Consommer bio et diabète de type 2 : associations épidémiologiques dans l’étude NutriNet-Santé

Le bio fait souvent parler de lui dans les médias quand une nouvelle étude sur les aspects santé sort sur ce sujet. Essayons d’y voir plus clair dans cette analyse, publiée le 9 Novembre 2020 dans l‘International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity et menée par le Dr. Kesse-Guyot, sur les associations entre la consommation d’aliments bio et la survenue de diabète de type 2 dans la cohorte NutriNet-Santé. Le principal résultat est qu’une consommation élevée d’aliments bio était statistiquement associée à un risque diminué de 35% de diabète de type 2. Pour mieux interpréter ce risque relatif, si le risque de base était de 20% d’avoir un diabète, votre différence de risque serait de 7%. Calcul : Différence de Risque = Risque de base * (Risque Relatif -1)= 0.20*(0.64-1)

Principaux résultats

Dans la cohorte NutriNet, une consommation élevée d’aliments bio était associée à un niveau de revenu plus élevé, à être plus actif physiquement, à être plus âgé, à des apports énergétiques plus élevés et une plus faible contribution des protéines dans le régime (contribution plus élevée pour les glucides et lipides). Quand la part de bio augmentait dans le régime, la qualité nutritionnelle (caractérisé par un indicateur appelé PNNS-GS2. Celui-ci attribue des points à chaque recommandation alimentaire selon le niveau d’adhérence à la recommandation) augmentait également avec une plus faible consommation d’alcool. Globalement ceux qui mangent bio (quintile Q5) ont un meilleur mode de vie que ceux qui mangent moins bio (Q1).

En comparant les grands consommateurs de bio (Q5) et les plus faibles consommateurs (Q1), les auteurs ont constaté que une consommation élevée de bio était associée à un risque relatif diminuée de diabète de type 2 (HR=0.64 [0.43-0.95]) après prise en compte de l’âge, du sexe, des antécédents familiaux de diabète, de l’activité physique, du statut maritale, du niveau d’éducation, du revenue, du tabagisme, de la qualité nutritionnelle (sPNNS-GS2), des apports énergétiques et de la consommation d’alcool. Ce graphique ci-dessous caractérise la relation entre le risque d’avoir du diabète (Hazard Ratio HR) et la consommation de bio : à chaque part de bio dans le régime est estimé un risque relatif de survenue du diabète. Un HR>1 indique un risque accru. Un HR<1 indique un risque diminué. Un HR=1 indique une absence d’association. Pour interpréter le HR, il faut considérer la “marge d’erreur” de l’estimation appelée Intervalle de confiance. J’explique ici l’interprétation des risques relatifs: https://quoidansmonassiette.fr/risques-relatifs-absolus-perception-des-probabilites-comment-ne-pas-se-faire-pieger-par-les-statistiques/

Adapté de : Kesse-Guyot, E., Rebouillat, P., Payrastre, L. et al. Prospective association between organic food consumption and the risk of type 2 diabetes: findings from the NutriNet-Santé cohort study. Int J Behav Nutr Phys Act 17, 136 (2020)

En séparant les produits d’origine animale et végétale, la relation disparaissait pour les produits animaux et elle s’atténue pour les produits végétaux. Les analyses restreintes à des sous-groupes (seulement les hommes ou les femmes) ont montré que l’effet du bio est surtout retrouvé chez les femmes avec un revenu élevé mais pas chez les hommes.

Ils ont effectué une analyse intéressante appelée analyse de médiation. Elle permet de voir si la relation bio/diabète de type 2 est expliquée par la qualité nutritionnelle représentée par le score sPNNS-GS2. Sous forme de métaphore de système de plomberie la tuyauterie originale permet un passage direct (c) de l’eau entre X (variable explicative = bio) et Y (variable à expliquer = diabète). Si l’introduction d’une nouvelle tuyauterie génère le passage de l’eau par un point M en deux chemins (a) et (b) et plus par (c), la variable M (ici la qualité nutritionnelle) est alors médiatrice.

Pour les faibles consommateurs de bio Q1 Q2, il n’y avait pas d’effet indirect nutritionnelle significatif sur la relation bio/diabète. Par contre, pour les gros consommateurs, cette relation serait en partie expliquée à 32% (médiée) par la qualité nutritionnelle du régime.

