Coronavirus COVID-19, fake news et mésinformation : où trouver des informations fiables ?

L’OMS (organisation mondiale pour la santé) évoquait une “infodémie” par rapport au foisonnement d’informations sur le nouveau coronavirus COVID-19. Il est vraiment difficile de s’y retrouver dans les vraies informations, des opinions voire des fausses informations “fake news”.

Mise à jour : je vous propose une énorme synthèse en image à télécharger sous forme d’un powerpoint Questions/Réponses) s’il ne s’affiche pas, il faut recharger la page ou télécharger le fichier) :

Des chercheurs écrivaient dans le journal scientifique Science que les fausses informations sur le réseau social Twitter entre 2006 et 2017 ont touché sont diffusées vers 1000 à 100 000 personnes alors que les vraies informations ne toucheraient que 1000 personnes.

Une première étape quand on lit une information est d’identifier l’auteur, le type et la source de l’information.

Distinguer le type d’information

Par rapport à l’épidémie du coronavirus, on peut distinguer quatre grand type d’informations (du plus intéressant au moins intéressant) :

  • ce que l’on sait, la description de faits objectifs : par exemple, le nombre de cas confirmés en laboratoire, le séquençage de l’ARN du virus des personnes infectées, les symptômes des malades, l’historique de précédentes épidémies. Ce type d’information est trouvable sur les sites institutionnels des ministères, des agences nationales (Santé Publique France), européennes (ECDC European Center for Disease and Control) et internationales de santé (OMS). Les recommandations de santé publique proviennent la plupart du temps d’expertises collectives scientifiques, d’un faisceau de preuves.
  • les inférences, ce que l’on extrapole à partir de ce que l’on sait et des hypothèses sur ce que l’on ne sait pas : typiquement ce sont les modèles épidémiologiques qui essayent de prédire le nombre de cas, le taux de transmission du virus, la vitesse de propagation du virus, l’effet de mesures comme la quarantaine ou des restrictions de vol. Cette information est présente dans les rapports de l’OMS, de certaines équipes de recherche et dans les journaux scientifiques à comité de lecture (peer-review). L’information est souvent relayée de manière vulgarisée voire tronquée ou fausses dans les médias et les réseaux sociaux, c’est pourquoi il est toujours important de chercher la source primaire de l’information : l’auteur !
  • les avis scientifiques d’experts. Dans le cas du coronavirus, on peut considérer comme experts les épidémiologistes des maladies infectieuses, les médecins, les virologues et les évaluateurs du risque dans les agences sanitaires. Les politiciens, les journalistes n’ont souvent pas une réelle expertise scientifique sur les dynamiques des épidémies. Il est bien sûr difficile de définir qu’est-ce qu’un expert. C’est en général quelqu’un qui est reconnu par ses pairs en terme d’expertise scientifique (ici en épidémiologie, en santé publique et en virologie). L’expertise collective a une valeur supérieure à celle d’un avis personnel d’un spécialiste du sujet.
  • les opinions et les avis, les graphiques sans source, les cartes sans auteur/source : ce type d’information est la majeure partie de l’information sur les réseaux sociaux et dans les médias. Très souvent, la source, la méthode de calcul, le niveau d’incertitude ne sont pas donnés ! Ces informations sont également couramment chargées en émotions et peuvent provoquer de l’indignation, de l’incompréhension ou de la passion. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas liker, retweeter ou partager ce type d’informations (comme le disait la Commission Européenne). Cette information n’est pas toujours fausse mais est parcellaire ou tronquée voire déformée ou biaisée.
Ici j’ai pris en bas à gauche l’exemple d’un compte twitter créé en Janvier 2020 à forte influence (71 000 abonnés) et qui tweet des informations sans source et souvent à contenu viral

Où trouver de l’information fiable ?

Je vous propose une liste non exhaustive des sites que je considère fiables :

Pour aller plus loin, il y a les publications scientifiques :

Mes articles de synthèse de la littérature scientifique :

  • Questions/réponses + sur les symptômes des personnes infectées : ici
  • Sur les indicateurs épidémiologiques de la dynamique de l’épidémie (létalité, transmission…) : ici
  • Comparaison sous forme de graphiques et cartes de l’évolution du nombre de cas et de décès avec d’autres épidémies (SRAS, MERS, Ebola) : ici
  • Mes analyses sur Twitter @T_Fiolet : https://twitter.com/T_Fiolet

Check liste non exhaustive pour avoir un regard critique


✅ Quelle est la source primaire de l’info ?
✅ Qui est l’auteur ? Quelle légitimité ? Niveau d’expertise ? Conflits d’intérêts ?
✅ Vérifier la date : des images datant de plusieurs années sont souvent recyclées hors contexte
✅ Est-ce que cette information fait appel à votre émotion ? Suscite-t-elle la peur ou la passion par exemple
✅ Est-ce qu’il existe des avis/informations contradictoires ?
✅ Est-ce que l’information est une opinion ou une analyse ou une exposition de faits objectifs ?
✅ Vérifier l’URL/l’adresse, est-ce que c’est un site institutionnel ?

