats contradictoires avec l’étude d’intervention de Trepanowski (2017) qui n’identifiait pas d’effet de la restriction calorique. Ce régime pose plusieurs questions notamment en terme d’adhérence et d’effet sur le long terme.

Les études concernent surtout les modèles animaux ou in vitro (cellulaire) qui mettent en évidence des mécanismes moléculaires bénéfiques à l’organisme (résistance au stress oxydatif, activation de l’autophagie etc…) mais les études cliniques humaines sont clairement manquantes. Or les études animales présentent un niveau de preuves très faible en santé publique.

Par ailleurs, le jeûne n’est pas forcément adapté pour les personnes âgées au vue des risques de sarcopénie/ostéoporose ou pour les enfants (besoins nutritionnels pour la croissance) au vue des risques soulignés par l’ANSES. Et il n’existe pas qu’une seule pratique de jeûne.

La restriction calorique est un des outils de la naturopathie. Il est bon de rappeler que la naturopathie n’est à ce jour pas reconnue comme une qualification médicale en France. Il faut se méfier des charlatans ou des coachs qui poussent sans précaution à commencer un jeûne intermittent.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

Rafael de Cabo et al. Effects of Intermittent Fasting on Health, Aging, and Disease. N Engl J Med 2019; 381:2541-2551

Swindell  WR.  Dietary  restriction  in  rats and mice: a meta-analysis and review of  the  evidence  for  genotype-dependent  effects on lifespan. Ageing Res Rev 2012; 11: 254-70

Heilbronn LK, Smith SR, Martin CK, Anton SD, Ravussin E. Alternate-day fast-ing in nonobese subjects: effects on body weight, body composition, and energy metabolism. Am J Clin Nutr 2005;81:69-73

Harvie MN,  Pegington  M,  Mattson  MP, et al. The effects of intermittent or continuous  energy  restriction on  weight  loss and metabolic disease risk markers: a randomized trial  in  young  overweight  women. Int J Obes (Lond) 2011;35: 714-27

Harvie M, Wright C, Pegington M, et al. The effect of intermittent energy and car-bohydrate restriction v. daily energy re-striction on weight loss and metabolic disease risk markers in overweight women. Br J Nutr 2013;110:1534-47

L’article Santé : bénéfices et dangers du jeûne intermittent et de la restriction calorique est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/effets-risques-du-jeune-intermittent-et-restriction-calorique-sur-la-sante-humaine/feed/ 0
Les découvertes scientifiques et techniques majeures de l’année 2019 https://quoidansmonassiette.fr/nouvelles-decouvertes-scientifiques-techniques-majeures-de-lannee-2019/ https://quoidansmonassiette.fr/nouvelles-decouvertes-scientifiques-techniques-majeures-de-lannee-2019/#comments Sat, 21 Dec 2019 14:17:38 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4794 Quels sont les découvertes majeures de l'année 2019 ? Première image d'un trou noir et de la comète interstellaire 2I/Borisov, découverte de nouveaux traitements contre la mucoviscidose et Ebola, résolution d'équations mathématiques, déclin rapide la biodiversité, découvertes de peintures préhistoriques et d'un champignon de -1 milliard d'années...

L’article Les découvertes scientifiques et techniques majeures de l’année 2019 est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Quels sont les découvertes majeures de l’année 2019 ? Première image d’un trou noir et de la comète interstellaire 2I/Borisov, découverte de nouveaux traitements contre la mucoviscidose et Ebola, résolution d’équations mathématiques, déclin rapide de la biodiversité, découvertes de peintures préhistoriques et d’un champignon de -1 milliard d’années…

Découverte d’une nouvelle espèce humaine l’Homo luzonensis

Une nouvelle espèce humaine Homo luzonensis a été identifiée (publication dans Nature en avril 2019 mais les os datent de 2007) sur l’île de Luçon aux Philippines, suite à la trouvaille de dents, d’os de pieds et de mains qui datent d’au moins 50 000 ans.

Cette espèce était contemporaine à Homo sapiens. Les prémolaires trouvées sont constituées de 2 à 3 racines alors qu’Homo sapiens n’a qu’une ou deux racines sur ces dents. Les os des pieds présentaient également une courbure très marquée et des insertions très développées pour assurer la flexion du pieds, ce qui est caractéristique des Australopithèques. A gauche, une photo d’une phalange.

L’objet céleste le plus lointain observé par une sonde spatiale

Arrokoth (anciennement Ultima Thulé) est un astéroïde en forme de bonhomme de neige au-delà de Pluton qui date d’il y a 4,6 milliards d’années, un vrai vestige de la naissance des planètes. Cet objet (2014 MU69) a été identifié par la sonde spatiale New Horizons. Arrokoth signifie le ciel.

Seconde rémission du VIH-1 suit à une transplantation

Les cellules immunitaires expriment un co-récepteur CD4/CCR5 (chez les macrophages et les monocytes) ou CD4/CXC4 (chez les lymphocytes T4). Ce sont des portes d’entrée du VIH par lequel il se fixe à la cellule.

Le VIH est un virus qui s’attaque au système immunitaire provoquant une déficience immunitaire puis le décès par d’autres maladies opportunistes. C’est une pathologie incurable pour le moment. Quelques rares individus possèdent une mutation du gène de CCR5 (connue sous le nom de mutation CCR5Δ32 ) qui les protège donc d’une infection par le VIH. Le génotype CCR5Δ32 n’est présent que dans la population caucasienne : la fréquence moyenne est de 10 % (dont 1 % d’homozygotes) et va jusqu’à 16 % dans les populations de Finlande et de Russie (Duncan 2005).

La première rémission du VIH remonte à une décennie. Un patient de Berlin, Timothy Brown, avait reçu 2 transplantations de cellules souches hématopoïétiques venant d’un donneur présentant une mutation homozygote dans le corécepteur d’entrée du VIH CCR5 (CCR5Δ32/Δ32) afin de traiter sa leucémie myéloïde aiguë.

Récemment, une publication dans le journal Nature (Gupta 2019) a confirmé une seconde rémission du VIH-1 suite à également une transplantation de cellules hématopoïétiques avec cette mutation (CCR5Δ32/Δ32). 16 mois après la transplantation, le patient a arrêté son traitement anti-rétroviral : l’ARN plasmatique du VIH était indétectable à moins d’une copie par mL.

Malheureusement la greffe de moelle osseuse n’est pas une piste de thérapie solide puisqu’en plus que cette mutation CCR5Δ32 soit rare, il faut que le receveur et le donneur soit compatible, ce qui fait une probabilité très très mince d’avoir cette situation…

Résolution de l’équation diophantienne du nombre 33

Une équation diophantienne est une équation avec uniquement des nombres entiers. Des chercheurs ont résolu l’équation diophantienne de la somme de trois cubes de nombres entiers pour le nombre 33.

L’équation était x3 + y3 + z3 = k

  • avec k qui est un nombre entre 1 et 100
  • x,y,z des nombres entiers

On sait que certains nombres entiers sont la somme de trois cubes de nombres entiers par exemple 13 + 13 + 13 = 3 ou 13 + 13 + 23 = 1+1+8=10

Il a été démontré que certains entiers (par exemple 4 et 5) ne sont pas écrivables en somme de cubes. Le cas du nombre 33 n’était pas résolu jusqu’à cette année : le nombre 33 est la somme de trois cubes de nombres entiers à 16 chiffres. Les réponses sont x=8 866 128 975 287 528       y=-8 778 405 442 862 239    z= -2 736 111 468 807 040

Découverte fin août par un astronome amateur de la comète interstellaire 2I/Borisov

A gauche : la comète apparaît devant une galaxie spirale à fond lointain (2MASX J10500165-0152029)
A droite : la comète Borisov est à 300 millions de kilomètres de la Terre sur cette photo, près du bord intérieur de la ceinture d’astéroïdes mais en dessous

2 images prises par le télescope Hubble capturant la comète 2I/Borisov. Ce n’est que le 2ème objet interstellaire connu pour avoir traversé le système solaire ! La gravité du soleil dévie légèrement sa trajectoire, mais ne peut pas la capturer à cause de la forme de son orbite et sa vitesse élevée de 150 000 km/h. Les images Hubble montrent que le rayon de la comète est inférieur à un demi-kilomètre. La connaissance de la taille est potentiellement utile pour commencer à estimer la fréquence ces objets peuvent se trouver dans le système solaire et dans notre galaxie.

Première image d’un trou noir

Les scientifiques ont obtenu la première image d’un trou noir en utilisant les observations du télescope Event Horizon (EHT) du centre de la galaxie M87.

L’image montre un anneau lumineux formé par la lumière qui se courbe de manière intense autour d’un trou noir 6,5 milliards de fois plus massif que le Soleil. Cette image recherchée depuis longtemps fournit la preuve la plus solide à ce jour de l’existence de trous noirs supermassifs et ouvre une nouvelle fenêtre sur l’étude des trous noirs, de leurs horizons d’événements et de la gravité. L’EHT est en ensemble de 8 radiotélescopes à l’échelle planétaire. Ce trou noir est à 55 millions d’années-lumières de la Terre.

Les trous noirs supermassifs sont des objets astronomiques relativement minuscules – ce qui les rend impossible à observer directement jusqu’à présent. Comme la taille d’un trou noir est proportionnelle à sa masse, plus un trou noir est massif, plus l’ombre est grande.

