Les régimes pauvres en glucides « low-carb diet » et hyperglucidiques associés à un risque accru de mortalité d’après une étude dans The Lancet

Consommer des glucides avec modération pourrait être optimal pour la santé d’après une étude publiée dans The Lancet Public Health Journal. En effet, une consommation excessive ou trop faible de glucides pourrait être associée à une augmentation du risque de mortalité.

Des résultats complexes sur la consommation de glucides sur le long terme

Petit rappel sur les glucides

Les glucides (ou sucres ou carbohydrates ou oses) ont pour formule chimique (CH­22O)n. Le terme glucide englobe différents sucres selon leur degré de polymérisation :

  • N=1 : glucose, fructose, galatactose
  • N=2 :  saccharose, lactose, maltose, lactulose…
  • N=3-9 : maltodextrine, galactoside, fructane…
  • N>10 : cellulose, gomme, amidon, fructane…
  • Le terme «sucres» est conventionnellement utilisé pour décrire les mono- et disaccharides. Une consommation excessive de ceux-ci peut mener à du surpoids, des troubles métaboliques et des caries.

Un régime hypoglucidique (Westman et al. 2007) apporte moins de 50-150g de glucides par jour. Un régime très faible en glucide apporte moins de 50g de glucides par jour. Ce sont des régimes cétoniques.

Un régime hyperglucidique est caractérisée par plus de 55% de l’énergie totale apportée par les glucides. Un apport excessif en glucides est transformé en acides gras saturés et stocké sous forme de triglycérides.

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) recommande un apport en lipides de 35-40% , en protéines de 10-20% et en glucides de 40-55% de l’énergie totale. L’ANSES recommande aux adultes de ne pas consommer plus de 100 g de sucres totaux par jour (hors lactose et galactose) et pas plus d’une boisson sucrée (en privilégiant les jus de fruit).

Les régimes hypo- et hyperglucidiques

Les régimes pauvres en glucides « Low Carb » ont acquis de la popularité parce qu’ils pourraient être associés à une diminution du poids sur le court terme en particulier avec le régime Atkins lancé en 1972. Les régimes hypoglucidiques sont également appelé HPLC High Fat, High Protein and Low Carbohydrate. L’ANSES souligne que l’innocuité de ces régimes sur le long terme n’est pas établie et que ce régime peut entraîner des déficits en fibres et micronutriments (vitamines C, E…) puisqu’il est souvent associé à une diminution de la consommation de céréales, fruits et légumes.

Pour le long terme, les données sont contradictoires. Une méta-analyse de 7 études (Noto et al. 2013) prospectives épidémiologiques en Europe et Amérique du Nord avait identifié que de faibles apports en glucides seraient associés à une hausse de mortalité. A l’inverse, l’étude prospective PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology) basée sur 18 pays (n=135 355 participants) a constaté qu’une apporté élevé en glucides était associé à une hausse du risque de mortalité de +28%. Ce qui peut expliquer ces contradictions sont les populations étudiées qui diffèrent dans leurs consommations de glucides. Par ailleurs l’origine de ces carbohydrates (régime d’origine animal versus végétal) a été peu étudiée.

L’étude ARIC sur la part de glucides dans le régime

L’étude publiée dans The Lancet portait sur la cohorte ARIC (Atherosclerosis Risk in Communities) et a investigué 4 communautés américaines en Caroline du Nord, au Mississippi, dans le Minnesota et le Maryland. Les participants âgés entre 45-64 ans ont été initialement recrutés entre 1987 et 1989 (recrutement encore ouvert). En 1987-1989 et en 1993-95, ils ont reçu un questionnaire fréquentiel pour estimer leurs consommations alimentaires.

Probabilité de survie mortalite carbohydrates régimesL’objectif de cette analyse était le lien entre la part de carbohydrates en énergie dans le régime (en %) et le risque de mortalité. Les modèles statistiques utilisés ont pris en compte les facteurs de confusion classiques liés à la mortalité (âge, sexe, niveau d’éducation…).

