Faut-il manger bio pour être en bonne santé ?

“Le Bio meilleur pour la santé”, “de meilleure qualité nutritionnelle” et la préservation de l’environnement sont les principales motivations d’achat du bio chez les français d’après l’enquête CSA/Agence Bio 2017. Pourtant la règlementation n’impose pas d’obligation de résultats en terme de santé ni de qualité nutritionnelle (et ni pour les teneurs en résidus de pesticides). Par ailleurs, la recherche scientifique n’a pas encore réussi à prouver un bénéfice santé de l’alimentation biologique.

En effet, répondre à la question sur les bénéfices santé du bio est très difficile voire impossible pour le moment. La principale difficulté repose sur le manque d’études et la grande variabilité des quelques études en terme de qualité, design, de mesures de l’exposition, ce qui rend difficile les comparaisons des résultats et les interprétations. Dans cet article, je vais me limiter à discuter du bio par rapport aux aspects liés à la santé (nutrition, résidus de pesticides, mycotoxines, microbiome et antibiotiques, épidémiologie). Les aspects économiques et environnementaux sont également importants mais ne seront pas traités ici.

L’agriculture bio en bref

Un tiers de consommateur de bio en France

D’après l’enquête de consommation alimentaire INCA3, il y a 19% de nourrissons de 0-15 mois qui consomment du bio, 38% pour les 16-24 mois, 37% pour les enfants de 3 à 17 ans. Les principaux aliments bio consommés chez les enfants sont les œufs (27% de consommateurs), les produits laitiers (17%) puis les fruits et légumes (17% respectivement). Chez les adultes ce chiffre est similaire avec 39% de consommateurs de bio. La consommation de bio augmente avec le niveau d’étude et était associée statistiquement avec les professions de type cadre et libérale.

Les aspects règlementaires

Le bio est réglementé dans l’union européenne par deux règlements n°834/2007 et n°889/2008. Le but original de la production bio (je cite les considérations du R834/2007) est

  • d’assurer des meilleures pratiques agricoles environnementales
  • un haut niveau de biodiversité
  • de préserver les ressources naturelles (eau, état du sol, de l’air, santé des végétaux et des animaux)
  • d’assurer le bien-être animal
  • favoriser les circuits courts
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Les principales mesures sont l’interdiction des pesticides et d’engrais de synthèse, des antibiotiques, des OGM, des traitements à base de radiations ionisantes. Seule une liste restreinte de pesticides est autorisée.

Le nouveau règlement 2018/848 abrogera le règlement n°834/2007 et entrera en application le 1er janvier 2021. Il exclura du bio par exemple les produits avec des nanomatériaux manufacturés. Les opérateurs et groupes d’opérateurs font l’objet d’une vérification de la conformité au moins une fois par an. Dans le cas ou aucune non conformité n’a été relevée pendant 3 années consécutives, l’intervalle entre deux inspections physiques effectuées sur place sera de deux ans.

Un marché en croissance

Le marché du bio représente 6,7 milliards d’euros en France et 30,7 milliards d’euros dans l’Union Européenne (Parlement Européen 2016). Au niveau de l’Europe, c’est un marché en expansion rapide avec +48% de ventes et +19% de terres converties au bio entre 2012 et 2016. En France, le bio représente environ 5,3% des terres (6,8% en Allemagne, 18% en Suède, 21% en Autriche). D’après l’Eurobaromètre, la principale raison de la consommation du bio est la restriction des pesticides de synthèse (79% des répondants). Également 70% estiment que ces produits sont plus sûrs.