Nouveaux traitements contre Ebola

ZMapp est un médicament composé de 3 anticorps monoclonaux chimérique pour traiter la fièvre hémorragique Ebola. Ce médicament résulte de la collaboration entre Mapp biopharmaceutical (San Diego) et l’Agence de santé publique du Canada. En 2014, à cause l’ampleur de l’épidémie, ce médicament avait été utilisé à titre expérimental.

virus Ebola

Un essai clinique a récemment montré (dans le NEJM le 12 décembre) que deux autres traitements pourraient être supérieur à ZMapp : l’anticorps monoclonal (Mab114) et l’anticorps triple monoclonal RGN-EB3. Le taux de décès était de 49% avec ZMapp, 53% avec remdesivir, 34% avec Mab114 et 29% avec REGN-EN3 sur 725 patients.

Les meilleurs joueurs de Poker battus par l’IA

Les meilleurs joueurs du monde de poker Texasa Hold’em ont été battus par un programme d’intelligence artificielle nommé Pluribus (Brown 2019). Dans les jeux, l’équilibre de Nash est une situation où chaque joueur peut prévoir le choix des auteurs et il peut maximiser son gain en fonction de cette prévision. Dans cet équilibre, aucun joueur ne regrette son choix.

Pluribus a appris à jouer au poker en multipliant les parties et en cherchant à minimiser la perte subie à chaque fois en utilisant le CFR (counterfactual regret minimization). Le CFR est un algorithme de jeu itératif où l’IA commence à jouer au hasard mais s’améliore progressivement en battant des versions antérieures à lui-même. À la fin de l’itération, la stratégie de l’IA est mise à jour afin que les actions avec un regret plus élevé soient choisies avec une probabilité plus élevée.

Reconstitution de la météorite de Chicxulub et de la fin des dinosaures

Des chercheurs ont analysé des carottes de forages du cratère de Chicxulub au Mexique. Ils ont constitué une proposition de l’histoire de la disparition des dinosaures entre l’ère Cénozoïque et Mésozoïque.

Le site M0077 (Chicxulub) comprend ∼130 m de roche fondue par impact et de suévite (roche formée par impact de météorite) déposées le premier jour du Cénozoïque.

L’astéroïde de 12km de diamètre est arrivé sur la Terre il y a 66 millions d’années. Il a formé un trou de 100km de long et 40km de profondeur. Quelques minutes après, la croute terrestre est remontée de 1000m vers le haut en anneau central (comme une goutte tombée dans l’eau).

L’impact de la météorite a éjecté des fragments de roche fondue (micro-crystites) altérées et des minéraux choqués sur plus de 6000 km. Le cratère était principalement constitué d’évaporites. Cette explosion a libéré des aérosols dus à la vaporisation du soufre (325 Gt de soufre) ainsi que la formation de 425 Gt d CO2 et cela a provoqué une diminution de la température de 10 à 28°C. La météorite a également provoqué des tsunamis.

La suie à l’intérieur de la couche limite de K-Pg (Crétacé-Paléogène) indique que de vastes incendies induits par l’impact se sont produits instantanément ou quelques mois après. Tous les végétaux ont brûlé autour des 1000km du cratère. Tous ces événements ont mené à une extinction massive des espèces et à la fin de l’ère Mésozoïque.

Le plus vieux champignon au monde

Le plus vieux champignon au monde est Ourasphaira giraldae datant de -1.1 milliard d’années à -890 millions d’années. Ce champignon a été retrouvé au sud de l’île Victoria près de l’océan Arctique (Loron 2019).

L’image au microscope du spore d’Ourasphaira giraldae, mesurant entre 33 et 80 μm de diamètre.

La plus vieille peinture de chasse rupestre au monde

Une peinture rupestre datant de moins 43 900 ans (datation par l’uranium-thorium) été découverte dans la grotte de calcaire de Leang Bulu ‘Sipong à Sulawesi en Indonésie (Aubert 2019). Cette peinture représente des thérianthropes chassant des cochons sauvages et des bovidés nains. Un thérianthrope est un être humain transformé en animal. Ce serait la scène de chasse la plus ancienne au monde.

En comparaison, les peintures rupestres en France de la grotte de Chauvet (Ardèche) remontent à environ 35.000 ans, celles de Lascaux (Dordogne) à environ 20.000 ans. Les dessins de la grotte de Lascaux ont été découverts par 4 adolescents en Dordogne le 12 septembre en 1940. En 1963, la grotte originale de Lascaux est fermée du public pour sa préservation.

Nouveau traitement contre la mucoviscidose

La mucoviscidose est une maladie rare, évolutive et mortelle qui entraîne la formation d’un mucus épais qui s’accumule dans les poumons et le tube digestif. Cela provoque de graves problèmes respiratoires et digestifs. Cette maladie est due à une mutation dans le gène CFTR (maladie autosomique récessive), la mutation la plus courante est F508del. La protéine CTFR (Cystic fibrosis transmembrane conductance regulator) est un cal qui permet l’échange d’ions chlorures entre l’intérieur et l’extérieur de la cllule. Elle touche en France 1 naissance sur 4500 nouveaux (INSERM).

Trikafta est une combinaison de trois médicaments qui ciblent la protéine CFTR défectueuse. Il aide la protéine produite par le gène CFTR muté à fonctionner plus efficacement. L’efficacité de ce médicament a été démontré dans deux essais cliniques randomisés, en double aveugle, contrôlé par placébo au près de 403 et 107 patients respectivement. Les 2 essais ont évalué le pourcentage de volume expiratoire forcé dans un groupe traité vs placébo. Le volume maximal expiré en une seconde (VEMS) est le paramètre qui reflète le mieux l’évolution de la fonction respiratoire au cours de la maladie, c’est le volume d’air expiré pendant la première seconde d’une expiration dite forcée, suite à une inspiration profonde. Le VEMS diminue en cas d’obstruction des voies respiratoires.

Dans l’essai de Middleton (2019), 403 patients ont été randomisés et ont reçu au moins une dose de traitement actif ou de placebo. Trikafta améliore de 10 à 14 % le VEMS les fonctions pulmonaires des patients, par rapport à un placébo. Des événements indésirables (maux de tête, les infections des voies respiratoires supérieures, les douleurs abdominales, la diarrhée, les éruptions cutanées, l’augmentation des enzymes hépatiques …) conduisant à l’arrêt du protocole d’essai sont survenus chez 1% des patients. Ce traitement ne guérit pas de la mucoviscidose.

Le 21 octobre 2019, l’agence américaine US FDA a autorisé un médicament pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de mucoviscidose (le médicament ne guérit pas).

La disparition des espèces

Le rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) vient d’être publié met en avant que « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine – et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier ». Le rapport estime qu’environ 1 million d’espèces animales et végétales (sur 8 millions) sont aujourd’hui menacées d’extinction.

tortue de mer

Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d’un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. La situation est moins claire pour les espèces d’insectes, mais les données disponibles conduisent à une estimation provisoire de 10 % d’espèces menacées. Depuis 1980, la pollution atmosphérique a été multipliée par 10.  33% des stocks de poissons sont surexploités. La surface mondiale forestière a diminuée de 32%.

Une étude dans Science (Rosenberg 2019) s’inquiète que depuis 1970, 3 milliards d’oiseaux ont disparu en Amérique du Nord, soit une chute spectaculaire de la population globale de 29%.

Autres découvertes intéressantes

  • Chelonoidis phantastica, une espèce de tortue que l’on pensait disparue a été découverte sur l’île de Fernandin dans les Galapagos.
  • Les astronautes américaines Christina Koch et Jessica Meir ont effectué le 18 octobre 2019 des opérations de maintenance à l’extérieur de la Station spatiale internationale. C’était la première sortie dans l’espace d’un duo 100% féminin.
Christina Koch et Jessica Meir

Le Nicotinamide Mononucléotide (NMN), un facteur clef dans le vieillissement

L’un des changements du corps à mesure qu’il vieillit est une diminution du nombre et de la fonction des cellules endothéliales (couche interne des vaisseaux sanguins) qui tapissent le système vasculaire. Selon la théorie vasculaire du vieillissement (Le Couteur et Lakatta, 2010), le déclin vasculaire est l’une des principales causes du vieillissement et des maladies liées à l’âge. La performance des organes et des tissus dépend de façon critique d’un réseau micro capillaire fonctionnel qui maintient un approvisionnement en oxygène, échange de la chaleur et des nutriments et élimine les déchets.

À partir de 40 ans, l’irrigation tissulaire diminue régulièrement et inexorablement par une augmentation de l’apoptose (mort cellulaire) de cellules endothéliales, entraînant un dysfonctionnement des organes et une fragilité croissante au cours des dernières décennies de la vie. Le NAD+ (co-enzyme, Nicotinamide adénine dinucléotide) endothélial et le SIRT1 sont des régulateurs critiques du remodelage vasculaire. NMN est un précurseur de NAD+

Dans une étude publiée dans le journal Cell, l’équipe a observé que les animaux traités au mononucléotide nicotinamide, ou NMN, présentaient une croissance accrue des cellules des vaisseaux sanguins et une réduction de la mort cellulaire. Le traitement a stimulé l’endurance et l’endurance du spécimen.

