Quoi dans mon assiette http://quoidansmonassiette.fr Actualités en sciences, alimentation et santé Thu, 15 Feb 2018 06:26:37 +0000 fr-FR hourly 1 http://quoidansmonassiette.fr/wp-content/uploads/2016/03/cropped-cropped-Head-logo-Quoi-dans-mon-assiette-2-32x32.jpg Quoi dans mon assiette http://quoidansmonassiette.fr 32 32 Aliments Ultra-transformés liés aux Cancers : un risque accru d’après l’Etude Nutrinet-Santé ? http://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-cancers-ultra-processed-food-risque-nutrinet-sante/ http://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-cancers-ultra-processed-food-risque-nutrinet-sante/#respond Thu, 15 Feb 2018 06:22:50 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2750 Ce billet est un peu particulier pour moi. Je vais vous  parler ma première publication (Fiolet et al. 2018) dans le British Medical Journal (BMJ) qui porte sur les relations entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le risque de cancer, étude supervisée par le Dr Mathilde Touvier (merci pour tous ses conseils, son encadrement et à l’équipe de l’EREN !) : Fiolet et al. Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ 2018; 360 (Published 14 February 2018)

Aujourd’hui le cancer figure parmi les principales causes de mortalité dans le monde. En France, le nombre de nouveaux cas de cancer était estimé à 385 000 en 2015 avec pour les plus fréquents : les cancers de la prostate, colorectal et du sein.  Le cancer est une maladie multifactorielle qui se déroule sur des mois ou plusieurs années selon le type. Il résulte du développement exponentiel, anarchique et non contrôlé de cellules cancéreuses La survenue d’un résulte d’interactions entre les facteurs environnementaux et génétiques. Les variations génétiques (polymorphismes génétiques) déterminent la sensibilité et susceptibilité plus ou moins importantes à ces facteurs environnementaux qui sont l’alimentation, la pollution, la consommation d’alcool, le tabac, l’exposition aux UV pour citer quelques exemples.

Relations entre cancers et facteurs nutritionnels

1/3 des cancers les plus fréquents pourraient être évités par des modifications de nos habitudes de vie, plus spécifiquement l’alimentation (WCRF 2017).

Le «risque attribuable dans la population» (ou «pourcentage de risque attribuable») mesure la proportion de cas d’une maladie qu’on peut attribuer au facteur de risque dans l’ensemble de la population.

cancer alimentation facteurs nutritionnelles liens niveau de preuve
Adapté du WCRF

Au Royaume-Uni, 9,2% des cancers (au global avec les fruits et légumes, la viande, les fibres et le sel) seraient attribuables à des facteurs alimentaires, 5,5% au surpoids/obésité et 4% à l’alcool, considéré comme facteur non nutritif ! Par exemple, les fruits et légumes pourraient influer sur 45-55% du risque de cancer de l’œsophage et du pharynx et 35% pour le cancer de l’estomac. La part attribuable à la viande du cancer colorectal est d’environ 21,1%. Le rapport du WCRF/AICR  (World Cancer Research Fund international) confirme que l’alimentation joue un rôle non négligeable dans le risque de survenue du cancer.

De nombreux facteurs alimentaires semblent être impliqués dans le développement de cancers avec un niveau de preuve scientifique convaincant :

  • Les boissons alcoolisées et un risque accru des cancers œsophage-buccal, colorectal et du sein
  • La surcharge pondérale (indirectement les aliments denses énergétiquement) et le risque du cancer de l’œsophage,
  • Les viandes transformées (charcuterie) et le cancer colorectal
  • A l’inverse, les fibres pourrait protéger du cancer colorectal

Les mécanismes biologiques impliqués sont multiples avec des effets antioxydants protecteurs et sur l’inflammation, sur l’intégrité de l’ADN, sur les défenses immunitaires et la multiplication cellulaire.

cancer alimentation mecanismes composes bioactifs
Adapté de WCRF 2017, ANSES rapport d’expertise collective du groupe de travail Nutrition et cancer 2011

Consommation de produits ultra-transformés et risque de cancer

La part d’aliments transformés dans nos régimes a bien augmenté sur ces 50 dernières années. Un aliment ultra-transformé est une formulation industrielle contenant de nombreux ingrédients y compris des additifs, il est construit de façon à être prêt à consommer ou à cuire/boire. Il a la particularité d’être microbiologiquement sain et hyper palatable. Cela concerne les biscuits, les sodas, les gâteaux, les viandes reconstituées, les plats préparés…

Les produits ultra-transformés représentent 61-62% des calories vendues aux USA (Poti 2015), 55% pour le Canada (Moubarac 2014) et 51% pour le Royaume-Uni (Monteiro 2017). En terme d’apports énergétique, les produits ultra-transformés représentaient 58% des apports énergétiques aux USA (Steele 2016), 48% pour le Canada (Moubarac 2017) et 36% pour la France (Julia 2017).

De précédentes études ont constaté une association entre la consommation de produits ultra-transformés et un risque accru de surpoids (Mendonca et al. 2016), d’hypertension (Mendonca et al. 2017), de syndrome métabolique (Tavares 2012), d’augmentation du LDL-cholestérol (Rauber et al. 2015), augmentation de la prévalence d’obésité (Monteiro 2017)

Les produits ultra-transformés contribuent pour une grande part de l’alimentation dans de nombreux pays en terme d’apports énergétiques.

Etude Nutrinet SanteEtude NutriNet-Santé

L’étude NutriNet-Santé est une étude de cohorte où un groupe de sujets est suivi pendant plusieurs années.

Le but de cette étude prospective était d’évaluer l’association entre le caractère transformé de l’alimentation et le risque de survenue (ou incidence) du cancer au global et par localisation. L’étude NutriNet porte sur environ 150 000 adultes mais seulement 105 000 participants ont été inclus pour avoir au moins 2 enquêtes de données alimentaires par individus.

Des données socio-démographiques, anthropométriques, sur le mode de vie et l’état de santé ont été récoltées. Tous les 6 mois, les consommations alimentaires des participants sont collectées à partir de questionnaires en ligne auto-administrés. L’alimentation de chaque individu a été classée dans la classification NOVA et nous nous sommes intéressés à la part d’aliments ultra-transformés dans le régime de l’individu (% d’aliments ultra-transformés). La classification NOVA se compose de 4 catégories : aliments frais/très peu transformés, ingrédients culinaires, aliments transformés et aliments ultra-transformés (dans un précédent article, j’explique ce qu’est cette classification ici).

Schema étude nutrinet_2

 

Un risque accru de cancer au global

Le risque est la fréquence de survenue d’une maladie dans une population donnée. Il est évalué par les Hazard Ratio HR qui, quand la maladie est rare, sont assimilés au Risque Relatif RR : ici le rapport de risque entre le groupe exposé (aux produits ultra-transformés) et le groupe non-exposé.

Une augmentation de 10% de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime de l’individu était associée à une augmentation significative de +12% du risque de cancer au global (HR=1.12 [1.06 ;1.18], P=<0.0001) et de +11% pour le cancer du sein. Cette association n’a pas été retrouvée pour le cancer de la prostate ni du cancer colorectal. Cette association a été maintenue après ajustement (c’est-à-dire une prise en compte de ces facteurs de confusion sur la relation) sur un profil alimentaire « Western Diet » et sur certains nutriments délétères (en consommation en excès). Le régime Western est caractérisé par des apports élevés en viande rouge et viande transformée, en beurre, en aliments fris, en produits laitiers gras, en produits céréaliers raffinées, en féculents et en boissons sucrées.

cancer risk ultraprocessed food
Consommer +10% d’aliments ultra-transformés augmente le risque de cancer au global de +12% et de +11% pour le cancer du sein. Mais la consommation d’aliments ultra-transformée n’est pas associée statistiquement au cancer de la prostate ni du cancer du sein chez les femmes préménopausées.

Les limites de l’étude à garder en tête sont que l’association n’est que statistique et non pas causale comme c’est une étude d’observation (et non pas un essai randomisé contrôlé en double aveugle). Les participants sont des volontaires avec un niveau d’éducation plus élevé que la population générale ce qui peut donner lieu à une sous-représentation d’une alimentation déséquilibrée. En outre, il peut y avoir des facteurs de confusion résiduelle qui n’ont pas été pris en compte comme des variables génétiques ou les apports observés en additifs alimentaires.

incidence cumulée cancer ultraprocessed food

Qualité nutritionnelle ou processus de transformation alimentaire ?

Plusieurs mécanismes ont été exposés pour expliquer la relation entre la consommation de produits ultra-transformés et le risque de maladies chroniques.

Tout d’abord avec la densité nutritionnelle faible des aliments ultra-transformés qui favoriserait l’ingestion importante de calories et moins de micronutriments. De nombreux produits ultra-transformés sont riches en glucides et lipides, ce qui pourrait altérer la réponse à l’insuline mais également habituer au goût sucré et provoquer des changements dans le système nerveux de la récompense pouvant éventuellement mener à des comportements de surconsommation.

Les aliments ultra-transformés pourraient également avoir un effet rassasiant plus faible (Fardet et al. 2016). Le format prêt à consommer de nombreux UPF mène souvent à une consommation rapide et inattentive (à l’opposé de manger en pleine conscience).

L’étude de Louzada a pris en compte avec des ajustements statistiques les graisses saturées, les sucres ajoutées et les graisses trans (nutriments consommés en excès qui peuvent être néfaste), or la relation entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le risque d’obésité est restée, ce qui suggère que les facteurs nutritionnelles n’expliquent pas en entier cette association statistique (de même pour les études de Tavares et al., Mendonca et al.).

Les additifs alimentaires tels que les controversés TiO2 dioxyde de titane (agent blanchissant) et le sodium de nitrite dans la viande. Le sodium de nitrite peut se transformer en nitrosamines après la cuisson, composés impliqués dans le développement du cancer colorectal (Bouvard et al. 2015).  Dans une étude expérimentale sur des souris exposées au dioxyde de titane (Bettini et al. 2017), le TiO2 semble avoir provoqué l’apparition de lésions précancéreuses et l’OMS l’avait classé en « possiblement cancérigène » (groupe 2B). Attention, cependant, les études animales ne sont pas directement extrapolables à l’Homme.

Par ailleurs, les produits ultra-transformés comme les plats préparés sont bien en contact avec leur emballage plastique. Ce plastique peut contenir du bisphénol A, une molécule qui peut migrer sous la chaleur (avec le micro-onde par exemple). Ce bisphénol A a été jugé par l’Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) comme ‘extrêmement préoccupant ». Or ces perturbateurs endocriniens pourraient jouer un rôle dans le développement de maladies chroniques dont le cancer (Muncke et al. 2011)

hypothèse ultra-transformés

Les perspectives dans cette thématique de recherche sont

  • Réduire la consommation de produits ultra-transformés pourrait réduire le risque de survenue du cancer et de l’obésité. Cependant, les limites des études prospectives sont à garder en tête. Les différentes relations observées sont statistiques et non causales (puisque ce ne sont pas des essais cliniques randomisés sur l’Homme).

