Traces de Bisphénol A retrouvées dans des urines d’adolescents : difficile d’éviter ce perturbateur endocrinien

Des résidus de Bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, ont été retrouvés dans 86% des prélèvements urinaires d’adolescents américains de 17-19 ans dans une étude d’intervention de l’Université d’Exeter publiée dans le BMJ Open.

Le bisphénol A, un perturbateur endocrinien dans les emballages

effet perturbateur endocriniens mécanismes

Le bisphénol A (le 4,4’-Isopropylidènediphénol) est identifié dans de nombreux emballages et plastiques alimentaires : boites de conserve, canettes, plats préparés, biberons, …) mais également dans le non-alimentaire tel que les lunettes de soleil, les DVD, les prises… Ce plastique a la particularité d’être résistant, rigide et transparent. La voie d’exposition principale serait l’alimentation par migration du BPA dans les contenus alimentaires.

Le bisphénol A est suspecté avoir un effet de perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il va brouiller les voies de communication hormonale en se fixant sur des récepteurs aux estrogènes (une hormone). Le BPA a en effet une structure moléculaire proche de cette hormone.

Moduler le régime alimentaire pour diminuer l’exposition au bisphénol A ?

bisphenol A molecule structure
Molécule de bisphénol A

94 étudiants âgés de 17 à 19 ans d’écoles du Sud-Ouest du Royaume-Uni ont été recrutés pour participer à cette étude d’intervention de l’Université de Exeter.

L’objectif de l’étude était de tester l’effet des changements d’un régime alimentaire « BPA-reduced » (qui cherche à diminuer la consommation d’aliments contaminés au Bisphénol A) sur les teneurs urinaires en BPA de ces jeunes adultes.

Les étudiants devaient diminuer leurs apports en bisphénol A en consommant moins d’aliments à risque de contamination de bisphénol A pendant les 7 jour d’intervention (d’après les lignes directrices de la littérature scientifique qui traite des aliments les plus à risque pour ce contaminant) : par exemple en évitant les emballages en BPA, les boites de conserve, les plats préparés qui se réchauffent au micro-onde (comme la température élevée favorise la migration de bisphénol A dans un produit). Ils leur étaient demandés de ne pas modifier leur apport calorique total avant et pendant l’intervention pour ne pas biaiser les résultats. L’exposition alimentaire au bisphénol A a été estimée à partir d’un « Score à risque BPA » : chaque produit alimentaire potentiellement contaminé au BPA ou ultra-transformés recevait un score de 1 (sinon 0). Le score final était une simple somme de tous les items alimentaires à risque sur les jours de consommation alimentaire. 7 jours de données de consommation alimentaire ont été enregistrés.

Deux prélèvements d’urine ont été effectués pour mesurer la teneur en BPA dans l’organisme par GC-MS lors de deux visites : un premier avant l’intervention et un second après l’intervention.  Les chercheurs ont demandé explicitement aux étudiants de ne pas modifier leur comportement alimentaire exprès avant l’étude (sinon on risque de ne pas détecter du tout d’effet éventuel d’un régime d’atténuation de l’exposition au BPA entre avant et après l’intervention).

protocole etude bisphenol A

Le bisphénol A, inévitable

  • Dans 86% des urines des participants, du bisphénol A a été détecté avec en moyenne 1.58 (SD : 1.64) ng/mL à la 1ère visite et 3.13 (7.36) ng/mL à la 2ème visite avec ajustement sur les niveaux en créatinine. Cette teneur est proche de l’exposition dans d’autres pays et elle reflète l’exposition environnement au BPA. La limite de quantification était à 0,07 ng/mL.

  • Pas de différence significative de concentration urinaire en BPA entre avant et après l’intervention alimentaire (P=0.25) donc cette modification de l’alimentation pendant 7 jours ne semble pas avoir eu d’effet significatif sur les teneurs en BPA dans l’organisme.

Cependant, un étudiant avec la teneur urinaire la plus élevée en BPA durant la 1ère visite  a eu une diminution significative de sa concentration urinaire en BPA (P=0.003). Le sexe, le temps de récolte des échantillons et l’IMC ont été pris en compte comme éventuels facteurs de confusion.

  • Pas de lien significatif n’a été retrouvé entre le score à risque BPA et des changements de concentration en BPA dans l’urine.
  • 50% des participants ont trouvé qu’adopter un régime pour réduire l’exposition au BPA coûtait plus cher et 78% ont rapporté que leurs courses duraient plus longtemps. 58% des participants ont eu le même apport calorique avant et pendant l’intervention.

Finalement, essayer de modifier son régime pour moins s’exposer au bisphénol A pourrait ne pas avoir d’effet puisque le bisphénol A serait trop ubiquitaire dans l’environnement. Les sources de bisphénol A ne sont pas qu’alimentaire mais multiples comme par contact cutané.

Les limites : le temps de demi-vie du BPA est de 6 heures, la collecte d’urine s’est faite sur 24h, il est possible que les mesures aient sous-estimé l’exposition. Une difficulté majeure pour les participants était l’identification des produits alimentaires avec ou sans bisphénol A. L’intervention comptait 94 participants, ce qui est déjà pas mal, mais peut-être pas assez pour détecter des changements (manque de puissance statistique). Cette étude n’a pas pris en compte non plus les différences génétiques entre les individus en terme de métabolisation du bisphénol A (c’est à dire qu’il est transformé dans le corps). Par ailleurs, la large variabilité (intra-individuelle) au sein d’un individu des teneurs urinaires en BPA à différents temps peut diminuer l’effet étudié.

Ce qui est à retenir de cette étude est qu’il est difficile d’éviter l’exposition au bisphénol A tellement il est présent dans notre environnement. Il faudrait encourager l’étiquetage de la présence ou non de BPA pour informer le consommateur.
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Source : Tamara S Galloway et al. An engaged research study to assess the effect of a ‘real-world’ dietary intervention on urinary bisphenol A (BPA) levels in teenagers. BMJ Open, 2018

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