Ces résultats montrent que la coenzyme NAD + pourrait renverser certains processus liés aux vieillissements cellulaires. Ces résultats sont bien sûr à vérifier sur des études humaines.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

Détroit et al. A new species of Homo from the Late Pleistocene of the Philippines. Nature volume 568, pages181–186(2019)

Brown, N., & Sandholm, T. (2019). Superhuman AI for multiplayer poker. Science, eaay2400. doi:10.1126/science.aay2400

Gupta et al. HIV-1 remission following CCR5Δ32/Δ32 haematopoietic stem-cell transplantation. Nature volume 568, pages244–248(2019)

Duncan SR, Scott S, Duncan CJ. Reappraisal of the historical selective pressures for the CCR5Δ32 mutation. J Med Genet 2005; 42 : 205–8

Andrew R. Booker, Cracking the problem with 33, Research in Number Theory (2019). DOI: 10.1007/s40993-019-0162-1

Détroit et al. A new species of Homo from the Late Pleistocene of the Philippines. Nature volume 568, pages181–186(2019)

Sabue Mulangu et al. A Randomized, Controlled Trial of Ebola Virus Disease Therapeutics. N Engl J Med, 381 (24), 2293-2303, 2019 Dec 12

Gulick, S. P. S., Bralower, T. J., Ormö, J., Hall, B., Grice, K., … Schaefer, B. (2019). The first day of the Cenozoic. Proceedings of the National Academy of Sciences, 201909479. doi:10.1073/pnas.1909479116

K. Rosenberg et al., Decline of the North American avifauna, Science, Vol. 365, p. 1228, 20 September 2019

IPBES. Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques https://www.dropbox.com/sh/yd8l2v0u4jqptp3/AAACtf6ctsoUQ9hlPQxLpVsKa?dl=0&preview=20190504+IPBES7+Media+Release+Global+Assessment+Final+Errata2+FRE.pdf

Loron, C. C., François, C., Rainbird, R. H., Turner, E. C., Borensztajn, S., & Javaux, E. J. (2019). Early fungi from the Proterozoic era in Arctic Canada. Nature, 570(7760), 232–235. doi:10.1038/s41586-019-1217-0

Maxime Aubert et al. Earliest hunting scene in prehistoric art. Nature volume 576, pages442–445(2019)

Middleton, P. G., Mall, M. A., Dřevínek, P., Lands, L. C., McKone, E. F., Polineni, D., … Jain, R. (2019). Elexacaftor–Tezacaftor–Ivacaftor for Cystic Fibrosis with a Single Phe508del Allele. New England Journal of Medicine. doi:10.1056/nejmoa1908639 

Das et al. Impairment of an Endothelial NAD+-H2S Signaling Network Is a Reversible Cause of Vascular Aging. Cell, Volume 173, Issue 1, 22 March 2018, Pages 117-129.e14

L’article Les découvertes scientifiques et techniques majeures de l’année 2019 est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/nouvelles-decouvertes-scientifiques-techniques-majeures-de-lannee-2019/feed/ 1
D’où vient l’odeur du sapin de Noël ? https://quoidansmonassiette.fr/dou-vient-lodeur-du-sapin-de-noel/ https://quoidansmonassiette.fr/dou-vient-lodeur-du-sapin-de-noel/#respond Thu, 19 Dec 2019 11:11:07 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4785 Un des principales différences entre un sapin artificiel et naturel est son odeur qui va embaumer la maison. Mais d'où vient cette fragrance ?

L’article D’où vient l’odeur du sapin de Noël ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Le sapin de Nordmann appelé sapin du Caucase (Abies nordmanniana) est le principal sapin vendu. Environ 6-7 millions de sapins naturels sont vendus en France (Kantar/France AgriMer). Ces ventes représentent environ 186 millions d’euros. La moitié des sapins de Noël sont achetés avant le 9 décembre.

Saviez-vous qu’il existe des sapins de Noël label rouge ? Ce label garantit “une esthétique et une bonne densité des branches, une forme conique et une flèche pas trop longue”.

Un des principales différences entre un sapin artificiel et naturel est son odeur qui va embaumer la maison. Mais d’où vient cette fragrance ?

L’odeur du sapin naturel

L’arôme d’un arbre de Noël dépend tout d’abord de l’espèce. L’odeur provient principalement de trois molécules de la famille des terpènes :

  • l’alphapinène et le béta-pinène (C10 H16). Ces molécules volatiles ont une forte odeur boisée. L’alphapinène est souvent utilisé pour cette raison dans les déodorants, les produits de soins personnels… C’est un des principaux constituants de l’essence de térébenthine. Ce sont également des molécules inflammables. L’alphapinène contrôle la croissance des racines et de la germination (Abrahim 2000).

Deux articles dans le journal Nature (Kirkby 2016, Tröstl 2016) ont remarqué que l’α-pinène pourrait participer à l’ensemencement des nuages comme particule aérosol. Les nuages ​​sont constitués de gouttelettes microscopiques d’eau liquide ou de petits cristaux de glace. Dans l’atmosphère, la vapeur d’eau ne peut pas simplement se transformer en nuage tout seule : elle a besoin de particules solides ou liquides, appelées aérosols, pour se condenser (on parle de nucléation).

  • l’acétate de bornyle apporte également des notes boisées, fraîches et résineuses
  • D’autres molécules odorantes participent à l’odeur de sapin de Noël comme le limonène (odeur d’agrumes), le myrcène (odeur de thym, de houblon), le camphène (odeur de camphre), l’α-phellandrène (odeur de menthe) ou le delta-octalacton (odeur de noix de coco). Une étude (Schreiner 2017) sur l’odeur du pin silvestre avait identifié 44 composés olfactifs.

Pourquoi mon sapin de Noël ne sent pas ?

Il est possible que votre sapin coupé sèche et que la sève ne circule plus et donc peu de molécules odorantes seront libérées.

L’odeur d’un sapin artificiel peut provenir des retardateurs de flamme qui rend ignifugé le sapin.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

Kantar TNS. L’achat de sapins pour les fêtes de Noël 2018. Mars 2019

NTP TOX 81. NTP Technical report on the toxicity studies of α-Pinène (CASRN 80-56-8) administered by inhalation to F344/N rats and B6C3F1

Kirkby et al. Ion-induced nucleation of pure biogenic particles. Nature volume 533, pages521–526(2016)

Tröstl et al. The role of low-volatility organic compounds in initial particle growth in the atmosphere. Nature volume 533, pages527–531(2016)

Schreiner et al. Resolving the smell of wood – identification of odour-active compounds in Scots pine (Pinus sylvestris L.). Sci Rep. 2018; 8: 8294.

L’article D’où vient l’odeur du sapin de Noël ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/dou-vient-lodeur-du-sapin-de-noel/feed/ 0
Les intoxications alimentaires en Europe : principaux agents pathogènes responsables d’épidémies alimentaires https://quoidansmonassiette.fr/intoxications-alimentaires-en-europe-principaux-agents-pathogenes-responsables-depidemies-alimentaires/ https://quoidansmonassiette.fr/intoxications-alimentaires-en-europe-principaux-agents-pathogenes-responsables-depidemies-alimentaires/#respond Mon, 16 Dec 2019 16:41:11 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4765 Les infections d'origine alimentaire sont courantes, 5146 épidémies alimentaires ont été rapportés dans l'Union Européenne touchant 48 365 personnes. La salmonellose est la pathologie la plus courante (surtout représentée en Slovaquie, en Espagne et en Pologne) et liée à la consommation d’œufs

L’article Les intoxications alimentaires en Europe : principaux agents pathogènes responsables d’épidémies alimentaires est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Tous les États membres de l’Union européenne (UE) sont tenus de collecter des données sur les intoxications et épidémies alimentaires et leurs origines. Un rapport de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire) analysé les maladies d’origines alimentaires en Europe en 2018.

Les infections d’origine alimentaire sont courantes, 5146 épidémies alimentaires ont été rapportés dans l’Union Européenne. La salmonellose est la pathologie la plus courante (surtout représentée en Slovaquie, en Espagne et en Pologne) et liée à la consommation d’œufs. Les pathologies alimentaires vont de la diarrhée, de la nausée, des vomissements à des troubles graves comme des insuffisances rénales, hépatiques, neurologiques, la septicémie voire le décès. Les infections d’origine alimentaire sont causée par des micro-organismes (bactéries, virus, parasites, champignons, prions) ou des toxines.

Quels sont les causes les plus courantes de ces intoxications alimentaires ?

Sur les 5146 foyers épidémiques, dans 3 923 cas, des agents infectieux ont pu être identifiés avec une association causale. La cause était inconnue pour 23,8% des épidémies alimentaires.

Salmonella est l’agent le plus souvent identifié dans des intoxications alimentaires.. Les bactéries Campylobacter spp. et E. Coli sont également souvent mis en cause. L’infection par Listeria Monocytogenes est plus rare mais le taux de létalité est élevé (53% des morts liées à l’alimentation).

Cette infographie traduit la page 55 du rapport

Les Salmonelles et Clostridium botulinum sont dans les top3 des causes de décès alimentaires. La viande et produits à base de viande est liée à 16% des intoxications alimentaires puis arrivent les œufs et ovoproduits (14,8%), les poissons et produits de la mer (8,5%), les légumes (4,5%), les céréales et légumineuses (2,1%), les fruits et jus (1,2%), le lait (0,9%), le fromage (0,6%). L’eau est vecteur de 11,4% des cas.

Où ont lieu les intoxications alimentaires ?

34% des épidémies alimentaires ont lieu à la maison, 30% dans les restaurants et fast-food et 16% à la cantine ou à l’hôpital.

En 2018. STEC = E. Coli

Salmonellose, un agent infectieux assez courant

Dans l’Union Européenne (UE), les épidémies de salmonelle étaient principalement véhiculées par les œufs et les ovoproduits (37%), les produits de boulangerie (17%), la viande (8%)

91 857 cas de salmonellose ont été rapportées en 2018 (20.1 cas pour 100 000), avec principalement des salmonelloses non typhique. Cette bactérie est présente dans la matière fécale des animaux qui peut contaminer les pâturages, les sols et l’eau pendant plusieurs mois. La contamination se fait par les aliments contaminés pas assez cuit : surtout les œufs et les produits à base d’œuf (45.6%), les produits de boulangerie (9.8%), le porc, les produits mixtes et à base de viande, les légumes et jus) mais il est possible d’en retrouver sur des végétaux crus. Les salmonelles peuvent persister dans les poudres de lait.