Le bio et la nutrition

J’ai exploré les principales revues de la littérature systématique sur la qualité nutritionnelle du bio. Une revue systématique est un travail de collecte, d’évaluation critique et de synthèse des connaissances existantes sur une question donnée. Ces 4 grandes études (Dangour 2009, Smith 2012, Baranski 2014, Srednicka 2016) s’accordent pour identifier que globalement :

  • les aliments conventionnels sont plus riches en azote que les aliments cultivés en bio
  • les aliments bio sont plus riches en phosphore et en composés phénoliques. Les produits d’origine animale (lait, viande) sont plus riches en oméga-3 (différence médiane de 0,5g/100g de lait ; 1,99g/100g pour le poulet) . Les acides gras omégas 3 sont nécessaires au développement et au fonctionnement de la rétine, du cerveau et du système nerveux. Ce sont également des facteurs nutritionnels associés avec un risque diminué d’incidents cardiovasculaires
  • Il n’y a pas de différences importantes pour les vitamines ou les macronutriments ni les éléments minéraux. La méta-analyse de Baranski (2014) a constaté des concentrations plus élevés en glucides totaux et en vitamine C (+6%) et plus faibles en vitamines E (-15%), en protéines, fibres dans les cultures bio. A la différence de la revue systématique de Smith-Spangler qui n’a pas détecté de différences pour les vitamines.

Les limites des analyses nutritionnelles

La revue de Smith-Spangler (2012) est la principale étude synthétisant les comparaisons nutritionnelles bio/non bio. Des critiques ont été soulevées sur le manque d’explications dans le choix d’inclusion/exclusion des études, le choix d’analyser les flavanols (antioxydants) en 3 groupes, les comparaisons par pair (41% des paires n’ont pas été cultivées dans des exploitations voisines). Un conflit d’intérêt a été soulevé : certains auteurs sont affiliés au Stanford’s Freeman Spogli Institute for International Studies qui a reçu des fonds de Cargill et Monsanto. Des erreurs dans les calculs différences de risques ont été soulevées : https://hygeia-analytics.com/wp-content/uploads/2016/12/Smith-Spangler-et-al-2012-5-criticisms-responses.pdf

Ne pas oublier la variabilité naturelle, les conditions de cultures, stockages avant analyses

Il est également important d’avoir en tête qu’il y a une forte variabilité naturelle pour les nutriments selon l’espèce, le sol de culture, les conditions météorologiques etc… Dans la table CIQUAL, si on prend l’exemple de 100g de brocolis cru, les teneurs varient de 0,34-1,39mg (variations de 408%) pour le Fer, de 85,2 à 121 mg (142% de variations) pour la vitamine C et de 17,4 à 105mg (603% de variations). Également pour une tomate crue : les teneurs varient de 7,8 à 23,1mg pour la vitamine C (variations de 296%) et de 3,41 à 18mg pour le calcium (variation de 527%).

L’argument du bénéfice nutritionnel n’est donc pas énormément significatif excepté pour la viande et le lait bio et les oméga-3. D’après l’enquête de consommation alimentaire INCA3, les apports journaliers médians en acides polyinsaturés (oméga-3) sont de 10,3g/j pour les hommes et de 7,8 g/j pour les femmes.

Les résidus de pesticides dans les aliments bio et conventionnels

Dans les plans de surveillance nationaux et européens

Lors des analyses pour les programmes nationaux et européens de surveillance, sur 88 247 échantillons d’aliments conventionnels, 95,9% étaient en-dessous des limites légales. 54,1% ne contenaient pas de résidus quantifiables. Le taux de dépassement des limites légales était plus important pour les produits alimentaires importés (7,6%) que ceux produits dans l’Union-Européenne (2,6%). Les produits pour bébés sont les plus sûrs. Sur 1546 échantillons pour bébés, 94,6% étaient exempts de tous résidus de pesticides (limite à 0,01 mg/kg).

Pour les produits bio, sur 5 806 échantillons, 86,3% ne contenaient aucun résidu de pesticides. Seulement 711 échantillons contenaient des résidus quantifiables en-dessous des limites légales. Et 85 échantillons dépassaient les limites légales. En 2017, le taux de dépassement était de 1,5% pour les aliments bio et de 4,3% pour les aliments conventionnels. Les aliments bio sont moins contaminés (12,2% d’échantillons avec des résidus quantifiés) que les aliments conventionnels (44,6%).

