Régime végétarien et maladies cardiovasculaires : les aliments transformés à éviter

Un régime riche en végétaux : bon pour la santé ? pas forcément.

Une étude de l’Université Harvard a constaté qu’une alimentation basée sur des produits d’origine végétale frais, bruts ou peu transformés diminuerait le risque de maladies cardiovasculaires (MCV). A l’inverse, cette alimentation végétarienne serait néfaste si les produits sont trop transformés.

Dans de précédentes études, les régimes basés sur des produits végétaux ont été associés à une réduction de risque de maladies cardiovasculaires (Fraser et al. 2009, McEvoy et al. 2012). Cependant ces études comportent des limites puisqu’elles étaient souvent basées sur des régimes végétariens qui parfois excluent des aliments ou la totalité d’aliments d’origine animale. Par ailleurs, les légumes frais ou en conserve étaient traités sur le même plan. L’étude américaine publiée dans le Journal of the American College of Cardiology a pris en compte ce caractère transformé de l’alimentation. Ce caractère transformé de l’alimentation n’est pas à négliger : une étude espagnole avait montré une association entre la consommation d’aliments ultra-transformés (pizzas, sodas, hamburgers, biscuits, crèmes glacées…) et un risque accru de surpoids/obésité et d’hypertension (Mendonça et al. 2016 et 2017).

Une étude sur plusieurs années

Cette étude a porté sur les participants de la cohorte NHS Nurses’ Health Study (1984-2012) avec plus de 200 000 personnes. Les participants ont reçu un questionnaire sur leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires et leur état de santé tous les 2 ans. Les consommations alimentaires ont été estimées avec un questionnaire semi-fréquentiel avec des questions du type « à quelle fréquence consommez-vous cet aliment ? » avec 9 choix de réponses variant de « jamais/moins d’1 fois par mois » à « plus de 6 fois par jour ».

schema cohorte nutrition sante survenue

Caractérisation du régime à base de produits végétaux

Un indice caractérisant la consommation de produits d’origine végétale a été créé PDI Plant-Based Diet Index. Un PDI élevé reflète une forte consommation de produits végétaux quel que soit son caractère transformé.

2 indices dérivés ont été également utilisés : le hPDI, le healthful-PDI (sain) caractérise une alimentation avec des céréales complets, des fruits et des légumes frais et à l’inverse l’indice uPDI, le unhealthy-PDI caractérise une alimentation riche en fruits et légumes transformés, produits céréaliers raffinés, sodas, jus de fruits.

Ces scores sont basés sur 18 groupes alimentaires auxquels sont attribués 1 à 5 points pour chacun. La somme des points de chaque groupe donne le score final de l’index qui varie de 18 à 90 points.

plant-based diet index PDI indice vegetarien vegetable 2

Les auteurs ont comparé les groupes des consommateurs avec un PDI/uPDI/hPDI élevés versus faibles (décile 1 versus décile 10).  Par exemple, pour le score PDI, le décile 1 correspond au groupe de faibles consommateurs de produits végétaux (PDI médian = 45,3 points) alors que le décile 10 correspond au groupe des consommateurs en produits végétaux (PDI médian = 63,5). Au final, 8 631 participants ont eu un accident cardiovasculaire.

Consommer un régime riche en produits végétaux et peu transformé réduit le risque de maladies cardiaques

Dans le modèle de Cox poolé ajusté sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires (un modèle statistique adapté pour étudier la survenue d’une maladie), le PDI était modestement corrélé avec la survenue de maladies cardiovasculaires (HRD1 vs D10=0,92 [0,83 ; 1,01], P-trend = 0,003). Le PDI est l’indice qui reflète la consommation de produits végétaux (transformés ou non).

Cependant, en analysant le hPDI et uPDI séparément afin d’observer un effet du caractère transformé de l’alimentation, ils ont constaté que :

  • hPDI, c’est-à-dire une consommation élevée de produits végétaux « sains » (peu transformés ou frais) était fortement inversement corrélée avec la survenue de MCV (HRD1 vs D10=0,75 [0,68 ; 0,83], P-trend <0,001). Après prise en compte de la consommation de viande rouge et de sodas (puisque ce résultat pourrait être juste dû à une plus faible consommation de viande rouge ou sodas), la relation restait dans le même sens et significative.

  • uPDI, c’est-à-dire une consommation élevée de produits végétaux raffinés ou transformés était fortement associée avec la survenue de MCV (HRD1 vs D10=1,32 [1,20 ; 1,40], P-trend <0,001). Cette association était légèrement plus importante chez les fumeurs.

Pour conclure, l’adhérence au hPDI (consommation de produits végétaux frais, peu transformés « sains ») est associée à une réduction de risque de maladies cardiovasculaires. A l’inverse, la consommation de produits végétaux raffinés ou ultra-transformés est associé à une augmentation du risque de MCV. Cette étude fait écho avec les nouvelles recommandations nutritionnelles du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) en France qui encourage la consommation de produits bruts et frais.

Un effet de la qualité nutritionnelle ?

La relation entre hPDI et une réduction du risque pourrait être expliqué par une régime alimentaire plus riche en fibres, en antioxydants, en graisses insaturés, en fer héminique et en vitamines. Cette amélioration de la qualité nutritionnelle pourrait donner lieu à un meilleur profil lipidique, réduire la pression artérielle, maintenir/diminuer son poids corporel, diminuer l’inflammation.

Les forces et faiblesse de l’étude

Les limites de cette étude sont tout d’abord son design : une étude d’observation et non d’intervention. On ne peut donc pas établir de liens causaux. Ensuite, il est possible qu’il y ait des erreurs de mesures par rapport aux estimations des consommations alimentaires par les questionnaires semi-fréquentiels (le gold standard étant 3 enregistrements/rappels alimentaires de 24h). Les forces de l’étude sont qu’elle porte sur 20 ans (bon temps de recul entre l’exposition alimentaire et la survenue de la maladie – puisque la maladie pourrait modifier le comportement alimentaire et donc apporter un biais de causalité inverse) et qu’elle comporte beaucoup de cas de MCV et de participants.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Sources :

Satija A et al. – Healthful and Unhealthful Plant-Based Diets and the Risk of Coronary Heart Disease in U.S. Adults. J Am Coll Cardiol. 2017 Jul 25;70(4):411-422

Fraser GE. Vegetarian diets: what do we know of their effects on common chronic diseases? Am J Clin Nutr 2009;89:1607S–12S.

McEvoy CT, Temple N, Woodside JV. Vegetarian diets, low-meat diets and health: a review. Public Health Nutr 2012;15:2287–94.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.