La salmonellose est caractérisée par des vomissements (gastro-entérite), de la fièvre, des douleurs abdominales, de la diarrhée. Les symptômes débutent 12-36h après ingestion de la bactérie et la pathologie dure 2-7 jours.

La bactérie Campylobacter et campylobacteriose

La poulet et la dinde sont les principaux aliments contaminés (37,5% et 28,2% respectivement des échantillons analysés). Le niveau d’occurrence était faible dans le lait et les fromages avec 0.6% de présence mais le lait contribue à 35,7% des campylobactérioses et le poulet à 35,7% des épidémies également. L’eau peut également être contaminée.

246 158 campylobactériose (64,8 cas pour 100 000) avec une tendance à l’augmentation entre 2008-2017 ont été rapportées. Une campylobactériose est caractérisée par de la diarrhée (souvent avec du sang dans les selles), des douleurs abdominales, de la fièvre, des nausées. Les premiers symptômes arrivent dans les 2-5 jours après l’infection. L’individu infecté reste contagieux pour une durée moyenne de 38 jours (ANSES). Les bactéries campylobacter survivent à des températures de réfrigération (0-10°C).

D’autres agents infectieux

  • 8161 cas d’infection à E. Coli producteurs de Shiga-toxines (surtout la souche O157) ont été rapportés. Les principaux aliments incriminés étaient les viandes bovine, porcine et ovine et le lait cru puis les produits laitiers. E. Coli est une bactérie très courante dans les intestins humains et dans les animaux. La plupart des souches d’E. Coli ne sont pas pathogènes mais certaines souches E0157, O26, O103, O145, O91, O146. peuvent provoquer de sévères maladies (des atteintes rénales, des diarrhée bénigne à hémorragiques). Les Escherichia coli entérohémorragiques libèrent des shigatoxines après avoir colonisé le tube digestif.
  • 2 549 cas confirmé de listériose, soit 0,47 cas pour 100 000 Le taux de létalité est de 15.6%. La population principalement touché sont les mêmes personnes âgées. Les principaux aliments impliqués étaient les légumes, les jus, les céréales, des aliments mix et le porc.
  • Les toxines biomarines (ciguatoxines) sont des risques émergents. Cette toxine marine provient d’une micro-algue (un dinoflagellé benthique épiphyte du genre Gambierdiscus). Une ciguatera (nom de l’intoxication) est caractérisée par des symptômes gastro-intestinaux, des troubles de la sensibilité, musculaires, articulaires et cutanés. La France a rapporté +50% de cas d’infection (+42% pour l’UE) par rapport à l’année précédente du rapport de l’EFSA. La dose minimale susceptible de provoquer des symptômes chez 20% de consommateurs serait de 1 ng/kg poids corporel (ANSES).
  • Les norovirus apportent souvent des diarrhée et des vomissements. L’homme infecté est le seul réservoir des norovirus pour les humains. La transmission se fait par des aliments contaminés (voie féco-orale) mais également par transmission aérienne lors de vomissements par exemple. Les principaux aliments concernés sont les fruits rouges, les eaux, les coquillages bivalves
  • L’hépatite A est souvent transmise par des aliments contaminés par de la matière fécale (voie féco-orale). Les principaux aliments concernés sont les végétaux crus (carottes, persil, fenouil, tomates…) et les fruits (framboises, fraises…).
  • Les toxines de champignons (mycotoxines) peuvent être trouvé dans les produits laitiers, le lait, les céréales
  • Il existe d’autres agents infectieux que je ne vous détaille pas : des parasites (Anisakis, Cysticercus, Sarcocystis, Trchinella), des virus (hépatite E, West Nile virus, Toxoplasmose…) et d’autres bactéries (Yersinia, Bacillus cereus, Clostridium botulinum...).

Comment éviter les maladies d’origine alimentaire ?

Il convient d’appliquer les règles d’hygiène élémentaires de cuisine comme :

  • se lacer la main avant et après avoir manipulé des aliments crus
  • ne pas mélanger les aliments crus et cuits
  • cuire à cœur les aliments surtout les viandes
  • ne pas laver la coquille des œufs
  • se laver les mains après un contact avec un animal vivant

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

OMS Europe. The burder of foodborne diseases in the WHO European Region. 2017. http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0005/402989/50607-WHO-Food-Safety-publicationV4_Web.pdf?ua=1

EFSA, 2019. Scientific report on the European Union One Health 2018 Zoonoses Report. https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2019.5926

ANSES. État des connaissances relatives à la contamination des requins, notamment tigre et bouledogue, par des ciguatoxines. Août 2014 https://www.anses.fr/fr/system/files/ERCA2013sa0198Ra.pdf

L’article Les intoxications alimentaires en Europe : principaux agents pathogènes responsables d’épidémies alimentaires est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/intoxications-alimentaires-en-europe-principaux-agents-pathogenes-responsables-depidemies-alimentaires/feed/ 0
Quels aliments riches en calcium ? Quelle biodisponibilité dans les légumes, les fruits à coque et les produits laitiers ? https://quoidansmonassiette.fr/quels-aliments-riches-en-calcium-biodisponibilite-legumes-fruits-coque-produits-laitiers/ https://quoidansmonassiette.fr/quels-aliments-riches-en-calcium-biodisponibilite-legumes-fruits-coque-produits-laitiers/#respond Tue, 10 Dec 2019 14:57:57 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4742 Si on ne consomme plus nos 2-3 produits laitiers par jour, est-il possible de combler ses besoins en calcium ? Quels sont les aliments sources de calcium ? Un paramètre crucial à prendre en compte est la biodisponibilité du calcium.

L’article Quels aliments riches en calcium ? Quelle biodisponibilité dans les légumes, les fruits à coque et les produits laitiers ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Si on ne consomme plus nos 2-3 produits laitiers par jour, est-il possible de combler ses besoins en calcium ? Pour différentes raisons (personnels, bien-être animal, intolérance au lactose…), il arrive qu’on veuille diminuer sa consommation de yaourts, laits et fromages. Quels sont les aliments sources de calcium ? Un paramètre crucial à prendre en compte est la biodisponibilité du calcium.

Les boissons végétales, les céréales petits déjeuner, le lait et les yaourts sont souvent fortifiés en calcium (FAO).

Qu’est-ce que le calcium ?

Le calcium est l’élément chimique de n°20, de symbole Ca.

Le calcium se retrouve sous deux formes :

  • du calcium fixé à des protéines plasmatiques (albumine principalement et globuline)
  • du calcium fixé à des anions : oxalates, phosphates, lactates, acides gras…
  • du calcium sous forme de cation Ca2+ (libre). Ce calcium libre est la seule forme biologiquement active

Le calcium est un élément impliqué dans la communication cellulaire, la contraction musculaire, la conduction nerveuse, la formation du tissu osseux.

Le maintient d’un niveau de calcium dépend des flux de calcium entre les os (résorption et accrétion osseuses), les reins (excrétion et réabsorption rénale) et l’intestin (absorption intestinale). La régulation se fait notamment par des hormones (PTH hormone parathyroïdienne, hormones gluco-minéralocorticoïdes) et la 25-OH-vitamine D3 (vitamine D hydroxylée en position 25 au niveau hépatique).

La régulation se fait par des hormones (PTH hormone parathyroïdienne, hormones gluco-minéralocorticoïdes) et la 25-OH-vitamine D3 (vitamine D hydroxylée en position 25 au niveau hépatique).

Quels apports alimentaires recommandés ?

Les références nutritionnelles pour la population sont de 860mg/jour pour les 19-23 ans et de 750 mg pour les plus de 24 ans. Les anciens apports Nutritionnels conseillers étaient de 500 mg chez le nourrisson, de 700 mg chez l’enfant de 4 à 6 ans, de 900 mg chez l’enfant de 7 à 9 ans et de 1200 mg jusqu’à 19 ans (ANSES).

La couverture des besoins en calcium est particulièrement importante lors de l’enfance à cause de la minéralisation du squelette (ANSES). Pour les enfants, l’ANSES écrivait “les produits laitiers constituent le levier le plus pertinent pour faciliter la couverture du besoin des enfants en calcium mais qu’il existe des alternatives, notamment chez les enfants qui consomment peu de produits laitiers” (comme les légumes à feuilles et les eaux minérales). Cet article s’adresse surtout aux adultes, les nourrissons, les femmes enceintes/allaitantes et les personnes âgées ont des besoins physiologiques différents, vous pourrez trouver des informations additionnelles : https://www.anses.fr/fr/content/nutrition-des-enfants-des-personnes-%C3%A2g%C3%A9es-et-des-femmes-enceintes-ou-allaitantes-l%E2%80%99anses

Le Scientific Committee on Food (SCF 2003) a fixé une limite supérieure de sécurité de 2500mg/jour.

Dans quels aliments trouve-t-on du calcium ?

Le calcium se trouve principalement dans les fromages (aliments les plus riches en calcium), les produits laitiers, le lait, certains légumes à feuilles cependant, le calcium n’est pas forcément assimilable de la même façon dans les produits végétaux et animaux. Le calcium est également présent et absorbable grâce aux eaux minérales.

Attention, les boissons au soja (non enrichies en calcium) sont naturellement pauvres en calcium (12mg/100mL).

Merci de me citer si vous ré-utilisez cette infographie. Designed by Quoidansmonassiette.fr (T. Fiolet) from Flaticon. Noix du brésil : % biodisponibilité in vitro =32% et pour les noisettes =15,3%

D’après l’enquête INCA3, les produits laitiers sont les principaux contributeurs des apports en calcium (58% de l’apport total), les fruits et les légumes contribuent à 6,6% de l’apport calcique pour les enfants 0-10 ans.