Dans l’Union Européenne, il y a peu de dépassement des limites maximales (légales) pour les aliments bio et conventionnels. La présence de pesticides autorisés et non-autorisés dans le bio est due à de la contamination accidentelle des sols, de la persistance de certains pesticides (par exemple les organochlorés bien qu’interdits sont très stables), de la fraude, de la dérive de pesticides d’un champ vers un autre pendant un épandage.

Source: EFSA (attention aux échelles pour la lecture)

Dans les études scientifiques et les champs de culture

Dans la littérature scientifique, Smith-Spangler et ses collaborateurs estimaient que 7% de résidus de pesticides ont été détectés dans le bio pour 38% dans le conventionnel sur 106 755 échantillons de fruits, légumes et céréales dans 9 études. La revue de la littérature de Baranski (2014) identifie que les cultures conventionnelles contiennent 4 fois plus de résidus de pesticides quantifiés (46% de détection vs 11% dans les champs bio). Les résidus de pesticides ont surtout été détecté dans les fruits, légumes et produits transformés végétaux conventionnels (75% de détection vs 32% en bio).

Pourquoi retrouve-t-on des résidus de pesticides dans les cultures bio ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer la détection de résidus de pesticides dans le bio. Il existe des pesticides hautement persistants appelés POPs (Polluants Organiques Persistants) qui sont interdits depuis une dizaine d’années. Le sol de culture peut également être contaminé.

Des pesticides “naturels” sont autorisés dans la règlementation européenne. Voici quelques exemples :

Les pyréthrines, des extraits des fleurs de chrysanthème

Le pyréthre est un mélange d’insecticides naturels (poudre brune) extrait des fleurs de chrysanthème qui contient les pyréthrines comme substances actives. Les pyréthrines (la molécule à droite) se décomposent rapidement à la lumière du soleil dans l’environnement.

Les pyréthrinoïdes sont des produits chimiques de synthèse dont la structure est très similaire à celle des pyréthrines, mais ils sont souvent plus toxiques pour les insectes et les mammifères et durent plus longtemps dans l’environnement que les pyréthrines. Par exemple, la perméthrine est un insecticide beaucoup utilisé. Ils interfèrent avec le fonctionnement des nerfs et du cerveau.

Le cuivre et les dérivés, un pesticide minéral

Le cuivre (ou le sulfate de cuivre, les oxydes cuivreux, l’hydroxyde de cuivre, la bouillie bordelaise) est utilisé comme fongicide et bactéricide pour lutter par exemple contre le mildiou (Plasmopara viticola) dans les vignes, le mildiou (Phytophtora infestans) chez les pommes de terre et contre la tavelure (Venturia inaequalis) chez les pommiers (INRA). Le 13 décembre 2018 (règlement n° 2018/1981), la Commission européenne a renouvelé l’approbation du cuivre pour une durée de sept ans.

La Dose Journalière Admissible (dose sans effet néfaste durant toute la vie) est de 0,15 mg/kg de poids corporel/jour, soit 10,5 mg pour un adulte de 70kg et 0,75 mg pour un nourrisson de 5 kg. L’EFSA a défini à 5mg/jour la limite supérieure des apports en cuivre (Upper Level, dose dérivée de la dose sans effet). En 2015, il a été identifié que les apports alimentaires les plus élevés en cuivre sont de 0,099 mg/kg pc/j, soit 7 mg/jour pour un adulte et 0,5 mg/jour pour une enfant de 5 kg. On atteint donc 67% de la DJA pour l’adulte et les enfants. On est donc en-dessous de la valeur toxicologique de référence (de la dose sans effet).

L’utilisation du cuivre est controversée puisque l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) avait émis des inquiétudes liées à un manque de données sur son écotoxicité pour les organismes aquatiques, les oiseaux et les mammifères dans son avis. Et elle s’inquiétait de l’exposition professionnelle (pas par voie alimentaire) des travailleurs (vignerons).