  • Besoin d’une classification plus claire : il y a eu plusieurs mises à jour de la classification NOVA.

  • Améliorer les méthodes de recueil alimentaire en posant des questions sur l’état transformé des aliments. Une mauvaise classification peut atténuer les relations.

  • Évaluer les associations avec d’autres maladies chroniques, également dans d’autres pays

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Source :

Fiolet et al. Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ 2018; 360 (Published 14 February 2018)

Mendonça et al. Ultraprocessed food consumption and risk of overweight and obesity: the University of Navarra Follow-Up (SUN) cohort study. Am J Clin Nutr. 2016 Nov;104(5):1433-1440

Mendonça et al. Ultra-Processed Food Consumption and the Incidence of Hypertension in a Mediterranean Cohort: The Seguimiento Universidad de Navarra Project. Am J Hypertens. 2017 Apr 1;30(4):358-366

Rauber F et al. Consumption of ultra-processed food products and its effects on children’s lipid profiles: a longitudinal study. Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2015 Jan;25(1):116-22

Monteiro et al. Household availability of ultra-processed foods and obesity in nineteen European countries. Public Health Nutrition, 1-9.

Costa CS et al. Consumption of ultra-processed foods and body fat during childhood and adolescence: a systematic review. Public Health Nutr. 2018 Jan;21(1):148-159

Tavares LF et al. Relationship between ultra-processed foods and metabolic syndrome in adolescents from a Brazilian Family Doctor Program.Public Health Nutr. 2012 Jan;15(1):82-7

Bouvard V et al. Carcinogenicity of consumption of red and processed meat. Lancet Oncol. 2015 Dec;16(16):1599-600

Muncke J. Endocrine disrupting chemicals and other substances of concern in food contact materials: an updated review of exposure, effect and risk assessment. J Steroid Biochem Mol Biol. 2011 Oct;127(1-2):118-27

Bettini S. et al. Food-grade TiO2 impairs intestinal and systemic immune homeostasis, initiates preneoplastic lesions and promotes aberrant crypt development in the rat colon. Scientific Reports 7, Article number: 40373 (2017)

Poti JM, Mendez MA, Ng SW, Popkin BM. Is the degree of food processing and convenience linked with the nutritional quality of foods purchased by US households? Am J Clin Nutr. 2015;101(6): 1251–62.

Moubarac JC, Batal M,Martins AP, Claro R, Levy RB, Cannon G, et al. Processed and ultra-processed food products: consumption trends in Canada from 1938 to 2011. Can J Diet Pract Res. 2014;75(1):15–21

Monteiro CA, Moubarac JC, Levy RB, Canella DS, Louzada M,Cannon G. Household availability of ultra-processed foods and

obesity in nineteen European countries. Public Health Nutr. 2017:1–9.

Martinez Steele E, Baraldi LG, Louzada ML, Moubarac JC, Mozaffarian D, Monteiro CA. Ultra-processed foods and added

sugars in the US diet: evidence from a nationally representative cross-sectional study. BMJ Open. 2016;6(3):e009892

ANSES rapport d’expertise collective du groupe de travail Nutrition et cancer 2011

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultratransformes-cancers-ultra-processed-food-risque-nutrinet-sante/feed/ 0
Aliments Ultra-transformés et Classification NOVA : Nouvelle Approche de la Nutrition et en Santé Publique http://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultra-transformes-nova-classification-ultraprocessed-nouvelle-approche-nutrition-sante-publique/ http://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultra-transformes-nova-classification-ultraprocessed-nouvelle-approche-nutrition-sante-publique/#respond Mon, 12 Feb 2018 23:38:41 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2709 L’étude de l’alimentation par le degré de transformation est une approche récente. Je vais vous montrer comment identifier ces produits ultra-transformés qui sont à éviter.

La transformation alimentaire a joué un rôle majeur dans le développement des sociétés humaines. Il y a 2 millions d’années la cuisson des aliments était une des premières étapes de transformation pour rendre comestible, augmenter la palatabilité (qualité gustative ressentie au niveau du palais) et rendre microbiologiquement sain certains aliments comme la viande. La conservation sous forme de salaison, sous forme séchée ou fumée a également été un point important dans l’évolution des habitudes alimentaires.

Avec l’industrialisation, le développement de l’agriculture et la mondialisation, la nature, le but et le degré de transformation alimentaire ont énormément changé et évolué. Pour les pays occidentaux, les problèmes de sous-nutrition ont laissé place aux problématiques de la malnutrition avec l’émergence de l’obésité et des maladies chroniques liées à la nutrition, de la surproduction et du gaspillage alimentaire.

Cette transition nutritionnelle est caractérisée par un passage de régimes traditionnels basés sur des produits peu transformés tels que les fruits et légumes, les céréales, des produits animaux frais à la consommation de produits hautement transformés avec une haute teneur en graisses saturées, en sucres ajoutés et en sels, auxquels s’ajoute une diminution de l’activité physique liée à l’urbanisation de notre mode de vie. Des scientifiques ont évoqué une occidentalisation du régime : Western Diet. Ce régime est caractérisé par une alimentation riche en énergie et faiblement diversifiée. Cette transition nutritionnelle terminée dans les pays développés se poursuit dans les pays en voie de développement (Popkin 2002). D’après l’OCDE, la population mexicaine est à 70% en surpoids (incluant l’obésité).

L’impact sur la santé de ces changements alimentaires importants par rapport au degré de transformation n’a été étudié que récemment.

transition nutritionnelle shift nutritional schema

Qu’est-ce que les aliments ultra-transformés ?

Étudier le caractère transformé de l’alimentation est une approche récente de l’alimentation mise en avant par l’équipe de recherche brésilienne de Carlos Monteiro qui a développé la classification NOVA (un nom, pas un acronyme). Cette classification reconnue par la FAO et la Pan American Health Organization se compose de 4 catégories définies par les processus de transformation alimentaire :

  • Aliments frais ou peu transformés (‘minimally processed’) : des aliments frais ou modifiés par des procédés comme le retrait des parties non comestibles, le séchage, le concassage, le broyage, la pasteurisation, la réfrigération, la congélation, l’emballage sous vide (des procédés qui permettent de prolonger la durée de vie). Aucun de ces produits ne comporte de substances ajoutées. On retrouve par exemple les fruits, les légumes et les légumineuses frais, séchés ou congelés, la viande coupée et emballée, le lait pasteurisé, le yogourt nature, les œufs, le riz, le maïs, les pâtes…

  • Ingrédients culinaires transformés (‘food ingredient’) : les substances extraites du groupe 1 par pressage, meulage ou raffinage ou broyage. Ils comprennent les condiments, les amidons, le beurre et les huiles végétales.

  • Aliments transformés (‘processed food’) : ce sont des produits simples fabriqués avec des aliments du groupe 1 avec ajout de substances du groupe 2 (sel, huile, sucre…). Ce groupe comprend les aliments en conserve, les aliments fumés, les fromages, les pains. Le but d’obtenir des aliments transformés est d’augmenter la durée de vie des aliments du groupe 1 ou modifier leurs qualités organoleptiques.

  • Aliments hautement transformés (‘ultraprocessed food’) : des produits avec des formulations industrielles qui comportent plus de 4 ou 5 ingrédients. Ces aliments peuvent comporter des additifs alimentaires, des protéines hydrolysées, des amidons modifiés et/ou des huiles hydrogénées. Un aliment hautement transformé est un produit qui est hyper palatable, souvent peu coûteux, facile à consommer. Ces produits sont généralement énergétiquement denses, riches en sucres ajoutés, en sel et matières grasses.

Une des limites de cette classification est qu’elle ne distingue pas vraiment les aliments faits-maisons et ceux industriels. Par ailleurs, la préparation alimentaire dans les restaurants, l’élimination de parties non comestibles, l’assaisonnement ou le mélange de divers aliments ne sont pas pris en compte par la classification NOVA. Les aliments doivent être classés tels que consommés tels quel. En outre, le classement de certains aliments pourraient être sujet à débat : par exemple, le miel pourrait être mis dans les unprocessed…

NOVA Classification degree processing ultraprocessed food

Pour information, il existe d’autres classifications similaires  portant sur le degré de transformation alimentaire :

  • Le règlement européen 1333/2008 sur les additifs distingue les aliments non-transformés avec cette définition :

    toute denrée alimentaire qui n’a subi aucun traitement entraînant une modification sensible de l’état initial de l’aliment; à cet égard, les opérations suivantes ne sont pas considérées comme entraînant une modification sensible: division, séparation, tranchage, désossement, hachage, écorchement, épluchage, pelage, mouture, découpage, lavage, parage, surgélation, congélation, réfrigération, broyage, décorticage, conditionnement ou déconditionnement;
  • de l’IARC-EPIC (non-processed, modestly/moderately processed/processed) qui prend en compte elle le « fait maison » mais cette classiication a quelques problèmes de cohérence. par exemple les fruits secs sont dans modérément transformés alors que le processus de séchage industriel est une méthode pour les produits très transformés.

  • de l’US IFIC-Joint Task Force de l’Académie américaine de nutrition et diététique, de la Société Américaine de Nutrition et l’International Food Information Council.

L’ultra-transformation associée à une faible densité nutritionnelle

Les aliments ultra-transformés sont pour la plupart prêts à manger ou à cuire ou à boire tels que les burgers, chips, bonbons pizza, sodas, pâtisseries, biscuits et ils sont formulés pour être goûteux, hyper palatables avec des additifs alimentaires, un packaging travaillé et microbiologiquement sains. Ils font souvent l’objet d’une campagne de communication et marketing (Monteiro et al. 2013).

Les ventes de ces produits ont surtout augmenté dans les années 1990 puis se sont stabilisées dans les années 2000 (Venn et al. 2017). Une étude en Nouvelle-Zélande a montré que 83% des produits en supermarché étaient des produits ultra-transformés (Luiten et al. 2015).

Dans de nombreux pays, les aliments ultra-transformés contribuent à plus de la moitié des apports énergétiques en Espagne, en Allemagne, aux États-Unis ou aux Pays-Bas et Royaume Uni. Différentes études au Canada, aux USA, au Brésil et au Royaume-Uni (Moubarac 2013, Poti 2015, Louzada 2015, Adams 2015, Martinez 2017) ont constaté que ces produits ultra-transformés contiennent souvent moins de protéines, moins de fibres, de potassium, de magnésium et de vitamines A, B12, C et E mais plus d’acides gras saturés, d’acides gras trans, de sucres ajoutés, de sel et de calories et donc une moins bonne qualité nutritionnelle.

nova ultraprocessed ultratransformé europe diet regime

Et concrètement ?

J’ai comparé les données de composition nutritionnelle de poulet à différents degrés de transformation. Les poulets ultra-transformés apportent plus de calories (à part le waterzooi mais qui contient plus d’eau), ils contiennent moins de protéines mais beaucoup plus de glucides et de lipides. Conclusion, il vaut mieux se faire cuire du poulet sans la peau (la peau apporte des lipides, quand on compare avec et sans peau). Ne pas consommer de poulet cru puisque ce n’est pas microbiologiquement sûr : toujours cuire la viande à cœur pour éviter les intoxications alimentaires.

comparaison poulet cru transforme ultratransformés

Aliments ultra-transformés et risques de maladies chroniques :

Réduire par deux les apports en produits ultra-transformé pourrait aider à éviter 22 055 morts par maladies cardiovasculaires au Royaume-Uni, soit 10-13% de morts par MCV (Moreira 2015).

