Quelques déterminants psychosociaux des rencontres en ligne : pic d’attractivité des femmes à 18 ans et des hommes à 50 ans ?

Une étude américaine de Science Advances d’Août 2018 a évalué les messages échangés pendant 1 mois par un site de rencontre en ligne populaire aux États-Unis. Leur analyse empirique a identifié que les personnes ont tendance à rechercher un partenaire au potentiel d’attractivité supérieur au leur. Également, la probabilité d’avoir une réponse dépendrait de la différence de ce potentiel de désirabilité entre l’envoyeur et le receveur du message. Je vous présenterai également une synthèse de conseils (à prendre avec du recul) la littérature en psychologie sociale de BMJ Evidence-Based Medicine sur comment transformer un premier contact en ligne en rencontre.

D’après l’enquête Étude des parcours individuels et conjugaux (EPIC) de 2013-2014, un adulte sur 3 utiliserait des sites de rencontres sur internet en France. Aux États-Unis, les rencontres en ligne seraient le 3ème moyen le plus commun pour rencontrer des potentiels conquêtes (Rosenfeld 2012).

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Comment fonctionnent les phénomènes de rencontre ?

Deux hypothèses de psychologie sociale ont tenté d’expliquer le phénomène des rencontres :

  • L’hypothèse de la correspondance « matching hypothesis” suggère que les gens cherchent des partenaires qui leur ressemblent en terme d’âge, d’attractivité physique, de comportements et attitudes et d’autres caractéristiques. Les gens estimeraient leur désirabilité et attractivité et se tourneraient vers les gens qui ont une désirabilité sociale similaire (hypothèse de Walster (1966)).

  • L’hypothèse de sélection « competition hypothesis » implique les gens recherchent la personne la plus désirable socialement (plus attractive qu’eux). Ce qui peut au final donner le même résultat que l’hypothèse de la correspondance où les personnes les plus désirées se retrouvent ensembles.

Comment évaluer la désirabilité sociale ?

Deux chercheurs ont analysé les messages échanges des utilisateurs actifs d’un site populaire de rencontres en lignes du 1 au 31 janvier 2014. L’étude de Science Advances a été restreinte aux hétérosexuels vivant à New York, Boston, Chicago et Seattle (-14% des utilisateurs) et à ceux qui cherchaient une relation amoureuse.

Un premier estimateur sur ces rencontres en ligne était le nombre de messages reçus. Un aspect qualitatif important était surtout « de qui provient le premier message » : d’une autre personne avec un potentiel d’attractivité élevé ou faible. Si vous êtes contactés par des personnes désirables vous serez évalués comme « désirables ». Ce score de type PageRank essaye d’identifier les individus recevant le plus de messages de personnes « désirables ». Dans ce scénario, les hommes et femmes étaient donc classées selon leur potentiel d’attractivité.

80% des premiers messages échangés venaient des hommes. Les femmes semblaient répondre de manière très sélective avec un taux de réponse de moins de 20%. L’individu le plus « populaire » de cette étude recevait un message toutes les 30 minutes pendant le mois d’étude, jour et nuit, soit 1 504 premiers messages individuels !

Rencontres en ligne criteres désirabilité age ethniciteLe potentiel d’attractivité varierait avec l’âge, le sexe, l’ethnicité et l’éducation

La désirabilité moyenne variait avec l’âge chez les hommes et les femmes. Les femmes plus âgées semblaient moins désirables alors que les hommes en vieillissant avaient leur désirabilité qui augmentaient. Chez les femmes, le pic de désirabilité serait à 18 ans puis il déclinerait jusqu’à 60 ans. Pour les hommes, la désirabilité augmenterait jusqu’à un sommet à 50 ans puis diminuerait. La femme asiatique et l’homme blanc seraient les « types » les plus recherchés sur ces 4 villes durant ce mois d’étude. Chez les hommes, plus le niveau d’éducation augmentait, plus leur potentiel d’attractivité augmenterait.