Pour vous donner une idée du niveau de contamination au cuivre dans les aliments, voici les résultats des plans de surveillance nationaux et européens pour les résidus de pesticide en 2017 (EFSA) :

  • Sur 5 608 produits bio, le cuivre est le principal pesticide quantifié avec 252 échantillons quantifiés dont 4 dépassements des limites légales
  • Sur 2 830 analyses du cuivre des produits alimentaires conventionnels (n= 88 247 échantillons pour tous les pesticides), 2 287 échantillons avaient des résidus de cuivre quantifié (taux de quantification de 80,81%) avec 8 dépassements des limites légales

Ces deux chiffres ne sont pas directement comparables puisque pour le conventionnel, on a le nombre d’analyses spécifiques au cuivre et pour le bio, on a simplement le nombre total de produits alimentaires analysés.

Il est important d’avoir en tête que “pesticide naturel” ne veut pas dire sans danger. D’autres substances sont autorisées dont l’hydroxyde de calcium, l’huile de paraffine, l’azadirachtine extraite d’Azadirachtaindica dans cette liste : https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2008:250:0001:0084:FR:PDF La roténone (précédemment autorisée dans le bio avant 2011) est maintenant interdite depuis le 31 octobre 2011 en France.

Bio, mycotoxines et résidus d’antibiotiques

Moins de bactéries multirésistantes dans le bio ?

Dans le bio, l’utilisation de “médicaments vétérinaires allopathiques chimiques de synthèse” (terme de la règlementation européenne) ou d’antibiotiques à des fins de traitement préventif ou pour stimuler la croissance est interdit. L’utilisation d’antibiotiques est autorisé en cas de maladies, pour traiter une blessure et pour dispenser des soins permettant d’éviter la souffrance animale, sous la responsabilité d’un vétérinaire. On peut donc penser qu’on trouverait moins de résidus d’antibiotiques dans les aliments bio. L’antibiorésistance est reconnue comme un problème majeur de santé humaine et animale au niveau international. L’émergence et la diffusion croissante de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques remettent en question l’efficacité de ces traitements chez l’Homme et l’animal.

Dans la revue systématique de Smith-Spangler, le risque de découvrir une bactérie résistante à 3 antibiotiques était 33% plus élevé dans les poulets et porcs conventionnels que bio (5 études). Il n’y avait pas de différence en terme de contamination en bactérie E. Coli (7% de contamination en bio et 6% en conventionnel). Cet aspect là a peu été étudié au final.

La plupart des études montrent que le risque d’isoler des bactéries multirésistantes aux antibiotiques est plus faible dans le poulet et le porc bio que conventionnels

Une contamination similaire pour les mycotoxines

Les mycotoxines sont des substances toxiques « naturelles » issues des moisissures qui existent sans doute depuis le début de l’agriculture (FAO). Ce sont des composés toxiques pour l’homme et les animaux, issues du métabolisme secondaire de moisissures (des champignons microscopiques tels que Aspergillus, Penicillium et Fusarium). Dans les derniers avis scientifiques de l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) pour différentes mycotoxines, les conclusions sur la comparaison bio/non bio sont les suivantes :

  • Il est impossible de conclure pour les sterigmatocystines, les beauvericines, les enniatines, le nivalénol et les alcaloïdes de l’ergot
  • les niveaux de contamination pour le zéaralénone sont similaires pour les deux modes d’agriculture
  • pour la somme des toxines T-2 et HT-2, le bio est légèrement moins contaminé

Dans la méta-analyse de Smith-Spangler, la contamination en mycotoxine et deoxynivalénol dans les céréales est plus faible dans le bio (- 34 µg/kg en moyenne) mais il n’y a pas de différence pour l’ochratoxine A.

L’étude de Baranski (2014) a identifié une contamination plus faible en cadmium (un métal toxique) dans le bio et dans la méta-analyse non pondérée pour les nitrates et les nitrites.