Quelques études ont analyse les associations entre la consommation de ces produits et le risque de maladies chroniques :

  • dans l’étude prospective espagnole SUN (Mendonca et al. 2016, 2017), une augmentation de la consommation d’aliments UPF était associée avec une augmentation du risque d’obésité de +26% (HR=1.26 [1.10,1.46], P-trend=0.001) et d’hypertension de 21% (HR=1.21 [1.06, 1.037], P-trend=0.004).

  • Une autre étude (Rauber et al. 2015) a mis en évident une association entre l’augmentation de produits ultra-transformés chez les enfants et l’augmentation du cholestérol total et LDL-cholestérol (« mauvais cholestérol »).

  • Les enquêtes sur le budget des ménages (EBM) sont des enquêtes nationales qui se concentrent principalement sur les dépenses de consommation. L’équipe de Monteiro a regardé la répartition des produits ultra-transformés dans les régimes de 19 pays européens basés sur des enquêtes nationales de consommation de budget des ménages. Ils ont également constaté une association positive entre la présence de produits ultra-transformés et la prévalence d’obésité.

  • Dans la revue de la littérature scientifique de Caroline Santos Costa (2018), plusieurs études ont trouvé des associations positives entre la consommation de sodas et de boissons sucrées et la graisse corporelle chez les enfants et les adolescents.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ces liens avec les maladies chroniques :

  • une baisse de la qualité nutritionnelle (des aliments ultra-transformés denses énergétiquement, riches en sucres…)

  • la présence d’additifs alimentaires controversés

  • la présence de contaminants : des composés néoformés ou les matériaux de contact.

Quelques recommandations

1. Baser son régime alimentaire sur des aliments du groupe 1 « unprocessed/raw », c’est-à-dire peu transformé ou frais/cru.

2. Pour les ingrédients culinaires, préférer les huiles végétales (et diversifier) au beurre. Ne pas rajouter de sel ni de sucre. Préférer les herbes aromatiques.

3. Manger des aliments transformés en quantité modérée. Éviter les aliments ultra-transformés et les sodas.

4. Préférer cuisiner à la maison que d’acheter des plats préparés. A l’extérieur, privilégier les aliments frais ou peu transformés au restaurant.

5. Se méfier de la publicité alimentaire qui porte principalement sur des aliments transformés, en particulier pour les enfants. Et oui, les légumes crus sont un peu moins sexy à la télévision…

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Source :

Popkin BM. The shift in stages of the nutrition transition in the developing world differs from past experiences! Public Health Nutr. 2002 Feb;5(1A):205-14.

Monteiro CA et al. Ultra-processed products are becoming dominant in the global food system. Obes Rev. 2013 Nov;14 Suppl 2:21-8.

Venn et al. Australia’s evolving food practices: a risky mix of continuity and change. Public Health Nutr. 2017 Oct;20(14):2549-2558

Luiten et al. Ultra-processed foods have the worst nutrient profile, yet they are the most available packaged products in a sample of New Zealand supermarkets. Public Health Nutr. 2016 Feb;19(3):530-8

Poti JM, Mendez MA, Ng SW, Popkin BM. Is the degree of food processing and convenience linked with the nutritional quality of foods purchased by US households? Am J Clin Nutr. 2015 Jun;101:1251-62.

Adams J, White M. Characterisation of UK diets according to degree of food processing and associations with socio-demographics and obesity: cross-sectional analysis of UK National Diet and Nutrition Survey (2008-12). Int J Behav Nutr Phys Act. 2015 Dec 18;12:160

Costa Louzada ML, Martins AP, Canella DS, Baraldi LG, Levy RB, Claro RM, Moubarac JC, Cannon G, Monteiro CA. Ultra-processed foods and the nutritional dietary profile in Brazil. Rev Saude Publica. 2015;49:38.

Moubarac JC, Martins AP, Claro RM, Levy RB, Cannon G, Monteiro CA. Consumption of ultra-processed foods and likely impact on human health. Evidence from Canada. Public Health Nutr. 2013 Dec;16:2240-8.

Martinez SE, Popkin BM, Swinburn B, Monteiro CA. The share of ultra-processed foods and the overall nutritional quality of diets in the US: evidence from a nationally representative cross-sectional study. Popul Health Metr. 2017 Feb 14;15:6.

Moreira et al. Comparing different policy scenarios to reduce the consumption of ultra-processed foods in UK: impact on cardiovascular disease mortality using a modelling approach. PLoS One. 2015 Feb 13;10(2):e0118353

Mendonça et al. Ultraprocessed food consumption and risk of overweight and obesity: the University of Navarra Follow-Up (SUN) cohort study. Am J Clin Nutr. 2016 Nov;104(5):1433-1440

Mendonça et al. Ultra-Processed Food Consumption and the Incidence of Hypertension in a Mediterranean Cohort: The Seguimiento Universidad de Navarra Project. Am J Hypertens. 2017 Apr 1;30(4):358-366

Rauber F et al. Consumption of ultra-processed food products and its effects on children’s lipid profiles: a longitudinal study. Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2015 Jan;25(1):116-22

Monteiro et al. Household availability of ultra-processed foods and obesity in nineteen European countries. Public Health Nutrition, 1-9.

Costa CS et al. Consumption of ultra-processed foods and body fat during childhood and adolescence: a systematic review. Public Health Nutr. 2018 Jan;21(1):148-159

Wrangham R. The evolution of human nutrition. Curr Biol. 2013 May 6;23:R354-R355

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/aliments-ultra-transformes-nova-classification-ultraprocessed-nouvelle-approche-nutrition-sante-publique/feed/ 0
Traces de Bisphénol A retrouvées dans des urines d’adolescents : difficile d’éviter ce perturbateur endocrinien http://quoidansmonassiette.fr/traces-de-bisphenol-a-retrouvees-dans-urines-adolescents-eviter-perturbateur-endocrinien/ http://quoidansmonassiette.fr/traces-de-bisphenol-a-retrouvees-dans-urines-adolescents-eviter-perturbateur-endocrinien/#respond Thu, 08 Feb 2018 07:29:30 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2711 Des résidus de Bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, ont été retrouvés dans 86% des prélèvements urinaires d’adolescents américains de 17-19 ans dans une étude d’intervention de l’Université d’Exeter publiée dans le BMJ Open.

Le bisphénol A, un perturbateur endocrinien dans les emballages

effet perturbateur endocriniens mécanismes

Le bisphénol A (le 4,4’-Isopropylidènediphénol) est identifié dans de nombreux emballages et plastiques alimentaires : boites de conserve, canettes, plats préparés, biberons, …) mais également dans le non-alimentaire tel que les lunettes de soleil, les DVD, les prises… Ce plastique a la particularité d’être résistant, rigide et transparent. La voie d’exposition principale serait l’alimentation par migration du BPA dans les contenus alimentaires.

Le bisphénol A est suspecté avoir un effet de perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il va brouiller les voies de communication hormonale en se fixant sur des récepteurs aux estrogènes (une hormone). Le BPA a en effet une structure moléculaire proche de cette hormone.

Moduler le régime alimentaire pour diminuer l’exposition au bisphénol A ?

bisphenol A molecule structure
Molécule de bisphénol A

94 étudiants âgés de 17 à 19 ans d’écoles du Sud-Ouest du Royaume-Uni ont été recrutés pour participer à cette étude d’intervention de l’Université de Exeter.

L’objectif de l’étude était de tester l’effet des changements d’un régime alimentaire « BPA-reduced » (qui cherche à diminuer la consommation d’aliments contaminés au Bisphénol A) sur les teneurs urinaires en BPA de ces jeunes adultes.

Les étudiants devaient diminuer leurs apports en bisphénol A en consommant moins d’aliments à risque de contamination de bisphénol A pendant les 7 jour d’intervention (d’après les lignes directrices de la littérature scientifique qui traite des aliments les plus à risque pour ce contaminant) : par exemple en évitant les emballages en BPA, les boites de conserve, les plats préparés qui se réchauffent au micro-onde (comme la température élevée favorise la migration de bisphénol A dans un produit). Ils leur étaient demandés de ne pas modifier leur apport calorique total avant et pendant l’intervention pour ne pas biaiser les résultats. L’exposition alimentaire au bisphénol A a été estimée à partir d’un « Score à risque BPA » : chaque produit alimentaire potentiellement contaminé au BPA ou ultra-transformés recevait un score de 1 (sinon 0). Le score final était une simple somme de tous les items alimentaires à risque sur les jours de consommation alimentaire. 7 jours de données de consommation alimentaire ont été enregistrés.

Deux prélèvements d’urine ont été effectués pour mesurer la teneur en BPA dans l’organisme par GC-MS lors de deux visites : un premier avant l’intervention et un second après l’intervention.  Les chercheurs ont demandé explicitement aux étudiants de ne pas modifier leur comportement alimentaire exprès avant l’étude (sinon on risque de ne pas détecter du tout d’effet éventuel d’un régime d’atténuation de l’exposition au BPA entre avant et après l’intervention).

protocole etude bisphenol A

Le bisphénol A, inévitable

  • Dans 86% des urines des participants, du bisphénol A a été détecté avec en moyenne 1.58 (SD : 1.64) ng/mL à la 1ère visite et 3.13 (7.36) ng/mL à la 2ème visite avec ajustement sur les niveaux en créatinine. Cette teneur est proche de l’exposition dans d’autres pays et elle reflète l’exposition environnement au BPA. La limite de quantification était à 0,07 ng/mL.

  • Pas de différence significative de concentration urinaire en BPA entre avant et après l’intervention alimentaire (P=0.25) donc cette modification de l’alimentation pendant 7 jours ne semble pas avoir eu d’effet significatif sur les teneurs en BPA dans l’organisme.

Cependant, un étudiant avec la teneur urinaire la plus élevée en BPA durant la 1ère visite  a eu une diminution significative de sa concentration urinaire en BPA (P=0.003). Le sexe, le temps de récolte des échantillons et l’IMC ont été pris en compte comme éventuels facteurs de confusion.

  • Pas de lien significatif n’a été retrouvé entre le score à risque BPA et des changements de concentration en BPA dans l’urine.
  • 50% des participants ont trouvé qu’adopter un régime pour réduire l’exposition au BPA coûtait plus cher et 78% ont rapporté que leurs courses duraient plus longtemps. 58% des participants ont eu le même apport calorique avant et pendant l’intervention.

Finalement, essayer de modifier son régime pour moins s’exposer au bisphénol A pourrait ne pas avoir d’effet puisque le bisphénol A serait trop ubiquitaire dans l’environnement. Les sources de bisphénol A ne sont pas qu’alimentaire mais multiples comme par contact cutané.