Out of my league?

applications rencontres probabilité réponsesCes chercheurs ont également évalué l’effet de la différence de désirabilité entre l’envoyeur et le receveur du message. L’homme le moins désirable qui envoyait un message à la femme la plus désirable avait un score de +1. Inversement, l’homme le plus désirable qui envoyait un message à la femme la moins désirable avait un score de différence de -1.

Les résultats ont montré que les individus avaient tendance à contacter des personnes plus désirables qu’eux-mêmes (environ +25% désirable par rapport à ce score). La probabilité d’avoir une réponse diminuait avec la différence dans l’échelle de potentiel d’attractivité qui augmentait.

Les hommes avaient deux fois plus de chances d’avoir une réponse d’une femme moins désirable qu’eux qu’en comparaison avec un envoi de message à une femme plus désirable qu’eux.

Les gens avaient également tendance à écrire des messages plus longs à des partenaires potentiels plus désirables qu’eux.

Les auteurs concluaient que les gens semblaient avoir conscience de leur position dans cette hiérarchie de désirabilité sociale et ajustaient leur comportement à cela. Ces résultats soutiennent que contrairement aux croyances populaires, attirer l’attention de quelqu’un hors de sa « ligue » (« out of your league ») est tout à fait possible. Les chances de recevoir une réponse d’un partenaire hautement souhaitable peuvent être faibles, mais elles restent bien au-delà du zéro !! Cependant, il faudrait faire plus d’efforts et être plus patient.

Les limites

Il est important de retenir que ces résultats ne sont pas généralisables en dehors des États-Unis, des grandes villes, ni pour les rencontres dans la vie réelle (IRL « In Real Life »). Il n’est pas non plus possible d’avoir de contrôler toutes les données, ici l’étude a utilisé l’âge, le niveau d’éducation, le sexe et l’ethnicité mais les relations sont beaucoup plus complexes que résumées en ces variables. L’étude portait sur une courte période d’un mois.

Comment transformer un premier contact en ligne en premier rendez-vous ?

Les chercheurs de Londres et du Texas ont évalué 54 publications sur les rencontres en ligne et en ont fait une synthèse dans le journal médical BMJ Evidence-Based Medicine que je vous présente brièvement ci-dessous : (cependant je ne pense pas qu’il y ait de méthode miracle, les conseils ci-dessous sont à prendre avec du recul)

CRÉER UN BON PROFIL ?

  • Le nom d’utilisateur. Les noms avec des connotations négatives (« Little », « bugg ») sont souvent associés avec une notion d’infériorité. Les noms amusants au contraire sont plus attractifs (Fun2bwith). Les hommes sembleraient être attirés par des détails physiques attractifs (« Blondie », « Cutie ») alors que les femmes seraient plus attirées par des traits d’intelligence (« Cultured »). L’ordre alphabétique pourrait également jouer, les pseudos dans le dernier quart de l’alphabet seraient moins visibles dans les listes de recherche.

  • Les photos. La photo principale a une influence puissante sur la désirabilité. Mettre des photos de groupe peut montrer votre sens de la sociabilité. Être au centre de la photo permet également de se valoriser.

  • Les phrases en en-tête (« headline »). Les phrases simples sont à privilégier comme les utilisateurs seraient plus attirés par des mots simples à retenir.

  • Description du profil. La combinaison 70:30 de ce que vous êtes et ce que vous rechercher semble le ratio le plus équilibré. Ex : authentique, attrayante, extravertie, femme professionnelle, bon sens de l’humour, dans le maintien de la forme, socialisation, musique et voyages, recherche un homme sympathique et sympathique pour partager des moments de qualité. La sympathie est plus importante que la réussite scolaire. Un profil écrit de manière humoristique et intelligente sera considéré comme une preuve plus crédible d’un sens de l’humour que l’utilisation des mots «Je suis hilarant». La malhonnêteté et les fautes nuisent au profil. Le profil doit avoir un bon équilibre entre l’honnêteté globale et la présentation de soi positive car sa validité sera mise à l’épreuve lors des futures et vraies interactions.