Limites importantes dans la comparaison des contaminations pour le bio/non bio

Dans les études scientifiques, il faut souligner l’hétérogénéité des données en terme d’année d’échantillonnage, du lieu d’échantillonnage et de saison, le faible nombre d’échantillon où le mode de production a été rapporté. Les conditions météorologiques et le type de sol influencent les niveaux de contamination en mycotoxines par exemple. Tout cela rend difficile la comparaison des analyses bio/non bio. Le mode de production dans les données de l’EFSA n’est pas souvent rapporté et une hypothèse a été faite : que les échantillons dont la méthode de production n’a pas été rapportée sont considérés comme conventionnels.

Des différences de composition bactérienne dans une pomme bio vs conventionnelle

Des chercheurs (Wassermann 2019) ont analysé le microbiome (l’ensemble des bactéries) de 4 pommes Malus pumila Mill. bio et 4 pommes conventionnelles en analysant les séquences génétiques de l’ARN16S des bactéries (un composant des ribosomes bactériens). Chaque partie de la pomme analysée a été répliquée 4 fois dans les analyses. Le gène qui code pour cet ARN 16s contient des régions identiques chez toutes les bactéries et d’autres régions variables, spécifiques pour une espèce donnée.

Dans la pulpe et la peau des pommes bio et conventionnelles, 3.87 × 107 et 3.39 × 106 bactéries ont été comptées (pas de différences significatives). Chez ces pommes, le microbiome se compose surtout des protéobactéries (80%), des bactéroïdes (9%), des actinobactéries (5%) et des firmicutes (3%). Cependant, entre le bio et le conventionnel, des variations de 40% pour les espèces et l’ordre des bactéries ont été identifiées. D’après l’indice de Shannon, le biodiversité bactérienne est plus importante dans cette pomme bio.

39% des taxons étaient significativement différents en quantité. Parmi ceux-ci, Methylobacterium, Hymenobacter, Spirosoma et Zymomonas étaient très abondants dans les pommes biologiques et Burkholderia, Pantoea, Erwinia et Acinetobacter étaient particulièrement abondants dans les pommes conventionnelles.

Cette étude présente plusieurs limites. Il serait intéressant de faire ces analyses sur un plus grand nombre d’échantillons et sur d’autres vergers. Les vergers peuvent avoir des différences en terme de type de sol, âge des arbres, exposition au soleil qui peuvent influencer le microbiome. Entre les deux types de pomme, il y avait également des différences de stockage influençant le développement des bactéries. La conclusion de cette étude va trop loin dans l’interprétation des bénéfices des pommes bio (voir les commentaires d’Elisabeth Bik) : “organic apples conceivably feature favorable health effects for the consumer”

L’exposition alimentaire aux pesticides à travers le bio et le risque de maladies chroniques

La plupart des études laissent penser que les aliments bio sont moins contaminés en résidus de pesticides mais il reste cette grande question : est-ce que cette diminution de l’exposition alimentaire aux résidus de pesticide est associée à une bénéfice pour la santé ?

En 2015, Miles McEvoy, responsable du Programme national de produits biologiques pour l’USDA, avait refusé de donner un avis. La définition du bio américain porte principalement sur les méthodes de production qui favorisent la biodiversité, diminue l’utilisation des ressources.

Les gens veulent savoir si les résidus de pesticides ont un impact négatif sur leur santé.

Plusieurs études d’intervention avec un passage à court terme d’un régime conventionnel à un régime biologique ont montré une réduction de l’exposition aux pesticides.

Un exemple d’étude d’intervention sur la réduction de la teneur en pesticides organophosphorés dans les urines

Le Dr Cynthia Curl a mené une étude récente datant de Novembre 2019 sur 24 semaines chez 20 femmes recrutées dans un programme de suivi de grossesse pour tester l’effet du bio sur les niveaux urinaires en pyréthrinoïdes et en pesticides organophosphorés. Des participants ont reçu aléatoirement des fruits et des légumes biologiques et d’autres des fruits et légumes conventionnels (2ème groupe). Puis leurs urines ont été collectées dans le 2è et 3è trimestre suivant (23 échantillons d’urine par participants). Des biomarqueurs des pesticides organophosphorés et des pyréthrinoïdes ont été mesurés dans les urines. Un biomarqueur d’un pesticide est une composé dosé dans l’urine (ou le sang par exemple) qui reflète une exposition à un pesticide.