Les produits laitiers (surtout les fromages) contribuent à 38% de l’apport  total en calcium des adultes.  Les fruits et légumes et aliments à base de fruits et légumes contribuent à 10% des apports en calcium.

Le bémol pour les produits laitiers

Le soucis des produits laitiers est qu’il sont riches en acides gras saturés, en particulier les fromages (70% de matière grasse). Les produits laitiers ne sont pas forcément optimaux pour de potentiels excès d’apports en acides gras saturés, mais pour de nombreuses personnes, c’est le moyen le plus simple d’obtenir le calcium, la vitamine D et les protéines dont ils ont besoin pour avoir des os et des muscles en bonne santé. Cependant, une récente étude épidémiologique dans 9 pays (PURE Study) a constaté que les apports en acides gras saturés d’origine laitière n’étaient pas associés aux risques de mortalité ou de maladies cardiovasculaires.

Un nuage de lait dans du café ou avec des céréales ou une tranche de fromage peuvent aider à obtenir certains nutriments indispensables. Pour les yaourts natures ou le lait, certains chercheurs estiment (Harvard Publishing Study, University of Newcastle) qu’il faut mieux se tourner vers des versions allégées en matières grasses : cela ne fait pas consensus. Certains produits allégés comme les yaourts aromatisés ou aux fruits peuvent être assez transformés avec des ajouts d’additifs pour la texture ou de sucres : il faut regarder la liste d’ingrédients.

Une astuce pour ne pas avoir d’additifs, c’est de rajouter une cuillère de confiture maison dans son yaourt nature si l’on souhaite avoir une touche de sucre et de fruits.

Les yaourts natures allégés sont en général peu transformés (la différence vient du fait que le lait est écrémé) mais les yaourts aux fruits allégés peuvent avoir une liste d’ingrédients beaucoup plus longue

Mais il faut garder à l’esprit qu’une alimentation équilibrée comprend notamment beaucoup de légumes verts, de noix et fruits à coque qui peuvent également aider à avoir du calcium et des protéines pour les légumineuses et céréales complètes.

Quelle biodisponibilité ?

La biodisponibilité du calcium est sa capacité à être retenu par les os et les organes. La biodisponibilité dépend de sa capacité à être absorbé par l’intestin.

Les facteurs anti-nutritionnels végétaux

Les oxalates dans certains végétaux et les phytates dans les enveloppes des légumineuses et des céréales sont des chélateurs du calcium, qui piègent le calcium.

Le calcium des épinards est peu disponible à cause des oxalates

Les oxalates peuvent complexer le calcium = capture du calcium et le rendre non disponible. L’absorption du calcium est inversement proportionnelle à la teneur en acide oxalique des aliments (Yang 2012). Les épinards contiennent 23,8 à 26,7 mg/g de Ca avec une teneur élevée en oxalate (105,2 mg/g) et, par conséquent, la biodisponibilité du Ca est faible. Le chou frisé contient 26,3 à 27,6 mg/g de Ca mais il a peu d’oxalate (2,8 mg/g) et donc son calcium est plus biodisponible. Il est possible d’avoir des niveaux en oxalate ici : https://oxalate.org/

Une étude chinoise estime qu’un ratio phytate:calcium supérieure à 0,24 a un impact négatif sur l’absorption du calcium. Le lait et les produits laitiers sont les principales sources de calcium pour les personnes vivant dans les pays développés, tandis que les aliments d’origine végétale sont la principale source de calcium pour les personnes en Chine. Ces chercheurs ont constaté qu’un cinquième des résidents urbains chinois et la moitié des résidents ruraux ont un rapport molaire phytate: calcium supérieur au niveau critique, ce qui implique que la biodisponibilité en calcium de cette partie de la population a été affectée par les phytates. Il est possible d’avoir des données sur les phytates dans les aliments : base de la FAO : www.fao.org/infoods/infoods/tables-et-bases-de-donnees/bases-de-donnees-faoinfoods-sur-la-composition-des-aliments/fr/

Attention aux fausses sources de calcium

Sur d’autres blogs, on peut des fois lire un top10 des aliments riches en calcium, souvent les épinards entre dedans mais comme nous venons de le voir, le calcium de certains légumes (épinards, rhubarbe, haricots blancs) est moins biodisponible que dans d’autres produits (produits laitiers, chou, brocoli, fromages…).

L’ANSES (le groupe de travail Biodisponibilité des micronutriments) n’avait pas introduit de coefficients de biodisponibilité des nutriments par manque d’études (analyse de biodisponibilité sur un faible nombre d’échantillons et pas forcément consommés en France). Cependant, j’ai pu trouver quelques données sur la biodisponibilité du calcium (cf. l’infographie, Weaver 1994, 1999)

En conclusion, il faut consommer régulièrement des aliments qui sont de bonnes sources de calcium (légumes pauvres en oxalate et phytate, produits à base de soja, eau minérale riche en calcium, et diverses noix et graines) ou des produits laitiers/fromage.

Os, fracture et calcium

Pour finir, je vous rajoute un court paragraphe sur quelques aspects santé. D’après l’ANSES, une carence en calcium peut entraîner des “troubles liés à des défauts de minéralisation du tissu osseux (rachitisme chez l’enfant et ostéomalacie chez l’adulte) ou perte excessive de substance osseuse (ostéoporose chez le sujet âgé).” C’est pourquoi le dernier PNNS recommande la consommation de produits laitiers pour apporter du calcium.

Les revues et méta-analyses de la littérature sur les effets du calcium sont contradictoires :

  • avec des études identifiant pas de lien entre les apports alimentaires, une supplémentation en calcium et le risque de fracture (Bolland 2015, Zhoa 2017, Kahwati 2017)
  • une réduction du risque de fracture avec une supplémentation en vitamine D et en calcium (Weaver 2016)
  • une petite augmentation de la densité minérale osseuse avec des apports plus élevés en calcium (Tai 2015)
  • une supplémentation en vitamine D ET en en calcium pourrait aider à réduire le risque de fracture de la hanche (Avenell, Cochrane 2014)

Selon ces deux méta-analyses (Bolland 2015, Zhoa 2017), l’augmentation de l’apport calcique (alimentaire ou par compléments) ne devrait être envisagé que lorsque les apports alimentaires sont insuffisants, ce qui implique une évaluation individuelle des besoins. Dans les autres situations (or carence), l’intérêt de cet apport n’est pas bien établi.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Sources :

Weaver et al. Choices for achieving adequate dietary calcium with a vegetarian diet. Am J Clin Nutr. 1999 Sep;70(3 Suppl):543S-548S

Weaver et al. Dietary calcium: adequacy of a vegetarian diet. The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 59, Issue 5, May 1994, Pages 1238S–1241S, https://doi.org/10.1093/ajcn/59.5.1238S

Zhao et al. Association Between Calcium or Vitamin D Supplementation and Fracture Incidence in Community-Dwelling Older AdultsA Systematic Review and Meta-analysis. JAMA. 2017;318(24):2466-2482. doi:10.1001/jama.2017.19344

Bolland et al. Calcium intake and risk of fracture: systematic review. BMJ 2015; 351 doi: https://doi.org/10.1136/bmj.h4580

Tai et al. Calcium intake and bone mineral density: systematic review and meta-analysis. BMJ 2015; 351

Avenell  A et al.  Vitamin  D  and  vitamin  D  analogues  for  preventing  fractures  in  post-menopausal women and older men. Cochrane Database Syst Rev. 2014;4:CD000227.

ANSES. Avis relatif à l’actualisation des repères alimentaires du PNNS pour les enfants de 4 à 17 ans

Camara-Martos, F., & Amaro-Lopez, M. A. (2002). Influence of Dietary Factors on Calcium Bioavailability. Biological Trace Element Research, 89(1), 43–52. doi:10.1385/bter:89:1:43

Phytate intake and molar ratios of phytate to zinc, iron and calcium in the diets of people in China. European Journal of Clinical Nutrition volume 61, pages368–374(2007)

Agnoli, C., Baroni, L., Bertini, I., Ciappellano, S., Fabbri, A., Papa, M., … Sieri, S. (2017). Position paper on vegetarian diets from the working group of the Italian Society of Human Nutrition. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 27(12), 1037–1052. doi:10.1016/j.numecd.2017.10.020

Yang, J., Punshon, T., Guerinot, M. L., & Hirschi, K. D. (2012). Plant Calcium Content: Ready to Remodel. Nutrients, 4(8), 1120–1136. doi:10.3390/nu4081120  (image de l’oxalate)

Charles, P. (1992). Calcium absorption and calcium bioavailability. Journal of Internal Medicine, 231(2), 161–168. doi:10.1111/j.1365-2796.1992.tb00519.x 

Geoffrey Savage. Oxalates are Found in Many Different European and Asian Foods – Effects of Cooking and Processing. Journal of Food Research, Vol 7, n°3, 2018

L’article Quels aliments riches en calcium ? Quelle biodisponibilité dans les légumes, les fruits à coque et les produits laitiers ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/quels-aliments-riches-en-calcium-biodisponibilite-legumes-fruits-coque-produits-laitiers/feed/ 0
Une sous-estimation de l’exposition au bisphénol A d’après une nouvelle méthode de dosage urinaire du BPA https://quoidansmonassiette.fr/sous-estimation-de-exposition-au-bisphenol-a-nouvelle-methode-de-dosage-urinaire-du-bpa/ https://quoidansmonassiette.fr/sous-estimation-de-exposition-au-bisphenol-a-nouvelle-methode-de-dosage-urinaire-du-bpa/#comments Fri, 06 Dec 2019 11:13:23 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4719 Des chercheurs de l’Université de Washington ont mis au point une nouvelle méthode pour mesurer les concentrations de bisphénol A dans l’urine chez l’Homme (Gerona 2019). Ils ont découvert que l’exposition pourrait être plus importante que ce qui était supposée auparavant.