Ces chercheurs ont également fait une mise à jour d’une méta-analyse sur ce sujet qui a inclus des études épidémiologiques et essais cliniques randomisés de plus de 1 an de suivi et ajusté sur au moins 3 facteurs de risque de mortalité. La métaanalyse vise une synthèse exhaustive, non biaisée, reproductible, quantifiée et précise des résultats d’une question de recherche.

Pour déterminer la part de végétal ou d’animal dans le régime, les chercheurs ont également créé un score de 10 points.

Résultat pour l’étude ARIC

Le suivi median de cette étude était de 25 ans avec 6283 décès pendant cette période. La part moyenne en énergie de glucides était de 48,9%.

Les grands consommateurs de carbohydrates (Q5) étaient plus âgés, plus de femmes, avec un IMC plus faible, moins de diabète, une activité physique plus importante, plus consommateurs de protéines d’origine végétale et moins de graisses animales et végétales et plus de fibres.

La relation entre la consommation de glucides et le risque de mortalité avait une forme en U (non linéaire), c’est-à-dire que le risque de décès était plus élevé pour des apports faibles et élevés en glucides par rapport à un groupe de référence avec un apport modéré de glucides. Le risque était minimal pour des apports autour de 50-55%.

Par exemple, avoir un régime apportant moins de 30% de glucides (en énergie) diminuerait la longévité de 4 ans par rapport à quelqu’un consommant 50-55% de glucides. De même, consommer plus de 65% de glucides diminuerait la longévité de 1 an.

Résultat de la méta-analyse :

Carbohydrates mortalité relation en U432 179 participants de 8 cohorte ont été inclus. Cette relation en U a été retrouvée.

Des différences significatives de consommation de carbohydrates entre les pays Européens/Nord Américain (valeurs moyennes <50% souvent) et l’Asie (valeurs moyennes > 60%E) ont été constatées.

  • Un apport faible en carbohydrates était associé à un risque accru de 20% de mourir.
  • Un apport élevé en carbohydrates était associé à un risque accru de 23% de décéder.

La partie gauche de la relation en U pourrait être expliquée par les pays « occidentaux » et la partie droite par l’Asie.

Les régimes faibles en carbohydrates étaient souvent associés à des consommations plus importantes en protéines et graisses animales et également souvent des apports plus faibles en légumes, fruits et céréales. Exception pour l’étude NHS et HPFS où les régimes faibles en carbohydrates et plutôt d’origine végétale étaient associéés à un risque réduit de mortalité. La source des protéines et des graisses pourrait donc avoir un effet important sur cette relation.

Une consommation accrue de protéines et de graisses animales en comparaison avec ceux qui remplacent les glucides par des protéines et graisses végétales était associée à un risque accru de mortalité. Et inversement une consommation accrue de protéines et graisses végétales était associée à un risque diminué de décès. Des résultats similaires ont été retrouvé pour la mortalité venant de maladies cardiovasculaires.

régime carbohydrates glucides végétales mortalité

Les limites de cette étude

Tout d’abord cette étude est observationnelle et non pas Clinique. Il n’y a donc pas de possibilité d’établir une relation de cause à effet.

Le régime alimentaire dans la cohorte ARIS a été estimé deux fois seulement avec un intervalle de 6 ans et sur une durée de 25 ans, le régime alimentaire des participants peut changer. Des modifications de consommation de carbohydrates auraient tendance à diminuer l’effet de cette relation en U. On peut noter que les intervalles de confiance sont larges aux extrémités de la relation en U.

Dans la méta-analyse, les différences de consommation importantes de glucides entre les pays Asiatiques et Européens/Nord-Américains rendent difficile une généralisation. La généralisation des résultats n’est pas possible aux populations asiatiques qui tendent à avoir un régime très riche en glucides et leur consommation de protéines d’origine animale provient surtout des poissons (et pas de la viande dans les pays « occidentaux »).