3 hypothèses sont avancées pour expliquer cette relation

  • les aliments bio pourraient avoir des teneurs différentes en antioxydants qui pourraient réduire le stress oxydatif qui perturbe l’absorption du glucose et pourrait améliorer la sensibilité à l’insuline
  • les aliments bio pourraient contenir plus d’oméga-3
  • Une différence de teneurs en résidus de pesticides synthétiques (ici les niveaux de résidus de pesticides chez les participants n’ont pas été mesurés)

Limites

Une des grandes difficultés de l’étude du bio est de séparer l’effet “bio””, de l’effet nutritionnel et de l’effet mode de vie. Cela est fait avec l’analyse multivariée du modèle de Cox qui prend en compte les différences sociodémographiques, de qualité nutritionnelle à travers des “ajustements statistiques”. Dans les analyses de sensibilité (table S2), quand le profil alimentaire (dietary pattern) est considéré, la relation devient non significative. C’est cohérent avec le fait que cette relation serait en partie médiée par la qualité nutritionnelle. Seul un essai randomisé contrôlé permettrait d’exclure ces facteurs de confusion mesurés et non mesurés. L’observationnel limite l’inférence causale. Par ailleurs la population de NutriNet (bien qu’il ait des effectifs élevés) n’est pas représentative de la population générale. Il serait important de dupliquer et tester ces analyses dans d’autres cohortes dans le monde. Les données alimentaires se basent sur des auto-déclarations sujettes à une erreur de mesure. Pour finir, le temps de suivi est plutôt court (4 ans) par rapport au temps de développement d’un diabète.

Au final, cette étude est intéressante parce qu’il y en a peu de sur le bio et la santé. Les auteurs ont effectué de très nombreuses analyses de sensibilité et médiation pour tester la robustesse de leurs résultats. Pour en savoir plus sur le bio et la santé : https://quoidansmonassiette.fr/faut-il-manger-bio-pour-etre-en-bonne-sante-mieux-manger/

Quelques points de méthode :

Qu’est-ce qu’une cohorte ?

Une cohorte est une étude épidémiologique où l’on suit des participants pendant plusieurs années et on relève des données sur leurs consommations alimentaires, leur état de santé et d’autres paramètres (socio-économiques, anthropométriques etc…). Ces différentes données sont prises en compte dans un modèle statistique appelé modèle de Cox. C’est une sorte d’équation linéaire généralisée.

NutriNet-Santé est une cohorte prospective, la période de suivi débute à la date de mise en place de l’enquête. Une étude de cohorte consiste à comparer la survenue d’une pathologie dans plusieurs populations définies en fonction de leur exposition à un facteur présumé causal (ici le bio) pour cette pathologie (ici le diabète).

Comment ont été mesurées et validées les données ?

La consommation alimentaire a été évaluée au moyen d’un questionnaire semi-quantitatif de fréquence alimentaire auto-administré préalablement validé, comprenant des questions supplémentaires sur les fréquences de consommation sous forme bio (en fonction des produits certifiés et étiquetés) pour chaque article. Ce questionnaire comprenait 264 articles (aliments et boissons) avec des portions ou des photographies indiquées. Pour chaque article, on a demandé aux participants de fournir la fréquence de consommation au cours de la dernière année ainsi que les quantités. La fréquence de consommation sous forme biologique a été évaluée pour chaque article à l’aide de la question suivante: “À quelle fréquence le produit consommé était-il d’origine biologique? Avec cinq modalités (jamais, rarement, la moitié du temps, souvent et toujours) “. Ensuite ces réponses ont été converties en assignant des poids de 0, 0,25, 0,5, 0,75 et 1 aux catégories respectives: “jamais”, “rarement”, “la moitié du temps”, “souvent” et “toujours”.

Par le passé, une étude (Lassale 2015) de validation des questionnaires de NutriNet a été réalisée chez environ 200 sujets afin de comparer les données collectées par 3 enregistrements de 24 h avec des biomarqueurs plasmatiques et urinaires pour répondre à cette question : est-ce qu’on mesure bien la même chose ? Un coefficient de corrélation de 1 signifie une corrélation élevée et 0 pas de corrélation. Les corrélations étaient faibles pour les légumes/vitamines C plasmatiques (0.14) ; poisson/EPA (0.35) mais acceptables pour les fruits/vitamines C (0.54). Pour les apports en protéines, potassium et sodium, les différences entre les deux méthodes étaient faibles. Une autre étude de validation ont été menées indiquant que les estimations alimentaire de NutriNet sont similaires à celle de l’enquête nationale ENN3.

La qualité globale du régime a été considérée avec un second indicateur, le sPNNS-GS2 (simplified Programme National Nutrition Santé Guideline Score 2). Celui-ci reflète l’adhérence aux recommandations alimentaires du PNNS (il ne prend pas en compte le bio). Source : https://ijbnpa.biomedcentral.com/


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