Les limites : le temps de demi-vie du BPA est de 6 heures, la collecte d’urine s’est faite sur 24h, il est possible que les mesures aient sous-estimé l’exposition. Une difficulté majeure pour les participants était l’identification des produits alimentaires avec ou sans bisphénol A. L’intervention comptait 94 participants, ce qui est déjà pas mal, mais peut-être pas assez pour détecter des changements (manque de puissance statistique). Cette étude n’a pas pris en compte non plus les différences génétiques entre les individus en terme de métabolisation du bisphénol A (c’est à dire qu’il est transformé dans le corps). Par ailleurs, la large variabilité (intra-individuelle) au sein d’un individu des teneurs urinaires en BPA à différents temps peut diminuer l’effet étudié.

Ce qui est à retenir de cette étude est qu’il est difficile d’éviter l’exposition au bisphénol A tellement il est présent dans notre environnement. Il faudrait encourager l’étiquetage de la présence ou non de BPA pour informer le consommateur.
Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Source : Tamara S Galloway et al. An engaged research study to assess the effect of a ‘real-world’ dietary intervention on urinary bisphenol A (BPA) levels in teenagers. BMJ Open, 2018

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/traces-de-bisphenol-a-retrouvees-dans-urines-adolescents-eviter-perturbateur-endocrinien/feed/ 0
Pollution des Microplastiques dans notre Environnement : retrouvés dans les Océans et la Chaîne Alimentaire http://quoidansmonassiette.fr/pollution-des-microplastiques-dans-environnement-retrouves-dans-oceans-chaine-alimentaire/ http://quoidansmonassiette.fr/pollution-des-microplastiques-dans-environnement-retrouves-dans-oceans-chaine-alimentaire/#respond Mon, 29 Jan 2018 07:30:35 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2695 La production mondiale de plastique a atteint environ 320 millions de tonnes par an (L. Wright 2017). Chaque année, une partie non négligeable de ce plastique est perdue et se retrouve dans l’environnement marin. En 2025, les océans pourraient regorger d’environ 250 millions de tonnes de déchets plastiques.

occurrence recherches microplastique pubmedLes microplastiques sont des particules microscopiques de plastiques qui polluent l’environnement. Ils sont principalement retrouvés dans les océans et les mers, ensuite ils sédimentent ou sont ré-ingérés par les animaux aquatiques. La problématique des micro- et nanoplastiques est en pleine essor dans la recherche scientifique.

Qu’est-ce qu’un plastique ?

Un plastique est un polymère, une répétition d’unités moléculaires simples appelées monomères. Voici quelques exemples de plastiques et leurs utilisations :

  • Polyéthylènes (PE) : emballages plastiques, sachets

  • Polypropylènes (PP) : équipements automobiles, mobilier de jardin, fibres de tapis

  • plastiques polymere molecules PET PVT polyethylenePolystyrènes (PS) : emballages anti-chocs, isolant thermique

  • Polychlorures de vinyle (PET) : fils textiles, films, bouteilles

  • Polychlorures de vinyle (PVC) : bouteilles plastiques, pots

  • Polyesthers, polyuréthanes : une fois moulés, plastiques très solides et durs pour les coques, carrosseries, tableau de bord, chaussures de ski

  • caoutchouc naturel (latex d’Hévéas)

Il existe des biopolymères (cellulose, lignine) fabriqués à partir d’organismes vivants. Leur avantage est d’être biodégradables et recyclables.

Les microplastiques de synthèse et issus de la dégradation

Les microplastiques sont définis par leur petite taille <5mm (la limite de taille est discutée selon les publications scientifiques). Ces particules peuvent être visible à l’œil, à une taille nano- ou microcospique. Il existe les

  • Microplastiques primaires qui sont synthétisés comme additifs (dans les détergents, la cosmétique et les dentifrices)

  • Microplastiques secondaires qui résultent de la dégradation de déchets plastiques (bouteilles, pneus, avec les lessives des vêtements en microfibres…). Cette dégradation a lieu par les UV ou les micro-organismes.

Les plastiques sous l’effet des rayons ultra-violet du soleil se photo-oxydent et s’effritent relarguant des monomères ou des oligomères de plastiques. Couplé à la dégradation par les micro-organismes, la fragmentation du plastique dans les fonds marins (froid + peu d’oxygène) est très lente. Le passage d’une particule de 1 mm à 100 nm pourrait prendre jusqu’300 ans (Galloway et al. 2017). Les particules de taille nanométrique ont tendance à s’agréger avec d’autres solides en suspensions. Elles peuvent interagir avec des protéines pour former une « écocorona ».

polyethylene microbilles microplastiques

Les fragments de plastiques peuvent également être colonisés par les micro-organismes, on parle de biofilm. Ces bactéries altèrent les propriétés physico-chimiques du polymère plastique (bio-détérioration), fragmentent le polymère en monomères (bio-fragmentation), assimilent certaines molécules et le minéralisent (production de métabolites oxydés CO2, CH4, H2O) grâce à leurs enzymes (Vinay Mohan Pathak 2017).

Ces microparticules ont une surface hydrophobe qui peut adsorber et concentrer divers contaminants tels que les hydrocarbures polycycliques aromatiques (PAHs), les pesticides organochlorés, les biphényles polychlorés, les métaux lourds (nickel, zinc, cadmium). Ces contaminants peuvent ensuite être transférés à la chaîne animale alimentaire si les animaux ingèrent ces microplastiques. Le transfert éventuel de ces polluants par les microplastiques soulève des interrogations. Le plastique renferme également des additifs (bisphénol a et phtalates).

Où sont retrouvés ces microplastiques ?

Ces particules sont détectées par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (IRTF) ou par spectroscopie Raman.

Les microplastiques sont dispersés dans la nature. Une grande partie se déverse du continent vers les océans directement ou par les fleuves. Les gommages contiennent des microbilles de plastique pour exfolier la peau. Ils peuvent utilisés pour modifier la texture d’une crème ou d’un gel ou décorativement dans les produits pailletés/scintillants. Ces particules plastiques proviennent d’industrie de production mais également des usages domestiques à travers les eaux d’épuration ou les cosmétiques ou habits synthétiques. Des microfibres de vêtements peuvent également se détacher lors des lessives. Or les filtres des stations d’épuration ne retiennent pas ces microparticules.

Une part évitable vient également des déchets plastiques abandonnés dans la nature.

Les nanoplastiques sont également utilisés dans les peintures, les adhésifs, dans l’électronique ou comme vecteurs nanoparticulaires de médicaments. Les imprimantes 3D émettent également des nanoparticules plastiques.

map world plastiques microplastic oceans quantites
Un point blanc = 20 kg de plastique – Source : Sailing Seas of Plastic map

Du plastique dans les poissons, le sel de table ?!

Les produits de la mer

Les microplastiques sont également retrouvés dans l’alimentation. Les fruits de mer seraient une source de PCB et de dioxines, en particulier les crustacés. Les dioxines (organochlorés) sont des polluants toxiques résultant de réactions chimiques ou de combustions incomplètes dans l’industrie, les incendies et les éruptions volcaniques. Ces bivalves filtrent une grosse partie d’eau de mer et de nombreuses microparticules sont retenues dans leur branchies.

Une équipe de recherche anglaise (Lusher et al.) a mesuré le taux de microplastiques ingérés dans 10 espèces de poissons pêchés dans la Manche (504 poissons au total). Parmi ceux-ci, 184 poissons ont ingéré du plastique (soit 36,5%). En particulier, le merlan bleu et le grondin rouge ont un taux d’ingestion de plastiques de plus de 50%. Chaque poisson avait ingéré en moyenne 2 morceaux de microplastiques (surtout des polymères semi-synthétiques et des polyamides). Bien que les organes digestifs des poissons ne soient pas consommés par l’homme, cela soulève la question du transfert de ces microplastiques vers d’autres organes, potentiels vecteurs de contamination pour l’Homme.

mortalite cardiovasculaire relation omega 3 EPA DHALes poisons et les crustacés sont les principaux contributeurs de l’exposition alimentaire aux dioxines et PCB (EFSA 2012) bien que cette exposition aux polluants organiques persistants (POPs) entre 2002 et 2010 semble diminuer en Europe. Cependant, les poissons restent une bonne source d’apports en oméga-3 (nutriments indispensables à l’organisme) qui sont également liés à une réduction de mortalité cardiovasculaire. Les auteurs d’une autre étude dans la revue scientifique JAMA (Mozaffarian  et al. 2006) estiment que les effets bénéfiques de la consommation de poissons sont supérieurs aux risques de contamination au mercure, aux PCBs et aux dioxines. Ils conseillent d’en consommer 2 portions par semaine en choisissant les espèces de poissons les moins contaminés. Les femmes enceintes doivent être prudentes par contre.

particules polyethylene sel de tableLe sel de table

Le sel de table n’est pas épargné non plus pour les microplastiques. Le sel est récupéré par évaporation de l’eau de mer puis s’ensuit un processus de cristallisation et de concentration. Or l’éventuel transfert potentiel de contaminants de l’eau vers les cristaux de sel inquiète. L’équipe du chercheur Ali Karami (Nature, Scientific Report 2017) a analysé 17 marques de sel de table provenant de 8 pays différents. Toutes les marques sauf une contenaient des résidus de microplastiques dans leur sel : entre 1 à 10 microplastiques par kg de sel. Sur ces 72 microplastiques extraites, 41,6% étaient des polymères de plastiques. Cependant les auteurs concluent qu’il n’y a pas de danger pour la santé puisque la concentration de ces résidus plastiques est trop faible dans ces sels de table.

Après ingestion, les particules plastiques sont éliminés en partie dans l’organisme via l’urine,  le transport mucociliaire dans les voies aériennes et le lait chez l’Homme. Ces micro-plastiques soulèvent des inquiétude sur une exposition chronique (sur le long terme, journalière) de l’homme. S’ils sont ingérés ou inhalés, ils pourraient s’accumuler et induire de potentiels mécanismes de toxicité : inflammation (production de cytokines), stress oxydatif, induction d’une réponse immunitaire avec les macrophages ou apoptose (Wright SL et al. 2017).

Pollution environnementale

Entre 2011 et 2014, des chercheurs de plusieurs pays (Joleah Lamb et al.  2018) ont observé 159 récifs coralliens en Thaïlande, Indonésie et Australie. Ils ont constaté que les débris plastiques marins pourraient être un événement déclencheur de maladies coralliennes (+20 à 89% du risque) comme des infections au genre Vibrio, une bactérie qui colonise bien les débris de polypropylène.

La revue de Galloway et al. 2017 pointe également des changements comportementaux dans les relations prédateur-proie, la bioturbation et les perturbations du cycle du carbone. La bioturbation est phénomène de transfert d’éléments nutritifs ou chimiques par des êtres vivants au sein d’un compartiment d’un écosystème ou entre différents compartiments.