L’article Une sous-estimation de l’exposition au bisphénol A d’après une nouvelle méthode de dosage urinaire du BPA est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Des chercheurs de l’Université de Washington ont mis au point une nouvelle méthode pour mesurer les concentrations de bisphénol A dans l’urine chez l’Homme (Gerona 2019). Ils ont découvert que l’exposition pourrait être plus importante que ce qui était supposée auparavant.

La bisphénol A et sa métabolisation

Le bisphénol A  (ou 2,2-Bis(4-hydroxyphenyl)propane) est un solide blanc, caractérisé structuralement par deux groupements hydroxyphénols. Le BPA est synthétisé à partir de phénol et d’acétone par une réaction de condensation. Le BPA est utilisé dans la fabrication de plastiques et de résines. Il est incorporé dans de nombreux produits (câbles, récipients alimentaires, appareils électroménagers, encres d’imprimerie…).

Exemple de synthèse du bisphénol A

En 2016, l’ANSES voulait identifier le BPA comme “substance extrêmement préoccupante” dans le règlement REACh sur base de ses propriétés reprotoxiques et de perturbateur endocrinien. En 2017, l’EFSA a lancé une ré-évaluation du BPA.

La loi n° 2012-1442 du 24 décembre 2012 a interdit le bisphénol A dans les contenants destinés à des enfants de moins de trois ans.

Comment le bisphénol A est absorbé dans l’organisme ?

En population générale, la principale voie d’exposition est par l’alimentation. 50% de l’exposition au Bisphénol A non-conjugué provient des produits en conserve. Quand le bisphénol A absorbé dans l’organisme, il est conjugué en grande partie sous forme glucuronide (BPA-Glucuronide dit BPA-G) sous l’action d’UDP-glucuronyl-transférase et sous forme sulfate (BPA-Sulfate dit BPA-S) par une sulfotransférase. BPA-G et BPA-S sont donc des formes conjuguées. Cette conjugaison sert normalement à éliminer le BPA dans les urines ensuite.

Il reste 1-8% de BPA sous forme libre et sous des formes minoritaires. Le BPA libre a tendance à se lier aux protéines plasmatiques.

Comment évalue-t-on les niveaux de BPA dans les urines ?

On peut effectuer

  • soit un dosage direct des formes conjuguées et libres (il faut avoir les produits purs)
  • soit un dosage indirect : il faut d’abord déconjuguer ces formes pour doser la somme des dérivés conjugués et non conjugués auquel on soustrait le non conjugué. L’enzyme β-glucuronidase d’Helix Pomatia (un escargot) est utilisée pour cette réaction puisqu’elle a une action de sulfatase et de glucuronidase. On utilise un marqueur de déconjugaison (4-méthyl-umbelliferone par exemple) pour vérifier que l’action de l’enzyme (action glucuronidase et sulfatase) est complète. Cela atteste que les conjugués du BPA ont bien été déconjugués en BPA et CLxBPA (dérivés chlorés du bisphénol A)

Les résultats de la nouvelle méthode directe

La nouvelle méthode de Gerona permet de mesurer directement les métabolites du BPA eux-mêmes sans utiliser la solution enzymatique.

Ils ont comparé cette nouvelle méthode et l’ancienne avec l’utilisation de l’enzyme à base d’escargot. Pour cela, ils ont dosé une urine synthétique dopée au BPA, puis avec 29 échantillons humains. Ils ont trouvé des taux beaucoup plus élevés de BPA en utilisant la méthode directe, jusqu’à 44 fois la moyenne rapportée par l’Enquête nationale sur la santé et la nutrition (NHANES). La méthode directe donnait une moyenne de 51,99 ng/mL de BPA total et la méthode indirecte donnait une moyenne de 2,77 ng/mL.

Les différences entre les deux méthodes augmentaient avec l’exposition plus importante au BPA: plus l’exposition était importante, plus la méthode précédente manquait.

D’autres études de réplication doivent confirmer ou non ces résultats et cette méthode. Cependant, cela soulève des questions parce que les estimations de l’exposition humaine ont été basées presque exclusivement sur des données provenant de méthodes indirectes. Ces résultats fournissent des potentielles preuves que l’exposition humaine au BPA est beaucoup plus élevée que ce qui avait été supposé précédemment. Il est également essentiel de déterminer dans quelle mesure les erreurs d’estimation de l’exposition humaine s’étendent à d’autres contaminants chimiques mesurés par des méthodes indirectes.

Pas de risque d’après l’Efsa

D’après l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA), “le BPA ne pose pas de risque pour la santé des consommateurs étant donné que l’exposition actuelle à cette substance chimique est trop faible pour engendrer des dommages.” L’exposition alimentaire au BPA est de 3 à 5 fois inférieure à la DJT (Dose Journalière Tolérable) en fonction du groupe d’âge.

En janvier 2015, la dose journalière tolérable (DJT) a été réduite de 50 µg à 4 µg/kg pc/jour suite à une nouvelle méthode d’évaluation de risque : les calculs utilisés pour évaluer les risques sont fondés sur des informations spécifiques à la substance et non sur des valeurs standard par défaut couramment utilisées.

En janvier 2017, le bisphénol A a été ajouté à la liste des substances extrêmement préoccupantes (SVHC) candidates en raison de sa toxicité pour la reproduction (ECHA).

L’Agence d’évaluation des risques danoise (DTU National Food Institute) a estimé que l’évaluation des risques de l’EFSA sous-estimait les risques et demande une réduction de la DJA à 0,7 µg /kg pc/j par rapport aux effets de perturbateurs endocriniens.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

Source

Gerona et al. BPA: have flawed analytical techniques compromised risk assessments? The Lancet. Diabetes & Endocrinology. December 05, 2019

DTU. National Food Institute maintains its assessment of bisphenol A https://www.food.dtu.dk/english/News/2015/02/National-Food-Institute-maintains-its-assessment-of-bisphenol-A

EFSA. Bisphénol A. https://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/bisphenol

ECHA. Bisphénol A. https://echa.europa.eu/fr/hot-topics/bisphenol-a

L’article Une sous-estimation de l’exposition au bisphénol A d’après une nouvelle méthode de dosage urinaire du BPA est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/sous-estimation-de-exposition-au-bisphenol-a-nouvelle-methode-de-dosage-urinaire-du-bpa/feed/ 3
Quels sont les dangers des compléments alimentaires et risques pour la santé ? https://quoidansmonassiette.fr/quels-sont-les-dangers-des-complements-alimentaires-et-risques-pour-la-sante/ https://quoidansmonassiette.fr/quels-sont-les-dangers-des-complements-alimentaires-et-risques-pour-la-sante/#comments Tue, 03 Dec 2019 09:57:59 +0000 https://quoidansmonassiette.fr/?p=4686 De nombreuses allégations de santé (minceur, amélioration des performances sexuelles ou d'activité physique...) fleurissent sur la vente de compléments alimentaires en ligne. Quelle est l'efficacité des compléments alimentaires ? Quels sont les compléments à éviter ?

L’article Quels sont les dangers des compléments alimentaires et risques pour la santé ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
Les compléments alimentaires sont souvent consommés dans le but d’avoir un bénéfice sur la santé. Les résultats divergents des études scientifiques et la publicité dans les médias et amplifiée par les influenceurs donnent lieu à une cacophonie. Les compléments alimentaires peuvent avoir un effet bénéfique face à des carences nutritionnelles (le manque de vitamine B12 dans un régime vegan ou dans les pays en voie de développement où la disponibilité alimentaire et la sécurité alimentaire sont plus faibles par exemple). Cependant une mauvaise supplémentation sans suivi par un professionnel de santé (surdosage, fraude sur les compléments alimentaires en ligne, interactions médicamenteuses) peut amener à des risques comme le rappelle l’Académie de Pharmacie. Les compléments alimentaires ne remplacent pas un régime alimentaire sain qui peut apporter tous les nutriments nécessaires.

Qu’est-ce qu’un complément alimentaire ?

D’un point de vue réglementaire (directive 2002/46/CE), ce sont des denrées alimentaires :

  • qui ont pour but de compléter un régime alimentaire normal
  • qui constituent une source concentrée en nutriments ou d’autres substances
  • qui ont un effet nutritionnel ou physiologique, seuls ou combinés (pas thérapeutique !)
  • commercialisés sous forme de doses (gélules, pastilles, comprimés, pilules, sachets, ampoules…), constituant une faible quantité

Concrètement ce sont des vitamines et minéraux mais également des acides aminés (ex: l-arginine), des enzymes (lactase…), des prébiotiques/probiotiques (inuline, bidifobacterium…), des acides gras essentiels, des extraits de plantes/plantes (aloe vera, gingko biloba, allium sativum…) et d’autres substances (lycopène, coenzyme Q10, taurine…) (Commission Européenne).

Ce ne sont pas des médicaments ni des aliments !

Les compléments alimentaires n’ont pas pour but de soigner à la différence des médicaments qui contiennent des substances actives à dose thérapeutique avec des propriétés curatives ou préventives.

Contrairement aux médicaments, les fabricants des compléments alimentaires n’ont pas à prouver qu’il existe des preuves de l’efficacité de leurs produits ni à effectuer d’études sur la toxicité ou une analyse de risques (ni d’essais cliniques sur l’Homme). Il faut simplement notifier sa commercialisation à la DGCCRF avec l’étiquetage et la composition (ceux-ci sont soumis à des règles générales du droit alimentaire sur la pureté, les contaminants etc…). Les exigences sont extrêmement plus basses que pour un médicament.

