Etude allemande comparant le régime alimentaire et le statut nutritionnel de végétaliens vs omnivores

Une petite étude allemande menée par le BfR (Institut Fédéral Allemand d’Evaluation des Risques) a comparé le statut nutritionnel des 72 personnes suivant un régime végétalien vs omnivore. D’après l’étude de biomarqueurs, il n’y avait aucune différence entre les groupes pour la vitamine B12, de la vitamine D ou le statut en fer. Les valeurs de ferritine et les numérations globulaires indiquaient une carence en fer chez 4  végétaliens et 3  non-végétaliens. Des mesures dans des échantillons d’urine de 24 heures ont révélé une plus faible excrétion de calcium et une excrétion d’iode nettement inférieure chez les végétaliens par rapport aux non-végétaliens. Chez un tiers des végétaliens, l’excrétion d’iode était inférieure à la valeur seuil de l’OMS (<20 µg / L) indiquant une carence sévère en iode.

Quelques précédentes études sur les végétariens et végétaliens

Il existe une grande diversité de régimes végétariens allant de l’exclusion de la viande, du poisson, des œufs à l’exclusion de tous les produits d’origine animale. Une étude Californienne observationnelle “Adventist Health Study” suggérait que les régimes végétariens et végétaliens étaient associés à une diminution du risque de développer de l’obésité, de l’hypertension et de diabète (Fraser 2009, Le 2014) et une mortalité plus faible (Orlich 2013). Une méta-analyse est arrivée au même conclusion pour les maladies cardiaques et le cancer.

A l’inverse, une grande étude au Royaume-Uni (EPIC-Oxford Study, Tong 2019) a constaté que les végétariens pourraient avoir un risque accrus d’AVC mais pas pour les maladies cardiaques. Les principales explications portent souvent sur des différences de statut nutritionnel. Les régimes végétaliens n’apportent pas de vitamine B12 par l’alimentation puisque celle-ci ne se trouve que dans les produits animaux. Le fer non-héminique végétal est également moins assimilable que le fer héminique animal. Par ailleurs, dans certains végétaux, on peut retrouver des facteurs anti-nutritionnels qui limitent l’absorption de certains micronutriments. Face à cela, il est conseillé de faire des bilans nutritionnels avec un médecin ou un diététicien et de consommer des compléments alimentaires de vitamine B12 (surtout pour les végétaliens).

Dans cette même étude EPIC-Oxford (Tong 2020), ces chercheurs ont également suivi les participants pour les fractures. Au cours des 17,6 ans de suivi, plus de 3 900 fractures se sont produites : 566 bras cassés, 889 poignets cassés, 945 hanches cassées, 366 jambes cassées, 520 chevilles cassées et 467 fractures d’autres os. ont également découvert que les végétaliens avaient un risque plus élevé de fractures d’os que les omnivores. Le risque de fracture de la hanche était plus élevé chez les végétariens, les pesco-végétariens et végétaliens que chez ceux qui consomment de la viande. Dans les limites de cette étude, il n’y avait pas de prise en compte de la présence d’ostéoporose ou d’utilisation de médicaments/compléments alimentaires. La classification dans les régimes alimentaire s’est basée sur une seule récolte de données alimentaires.

Principaux résultats de l’étude allemande du BfR

Je vous présente vraiment une petite étude qui porte sur 36 végétaliens et 36 omnivores âgés de 38 ans en moyenne. Ce qui est intéressant est la présentation à la fois :

  • des apports nutritionnels par l’alimentation, estimés par la combinaison des consommations alimentaires avec des tables nutritionnelles
  • et des niveaux en nutriments dans le sang à l’aide de biomarqueurs

Évaluation des consommations alimentaires

Les apports énergétiques étaient similaires (2 270 kcal chez les végétaliens et 2 386 kcal chez les omnivores). Les apports alimentaires en fibres, en folates, en vitamines B1, B6, E, K et en fer étaient plus élevés chez les végétaliens. A l’inverse, les apports en protéines et en graisses, en vitamine B12, D, B2, B3, C, B5, calcium, Zinc, Iode étaient plus élevés chez les omnivores.

La consommation de compléments alimentaires était beaucoup plus importante chez ces  végétaliens, en particulier pour les vitamines B12, D3, C et B9. Le régime végétalien pourrait être déficient en vitamine B12, D, en calcium et en iode sans supplémentation.