Microplastiques pollution environnement ecosysteme population

L’arrivée du plastique pourrait être un marqueur géologique de l’Anthropocène.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Sources :

Lusher AL, McHugh M, Thompson RC. Occurrence of microplastics in the gastrointestinal tract of pelagic and demersal fish from the English Channel. Mar Poll Bull 2013; 67:94-9

EFSA Update of the Monitoring of Dioxins and PCBs in Food and Feed https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/2832

Dariush Mozaffarian and Eric B. Rimm. Fish Intake, Contaminants, and Human HealthEvaluating the Risks and the Benefits. JAMA. 2006;296(15):1885-1899

Ali Karami et al. The presence of microplastics in commercial salts from different countries. Scientific Reports volume 7, Article number: 46173 (2017)

Vinay Mohan Pathak. Review on the current status of polymer degradation: a microbial approach. Bioresources and Bioprocessing 2017 4:15  (23 Mars 2017)

Joleah Lamb et al. Plastic waste associated with disease on coral reefs. Science  26 Jan 2018: Vol. 359, Issue 6374, pp. 460-462

Wright SL, Kelly FJ. Plastic and Human Health: A Micro Issue? Environ Sci Technol. 2017 Jun 20;51(12):6634-6647

Karen Duis and Anja Coors. Microplastics in the aquatic and terrestrial environment: sources (with a specific focus on personal care products), fate and effects. Environ Sci Eur. 2016; 28(1): 2.

Tamara S. Galloway, Matthew Cole, Ceri Lewis. Interactions of microplastic debris throughout the marine ecosystem. Nature Ecology & Evolution volume 1, Article number: 0116 (2017)

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/pollution-des-microplastiques-dans-environnement-retrouves-dans-oceans-chaine-alimentaire/feed/ 0
Éviter les intoxications alimentaires : quels sont les bons gestes ? [infographie] http://quoidansmonassiette.fr/eviter-les-intoxications-alimentaires-quels-sont-les-bons-gestes-infographie/ http://quoidansmonassiette.fr/eviter-les-intoxications-alimentaires-quels-sont-les-bons-gestes-infographie/#respond Thu, 18 Jan 2018 07:11:51 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2682 Eviter intoxications alimentaires prévention infographie

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/eviter-les-intoxications-alimentaires-quels-sont-les-bons-gestes-infographie/feed/ 0
Salmonellose : conseils pour éviter cette toxi-infection alimentaire répandue http://quoidansmonassiette.fr/salmonellose-conseils-pour-eviter-cette-toxi-infection-alimentaire-repandue/ http://quoidansmonassiette.fr/salmonellose-conseils-pour-eviter-cette-toxi-infection-alimentaire-repandue/#respond Sun, 14 Jan 2018 14:33:23 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2672 Les salmonelles ont été mises sous le feu des projecteurs avec la commercialisation de produits infantiles Lactalis contaminés. Le 12 Janvier 2018, la groupe alimentaire Lactalis a rappelé la totalité des laits en poudre et céréales produits sur le site de Craon à cause de contamination aux salmonelles agona.  Le 2 décembre 2017, Lactalis avait informé la survenue de 20 infections à des salmonelles chez des enfants de moins de 6 mois ayant consommé des produits de Lactalis. Les salmonelloses s’apparentent à une gastro-entérique qui peut être problématique pour les nourrissons et les jeunes enfants.

La Société Française de Pédiatrie (SFP) recommande de « faire bouillir le lait au moins 2 minutes dans une casserole » (et pas un micro-onde !). Les parents peuvent également consulter les pharmacies qui disposent des informations concernant les lots contaminés. « Si les enfants présentent des symptômes de toxi-infections alimentaires, les parents sont invités à contacter un médecin dans les meilleurs délais. » peut-on lire sur le site du gouvernement. Les toxi-infections alimentaires collectives (TIAC)sont des maladies d’origine alimentaire qui touchent au moins 2 personnes, souvent avec des symptômes gastro-intestinaux.

Voici la liste des produits rappelés et leurs conseils (vu le 14/01/2018) : http://www.lactalis.fr/wp-content/uploads/2017/12/recommandations_de_la_societe_francaise_de_pediatrie_vdef_corrige.pdf

Qu’est-ce que les salmonelles ?

salmonelles bactéries microscopeLa salmonelle est une bactérie à coloration Gram négative qui représente la majeure partie des épidémies d’origine alimentaire. Cette bactérie comporte 2 espèces : Salmonella enterica et Salmonella bongori. S. enteritica est divisée en 6 sous-espèces.

Les conditions optimales de multiplication de cette bactérie sont une température entre 35 et 37°C, un pH neutre (7 – 7,5) et la présence d’eau. Cependant, ces bactéries peuvent survivre dans des conditions moins favorables comme les poudres de lait.

Cette bactérie provient des mammifères (porcs et bovins), des oiseaux (volailles domestique), des animaux à sang froid (reptiles, tortues) et de certains animaux aquatiques (mollusques, poissons). La méta-analyse de Getachew Tadesse (2014) estimait à la prévalence de Salmonella chez les mammifères de 43,8% chez le porc, 9% chez la chèvre, 8,4% chez le mouton et 7% chez les bovins. La contamination s’effectue par les matière fécales infectées qui répandent ces bactéries dans l’environnement (eau, sol, pâturages). Les salmonelles peuvent y survivre plusieurs mois. Les principaux aliments contaminés sont les œufs, le porc et la volaille (EFSA). On distingue les salmonelles typhiques et non typhiques.

Salmonellose et gastro-entérite

La salmonellose s’attrape principalement par voie alimentaire (95% des cas). La transmission par l’homme se fait par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés pas assez cuits ou crus. Les salmonelles non typhiques peuvent se transmettre d’homme à homme. La salmonellose est une zoonose qui peut se transmettre de l’animal vers l’homme de manière directe (au contact) ou indirect (par des aliments souillés).

Les symptômes sont ceux d’une gastro-entérite aiguë (diarrhée, douleurs abdominales, nausées, vomissements, fièvre) qui disparaît au bout de quelques jours normalement. Dans certains cas, elle peut évoluer vers une septicémie voire la mort pour les personnes sensibles (immunodéprimée, sous traitement antibiotique à spectre large, les nourrissons, les personnes âgées, les personnes atteinte de malnutrition…). L’incubation moyenne est de 6-72 heures. Les symptômes durent 5 à 7 jours. La contamination peut durer plusieurs jours à plusieurs semaines ! L’ incidence est d’environ 307 cas/100 000habitants par an (ministère agriculture).

Evolution cas salmonellose europe

Fièvre typhoïde

Certaines souches S. Typhi ou Paratyphi peuvent provoquer une fièvre thyphoïde caractérisée par une fièvre continue accompagnée de maux de tête, d’abattement, de douleurs abdominales avec diarrhée ou constipation.  L’incubation est souvent de 8-14 jours. 10% des contaminés continuent d’excréter des salmonelle typhoïdes 3 mois après l’infection ! Il existe des porteurs sains (sans symptôme) de cette bactérie. Le nombre de nouveaux cas par an est de 0,2 pour 100 000 personnes en France.

Comment éviter les contaminations ?

En prévention, l’industrie applique les Bonnes Pratiques d’Hygiène et l’HACCP ainsi que l’analyse d’échantillons alimentaires pour détecter ces bactéries pathogènes. Les salmonelles peuvent être inactivées (par traitement thermique ou traitement acide ou utilisation d’auxiliaires technologiques). La présence de Salmonelles doit être notifiée.

Pour le consommateur :

  • Se laver les mains après un contact avec un animal (changement de la litière par exemple)

  • Redoubler de prudence avec les reptiles de compagnie. Éviter de les mettre en contact avec de la nourriture ou les jeunes enfants

  • Se laver les mains après avoir manipulé des aliments crus

  • Cuire à cœur les aliments surtout les viandes

  • Ne boire que du lait pasteurisé, bouilli ou UHT

  • Laver les fruits et les légumes

  • Ne pas laver les œufs parce que cela fragilise la coquille ce qui augmente la probabilité d’une infection de l’intérieur de l’œuf. Également les conserver à une température stable.

  • Consommer dans les 24 heures les préparations à base d’œufs sans cuisson (crèmes, mousse au chocolat, mayonnaise, pâtisserie…)

Un danger émergent, l’antibiorésistance

L’utilisation des antibiotiques chez les animaux a fait émerger certains souches de salmonelles multi-résistantes aux antibiotiques (Multi-Resistant Drug MRD Salmonella). Ces bactéries sont plus difficiles à traiter puisqu’elles ne répondent pas aux antibiotiques classiques. Elle peuvent hydrolyser les antibiotiques plus courants qui ont une structure en noyau béta-lactame (céphalosporine ou céphamycine).

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Sources :

Shu-Kee Eng et al. Salmonella: A review on pathogenesis, epidemiology and antibiotic resistance http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/21553769.2015.1051243

Getachew Tadesse and Tesfaye S Tessema. A meta-analysis of the prevalence of Salmonella in food animals in Ethiopia. BMC Microbiol. 2014; 14: 270 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4234885/

EFSA (European Food Safety Authority) and ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control), 2017. The European Union summary report on trends and sources of zoonoses, zoonotic agents and food-borne outbreaks in 2016. EFSA Journal 2017;15(12):5077, 228 pp    pages 20

OMS – Fact Sheet Salmonella (non-typhoidal) – Reviewed September 2017 http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs139/en/

Ministère des Solidarités et de la Santé – Contamination à Salmonella Agona de jeunes enfants : extension des mesures de retrait-rappel de produits de nutrition infantile (consulté le 14/01/2018) http://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/contamination-a-salmonella-agona-de-jeunes-enfants-extension-des-mesures-de

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/salmonellose-conseils-pour-eviter-cette-toxi-infection-alimentaire-repandue/feed/ 0
Les lendemains de soirées : prévenir de la gueule de bois http://quoidansmonassiette.fr/les-lendemains-de-soirees-prevenir-de-la-gueule-de-bois/ http://quoidansmonassiette.fr/les-lendemains-de-soirees-prevenir-de-la-gueule-de-bois/#respond Tue, 09 Jan 2018 06:51:05 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2596

Fêter le nouvel an, les anniversaires et les sorties sont de nombreuses occasions pour boire un ou plusieurs verres d’alcool. Bière, vin, champagne, rhum, whisky, vodka, rhum, pastis, prémix, toutes ces boissons ont en commun de contenir de l’alcool également appelé éthanol. Une consommation excessive d’alcool peut donner des nausées, des maux de ventre et de tête… et la fameuse gueule de bois, bref les cauchemars des lendemains de soirées.

Les verres servis dans les bars ou les boites de nuit contiennent en moyenne 10g d’alcool quelque soit la boisson alcoolisée (volume standardisé). L’alcool est une molécule psychoactive qui altère le fonctionnement du cerveau et modifie le comportement, la perception et la conscience. Chacun réagit différemment selon l’état de santé, émotionnel, la quantité d’alcool ingérée, la vitesse de consommation… A faible dose, l’alcool provoque de l’euphorie, une sentiment de détente. Puis quand on augmente la consommation, il altère le jugement et le comportement, on entre en état d’ivresse. A dose très excessive, l’alcool engendre des nausées, des vomissements voire un black out ou un coma éthylique.

verre alcool volume degree dose 10 grammes equivalences

symptôme gueule de bois
Symptômes de la gueule de bois

La gueule de bois est due à une intoxication aiguë à l’alcool et caractérisée par des effets physiques et mentaux qui apparaissent quelques heures (6-8h) après la consommation : maux de tête, baisse de l’attention, de la concentration, somnolence, anxiété, soif, déshydratation, perte de l’appétit voire vomissement, diarrhée, maux d’estomac, tachycardie, palpitations. Il n’y a pas de consensus scientifique pour définir précisément la gueule de bois.