A la différence des aliments, les compléments alimentaires contiennent des substances extraites des matrices alimentaires ou de végétaux.

La consommation croissante de compléments alimentaires en France

La consommation de compléments alimentaires a augmenté d’après l’enquête nationale alimentaire INCA3 passant de 20% à 29% chez les adultes et de 12% à 19% pour les enfants entre 2006-2007 et 2014-2015. Ceux-ci sont principalement acheté en pharmacie mais l’achat en ligne a cru. le chiffre d’affaire de l’industrie du complément alimentaire tourne autour de 1,8 milliards d’euros en France en 2017.

L’Agence Nationale de sécurité alimentaire (ANSES) rappelle que ” les compléments alimentaires, même s’ils sont souvent perçus comme anodins par les consommateurs, peuvent, dans certaines conditions, les exposer à des risques. Leur consommation ne doit pas se substituer à une alimentation équilibrée et diversifiée et devrait être assortie de conseils personnalisés auprès d’un professionnel de santé.”

Pourquoi consomme-t-on des compléments alimentaires ?

Une grande partie des consommateurs (plus de 65% des répondants) les utilisent pour des raisons de santé comme les déficiences nutritionnelles, pour éviter des petits maux, pour prévenir certains problèmes de santé d’après une enquête OpinionWay 2019.

L’utilisation croissance de substances “naturelles” tout en rejetant les substances dites “chimiques” (à tort puisque tous les composés sont des substances chimiques) est également à l’origine de la consommation de compléments à base d’extraits de plantes.

L’augmentation du coût des médicaments et la suspicions selon laquelle les entreprises pharmaceutiques ignorent les substances naturelles car leur utilisation n’est pas brevetable sont également deux autres arguments.

Un taux important de fraude en ligne sur les allégations de santé

Apposer une allégation de santé sur un complémentaire est strictement contrôlé en Europe par l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire) qui évalue le niveau preuve d’une allégation. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a relevé un taux très élevé de non-conformité (80%) sur l’emploi des allégations dans la vente de compléments alimentaires en ligne. Ils ont même retrouvé jusqu’à 194 allégations de santé non autorisées sur un seul site internet.

«Bien-être hépatique», «dépuration complète», «spécial peau d’orange» sont des exemples d’allégations non-conformes et non autorisées par le règlement (CE) n°1924/2006 (parce que non prouvées).

Des ingrédients interdits dans les compléments alimentaires

En France, 164 compléments alimentaires dits “100% naturels” pour la perte de poids ont été analysés. Plus de la moitié contenaient une substance active pharmaceutique frauduleuse comme la sibutramine ou la phénolphtaléine (Hachem 2016).

Aux États-Unis, une étude (Cohen 2014, JAMA) a constaté que 66,7% des compléments rappelés par l’autorité américaine de sécurité alimentaire US FDA sont encore disponibles à la vente au moins 6 mois et demeurent frauduleux avec des ingrédients interdits (sibutramine, analogues de la sibutramine, sildénafil, fluoxétine, phénolphtaléine, inhibiteur de l’aromatase…). Ces compléments alimentaires frauduleux voire toxiques concernaient ceux pour les performances sexuelles, la perte de poids et la musculation (Tucker 2018).

Des fois, la pureté des compléments alimentaires n’est pas toujours respectée avec des contaminations en métaux lourds (Breemen 2008).

Pourquoi ces compléments alimentaires frauduleux en ligne ne sont pas retirés du marché ?

Si le site internet est français ou européen, un retrait ou des avertissements peuvent avoir lieu. Mais si le site internet est en-dehors de l’Union Européenne, cela devient vite compliqué. Il est également difficile de contrôler tous les sites internet comme le signale l’agence américaine US FDA

Quelle efficacité des compléments alimentaires ?

Les compléments alimentaires vitaminiques sont les plus étudiés en terme d’études observationnelles et d’intervention humaine de grande taille avec un long temps de suivi à la différence des compléments alimentaires alimentaires à base d’extraits de plantes. La plupart des allégations de santé autorisées et prouvées dans l’Union Européenne porte sur les apports en vitamines et minéraux : les allégations “détox“, “beauté”, “pour la musculation”, “les performances sexuelles” n’ont jamais été démontrés par des études scientifiques. Je vais me focaliser sur les supplémentations en vitamines.

https://ec.europa.eu/food/safety/labelling_nutrition/claims/register/public/?event=register.home De nombreuses allégations de santé sur l’amélioration des performances physiques ont été refusées

Les effets sur la santé des compléments en vitamines

Plusieurs grands essais randomisés contrôlés (Hercberg 2004, Lee 2005, Lonn 2005, Cook 2007, Sesso 2012, Manson 2019) ou cohorte observationnelle (Hutchitson 2014, Adebamowo 2018, Chen 2019) et des méta-analyses (Bjelakovic 2007, Kim 2018, Khan 2019) ont identifié des résultats contradictoires pour la prise de vitamine C, D, E ou de bêta-carotène.

En rouge : risques accrus En vert : risque réduit Pas de couleur = pas d’effet
La cohorte NHANES (Chen 2019) ne montre pas de bénéfice pour la mortalité (risque accru de décès pour un excès de calcium lié aux compléments). L’étude de Hutchitson 2014 a identifié un risque accru de cancers liés au tabagisme associé à une consommation de compléments alimentaires

L’étude (Jenkins et al. 2018) illustre bien ces divergences. C’est une revue systématique qui a évalué 179 études (55 méta-analyses/revues et 54 essais randomisés contrôlés + 4 cohortes/RCT).

  • La prise de compléments multi-vitaminiques, la vitamine D, la vitamine C et le calcium, n’avait pas d’effet (p>0,05 pour tous les effets) sur l’incidence de maladies cardiovasculaires ou de décès prématurés (aucun avantage à les prendre et aucun mal).
  • L’acide folique (Vitamine B9) avait un effet protecteur sur l’incidence d’AVC (p=0.003) et maladies cardiovasculaires (p=0.002).
  • Les supplémentations en antioxydants et la niacine (+ statines) étaient associés avec un risque accru de mortalité.
Si p<0,05, cela indique un effet statistiquement significatif du complément vs le placébo

Pourquoi obtient-on des résultats contradictoires ?

Cela provient des designs différents des études :

  • les doses testées varient
  • la durée des essais randomisés varie. Un essai de courte durée peut être trop court pour qu’un effet protecteur se développe par exemple
  • le type de participants varient : les hommes, les femmes, des travailleurs, des fumeurs. Le mode de vie peut avoir un effet sur la façon dont notre organisme répond aux vitamines. Une supplémentation vitaminique a surtout un effet face à une carence nutritionnelle en ce nutriment. Par exemple au Mali, les compléments alimentaires à base de lipides ont amélioré le taux de croissance des enfants souffrant de malnutrition modérée (Ackatia-Armah 2015)
  • la mesure de la maladie : les maladies cardiaques, par exemple, couvrent un large éventail de maladies : les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux ou les maladies vasculaires périphériques.

Des effets indésirables possibles

La Food and Drug Administration estimait que moins de 1% des événements indésirables liés aux compléments alimentaires lui étaient rapportés (Woo 2007). Une autre étude (Timbo 2017) plus récente évoque un taux de 2% d’événements indésirables avec 15 430 événements indésirables entre 2004 et 2013 rapportés avec le système CAERS (CFSAN Adverse Event Reporting System) pour principalement les compléments multivitaminiques, les vitamines C, D et E et sur la perte de poids. 3927 hospitalisations (25,4%) ont eu lieu aux États-Unis avec 1218 cas dans des conditions à la limite de la mortalité. 339 morts ont été rapportées.

La revue de la littérature scientifique de Bins et al. 2018 évoque 8% d’hospitalisation lié à des interactions complements alimentaires/médicaments. Des chercheurs d’Harvard estiment que les compléments alimentaires vendus pour la perte de poids, la musculation et l’énergie sont plus dangereux que les compléments vitaminiques en terme de fréquence d’événements graves de santé. Ils appellent à une réglementation plus stricte et à une réduction de la consommation de ce type de compléments (Flora Or 2019).

Substance naturelle ne veut pas dire bon pour la santé

Souvent à tort, on pense que des substances naturelles des plantes sont meilleures pour la santé que des substances artificielles. Voici un exemple ancien et typique d’empoisonnement, avec un extrait naturel de plante, publié dans le prestigieux journal The Lancet (Vale 1998) :

Un homme de 61 ans s’est présenté en septembre 1997 avec 5 jours de maux de tête, de maux de dos, de nausées et de somnolence. À l’examen, aucune anomalie physique n’a été découverte, y compris son état neurologique. Une hémorragie méningée a été diagnostiquée. Un interrogatoire détaillé a révélé qu’il prenait des comprimés de Ginkgo biloba à 40 mg, trois ou quatre fois par jour, depuis plus de 6 mois avant le début de ses symptômes.

L’extrait de Ginkgo biloba est vendu sans ordonnance sous forme de supplément destiné à améliorer la vigilance mentale (raison pour laquelle notre patient le prenait). Toutefois, l’extrait est un puissant inhibiteur de facteur d’activation plaquettaire factor1 et son utilisation à long terme a été associée à une augmentation du temps de saignement, à une hémorragie spontanée et à des hématomes sous-duraux.

Il n’est pas prouvé que l’hémorragie sous-arachnoïdienne ait été causée par le Gingko biloba, mais l’absence d’autres facteurs de risque, l’association temporelle de l’augmentation du temps de saignement et de l’accident hémorragique et le profil d’agrégation antiplaquettaire suggèrent un lien plausible avec le complément alimentaire.