Appel à la prévention par plusieurs membres du Café des Sciences (Dr Nozman, Fred de C’est pas sorcier… )

Je suis à la fin de la vidéo hihi

Une différence de vitesse de l’information dans les médias et la Science

Les informations virales et fausses se répandent souvent très rapidement alors que les expertises collectives, l’analyse des résultats et les études sont longues à mettre en place. Au niveau de la communication scientifique, des fois les consensus en terme de recommandations de santé publique peuvent mettre du temps à arriver (voire ne pas arriver).

Il faut également accepter que la Science n’a pas réponse à toutes les questions et qu’il existe toujours des incertitudes et un doute scientifique mais est-ce que les gens sont prêts à entendre ces incertitudes ? Pas sûr.

Exemple d’informations déformées, d’opinions : comment les décrypter ?

J’ai pu constater l’apparition de nombreux comptes Twitter “d’informations sur le coronavirus” identifiable par leurs dates de création en Janvier 2020 en général.

L’évolution du nombre de personnes infectées

La prédiction du nombre de cas est un chose très compliquée et incertaine en épidémiologie puisqu’elle se base sur des équations mathématiques qui vont modéliser les dynamiques d’une épidémie à partir de paramètres connus (nombre de personnes infectées à un temps t par exemple) et inconnus (taux de transmission d’une personne contagieuse à une personne susceptible par exemple).

Une modélisation est toujours fausse puisque c’est une simplification de la réalité. C’est pourquoi les estimations et les résultats dans les publications scientifiques sont toujours donnés avec des intervalles de confiance. L’évolution d’une épidémie est rarement modélisable par une simple croissance exponentielle (comme une croissance microbienne) puisqu’il faut prendre en compte de multiples paramètres : nombre de contacts, de voyageurs, mesures de restrictions mises en place, voie de transmission etc…

J’ai vu passer sur les réseaux sociaux ce tableau de prédictions du nombre de décès et de cas qui ne contenait pas de source (sur le tweet, l’auteur ne renvoyait que vers le compte 20Minutes mais impossible de retrouver cette information là sur le site de 20Minutes).

On peut constater que ces prédictions qui évoquaient 77 649 décès et 3 766 000 cas le 14 février 2020 se sont complètement trompées et ont alimenté les fake news et la peur.

Des chiffres mal interprétés

L’épidémie du coronavirus s’accompagne d’une cacophonie de chiffres et de messages mal interprétés. Voici un exemple sur le site Santé Magazine qui a relayé les paroles d’une épidémiologiste américain Marc Lipsitch qui avait dit que “40-70% de la population mondiale pourrait être infectée par le coronavirus”. Cette information est devenue virale alors qu’il faut prendre du recul dessus.

Marc Lipsitch s’est repris et a admis que son estimation concerne les adultes uniquement. Cette fourchette est une estimation large qui vient de la similarité avec les deux pandémies de grippe (influenza) du 20ème siècle. Il faut savoir que non, 70% de la population mondiale n’aura pas de symptômes sévères. C’est également une opinion et non pas le résultat d’un modèle épidémiologique.

Cartes avec information déformée

Un autre exemple de représentation de l’information passe par des cartes où l’on n’a pas d’échelle/de proportionnalité de la valeur représentée (ici le nombre de cas dans le monde). On peut voir à gauche les cartes des agences scientifiques et à droite les cartes sans auteur où tout est colorié en rouge ou le rond de la Chine prend une taille anormale.

Les montages et les intox

La mésinformation peut aller plus loin avec des montages et la création de fausses informations. Ces informations portent souvent sur des remèdes miracles, des pratiques traditionnelles ou ésotériques à titre préventir ou pour se soigner du coronavirus.

Ce type de fausses informations (utilisation de l’urine pour se soigner, la transmission du COVID-19 par les moustiques, les colis chinois, la nourriture chinoise etc…) est tellement allé loin et vite que l’OMS a rédigé une page sur les idées reçues : ici.