Où passe l’alcool dans notre organisme ?

L’alcool est métabolisé en 2 réactions chimiques par le foie :

  • Alcool (éthanol) est transformé en acétaldéhyde (éthanal) par l’alcool déshydrogénase. A forte dose, l’acétaldéhyde (très toxique= peut produire de la tachycardie, des rougeurs au visage, des nausées.

  • l’éthanal est transformé en molécule inoffensive : l’acétate ou acide acétique (éthanoate). L’acétate est ensuite éliminé sous forme de CO2 et d’eau (cycle de krebs).

Une mince partie de l’alcool est éliminée par la respiration et l’air expiré et la sueur (10% seulement).

métabolisation alcool ingestion foie

L’alcool est éliminé plus ou moins rapidement selon la personne, cela dépend notamment de la quantité d’enzymes dans le foie. L’élimination se fait au rythme d’environ 0,15 g/L/h en cas de concentration supérieure à 0,50 g/L. La teneur en éthanol dans le sang est maximale au bout de 45 min si la personne est à jeun. L’alcoolémie commence à baisser 1 h après le dernier verre et il faut compter environ 1 h30 pour éliminer chaque verre d’alcool.

L’alcool peut donner l’impression de se réchauffer (à tort !) parce qu’il provoque la dilatation des vaisseaux sanguins périphériques cutanés ce qui revient à déplacer la chaleur interne du corps vers l’extérieur, soit une perte de chaleur, d’où le réchauffement cutané.

D’où vient la gueule de bois ?

Une première origine de la gueule de bois serait l’accumulation d’acétaldéhyde dans le corps.

Une autre hypothèse est la mise en cause directe de l’alcool. La prise d’alcool déséquilibre les échanges d’ions, ce qui provoque une déshydratation et la sensation de soif, des effets diurétiques (stimule la production d’urine) en déréglant les hormones anti-diurétiques. L’alcool provoque aussi la production de cytokines inflammatoires (IL-10, IL-12 et IFN-gamma, thromboxane B2) qui sont corrélées à des troubles de mémoire. Un autre effet direct de l’éthanol est la stimulation d’insuline ce qui provoque une baisse de la glycémie.

Une dernière cause possible de la gueule de bois sont les autres composés dans les boissons alcoolisées qui sont formés lors de la fermentation alcoolique ou la maturation : méthanol, acétone, esters, tannins, furfural… Le méthanol est un composé très proche chimique de l’éthanol (simplement un atome de carbone en moins) mais sa transformation chimique dans l’organise donne du formaldéhyde et de l’acide formique qui sont extrêmement toxiques.

Éviter la gueule de bois

Une méta-analyse d’études sur les moyens de prévention et traitements médicamenteux contre l’alcool a évalué 8 essais contrôlés randomisés en double aveugle et a conclu que le seul moyen de traiter la gueule de bois est l’abstinence ou la consommation modérée et raisonnable (Pittler et al. 2005).

Une étude néerlandaise (Lantman 2017 et al.) avec 578 étudiants à l’université d’Utrecht a constaté que la durée du sommeil est associée significativement avec la sévérité des symptômes de la gueule de bois (=0.178, p=0.0001), sa durée, (r=0.168, p=0.0001) et la consommation totale d’alcool et la concentration d’alcool dans le sang (r=0.117, p=0.005). La durée de sommeil était fortement associée à la fatigue et la somnolence et la perte d’appétit. Les petits dormeurs (moins de 7h) avaient plus de symptômes sévères (p=0.001). Une des limitations de cette étude est qu’elle se base sur un design transversal rétrospectif.

Certains traitements (inhibiteur de prostaglantine, réhydratation, vitamine B6) ont été testés pour diminuer la sévérité des gueules de bois. Mais leur efficacité n’a pas été prouvée.

Quelques conseils

  • bien s’hydrater et se réhydrater avec de l’eau, des tisanes ou soupes ou fruits riches en eau

  • éviter de consommer de l’alcool à jeun (prendre des glucides avant, avec des pâtes ou ru riz, cela ralentira l’absorption de l’alcool)

  • les boissons gazeuses accélèrent l’absorption de l’alcool (NHS)

  • bien dormir

  • alterner un verre d’alcool et d’eau

  • éviter les mélanges d’alcool et surtout avec des substances psychotropes et attention aux effets avec les médicaments

  • en cas de gueule de bois : les bouillons à base de légumes peuvent être faciles à digérer et ils sont une source d’eau et d’éléments minéraux (éviter ceux trop salés)

Alcool et santé

Pour mémoire, un verre de bière (250-300 ml), un verre de vin (150 ml) et une unité de spiritueux (30-50 ml) contiennent une quantité voisine d’alcool de 10 g d’éthanol dans les boites et les bars. Pour les femmes enceintes ou allaitantes, l’alcool est formellement déconseillé.

  • Ne pas consommer plus de 3 verres de boisson alcoolisée par jour lorsqu’on est un homme, 2 verres lorsqu’on est une femme

  • Réserver un jour par semaine sans alcool

  • Ne jamais dépasser 4 verres par occasion

Alcool recommandations guidelines consommation nombre verre

5,9% des décès dans le monde sont attribuables à l’alcool, soit 3,3 millions de morts. D’après l’INPES/Santé Publique France, le risque de cancer du sein augmente de 10% dès 10g de consommation quotidienne d’éthanol. L’Institut National contre le Cancer (INCa) déconseille la consommation d’alcool tout court : il n’y a pas d’effet seuil selon eux pour la toxicité. Pour l’OMS, l’alcool est classé comme une molécule cancérigène avérée depuis 1988 liée aux cancers de la bouche, la gorge, l’œsophage, colorectal et du sein et d’autres maladies chroniques comme la cirrhose, l’hypertension, des troubles du système nerveux et psychiques.

alcool mutation genetique cancer

Dans une étude récente dans la revue Nature en 2018 (Garaycoechea et al. 2018), des chercheurs de Cambridge ont donné de l’alcool à des souris. Ils ont ensuite constaté que l’acétaldéhyde (sous-produit de la dégradation de l’alcool) provoque des dommages à l’ADN dans les cellules souches sanguines et donc des altérations permanentes de l’ADN. Des souris avec l’enzyme ALDH (Alcool Déshydrogénase) mutée avaient 4 fois plus de dégâts dans leur génome, ce qui augmente fortement leur risque de cancer.

A noter qu’une consommation excessive d’alcool peut engendre d’autres dangers comme la violence, les relations sexuelles non consenties ou non protégées, l’échec scolaire, la dépendance etc… Une dernière chose importante, personne n’est obligé de boire.

Source :

Max H. Pittler et al. Interventions for preventing or treating alcohol hangover: systematic review of randomised controlled trials. BMJ 2005;331:1515   http://www.bmj.com/content/331/7531/1515

Marith van Schrojenstein Lantman et al. Total sleep time, alcohol consumption, and the duration and severity of alcohol hangover.  Nat Sci Sleep. 2017; 9: 181–186 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5499928/

Wiese JG et al. The alcohol hangover. Ann Intern Med. 2000;132(11):897-902

Juan I. Garaycoechea, Gerry P. Crossan, Frédéric Langevin, Lee Mulderrig, Sandra Louzada, Fentang Yang, Guillaume Guilbaud, Naomi Park, Sophie Roerink, Serena Nik-Zainal, Michael R. Stratton, Ketan J. Patel. Alcohol and endogenous aldehydes damage chromosomes and mutate stem cells. Nature, 2018

Gemma Prat et al. Alcohol hangover: a critical review of explanatory factors. Hum Psychopharmacol. 2009 Jun;24(4):259-67

Santé publique France, Institut national du cancer. Avis d’experts relatif à l’évolution du discours public en matière de consommation d’alcool en France. Saint-Maurice : Santé publique France, 2017. 149 p.

https://www.nhs.uk/Livewell/alcohol/Pages/Hangovers.aspx

 

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/les-lendemains-de-soirees-prevenir-de-la-gueule-de-bois/feed/ 0
Quelques Découvertes Scientifiques Majeures de l’Année 2017 http://quoidansmonassiette.fr/decouvertes-scientifiques-de-annee-2017-retrospectives/ http://quoidansmonassiette.fr/decouvertes-scientifiques-de-annee-2017-retrospectives/#respond Tue, 26 Dec 2017 14:52:02 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2576 Collision étoiles à neutron star LIGOObservation de la fusion de 2 étoiles à neutrons en un trou noir

Les étoiles à neutrons sont des astres de quelques dizaines de kilomètres de diamètre avec une densité très importante : 1 mm3 pèse quelques milliards de tonnes. Ce sont des vestiges d’étoiles massives qui ont explosé lors d’une supernova. Elles se composent de neutrons et ces corps sont très radioactifs avec des températures extrêmes (plusieurs millions de degrés). Pour rappel, un atome est un assemblage de protons, de charge positive, et de neutrons, de charge nulle, le tout entouré d’électrons de charge électrique négative. Les atomes sont les constituants élémentaires de la matière.

Le 17 août 2017, deux interféromètres Ligo (Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory) et Virgo (autre interféromètre franco-italien) ont détecté pour la première fois la fusion de deux étoiles à neutrons ainsi que l’émission d’une onde gravitationnelle émise par la source GW170817 dans la constellation de l’Hydre. Cette fusion s’est accompagnée de la création d’éléments chimiques lourds (plomb, or, platine…) par des réactions nucléaires.

Au moment de leur collision, un sursaut de gamma court (des particules de lumière, des photons ultra-énergétiques) a été émis pendant un temps très court (1 seconde ou moins) et sont arrivés sur Terre après les ondes gravitationnelles. Une onde gravitationnelle est une onde qui déforme l’espace-temps, c’est-à-dire que tout objet touché par cette onde verra sa longueur varier (se distendre puis se resserrer). Cela a permis de confirmer l’hypothèse que l’émission de sursaut de gamma court provient de la fusion d’étoiles à neutrons et que l’or par exemple pourrait avoir une origine spatiale.

iceberg larsen C A-68 antarctiqueDétachement d’un bloc géant de 5800 km² glace en Antarctique

En Juillet 2017, l’iceberg A-68 de 200km de long et 350m de hauteur s’est détaché de la plate-forme glaciaire Larsen C. Cet iceberg fait environ deux fois la taille du Luxembourg. La barrière de Larsen est une barrière de glace au nord-ouest de la mer de Weddel. La question est de savoir si ce phénomène est attribuable au réchauffement climatique. Cet iceberg n’aura pas d’effet sur le niveau des océans puisqu’il flottait déjà sur l’eau. L’Antarctique est une des régions qui se réchauffe le plus rapidement dans le monde.

iceberg larsen C A-68 antarctique temperature

énantiornithe oiseau dinosaure ambre Myanmar minesOisillon retrouvé dans de l’ambre datant de 99 millions d’années

Un bébé oiseau (énantiornithe) intact a été découvert dans de l’ambre du Myanmar datant de la période du Crétacé. Cette découverte offre l’occasion d’examiner les stades précoces de production de  plumage, la pigmentation, l’ossature et les tissus mous. L’extinction des énantiornithes coïncide avec celle des dinosaures, il y a 65 millions d’années. Ce spécimen présente des plumes ce qui laisse penser qu’il était capable de voler dès la naissance à la différence des oiseaux d’aujourd’hui.