Ces événements sont souvent liés à des mésusages (surdosage, automédication), la présence d’ingrédients frauduleux ou interdits.

Les compléments alimentaires à éviter

De nombreux compléments alimentaires sont rappelés aux Etats-Unis : https://nccih.nih.gov/news/alerts

La France/ANSES met en garde les populations à risque (enfants, ados, femmes enceintes, allaitantes, personnes avec traitements médicamenteux) et également des fois lors d’une activité physique contre plusieurs compléments alimentaires à base de :

  • Berbérine (extrait de Berberis) : des effets pharmacologiques avérés se produisent à partir de 400 mg/j. Un surdosage peut mener à des modifications du rythme cardiaque, des effets hypoglycémiants, hypolipidémiants, des troubles gastrointestinaux. La valeur toxicologique de référence temporaire est de 0,1 mg/j pour un adulte de 60kg (référence très souvent dépassée)
  • La spiruline est obtenue à partir de cyanobactéries. L’ANSES met en garde contre la présence de cyanotoxine, d’impuretés en métaux lourds. La vitamine B12 de la spiruline est sous forme d’analogue inactif. Cela peut également conduire à un excès possible de bêta-carotène. La DJT Dose journalière tolérable est à 0,04 µg/kg poids corporel/j
  • La p-synéphrine présente dans l’écorce d’orange amère : la dose recommandée est <20 mg/j
  • Glucosamine et/ou de la chondroïtine sulfate (molécules naturellement présentes dans les tissus conjonctifs et cartilagineux) : l’institut allemand d’évaluation des risques BfR signale qu’à des doses de 390-790 mg/jour, ce complément peut amplifier les effets anticoagulants des médicaments.
  • Mélatonine (hormone sécrétée naturellement pendant la nuit dont une des fonctions de favoriser l’endormissement) : “l’Agence s’interroge sur la place de la mélatonine sur le marché sous forme de complément alimentaire à des doses comparables à celles du médicament”

Les compléments alimentaires pour les sportifs

Ces compléments concernent notamment ces substances : protéines BCAA, glutamine, β-hydroxy-β-méthylbutyrate (HMB), α-cétoisocaproate, L-tyrosine, Argnine, Créatine, DHEA, Tribulus terrestris, plantes smilax, vanadium, chrome (non exhaustif).

Seules deux de ces substances (protéines et créatine) bénéficient d’allégations autorisées en Europe relatives à la masse musculaire ou la capacité physique. Il faut privilégier les produits conformes à la norme AFNOR NF V 94-001.

Bien qu’interdites en Europe, on peut en retrouver dans les ventes en ligne ou sur le marché américain (source : ANSES) :

  • DMAA : accidents cardiovasculaires, hypertension => effets arythmogènes
  • Alcaloïdes d’éphédras : risque d’infarctus, d’AVC (substance qui stimule la libération de noradrénaline). « Malgré l’interdiction de commercialisation de l’éphédrine en France et dans de nombreux  pays, cette substance reste encore utilisée et est trouvée dans des compléments alimentaires pour sportifs pratiquant la musculation »
  • 2,4-DNP (2,4-dinitrophénol) : risque de cataractes, décès, arrêts cardiaques
  • Clenbutérol, sibutramine : risques d’accidents cardiaques

L’Agence Française de sécurité alimentaire ANSES a publié un long avis sur ceux-ci. En résumé, « l’absence de données d’efficacité scientifiquement  démontrée  rend  les  bénéfices  escomptés de ces compléments alimentaires très fortement hypothétiques, rendant ainsi l’intérêt des produits les contenant largement discutable au regard des risques encourus »

49 signalements ont été récupérés : des troubles cardiovasculaires (tachycardie, arythmie et accident vasculaire cérébral) et psychiatriques (troubles anxieux et nervosité). Globalement, les extraits de plantes utilisés  par les sportifs ont été peu étudiés et les données bibliographiques manquent sur le métabolisme de leurs constituants et leur éventuelle  toxicité à long terme.

Quelles recommandations face aux compléments alimentaires ?

  • Solliciter l’avis d’un médecin lors de la consommation de compléments alimentaires
  • Éviter l’apport d’un même ingrédient par différentes sources (compléments alimentaires, médicament…)
  • Éviter la consommation concomitante de plusieurs compléments alimentaires
  • Privilégier la consommation de compléments alimentaires présentant des formulations simples
  • Privilégier les circuits d’approvisionnement contrôlés par les pouvoirs publics
  • Signaler la consommation de compléments alimentaires à son médecin ou son pharmacien

En conclusion, une automédication ou écouter les conseils de non-professionnels de la santé (exemple : les coachs, les naturopathes, etc…) peut amener à des surdosages pouvant atteindre des doses médicamenteuses qui sont loin d’être sans risque pour la santé. Il faut mieux éviter des achats en ligne qui exposent à un risque accru de fraudes pour les compléments alimentaires.

En France, la plupart du temps les nutriments peuvent être apportés par un repas équilibré et sain. Il n’y a pas de consensus scientifique pour encourager la consommation de compléments alimentaires face aux potentiels risques encourus.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like ou sur Twitter :

Sources :

Rapport de l’Académie Nationale de Pharmacie. Les compléments alimentaires contenant des plantes (12 décembre 2018). https://www.acadpharm.org/dos_public/Rapport_CAHH_21.01.2019_VF1.pdf?fbclid=IwAR2yYupjel-3N64XDrFGCvyNf9oeczPRlKzXbCZbkKAHMaAk_QOrFJGfdJg

DGCCRF. Les allégations de santé sur les sites internet de compléments alimentaires (consulté le 02/12/209) https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/allegations-sante-sur-sites-internet-complements-alimentaires

Cohen et al. Presence of Banned Drugs in Dietary Supplements Following FDA Recalls. JAMA. 2014;312(16):1691-1693

Tucker et al. Unapproved Pharmaceutical Ingredients Included in Dietary Supplements Associated With US Food and Drug Administration Warnings. JAMA Netw Open. 2018 Oct; 1(6): e183337

Hachem et al. Proton NMR for detection, identification and quantification of adulterants in 160 herbal food supplements marketed for weight loss. Journal of Pharmaceutical and Biomedical Analysis. Volume 124, 30 May 2016, Pages 34-47

Woo JJ. 2007. Adverse event monitoring and multivitamin-multimineral dietary supplements.Am. J.Clin. Nutr.85:323S–2

Timbo, B. B., Chirtel, S. J., Ihrie, J., Oladipo, T., Velez-Suarez, L., Brewer, V., & Mozersky, R. (2017). Dietary Supplement Adverse Event Report Data From the FDA Center for Food Safety and Applied Nutrition Adverse Event Reporting System (CAERS), 2004-2013. Annals of Pharmacotherapy, 52(5), 431–438. doi:10.1177/1060028017744316

Binns, C. W., Lee, M. K., & Lee, A. H. (2018). Problems and Prospects: Public Health Regulation of Dietary Supplements. Annual Review of Public Health, 39(1), 403–420. doi:10.1146/annurev-publhealth-040617-013638

Vale, S. (1998). Subarachnoid haemorrhage associated with Ginkgo biloba. The Lancet, 352(9121), 36. doi:10.1016/s0140-6736(05)79516-7

Lee IM et al. Vitamin E in the primary prevention of cardiovascular disease and cancer: the Women’s Health Study: a randomized controlled trial. JAMA. 2005 Jul 6;294(1):56-65

Lonn E et al. Effects of long-term vitamin E supplementation on cardiovascular events and cancer: a randomized controlled trial. JAMA. 2005 Mar;293(11):1338-47

Hercberg S et al. The SU. VI. MAX Study: a randomized, placebo-controlled trial of the health effects of antioxidant vitamins and minerals. Archives of internal medicine. 2004 Nov 22;164(21):2335-42

Bjelakovic G et al. Mortality in randomized trials of antioxidant supplements for primary and secondary prevention: systematic review and meta-analysis. JAMA. 2007 Feb 28;297(8):842-57

Safi U. Khan et al. Effects of Nutritional Supplements and Dietary Interventions on Cardiovascular Outcomes. Annals of Internal Medicine, 2019

Cook et al. A Randomized Factorial Trial of Vitamins C and E and Beta Carotene in the Secondary Prevention of Cardiovascular Events in WomenResults From the Women’s Antioxidant Cardiovascular Study. Arch Intern Med. 2007;167(15):1610-1618

Sesso et al. Multivitamins in the Prevention of Cardiovascular Disease in MenThe Physicians’ Health Study II Randomized Controlled Trial. JAMA. 2012;308(17):1751-1760

Adebamowo et al. Multivitamin Use and Risk of Stroke Incidence and Mortality among Women. Eur J Neurol. 2017 Oct; 24(10): 1266–1273.

Jenkins et al. Supplemental Vitamins and Minerals for CVD Prevention and Treatment. Journal of the American College of Cardiology. Volume 71, Issue 22, 5 June 2018, Pages 2570-2584

Ackatia-Armah RS, McDonald CM, Doumbia S, Erhardt JG, Hamer DH, Brown KH. 2015. Malian children with moderate acute malnutrition who are treated with lipid-based dietary supplements have greater weight gains and recovery rates than those treated with locally produced cereal-legume products: a community-based, cluster-randomized trial. Am. J. Clin. Nutr.101:632–45

L’article Quels sont les dangers des compléments alimentaires et risques pour la santé ? est apparu en premier sur Quoi dans mon assiette.

]]>
https://quoidansmonassiette.fr/quels-sont-les-dangers-des-complements-alimentaires-et-risques-pour-la-sante/feed/ 2