Évaluation des apports urinaires (biomarqueurs)

Chez les végétaliens, des concentrations plus faibles de vitamine B2, de vitamine B3, de vitamine E (alpha-tocophérol), de vitamine A, de sélénoprotéine P et de zinc dans le sang ainsi qu’une diminution de l’excrétion d’iode et de calcium dans les échantillons d’urine de 24 heures par rapport aux omnivores étaient observé. En revanche, les taux sanguins de folate et de vitamine K1 étaient plus élevés chez les végétaliens

Il n’y avait pas de différence pour le statut nutritionnelle en vitamine B12, Vitamine D et Fer. Cela est probablement dû à la consommation de compléments alimentaires (92%) chez les végétaliens (étant donné qu’on avait un apport plus faible alimentaire en B12 et vitamine D). Les utilisateurs de suppléments ont montré des concentrations plasmatiques de 25-hydroxy vitamine D plus élevées. L’excrétion d’iode était plus faible chez les végétaliens que chez les omnivores.

Une force de l’ étude est l’excellente comparabilité entre les végétaliens et les omnivores pour l’âge, le sexe, la courte période de recrutement et par le critère d’inclusion d’un IMC inférieur à 30 kg/m². Un autre avantage est la mesure du statut nutritionnel par l’alimentation et par biomarqueurs. La principale faiblesse est le très faible effectif de 72 participants et son design transversale (on n’a pas de mesures répétées au cours du temps). De plus, les participants ont été principalement sélectionnés par publicités sur des panneaux d’affichage. Par conséquent, la possibilité que ces participants soient particulièrement soucieux de leur santé ne peut être exclue. Mais cette prise de conscience de la santé est peut être pareil dans les deux groupes comparés.

Ces résultats sont difficilement généralisables à cause du faible effectif. Il faudrait des données supplémentaires avec des études de cohorte pour évaluer les effets à long terme, des études d’intervention pour diminuer les biais et des résultats d’enquêtes nationales pour la représentativité. L’ANSES est en train d’évaluer les régimes végétariens : résultats non publiés pour le moment.

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Sources :

Tong TYN. Risks of ischaemic heart disease and stroke in meat eaters, fish eaters, and vegetarians over 18 years of follow-up: results from the prospective EPIC-Oxford study. BMJ. 2019 Sep 4;366:l4897. doi: 10.1136/bmj.l4897. PMID: 31484644; PMCID: PMC6724406.

Fraser G. E. (2009). Vegetarian diets: what do we know of their effects on common chronic diseases?. The American journal of clinical nutrition, 89(5), 1607S–1612S. https://doi.org/10.3945/ajcn.2009.26736K

Le, L. T., & Sabaté, J. (2014). Beyond meatless, the health effects of vegan diets: findings from the Adventist cohorts. Nutrients, 6(6), 2131–2147.

Orlich, M. J., Singh, P. N., Sabaté, J., Jaceldo-Siegl, K., Fan, J., Knutsen, S., Beeson, W. L., & Fraser, G. E. (2013). Vegetarian dietary patterns and mortality in Adventist Health Study 2. JAMA internal medicine, 173(13), 1230–1238. https://doi.org/10.1001/jamainternmed.2013.6473

Dinu M, Abbate R, Gensini GF, Casini A, Sofi F. Vegetarian, vegan diets and multiple health outcomes: A systematic review with meta-analysis of observational studies. Crit Rev Food Sci Nutr. 2017 Nov 22;57(17):3640-3649. doi: 10.1080/10408398.2016.1138447. PMID: 26853923.

Une réflexion sur “Etude allemande comparant le régime alimentaire et le statut nutritionnel de végétaliens vs omnivores

  • 22 novembre 2020 à 19 h 21 min
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    Bonjour, super article.

    Par rapport à la phrase “De plus, les participants ont été principalement sélectionnés par publicités sur des panneaux d’affichage. Par conséquent, la possibilité que ces participants soient particulièrement soucieux de leur santé ne peut être exclue. Mais cette prise de conscience de la santé est peut être pareil dans les deux groupes comparés.” ; y a-t-il des études qui s’intéressent au niveau d’éducation alimentaire (savoir manger équilibré, connaissance générale des apports alimentaires …) par rapport au régime alimentaire et aux carences ?
    A savoir est-ce que réussir un régime végétarien/végétalien sans carences nécessite plus de connaissances que pour un régime omnivore?

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