Les données des précédentes cohortes européennes et nord-américaines étaient souvent données en quantile et non pas en continu d’où une possible perte d’informations.

L’exposition alimentaire étudiée est un groupe large et hétérogène : les glucides. Nous ne savons pas quels types de glucides, de graisses et de protéines ont été utilisés. Des ajustements sur certains glucides auraient pu être intéressant.  Le biais de confusion résiduel n’est pas à exclure.

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Sources:

Seidelmann et al. Dietary carbohydrate intake and mortality: a prospective cohort study and meta-analysis. The Lancet Public Health, 2018; DOI: 10.1016/S2468-2667(18)30135-X

Shai I, Schwarzfuchs D, Henkin Y, et al. Weight loss with a low-carbohydrate, Mediterranean, or low-fat diet. N Engl J Med 2008; 359: 229–41

Nordmann AJ, Nordmann A, Briel M, et al. Effects of low-carbohydrate vs low-fat diets on weight loss and cardiovascular risk factors: a meta-analysis of randomized controlled trials. Arch Intern Me 2006; 166: 285–93.

Dehghan, MMente, AZhang, X et al. Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study.Lancet. 2017; 390: 2050-2062

Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.  Rapport d’expertise collective. Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. Novembre 2010

Westman et al. Low-carbohydrate nutrition and metabolism. Am J Clin Nutr 86(2), 276-84 (2017)
Noto, H et al. Low-carbohydrate diets and all-cause mortality: a systematic review and meta-analysis of observational studies.PLoS One. 2013; 8: e55030

 

 

6 pensées sur “Les régimes pauvres en glucides « low-carb diet » et hyperglucidiques associés à un risque accru de mortalité d’après une étude dans The Lancet

  • 2 septembre 2018 à 10 h 12 min
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    Dans l’article précédent on apprenait que le CO2 rendait les plantes plus riches en glucide mais c’était un problème aussi.
    Comme quoi n’importe quel changement dans le régime alimentaire entraine un risque chez certains individus.

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    • 2 septembre 2018 à 11 h 46 min
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      Bonjour, merci pour votre remarque. L’article sur le CO2 de Nature Climate Change cible uniquement les déficiences en protéines, zinc et fer au niveau mondial mais ne traite pas des glucides directement alors que cette méta-analyse de The Lancet stigmatise les régimes trop pauvres ou trop riche (>55%E) en glucides plus au niveau individuel.

      Les deux publications ne sont pas contradictoires, on peut avoir un régime avec un apport modéré en glucides et des besoins comblés en protéines, zinc et fer. Avoir un régime « équilibré » et raisonnable est possible, après c’est certains que tout le monde n’a pas les mêmes besoins par des différences génétiques, de situations physiologiques et d’environnements. L’article sur le CO2 signale juste que c’est un paramètre auquel il faudra faire attention dans les années à venir.

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      • 3 septembre 2018 à 21 h 23 min
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        Bonsoir,

        Oui les deux publications ne sont pas contradictoires. Celle ci est équilibrée car elle s’intéresse aux deux côtés de la balance. Nulle n’est fait mention (a priori, je n’ai que des ouïe dire de la publication originale) dans celle sur les effets du CO2, des bénéfices du verdissement, or ce qu’ils observent est une conséquence du « léger » effet de fertilisation qui « n’aurait pas été pris en compte »*. Et il a des bénéfices, par exemple sur ceux qui manquent de glucides. Ils n’en parlent pas.