Un gel contraceptif masculin ?

vasagel spermatozoïde contraception

Dans la revue Basic and Clinical Andrology contraceptive, des chercheurs de l’Université de Californie ont créé un gel contraceptif masculin VasagelTM, qui est un polymère de haut poids moléculaire. Ce gel a été testé sur 16 singes mâles qui ont été ensuite introduits avec 9 femelles reproductrices fertiles. Pendant la saison reproductive, aucune femelle n’a été fécondée après injection de VasagelTM. Ce gel est introduit dans le canal déférent des spermatozoïdes (spermiducte) sous anesthésie locale. Il empêche les spermatozoïdes de passer à cause de leur taille.

Un essai est en préparation chez l’Homme. Cependant la réversibilité de la méthode n’a été testé que chez des lapins.

 

grenouille fluorescente pois polkaLa grenouille à pois polka, la 1er amphibien fluorescent

Le 13 Mars 2017 est découverte la première grenouille fluorescente : Hypsiboas punctatus. Sous éclairage ultraviolet, elle devient vert fluo. La fluorescence est l’absorption de courte longueur d’ondes de lumière (les UV sont à 10-8 nm) et la ré-émission de longueurs d’onde plus longues (couleurs du visible entre 400 et 800nm) et d’énergie (à la différence de la bioluminescence, la fluorescence nécessite une absorption d’énergie lumineuse). Trois molécules sont responsables de cette fluorescences : hyloin-L1, hyloin-L2 et hyloin-G1 dans les tissus lymphoïdes, la peau et les glandes de l’animal.

Découverte d’une grande cavité dans la pyramide de Gizeh

La pyramide de Khéops a été construite en 4500 ans avant J-C et celle de Gizeh entre 2613 et 2494 avant J-C.

Des physiciens et archéologues ont découvert un emplacement inédit de 30 mètres de long avec 8 mètres de hauteur et à 21 mètres au-dessus de la grande galerie à l’aide de capteurs de muons. Les chercheurs ne pensent pas que ce soit dû à effondrement interne de la pyramide. Les muons sont des particules qui peuvent pénétrer les murs de pierre dans une trajectoire quasi-linéaire avant d’être absorbées ou déviées. L’étude de leurs trajectoires permet de radiographier des structures inaccessibles. Cependant certains égyptologues sont sceptiques en dénonçant la porosité de la roche qui pourrait interférer avec les muons. Reste à découvrir à quoi servirait cette cavité.

kheops pyramide cavite vite découvert

Édition de génome d’embryons humains par CRISPR-Cas9

embryon humain crispr-cas9

Des chercheurs américains ont réussi à corriger une mutation génétique sur le gène MYBPC3 souvent impliquée dans la cardiomyopathie hypertrophique à l’aide de CRISPR-Cas9 dans des embryons humains d’après la revue scientifique Nature. Cette pathologie provoque un épaississement du ventricule gauche cardiaque, ce qui peut aboutir à une obstruction et donc des problèmes d’éjection du sang vers l’aorte. La maladie est d’origine génétique,  autosomique dominante. Plusieurs gènes sont impliqués : le gène MYBPC3 de la protéine C cardiaque et le gène MYH7 de la chaîne lourde bêta de la myosine. Les mutations de ces gènes entraînent des problèmes de formation de protéines cardiaques.

Cas9 est une endonucléase d’ADN guidée par un ARNguide, c’est une protéine spécialisée pour couper de l’ADN comme des ciseaux. Un ARNguide est utilisé pour cibler une zone spécifique de l’ADN (que l’on veut modifier), cet ARN est couplé à la protéine Cas9 qui coupe l’ADN. Une fois que Cas9 a coupé l’ADN, on peut amener une séquence d’ADN choisie à insérer.

L’édition génétique de génome humaine soulève les questions éthiques avec les dérives possibles telles que l’eugénisme.

De plus, la technique doit être améliorée afin d’éviter à 100% des modifications génétiques hors-cible et d’éviter les formations mosaïques (des embryons avec des cellules corrigées et non corrigées coexistantes).

Oumuamua asteroide extraterreste systemeUn astéroïde d’un autre système solaire

L’astéroïde Oumuamua 11/2017 U1 a été détecté en Octobre 2017 par l’observatoire Hawaïen Pan-STARRS1. Il mesure 40 mètres de long et 40 mètres de large. Cet objet proviendrait d’un autre système solaire et son signal devrait être perdu en Janvier 2019. Il se déplace à 93 000 km/h.

Il intrigue par sa forme inhabituelle allongée.

Oumuamua asteroide trajectoire orbite

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Sources :

Lida Xing et al. A mid-Cretaceous enantiornithine (Aves) hatchling preserved in Burmese amber with unusual plumage. Gondwana Research Volume 49, September 2017, Pages 264-277

Anna Nowogrodzki – First fluorescent frog found – Nature Communication

Colagross-Schouten et al. The contraceptive efficacy of intravasinjection of Vasalgel™ for adult male rhesus monkeys. asic and Clinical Andrology (2017) 27:4

Kunihiro Morishima et al. Discovery of a big void in Khufu’s Pyramid by observation of cosmic-ray muons. Nature 552, 386–390 (21 December 2017)

Karen J. Meech et al. A brief visit from a red and extremely elongated interstellar asteroid. Nature 552, 378–381 (21 December 2017)

GW170817 – The first observation of gravitational-waves from a binary neutron star inspiral https://www.ligo.org/detections/GW170817.php

Hong Ma et al. Correction of a pathogenic gene mutation in human embryos. Nature 548, 413–419 (24 August 2017)

NASA – Calving of A-68 from the Larsen C Ice Shelf, Antarctica 2016-2017  https://svs.gsfc.nasa.gov/30923

 

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/decouvertes-scientifiques-de-annee-2017-retrospectives/feed/ 0
Un monde sans élevage, sans produits alimentaires animaux, est-ce envisageable ? http://quoidansmonassiette.fr/monde-sans-elevage-sans-produits-alimentaires-origine-animale-envisageable/ http://quoidansmonassiette.fr/monde-sans-elevage-sans-produits-alimentaires-origine-animale-envisageable/#respond Mon, 18 Dec 2017 13:40:01 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2559 La demande en produits d’origine animale augmentera de 70% d’ici à 2050 dans le monde (FAO). L’élevage contribue de façon non négligeable aux émissions de gaz à effet de serre tout en étant une bonne source de qualité protéique et en rendant certains services écosystémiques.

Quelles seraient les conséquences nutritionnelles et sur la production de gaz à effet de serre d’une agriculture sans l’élevage ?

Le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA, United States Department of Agriculture) et une équipe de Virginia Tech ont simulé et analysé les conséquences d’un passage de la population Américaine entière à un régime alimentaire sans produits animaux dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences. La consommation de la viande et l’élevage sont un sujet complexe qui peut déchaîner les passions.

consommation viande monde boeuf evolution

Le débat sur l’élevage en bref

L’élevage est critiqué surtout sur le plan environnemental et du bien-être animal et dernièrement la santé (avec les liens suspectés entre la viande rouge, la viande transformée et un risque accru de cancer colorectal dans un dernier rapport du CIRC Centre International de Recherche contre le Cancer). De plus, le bétail est nourri avec des céréales qui pourraient entrer dans l’alimentation humaine.

Les animaux d’élevage sont également traités aux antibiotiques, ce qui soulève un problème de résistance acquise des bactéries aux antibiotiques. Sur le long terme, cela pourrait réduire les possibilités de traitements infectieux sans découverte de nouveaux antibiotiques.

relations agricuture societe elevage production animale vegetale industrieUn rapport de la FAO avait incriminé l’élevage comme un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre (14,5% des émissions liées aux activités humaines) participant au réchauffement climatique. Les principaux contributeurs sont la production et la transformation des aliments pour les animaux (45% du total) et la fermentation entérique des ruminants (39% du total). Les principaux gaz rejetés sont le méthane CH4, le dioxyde nitreux et le dioxyde de carbone.

Cependant les animaux permettent de valoriser certains coproduits de l’agriculture qui ne sont pas consommables par l’homme. Ils permettent également de valoriser certains pâturages non cultivables. Les animaux permettent également de produire plus que de la viande : beaucoup de produits (cuir, laine, cosmétiques, adhésifs, colles, bonbons, sucres raffinées, textiles, films photographique, papier etc…) sont produits à partir de dérivés de produits animaux. Par ailleurs, il faut faire attention à distinguer les différents types d’élevage du feed-lot américain (très intensif et largement critiquable par rapport au bien-être animal) de l’élevage en cage ou en plein air ou en pâturage en montagne.

L’élevage rend également plusieurs services écosystémiques (dont il faudrait trouver des alternatives en cas de suppression de l’élevage) : le maintien du paysage, la séquestration du carbone par les prairies, une source de matière organique pour les sols et participation au cycle de l’azote ou  valorisation des végétaux non consommables par l’homme.

D’ailleurs, il ne faut pas oublier que 1 milliard de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté dans le monde dépendent de l’élevage (FAO) pour leurs apports en protéines, se nourrir et gagner leur vie.

L’USDA a donc testé un scénario où on élimine complètement les animaux de l’agriculture.

Un monde sans animaux dans l’agriculture

Adéquation nutritionnelle ?

Les produits alimentaires animaux contribuent à 24% des apports en énergie, 48% pour les protéines, 23 à 100% pour les acides gras indispensables (EPA, DHA), 34-67% pour les acides aminés indispensables. Plus de 50% des produits vecteurs de calcium, de vitamines A, B12 et D, choline et riboflavine sont d’origines animales.

Retirer complètement les animaux permettraient de produire plus d’aliments en quantités 320×109kg d’aliments (sans animaux) vs 260×109kg d’aliments (avec animaux). Cette augmentation en quantités de 23% est surtout caractérisée par une augmentation de la production de céréales avec le maïs et le soja.

Dans le scénario sans les animaux, les ressources alimentaires ne permettent plus de couvrir les besoins de la population américaine pour les vitamines A et B12, l’EPA et le DHA. Des compléments alimentaires peuvent être utilisés pour combler ces déficiences.