ENVOYER UNE INVITATION ET COMMUNIQUER

Les gens se voient souvent eux-mêmes comme unique. Les chercheurs encouragent de faire le premier pas avec une courte remarque positive sur la personne ou sa photo sans faire un compliment non réaliste qui soulèverait de la suspicion.

Il faut privilégier les questions ouvertes comme « Qu’est-ce que tu apprécies dans mon profil ? ». La spontanéité et l’humour sont de mises. Répondre rapidement est également appréciable.  Dévoiler des informations plus personnelles permet de faire se sentir l’autre plus proche.

Les gens ressentent une plus grande intimité lorsqu’ils sont d’accord sur ce qui ne leur plaît pas plutôt que ce qui leur plaît. Ne pas critiquer mais ne pas non plus être toujours d’accord. Ne pas prétendre que vous êtes exceptionnel. Les erreurs sont beaucoup plus perceptibles pour nous que pour les autres, alors si vous en créez une, continuez comme si rien ne s’était passé.

Si vous avez une faute à déclarer, sortez-la au milieu du conversation et pas à la fin. Il faut soigner la fin d’un échange parce que le cerveau a tendance à mieux se rappeler de la fin que le début/milieu d’une conversation et terminer par une note positive. Et pour finir, ne pas oublier de prévoir un rdv en vrai.

Les limites

Ces résultats doivent être interprétés dans un contexte qui est susceptible d’évoluer. Par ailleurs, chaque rencontre en ligne ou non est unique. La recherche sur notre capacité à identifier nos propres émotions montre que nous pouvons nous sentir attirés par quelqu’un sans savoir exactement pourquoi. Pour ce qui est de l’amour romantique, nous ne sommes pas aussi rationnels que nous pourrions le penser – notre système limbique le cerveau qui traite des émotions annule ou modifie la pensée consciente et rationnelle. Développé à travers les âges de l’évolution, il agit en quelques millisecondes, déterminant instinctivement notre comportement, et dans les études scientifiques, il est prouvé qu’il le fait de manière prévisible. Il oriente la reproduction et la sexualité chez tous les êtres humains, indépendamment de la culture.

Le système limbique comprend le cortex cingulaire, l’amygdale, l’hippocampe, la région ventrale du striatum qui libèrent 3 neuromédiateurs :

  • dopamine, médiateur du plaisir, l’attente de récompense

  • noradrénaline, médiateur du stress, de l’attention et l’effort

  • sérotonine, médiateur du sommeil, de la violence et la souffrance

Cette synthèse comporte des limites. Il n’y a pas de données sur le suivi sur le long terme. L’inclusion des études s’est faite par 2 reviewers. Les études inclues avaient des méthodologies différentes d’où une hétérogénéité inévitable. Cette synthèse couvre uniquement les rencontres en ligne.

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Sources :

J. Rosenfeld, R. J. Thomas. Searching for a mate: The rise of the Internet as a social intermediary. Am. Sociol. Rev. 77, 523–547 (2012)

Elizabeth E. Bruch and M. E. J. Newman. Aspirational pursuit of mates in online dating markets. Science Advances  08 Aug 2018: Vol. 4, no. 8, eaap9815

Khalid S Khan, Sameer Chaudhry. An evidence-based approach to an ancient pursuit: systematic review on converting online contact into a first date. Evid Based Med, 12 February 2015 DOI: 10.1136/ebmed-2014-110101

Walster, E., Aronson, V., Abrahams, D., & Rottman, L. (1966). Importance of physical attractiveness in dating behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 4(5), 508-516.

Marie Bergström. Sites de rencontres : qui les utilise en France ? Qui y trouve son conjoint ?

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