États Généraux de l’Alimentation : une tentative de révision du modèle de la filière agroalimentaire

Emmanuel Macron s’est exprimé ce mercredi 11 octobre au marché de Rungis sur les premières mesures au sortir des débats des États généraux de l’alimentation. « Redonner le juste prix aux agriculteurs » est une des mesures envisagées dans le discours. Ces débats ont pour but de créer de la valeur avec une répartition équitable, de permettre aux agriculteurs de vivre dignement, de répondre aux attentes des consommateurs et de promouvoir une alimentation saine et durable.

Les États Généraux de l’alimentation

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Les États généraux de l’alimentation ont débuté le 20 Juillet 2017 sous l’impulsion du Premier ministre. 14 ateliers d’échanges se déroulent depuis août jusqu’à la fin du mois d’octobre. Ils s’articulent autour de deux axes :

  1. un premier axe consacré à la création et à la répartition de la valeur plus équitable

  2. un deuxième axe portant sur une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous en prenant en compte le changement climatique et la mondialisation. Ce 2ème chantier a lieu de début octobre à fin novembre.

Ce débat s’organise avec l’ensemble des acteurs de la filière agroalimentaire : les producteurs agricoles et de la pêche, les industriels, la grande distribution, les consommateurs, la restauration collective, les élus, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, les ONG et les banques et assurances. Les citoyens peuvent également participer à partir d’une grande consultation publique ouverte du 20 Juillet à fin octobre. Vous pouvez y participer en cliquant ici : https://www.egalimentation.gouv.fr/projects

La consultation publique est un exercice de démocratie participative autour des enjeux de l’alimentation.

Voici les principales idées débattues :

  • Atelier 1 : Mieux répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualités nutritionnelles et environnementales, d’ancrage territorial, de bien-être animal et d’innovations

  • Atelier 2 : Développer les initiatives locales et créer des synergies

  • Atelier 3 : Développer la bio-économie et l’économie circulaire

  • Atelier 4 : Conquérir de nouvelles parts de marché sur les marchés européens et internationaux et faire rayonner l’excellence du modèle alimentaire et le patrimoine alimentaire français en France et à l’international

  • Atelier 5 : Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs

  • Atelier 6 : Adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs

  • Atelier 7 : Améliorer les relations commerciales et contractuelles entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs

Formation Prix Coût revient agriculteurUn 2ème chantier portera sur une Alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous (de début octobre à fin novembre):

  • Atelier 8 : Assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation française dans une économie agroalimentaire mondialisée et dans un contexte de changement climatique tout en prévenant les contaminations chimiques

  • Atelier 9 : Faciliter l’adoption par tous d’une alimentation favorable à la santé

  • Atelier 10 : Lutter contre le gaspillage alimentaire

  • Atelier 11 : Réussir la transition écologique et solidaire de notre agriculture en promouvant une alimentation durable

  • Atelier 12 : Lutter contre l’insécurité alimentaire, s’assurer que chacun puisse avoir accès à une alimentation suffisante et de qualité en France et dans le monde

  • Atelier 13 : Renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture et des filières alimentaires et développer la formation

  • Atelier 14 : Préparer l’avenir : quels investissements, quel accompagnement technique, quelle recherche pour une plus grande performance environnementale, sanitaire, sociale et économique ?

Quelques enjeux liés à l’agroalimentaire

Alimentation et santé

Ces 50 dernières années, les modes de consommation ont énormément changé avec les progrès technologiques, l’industrialisation à grande échelle de notre alimentation, la disponibilité et l’accessibilité à de nombreux produits ainsi que la pression en terme de communication.

L’étude INCA3 a montré que les français consomment une grande part d’aliments transformés avec trop de sel (7-9 g/jour), des apports en fibre trop faible (20 g/j chez les adultes). Environ 34% des adultes seraient en surpoids.

L’alimentation et l’activité physique sont impliquées dans le développement de nombreuses maladies non transmissibles telles que le cancer, le diabète de type 2, l’obésité… Une alimentation de qualité, diversifiée et équilibrée est nécessaire pour réduire le risque de développer ce type de pathologies.

Crise agricole et répartition de valeur

Le principal problème est que les prix payés aux producteurs ne couvrent pas leurs coûts de production. 30% des agriculteurs ont des revenus équivalents à 354€/mois d’après la MSA.

Alors que les prix de consommation augmentent, les prix payés aux producteurs diminuent, conséquence de la concurrence européenne. Les revenus des agriculteurs sont donc en baisse. Par exemple, sur les 25 dernières années, le prix de la viande de bœuf et du veau a augmenté de +48%, mais cette hausse n’a pas provoqué de hausse de revenu chez le producteur.

Pour une baguette de pain de 0,90€, le producteur de farine reçoit 4,6 centimes. Sur un paquet de pâtes de 78 centimes, le producteur en touche 17 centimes, l’industriel 36 centimes et le distributeur 20 centimes.

répartition valeur décomposition prix alimentaire consommation

Inversion du calcul des prix

La première mesure porterait sur une inversion du calcul des prix.  Aujourd’hui on part du prix du distributeur. Le chef de l’État voudrait partir du coût de production du producteur pour ensuite entraîner une négociation avec le transformateur. Il est également favorable au relèvement du seuil de revente à perte. Le seuil de revente à perte est la limite de prix en dessous de laquelle un distributeur ne peut revendre un produit sous peine de pouvoir être lourdement sanctionné pour revente à perte. Cette modification du calcul des prix aura des répercussions avec une hausse des prix en rayon pour les consommateurs.

Une agriculture et alimentation plus durables

Un autre défi est de limiter le réchauffement climatique, l’acidification des océans, la diminution de la qualité de l’air, de l’eau et l’érosion de la biodiversité. Or l’agriculture est responsable de 1/5ème des émissions de gaz à effet de serre (GES) à travers les engrais de synthèse source d’oxyde d’azote et la fermentation entérique d’après l’INRA.

L’agroécologie est un concept qui pourrait répondre à cette problématique. L’agroécologie applique des idées d’écologie (dynamique des populations, espèces invasive, écosystème, équilibres, résilience…) à l’agronomie. Le but est de concevoir des modèles agricoles avec des faibles niveaux d’intrants, de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de préserver les ressources naturelles.

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Source :

Ministère de l’Agriculture – Dossier de presse – États Généraux de l’Alimentation

Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires – Rapport au Parlement 2017

 

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