Au final, les consommateurs bio ont eu des teneurs en pyréthrinoïdes plus faibles (0,27 μg/L) que les consommateurs du régime conventionnel (0,95 μg/L). De même, un autre biomarqueur de pyréthrinoïdes a été détecté de façon plus fréquente chez les consommateurs conventionnels (16% vs 4%). Il n’y avait pas de différences pour les 4 marqueurs liés aux pesticides organophosphorés entre les 2 groupes.

La force de cette étude est la longue durée, la randomisation, le fait d’inclure une population à risque (les femmes enceintes). Les faiblesses de cette étude sont le faible effectif, le dosage de l’urine ne dit pas si le pesticide dosé provient de l’alimentation ou d’une autre source environnementale. Par ailleurs, ces dosages n’ont pas été liés avec des paramètres de santé ou physiologiques. Je vous ai présenté une étude mais il en existe d’autres de ce type.

Néanmoins, on ne peut pas traduire ces expositions diminuées en conclusions significatives sur la santé. Il faut étudier les associations entre la réduction de cette exposition aux pesticides et des effets sur la santé (des paramètres de santé comme l’incidence des cancers, le poids etc…).

Les études épidémiologiques observationnelles sur la santé et le bio

Des recherches épidémiologiques ont été menées sur cette question. La plupart des études observationnelles sont de type cas-témoin où l’on compare à un temps t (étude de type transversale) l’exposition alimentaire aux pesticides entre un groupe de non-malades (les témoins) et de malades (les cas). Cependant, il existe des études avec un suivi sur plusieurs années. On parle de cohorte (étude longitudinale) où cette fois-ci on compare la survenue de maladies entre des personnes exposées aux pesticides et un autre groupe non-exposé.

Exemple d’une étude type de cohorte

Quelques études observationnelles ont constaté qu’une consommation accrue d’aliments bio est associée statistiquement avec une réduction du rapport de chance d’avoir le diabète (Sun 2018), du surpoids (Kesse-Guyot 2013, Eiseinger-Watzl 2014), de troubles à la naissance (Torjusen 2014, Brantsæter 2016), de syndrome métabolique (Baudry 2018).

Deux études de cohortes anglaise The Million Women Study et française NutriNet-Santé  ont identifié une réduction du risque relatif de lymphome non-hodgkinien de 21% et 25% respectivement. Les LNH sont des cancers du système immunitaire. En 2018, 22 000 nouveaux cas de LNH ont été diagnostiqués (chiffres de l’INCA). En comparaison, il y a eu 58 459 nouveaux cas du cancer du sein en France métropolitaine. En Europe, l’incidence est de 115 LNH/100 000 personnes et de 522 cancers du sein/100 000 personnes (Ferlay 2018).

Dans ce tableau, les flèches indiquent des associations significatives avec le bio (OR/HR significatifs)

Il existe donc des études laissant penser de potentiels bénéfices mais il manque cruellement d’autres études pour confirmer ou non ces résultats (et également en terme de reproductibilité, de représentativité dans d’autres populations).

Les limites des études observationnelles pour évaluer le bio

Le problème de ce type d’études observationnelles est qu’on ne peut pas conclure à la causalité directement. Il y a des différences :

  • entre les méthodes pour calculer l’exposition alimentaire au bio (poser une question large « avez-vous mangé bio ce dernier mois ? OUI/NON » « à quelle fréquence consommez-vous du bio de manière générale » n’est pas la même chose et aussi précis que poser cette question par groupes alimentaires).
  • dans les populations et pays étudiés
  • Il y a également des facteurs de confusion résiduels

En effet, les consommateurs du bio peuvent avoir un mode de vie global plus sain (manger plus équilibré, faire plus de sport, être moins en surpoids etc…). Les bonnes études épidémiologiques prennent en compte ces facteurs de confusion par des méthodes statistiques avancées mais il subsiste la possibilité qu’une différence non assimilée entre les deux groupes (autre que consommer bio) puisse être à l’origine des différences de santé observées.