Les auteurs ont également simulé deux scénarios avec une optimisation du prix des régimes pour obtenir un régime le moins cher possible (least-cost diet) et qui produit le moins de CO2 équivalent. Dans le cas d’un régime peu cher, passer à un régime 100% végétal fait augmenter de 10 fois la part des céréales dans le régime (27% à 85%). Dans ces régimes bon marchés (avec animaux ou sans animaux), les besoins en vitamine D,E et K ne sont plus couverts. Dans les régimes végétaux, des carences au niveau de la population apparaissent pour le calcium, la vitamine A et B12, l’EPA et le DHA en plus.

  • Le régime 100% végétal peut subvenir aux besoins nutritionnels au niveau individuel mais au niveau de la population (comme dans ces précédents scénarios), cela devient beaucoup plus compliqué d’après l’USDA. De plus, les disparités en terme de climats et sols rendent difficiles dans certains cas la conversation de terres d’élevage en champ de cultures. A l’échelle mondiale, dans les pays pauvres, les animaux d’élevage sont une source de protéines de bonne qualité (bon profil d’acides aminés indispensables).

  • De précédents études (Cifelli et al. 2016, Payne et al.) ont également observé que le régime végétaux qui réduisent les gaz à effet de serre ont souvent une moins bonne qualité nutritionnelle avec plus d’apports en glucides mais moins de micronutriments.

  • Il faudrait également considérer la biodisponibilité qui n’est pas prise en compte ici. Pour certaines nutriments fer, zinc, protéines et vitamine A, cela varie pour les animaux et les végétaux.

  • Cependant d’autres études (McGirr et al.) ont montré que les régimes végétariens permettraient de réduire les risques de maladies cardiovasculaires et d’obésité.

Comparaison régime avec sans viande elevage
Traduit de l’USDA

Coûts, gaz à effet de serre

Au niveau individuel, les régimes végétaux (avec importations prises en compte) produisent moins de gaz à effet de serre avec une analyse du cycle de vie et ont un coût par personne moins important que les régimes animaux.

Les animaux contribuent à 49% des émissions de GES (gaz à effet de serre) pour l’agriculture, la production de céréales à 40% pour les céréales, 0.3% pour les légumineuses, 5% pour les légumes et 2% pour les fruits. Éliminer les animaux de l’agriculture permettrait une réduction de 28% des émissions de GES (passage de 622 milliard de kg CO2 à 446 milliards de kg CO2 eq. En effet, si on supprime les animaux, on supprime également les fertilisants d’origine animale (fumier qui représentent environ 23,2 milliards de kg CO2 eq). Cette suppression nécessiterait un remplacement par des alternatives (autres que des engrais synthétiques si possible).

La suppression de l’élevage n’est donc pas si simple à mettre en place. Opposer la production animale et la production végétale n’est pas sain, il faut se tourner vers un élevage avec des pratiques plus durables ou des alternatives protéiques (viandes de synthèses, légumineuses, algues, insectes…). S’il peut s’imposer facilement comme un choix individuel, au niveau du collectif, c’est vraiment différent. En effet, de nombreuses personnes dans les pays très pauvres dépendent très largement de l’élevage pour vivre. A l’inverse dans les pays développés, réduire la consommation de viande (et non pas supprimer entièrement) est à envisager.

Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

FAO – Augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans l’agriculture http://www.fao.org/news/story/fr/item/216994/icode/

Robin R. White, Mary Beth Hall. Nutritional and greenhouse gas impacts of removing animals from US agriculture. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2017; 114 (48): E10301

McGirr C, McEvoy CT, Woodside JV (2017) Vegetarian and vegan diets: Weighing the claims. Nutrition Guide for Physicians and Related Healthcare Professionals (Springer,Berlin), pp 203–21

Cifelli CJ, Houchins JA, Demmer E, Fulgoni VL (2016) Increasing plant based foods or dairy foods differentially affects nutrient intakes: Dietary scenarios using NHANES 2007–2010. Nutrients 8:422

Payne CL, Scarborough P, Cobiac L (2016) Do low-carbon-emission diets lead to higher nutritional quality and positive health outcomes? A systematic review of the literature. Public Health Nutr 19:2654–2661

https://data.oecd.org/agroutput/meat-consumption.htm

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/monde-sans-elevage-sans-produits-alimentaires-origine-animale-envisageable/feed/ 0
Espérance de vie, Taille et Performances Sportives : l’Homme a-t-il atteint ses Limites Biologiques ? http://quoidansmonassiette.fr/esperance-de-vie-taille-performances-sportives-lhomme-a-t-il-atteint-ses-limites-biologiques/ http://quoidansmonassiette.fr/esperance-de-vie-taille-performances-sportives-lhomme-a-t-il-atteint-ses-limites-biologiques/#respond Mon, 11 Dec 2017 07:33:14 +0000 http://quoidansmonassiette.fr/?p=2549 Quelles sont les limites physiologiques et sportives de l’Homme ? Quel est l’espérance de vie maximale que l’Homme peut atteindre avec les améliorations technologiques et les avancées de la médecine ? Ces questions ont suscité de nombreux débats dans la communauté scientifique. Une équipe de chercheurs de l’Université Paris Descartes s’est penchée sur cette question dans la revue Frontiers in Physiology.

Deux visions s’affrontent :

  • une première estime que la durée de vie est en train d’atteindre un plafond. L’espérance de vie maximale pourrait être autour de 85-95 ans alors que la longévité pourrait atteindre 115-125 ans.

  • Un autre courant de pensée estime qu’il n’y a pas de limites à la longévité. L’espérance de vie augmenterait de 2-3 ans chaque décennie.

En France, l’espérance de vie à la naissance était de 85,4 ans pour les femmes et 79,3 ans pour les hommes en 2016 (INSEE). La mortalité infantile est stable depuis 15 ans. Cette espérance de vie stagne dans les pays développés à cause du taux de mortalité des maladies chroniques.

Des capacités limitées

Chaque organisme vivant a une structure bien délimitée et façonnée par les interactions gènes-environnements ainsi que par les contraintes évolutives. Chaque cellule contient environ 20 à 25 000 gènes qui codent pour des protéines. Il existe plus de 300 types différents de cellules spécialisées. Les cellules ne peuvent pas se diviser de manière infinie. Selon leur type (cellule de la peau, neurones, adipocytes…), leur potentiel de division cellulaire est différent : on parle de limite de Hayflick liée au raccourcissement des télomères. Hayflick avait observé que des cellules en division dans une culture cellulaire ne se divisaient qu’environ 50 fois avant de mourir. Les cellules souches et cancéreuses sont des exceptions à cette limite de Hayflick.

Les organes adultes ont également des limites physiologiques. Par exemple le cœur peut battre entre 45 et 100 battements par minutes en moyenne et le rythme peut monter jusqu’à 200 bpm en cas d’effort intense.

Évolution et contraintes environnementales

A partir du 19ème siècle, l’homme est devenu plus grand et son espérance de vie a bien augmenté avec les progrès de la médecine, industriel et scientifiques. Ces 50 dernières années, les changements majeures ont été sur plusieurs plans :

  • Nutritionnel : passage de problèmes dans les pays développés de sous-nutrition à de la malnutrition

  • Santé : passage de principalement des maladies infectieuses à des maladies chroniques dans les pays occidentaux

  • Agriculture : multiplication des rendements avec l’industrialisation, l’utilisation des intrants

  • Transition démographique avec baisse de la mortalité suivie d’une baisse du taux de naissance

  • Mondialisation

Le génome (ensemble des gènes d’un individu) conditionne des limites physiologiques et certaines caractéristiques comme la taille. Le phénotype est l’ensemble des caractères observables d’un individu.

La taille de la population influence la possibilité d’avoir des phénotypes extrêmes. Plus il y a d’individus, plus il y a de chance d’avoir un individu avec des capacités ou caractéristiques particulières. Le phénotype a une certaine plasticité qui dépend de l’environnement.

La taille maximale

La taille dépend de la croissance. Elle intervient durant l’enfance et l’adolescence. Elle est provoquée par l’hormone de croissance GH (Growth Hormon). Sa sécrétion est régulée par la GHRH, la somatostatine et les hormones sexuelles. Ce phénomène complexe dépend de la génétique : par exemple les scandinaves sont en moyenne plus grands que les méditerranéens. Les variations de croissance reposent également sur l’hygiène, le moment de la puberté, la disponibilité en nutriments et les soins de santé durant l’enfance.

Depuis les années 80, un plateau a été atteint par les populations les plus grandes en taille. Des études sur des jumeaux permettent de quantifier la part d’effet environnemental (comme les jumeaux ont le même patrimoine génétique). Chez les jeunes enfants (0-5 ans), les variations de tailles seraient attribuables à 50-65% de la génétique alors que pendant l’adolescence, les disparités de tailles pourraient expliquées à 75-80% par la génétique et 15-20% par l’environnement (Jelenkovic 2016).

taille moyenne Homme femme france
Adrien Marck et al. (2017) Taille moyenne chez les Européens et Nord-Américains

 

 

 

Les records sportifs

Les records de performances sportives dans les Jeux Olympiques peuvent être utilisés comme indicateurs pour voir l’évolution des capacités sportives humaines. Le record du monde de marathon en 1908 était de 2h 55 min 18s alors qu’il est actuellement de 2h 02 min 57 sec d’après l’International Association of Athletics Federations. De même, le record en 100m nage libre est passé de 65 secondes en 1905 à 49,9 secondes en 2009. Ces 100 dernières années, on a pu voir que les records sportifs ont énormément progressé. Et pourtant certains estiment qu’on est en train d’atteindre des limites biologiques et que le nombre de records battus va diminuer. Les limites des performances sportives proviennent de l’apport maximal en oxygène, du battement cardiaque, du taux de masse musculaire, du temps de réaction de la stature et de la longueur des foulées et leur fréquence.

evolution performance sportive records olympiques

Les produits dopants (comme l’EPO, les hormones de croissance et stéroïde ou les amphétamines) permettent de dépasser ces limites. La technologie permet également d’améliorer les performances. Par exemple, les combinaisons en matériaux synthétiques de piscine des nageurs olympiques ont permis d’améliorer de 3% leurs temps entre 1990 et 2009 avant d’être bannis. La combinaison en polyuréthane réduit les frottements et la traînée dans l’eau et elle améliore l’efficacité des mouvements des bras et des jambes.

Dans la population générale dans les pays occidentaux, un déclin de l’endurance et de la force des jeunes a été constaté. De plus en plus d’individus ont des niveaux de performance physique bas. Cela pourrait être dû à la réduction de l’activité physique dans les pays développés.
Pour suivre les autres actualités du blog ou en apprendre plus sur les controverses alimentaires, santé et environnement, un petit like :

Source :

Adrien Marck et al. Are We Reaching the Limits of Homo sapiens? Front. Physiol. 8:812

Jelenkovic et al. Genetic and environmental influences on height from infancy to early adulthood: An individual-based pooled analysis of 45 twin cohorts. Scientific Reports 6, Article number: 28496

 

]]>
http://quoidansmonassiette.fr/esperance-de-vie-taille-performances-sportives-lhomme-a-t-il-atteint-ses-limites-biologiques/feed/ 0