Que sait-on actuellement de l’épidémie du COVID-19 ?

Les différents rapports et publications semblent converger vers le fait que :

  • le COVID-19 provoque principalement des symptômes légers. Il est possible d’être infecté et sans symptôme. Les enfants semblent beaucoup moins touchés que les adultes. Les personnes âgées ou avec des comorbidités (diabète, cancer, VIH…) semblent être plus à risque. J’ai détaillé les symptômes dans ce précédent article.
Sources des données : Wu (China CDC 2020), Ministère de la santé en Italie, Ministère de la santé au Japon
  • Le taux de létalité semble être autour de 2-3%. Il est bien sûr difficile de l’estimer tant que l’épidémie n’est pas terminée. Il est également dépendant du temps et de la localisation. J’en ai discuté dans un précédent article de blog.
Source : rapport de l’OMS-China Joint Mission on Coronavirus Disease 2019
  • Le taux de reproduction de base R0 (nombre de personnes infectées par 1 personne malade) est autour de 2-3 d’après les dernières études
Sources : voir mon article sur le taux de reproduction de base pour les liens vers les études

Le taux d’attaque secondaire (nombre de personnes infectées par 1 personne infectée et importée dans une population) est estimée entre 27 et 44% (Yang Liu 2020).

En Chine, le pic de l’épidémie semble avoir été atteint puisque le nombre de nouveaux cas par jour stagne. C’est de l’ordre de l’observation, pas de la modélisation. “This decline in COVID-19 cases across China is real.” (OMS).

On remarque le net ralentissement de l’incidence du COVID-19 en Chine ces derniers jours (en Mars)
Source : https://hgis.uw.edu/virus/

En France et en Europe, on est plutôt en début d’épidémie avec l’importation de cas puis des transmissions interhumaines dans le pays.

Source : adapté d’un graphique du ministère de la santé japonais

Pour évaluer les risques d’une épidémie, il faut regarder tous ces différences indicateurs épidémiologiques et pas uniquement un seul.

Impact des mesures d’interventions de distanciation sociale

Au 13 Mars 2020, j’ai tracé l’évolution du nombre de cas, du taux de létalité et de guérison dans plusieurs pays (Europe de l’Ouest, Iran, pays asiatiques). Certains pays comme Taiwan, la Chine, Singapour ou la Corée du Sud ont pris des mesures de restrictions de vol des zones à risque, des mesures de mise en quarantaine (voire des amendes si non respect des consignes), cela semble avoir payé puisqu’ils ont réussi à faire infléchir le nombre de nouveaux cas (et donc arriver à un plateau en nombre de cas).

Source des données : Johns Hopkins University Center for Systems Science and Engineering (JHU CSSE)

Quelles sont les mesures pour ralentir l’épidémie ?

Au niveau individuel

Les mesures d’hygiène élémentaire sont à mettre en place comme pour toutes épidémie :

  • se laver souvent les mains à l’eau savonneuse et/ou avec une solution hydroalcoolique
  • tousser dans son coude
  • utiliser des mouchoirs à usage unique
  • porter un masque chirurgical si on est malade et si l’on revient d’une zone à risque d’infection de COVID-19 pour ne pas contaminer les autres. Attention le masque chirurgical ne protège pas le porteur du nouveau coronavirus. Les masques FFP2 sont réservés aux professionnels de la santé pour s’occuper des malades confirmés : en acheter réduit le nombre de masques FFP2 disponibles pour les professionnels de santé.
  • Éviter de se toucher le visage, de faire des poignées de main
  • Si on revient d’une zone à risque (Chine, Italie en Lombardie et Vénétie, Hong Kong, Corée du Sud, Singapour, Iran), il ne faut pas venir travailler pendant 14 jours

Une étude a modélisé le potentiel effet de la fermeture des écoles ou du télétravail sur l’évolution de l’épidémie.

Quelles différences entre des masques de protection respiratoire (FPP) et chirurgical ?