Pour pallier à ces problèmes, il faudrait développer des études d’intervention. Cependant, ce type d’études est très couteux et plus difficile à mettre en place dans le domaine de l’alimentation : c’est compliqué de faire ce type d’essais sur plusieurs mois où l’on fait adhérer à un régime particulier bio vs non bio (isocalorique entre les deux groupes) à des participants. Ensuite, il faudrait mesurer des paramètres de santé.

En Suède, un essai randomisé (appelé ” Climate Friendly and Ecological Food on Microbiota“) en aveugle simple des participants s’est terminé. Cette étude va comparer l’effet d’un régime nordique vs un régime bon pour l’environnement vs un régime bio (50% d’aliments bio) sur la composition du microbiote et les taux urinaires en pesticides au bout de 4 et 8 semaines.

Augmenter sa consommation de fruits et légumes indépendamment du label bio

En conclusion, nous ne savons pas si un régime biologique améliore la santé pour le moment. Ce qui est plausible est que l’alimentation bio est moins contaminée en pesticides (moins de résidus quantifiés). Il n’y a pas de grandes différences nutritionnelles à part pour les oméga-3 mais cela est à remettre en contexte avec la variabilité naturelle en nutriments, l’espèce, les conditions météorologiques, le type de sol, la significativité en terme de santé/apports nutritionnels etc…

Le label bio ne garantit pas une absence de polluants, ni une qualité nutritionnelle supérieure ni un bénéfice pour la santé. Règlementairement, le bio impose des obligations de moyens sur les modes de production mais pas de résultats.

Bien manger en terme de qualité nutritionnelle avant de manger bio

S’inquiéter de savoir si on a 25% d’antioxydants ou -10% de résidus de pesticides dans les fruits biologiques est trivial si on ne consomme pas de fruits et légumes au départ (bio ou non) et si on a un mode de vie peu sain (peu de sport, fumer, boire de l’alcool, faible consommation de fruits et légumes, consommation de charcuterie, exposition aux UV …). Essayer de suivre les recommandations alimentaires nationales est plus important que de manger bio ou non :

↗️ Augmenter sa consommation de fruits et légumes, de légumes secs et de fruits à coque non salés, son activité physique et le « fait maison ».
➡️ Une consommation en alternance de poissons gras et maigre, une consommation suffisante mais limitée de produits laitiers, des féculents complets, de l’huile de colza et de noix riche en oméga 3 et de l’huile d’olive. Santé Publique France encourage à manger bio et localement, mais cette recommandation n’est pas énormément étayée en termes de preuves scientifiques.
↘️ Réduire la consommation de viande, charcuterie, alcool, produits et boissons sucrés, produits salés, produits avec un Nutri-Score D et E, le temps passé assis

Par exemple, la charcuterie ou la pizza industrielle bio reste grasse et riches en graisses saturées et la bière bio reste mauvaise pour la santé à cause de l’alcool. Améliorer son alimentation commence par de petites actions : manger des légumes secs plus souvent et remplacer ses féculents habituels par des féculents complets, riches en fibres, sont deux mesures simples et pourtant très positives pour la santé.

L’impact environnemental et économique du bio ?

Une autre question liée à l’agriculture biologique porte sur l’empreinte environnementale et les rendements. Récemment une étude dans Nature Communications a évalué l’impact d’un passage à 100% de cultures bio en Angleterre et au Pays de Galles. Cet énorme changement hypothétique serait associé à une augmentation des émissions de gaz à effet à cause de l’augmentation de la part des terres agricoles pour compenser la diminution de rendements en bio.