        Voici un article de l’INRA qui parle de recherches pour transformer le riz, plante C3, en plante C4. Les avantages seraient que le riz capterait plus de CO2 et consommerait moins d’eau. C’est exactement ce qu’il se passe lorsque le taux de CO2 augmente dans l’atmosphère : les plantes mangent plus de CO2 (ce qui conduit à l’effet de dilution) et consomment moins d’eau (réduction des pertes d’eau par une respiration moins nécessaire). Les mêmes causes produisent les mêmes effets et cela conduira aux même carences en protéines en cas d’alimentation déséquilibrée. Ils cherchent pourtant à le faire pour améliorer les choses. On pourra toujours trouver des populations marginales qui vont souffrir de cette solution mais la malnutrition diminuera. Faites donc un article intitulé : « Des chercheurs de l’INRA cherchent à réduire la valeur nutritionnelle de certaines cultures ». Parce-que augmenter le taux de CO2 ou faire du riz une plante C4, c’est pareil, vraiment.

        http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Biologie-vegetale/Toutes-les-actualites/Regards-d-expert-Peut-on-doper-la-photosynthese
        NB: on observe le verdissement (cumul effet de fertilisation, principalement, et plus de chaleur, les plantes aiment les deux) en mesurant l’activité photosynthétique des plantes par satellite.

        Je n’arrive pas à comprendre comment autant de gens peuvent souffrir de carences en fer, 2 milliards de personnes me dit l’OMS ! C’est le minerai le plus abondant de la planète.

        Ne vous en faites pas pour Robert. Cela fait 7 ans que je l’ai sur le dos.

        Désolé d’être hors sujet sur ce post ci.

        *Je trouve votre phrase mal tournée : « Seul l’effet sur la qualité nutritionnelle des céréales a été étudié, le léger effet de fertilisation qui pourrait augmenter les rendements n’a pas été pris en compte ici ». En fait c’est l’effet de fertilisation qui provoque ce qu’ils observent, donc on peut pas dire qu’il n’est pas pris en compte (ni qu’il est léger puis que ses conséquences ne le sont pas…). La plante pousse plus mais comme les intrants autres que le CO2 ne changent pas, elle s’appauvrit relativement en zinc etc…

        Ce qui n’est pas pris en compte ce doit être l’augmentation de la production agricole du à l’effet de fertilisation et le changement de régime alimentaire qu’elle provoque.
        En fait comme vous dites déjà que « les régimes alimentaires resteront statiques jusqu’en 2050 », la phrase problématique est AMHA inutile.

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  • 2 septembre 2018 à 12 h 11 min
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    A t’on un échantillonnage de la catégorie de personnes formant la cohorte ( sportifs, actifs sédentaires) car les besoins nutritionnels dépendent avant tout du mode de vie, non ?

    Nicias @

    Toujours à coté de la plaque mon pauvre ami…

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    • 2 septembre 2018 à 12 h 24 min
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      Table 2 de l’article, vous avez quelques détails des cohortes inclues. Pour aller plus loin il faut aller voir les articles originaux (le but d’une méta-analyse n’est pas de faire un rapport d’expertise collective de 50 pages).
      Le mode de vie a été pris en compte bien entendu avec les ajustements des modèles multivariés. Je cite « PURE results are are adjusted for age, sex, education, waist-to-hip ratio, smoking, physical activity, diabetes, urban or rural location, centre, geographical regions, and energy intake« . L’activité physique a donc été prise en compte. Faire des analyses univariées sans prendre en compte les facteurs de confusion a peu d’intérêt. Il y a bien sûr des biais toujours inhérents aux cohortes de volontaires mais il y a peu de moyens d’études sur le long terme.
      Les besoins nutritionnels dépendent principalement de l’âge, du sexe, de la situation physiologique (sportif, enceinte, en croissance…) et la génétique.

      Qu’est-ce qu’il y a à côté de la plaque ? Je ne vois pas la raison de votre pique gratuite sans argument …

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      • 2 septembre 2018 à 19 h 02 min
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        Merci pour ces renseignements ..

        Nicias est l’administrateur du site climatonégateur skyfall, pour lui tout est bon pour essayer de discréditer les travaux des climatologues ou de toutes disciplines connectée avec le réchauffement climatique, sa remarque n’était pas sans arrière-pensée….

        http://www.skyfall.fr/

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