  • Le masque chirurgical empêche la projection de grosses gouttelettes pouvant contenir du virus (>5 μm) du porteur
  • Le masque FPP empêche l’entrée, l’inhalation des grosses gouttelettes ET des aérosols viraux (et a fortiori de leur expiration). Selon le type de masque, il va filtrer entre 80 et 99% des particules de 0.3-0.5 µm de diamètre
FFP1 ou FMP1 =  Filtration : 80 % au minimum
FFP2 ou FMP2 = Filtration : 94 % au minimum
FFP3 ou FMP3 = Filtration : 98 % au minimum
Sources : https://www.hse.gov.uk/research/rrpdf/rr619.pdf

Le coronavirus peut potentiellement être transmis par

  • des grosses gouttelettes (>5 μm de diamètre), elles se déposent rapidement sur les surfaces
  • Inoculation manuelle/directe
  • Aérosols, des petites gouttelettes de <5 μm de diamètre) qui restent dans l’air pendant des périodes prolongées.

Les masques font fabriqués en fibres de polyprolylène (matériau hydrophobe). Plusieurs mécanismes de filtration sont impliqués (Source) :

  • La diffusion brownienne : les aérosols sont en suspension dans l’air avec une trajectoire brownienne. Elle peuvent entrer en contact avec le filtre et y adhérer par force de Van der Waals (force d’attraction intermoléculaire) ça filtre surtout les plus petites particules de <0,1μm
  • L’interception directe : quand une particule est proche du filtre à une distance inférieure au rayon de la particule, elle est interceptée par force de Van der Waals. Ce mécanisme capture les particules au diamètre supérieur à 0,1μm
  • Les forces électrostatiques font dévier les aérosols viraux de leur trajectoire et les attire vers la fibre où ils y adhéreront
  • Les grosses gouttelettes (>1μm) peuvent entrer directement en contact avec les fibres du filtre (impaction inertielle)

Ces masques sont difficiles à être utilisés :

  • par rapport au positionnement du masque sur le visage
  • il ne faut pas toucher le masque/le filtre constamment au risque de contaminer ses doigts. Et un doigt contaminé peut infecter environ 7 surfaces touchées ultérieurement (source : OMS Guidelines)
  • Il ne faut pas tirer un masque facial sous le menton pour discuter ou manger, puis remonter le masque
  • Le masque ne peut pas être porté trop longtemps : est-ce réaliste de faire des stocks de masque pour les personnes en bonne santé ? NON. La durée pendant laquelle un masque facial peut être porté en toute sécurité dépend du nombre de personnes qu’un utilisateur a côtoyé

Au niveau de l’État pour les cas infectés

Les cas infectés sont isolés et mis en quarantaine. Dans le cas des épidémies de grippe, la mise en quarantaine des personnes infectées a un effet limité avec un niveau de preuve faible de son efficacité (Fong 2020).

Au niveau de l’État pour la population générale

Les interventions en population générale (indépendamment du statut malade/non malade) ont pour but de réduire les contacts entre les personnes, ce qui permet de casser les chaînes de transmission. Elles constituent à fermer les écoles, encourager le télétravail, interdire les rassemblements publics.

Combien de temps reste le nouveau coronavirus sur des surfaces ?

Une étude a évalué que le SRAS-CoV-2 pourrait rester entre 3h et 48h selon le matériau.

Un des principaux risques de cette épidémie est de dépasser les capacités d’accueil dans les hôpitaux pour les cas graves.

Un petit tip pour la pérennité du blog : https://fr.tipeee.com/quoidansmonassiette

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement :

 

 

Sources :

https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/who-china-joint-mission-on-covid-19-final-report.pdf

Secondary attack rate and superspreading events for SARS-CoV-2. The Lancet. Letter to the Editor https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30462-1/fulltext?rss=yes

5 pensées sur “Coronavirus COVID-19, fake news et mésinformation : où trouver des informations fiables ?

  • 2 mars 2020 à 14 h 44 min
    Permalink

    Il faut fermer tous les WC publics
    C est une évidence

    Répondre
    • 12 mars 2020 à 21 h 50 min
      Permalink

      Je ne suis pas le genre de personne qui laisse des commentaires, mais là je fais l’effort car c’est vraiment du très bon travail !

      Répondre
  • 8 mars 2020 à 15 h 41 min
    Permalink

    Remarquable article. Très utile pour mes présentations aux élèves.

    Répondre
  • 14 mars 2020 à 21 h 19 min
    Permalink

    Bravo, remarquable! Une qualité incroyable, merci!
    Une prof qui va bientôt enseigner à distance mais aurait aimé leur montrer ça avant…

    Répondre
  • 21 mars 2020 à 12 h 23 min
    Permalink

    Bonjour

    Quand est il de la re contamination du virus sur les personnes ayant déjà eu le covid19 ? As t’on des infos sourcés ?

    Merci

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Secured By miniOrange