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Sources:

Dangour, A. D., Dodhia, S. K., Hayter, A., Allen, E., Lock, K., & Uauy, R. (2009). Nutritional quality of organic foods: a systematic review. The American Journal of Clinical Nutrition, 90(3), 680–685. doi:10.3945/ajcn.2009.28041

Smith-Spangler, C., Brandeau, M. L., Hunter, G. E., Bavinger, J. C., Pearson, M., Eschbach, P. J., … Bravata, D. M. (2012). Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives? Annals of Internal Medicine, 157(5), 348. doi:10.7326/0003-4819-157-5-201209040-00007 

Dominika Średnicka-Tober et al. Higher PUFA and n-3 PUFA, conjugated linoleic acid, α-tocopherol and iron, but lower iodine and selenium concentrations in organic milk: a systematic literature review and meta- and redundancy analyses – Br J Nutr. 2016 Mar 28; 115(6): 1043–1060

Średnicka-Tober, D., Barański, M., Seal, C., Sanderson, R., Benbrook, C., Steinshamn, H., … Leifert, C. (2016). Composition differences between organic and conventional meat: a systematic literature review and meta-analysis. British Journal of Nutrition, 115(06), 994–1011. doi:10.1017/s0007114515005073 

Palupi, E., Jayanegara, A., Ploeger, A., & Kahl, J. (2012). Comparison of nutritional quality between conventional and organic dairy products: a meta-analysis. Journal of the Science of Food and Agriculture, 92(14), 2774–2781. doi:10.1002/jsfa.5639 

Ferlay, J., Colombet, M., Soerjomataram, I., Dyba, T., Randi, G., Bettio, M., … Bray, F. (2018). Cancer incidence and mortality patterns in Europe: Estimates for 40 countries and 25 major cancers in 2018. European Journal of Cancer. doi:10.1016/j.ejca.2018.07.005

Bradbury KE et al. Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom. Br J Cancer. 2014 Apr 29;110(9):2321-6

Kesse-Guyot et al. Prospective association between consumption frequency of organic food and body weight change, risk of overweight or obesity: results from the NutriNet-Santé Study. Br J Nutr. 2017 Jan;117(2):325-334

Sun, Y., Liu, B., Du, Y., Snetselaar, L., Sun, Q., Hu, F., & Bao, W. (2018). Inverse Association between Organic Food Purchase and Diabetes Mellitus in US Adults. Nutrients, 10(12), 1877. doi:10.3390/nu10121877 

Torjusen, H., Brantsaeter, A. L., Haugen, M., Alexander, J., Bakketeig, L. S., Lieblein, G., … Meltzer, H. M. (2014). Reduced risk of pre-eclampsia with organic vegetable consumption: results from the prospective Norwegian Mother and Child Cohort Study. BMJ Open, 4(9), e006143–e006143. doi:10.1136/bmjopen-2014-006143

Brantsæter, A. L., Ydersbond, T. A., Hoppin, J. A., Haugen, M., & Meltzer, H. M. (2017). Organic Food in the Diet: Exposure and Health Implications. Annual Review of Public Health, 38(1), 295–313. doi:10.1146/annurev-publhealth-031816-044437 

6 réflexions sur “Faut-il manger bio pour être en bonne santé ?

    1. Bonjour, merci pour votre remarque. J’ai pris la règlementation européenne “in force”, elle est censée être à jour. Je me suis posé la même question sur la roténone qui devait être interdit en 2011 (la france avait eu une dérogation). Mais normalement ça devrait/aurait dû être supprimé dans la liste européenne…

  1. ” l’utilisation de médicaments vétérinaires allopathiques chimiques de synthèse”

    Le mot “allopathique” est ici en trop : Un médicament est un médicament, le mot allopathique est une création des homéopathes pour désigner toutes les autres pratiques.

    1. “”es maladies sont traitées immédiatement pour éviter toute souffrance aux animaux; lorsque le recours à des produits phytothérapeutiques, homéopathiques ou autres est inapproprié, des médicaments vétérinaires allopathiques chimiques de synthèse, notamment des antibiotiques, peuvent être utilisés si nécessaire, et dans des conditions strictes; en particulier, les restrictions relatives aux traitements et au temp sd’attente doivent être définies;”

      On dirait qu’une personne mal informé sur les pseudo-médecines à rédigé ce paragraphe. Néanmoins une interprétation charitable serait de d’abord privilégier des placebos avant des médicaments.

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